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A en perdre la tête…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

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Amis des contes et légendes et du lait ribot réunis, bonjour! Nous sommes le Vendredi 08 novembre 2019, 18è jour de brumaire dédié à la dentelaire… J’en ferai bien une décoction car elle est censée soigner les douleurs articulaires.

C‘est aujourd’hui la Saint Tremeur; encore un drôle de paroissien que la ferveur populaire a fait saint… Ernest du Laurens de la Barre lui a consacré un conte, Tremeur l’homme sans tête, que l’on retrouve dans un de ses écrits publié en 1879 Les fantômes Bretons et qui débute comme ceci : » Il y avait autrefois, du côté de Plouguer, là-bas, sur le bord de l’Aulne, au-dessous de Carhaix, un village habité par des païens qui adoraient des dieux, Tremeur-300x200des demi-dieux, des déesses, des diablesses, et un tas de vilaines choses. J’ai entendu dire par des savants que leurs chefs s’appelaient Druides. C’étaient des magiciens ou sorciers qui, pour savoir l’avenir, coupaient du gui sur les chênes avec des faucilles d’or. » Avec Souvestre, Sébillot et Luzel, laurens de la Barre fut l’un des précurseurs de la collecte de la matière bretonne. Les contes et légendes qu’il rassembla, notamment dans les monts d’Arrée, eurent autant de succès que ceux d’Anatole le Braz quelques décennies plus tard. La plupart de ces auteurs, à l’instar de De la Villemarqué,et son Barzaz-Breiz, vont contribuer à ancrer dans l’esprit du petit peuple, l’image d’une Bretagne soumise, chrétienne et réactionnaire. Déguignet, auteur des mémoires d’un paysan bas-breton, dont je vous ai parlé ici, les traitera de « monarchisto-nationalisto-cléricafards bretons » et ajoutera: « Les conteurs se sont moqué des savants… pour un verre d’eau-de-vie, conteurs et conteuses inventaient des légendes issues de leur seule imagination ».

C‘est ainsi que tous ces personnages de contes, hableur, buveur, batailleur, coureur de jupon se sont retrouvé saints par la vertu de nos folkloristes des 18è et 19è siècle tout comme nos menhirs se sont menhirretrouvé coiffés d’une croix et nos sources sacrées ceintes d’une fontaine dédiée…L’une des manifestations les plus spectaculaires de ces traces d’évangélisation est le menhir de Saint-Uzec, en Pleumeur-bodou (22). Ici à gauche. Ce mégalithe d’environ soixante tonnes dont l’origine remonterait à 2500 ans avant Jésus Christ, fut christianisé au XVIIè siècle lors d’une Mission du Père Maunoir, jésuite qui mena près de quatre cent missions d’évangélisation en Bretagne. Ah oui, Tremeur. Il serait le fils de Trifin et de Conomor, le Barbe bleue breton. Bon c’est vrai, Conomor c’était pas vraiment un marrant, il assassina toutes les femmes portant un enfant de lui car on lui avait prédit qu’il mourrait assassiné par son fils.Lorsque Trifin donna naissance à Tréveur, Conomor rechercha l’enfant et lui fit couper la tête. Tréveur aurait pris sa tête entre ses mains et ses jambes à son cou et l’aurait porté sur le tombeau de sa mère. Il a, depuis, bien entendu trouver sa place dans la vallée des saints de Carnoët (la photo est de Bruno le Lay que vous pouvez retrouver sur son blog). Quand à la maman, elle a laissé son nom à la charmante commune de Sainte-Tréphine, commune proche de St Nicolas-du-Pelem (22). Etonnant, non !

Allez savoir pourquoi, ce matin je me suis éveillé avec une envie irrépressible d’écouter Jacques Bertin. Je vous fais partager cet indicible plaisir de la poésie portée par cette magnifique voix.

Merci de votre visite, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Un paysan bas-breton…

Posté par erwandekeramoal dans PORTRAIT

Amis de l’ornithologie et de l’ortolan braisé réunis, bonjour ! Nous sommes bien le Vendredi 19 juillet 2019 qui correspond au 1er jour de Thermidor dédié à l’épeautre. Dans la première mouture du calendrier républicain ce mois là avait été nommé fervidor, du latin fervidus, homard Goutalbrûlant. Mais, allez savoir pourquoi, Fabre d’Églantine décida de le débaptiser sans autre forme de procès et sans même en informer la Convention. Thermidor a l’inconvénient d’introduire une expression d’origine grecque dans une nomenclature dont tous les autres termes sont latins. Ça c’est pour les puristes. Néanmoins, je retiens que c’est thermidor qui a vu la fin de Robespierre et du même coup de la terreur. La fièvre révolutionnaire eut-elle été moins sanguinaire si Fabre avait conservé le nom de fervidor ? Et si le nez de Cléopâtre, et si ma tante… Oui bon, on finirait par chercher l’épeautre dans l’œil du voisin. Vous, je ne sais pas mais, personnellement, ce que j’apprécie dans thermidor, c’est le homard, un peu comme de Rugy…

Un peu de lecture pour l’été…

Voici l’histoire d’un drôle de  paroissien qui nous a laissé des textes époustouflants sur la condition paysanne de ce 19ème siècle. Jean-Marie Déguignet, né le 19 juillet 1834 à Guengat (29), est issu d’une famille de condition très modeste. Celle-ci subit de plein fouet la misère Memoires_paysan_bas_breton-Deguignet-203x300engendrée par l’épidémie de mildiou des années 1845 et 46 – celle qui provoqua l’émigration des Irlandais. Il devint donc mendiant. Après cette crise, il parvint à se faire engager dans plusieurs fermes comme vacher, notamment à la ferme-école d’agriculture de Kermahonnet en Kerfeunteun. Récupérant des feuilles oubliées par des élèves, il apprend à écrire et lire le français par lui-même. En 1854, il s’engagea dans l’armée de Napoléon III. Il y restera 14 ans. Il participa à la guerre de Crimée, à la campagne d’Italie, à la soumission de la Kabylie en Algérie, ainsi qu’à l’expédition du Mexique. Lors de ces campagnes il apprit l’italien et l’espagnol, aidé en cela par ses connaissances en latin acquises au catéchisme.

Revenu en Bretagne, il sera tenancier d’un débit de boisson. Sa femme mourut alors dans un delirium tremens, et il abandonna ce commerce. Il obtint ensuite une licence pour être débitant de tabac à Pluguffan. Mais en butte à l’opposition du curé qui incitait depuis sa chaire au boycott 220px-Deguignetde son commerce, car Déguignet était ouvertement anticlérical, il dut quitter la commune au bout de quelques années. Retombé dans la misère, il passera ses dernières années à Quimper où il fréquentait la bibliothèque municipale pour y lire les journaux républicains. Il rédigea même sa vie par deux fois, car il en avait vendu le premier manuscrit à Anatole Le Braz et cru que ce dernier avait voulu faire disparaître son témoignage. Il fut retrouvé mort à la porte de l’hospice de Quimper, le matin du 29 août 1905. Si l’occasion vous en est donnée, jetez vous sur un de ses textes, vous ne regretterez pas le voyage.

Allez, bonne lecture, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Sans queue ni tête…

Posté par erwandekeramoal dans PORTRAIT, TRADITION

Amis des contes et légendes et du lait ribot réunis, bonjour! Nous sommes le Jeudi 08 novembre 2018, 18è jour de brumaire dédié à la dentelaire… J’en ferai bien une décoction car elle est censée soigner les douleurs articulaires.

C‘est aujourd’hui la Saint Tremeur; encore un drôle de paroissien que la ferveur populaire a fait saint… Ernest du Laurens de la Barre lui a consacré un conte, Tremeur l’homme sans tête, que l’on retrouve dans un de ses écrits publié en 1879 Les fantômes Bretons et qui débute comme ceci:  … Il y avait autrefois, du côté de Plouguer, là-bas, sur le bord de l’Aulne, au-dessous de Carhaix, un tremeur 2village habité par des païens qui adoraient des dieux, des demi-dieux, des déesses, des diablesses, et un tas de vilaines choses. J’ai entendu dire par des savants que leurs chefs s’appelaient Druides. C’étaient des magiciens ou sorciers qui, pour savoir l’avenir, coupaient du gui sur les chênes avec des faucilles d’or.» Mais bon, si l’on en croit Deguignet: « Les conteurs se sont moqué des savants… pour un verre d’eau-de-vie, conteurs et conteuses inventaient des légendes issues de leur seule imagination ». C‘est ainsi que tous ces personnages de contes, hâbleur, buveur, batailleur, coureur de jupon se sont retrouvé saints par la vertu de nos folkloristes des 18è et 19è siècle tout comme nos menhirs se sont retrouvé coiffés d’une croix et nos sources sacrées ceintes d’une fontaine dédiée…

L’une des manifestations les plus spectaculaires de ces traces d’évangélisation est le menhir de Saint-Uzec, en Pleumeur-bodou (22). Ce mégalithe d’environ soixante tonnes dont l’origine remonterait à 2500 ans avantmenhir Jésus Christ, fut christianisé au XVIIè siècle lors d’une Mission du Père Maunoir, jésuite qui mena près de quatre cent missions d’évangélisation en Bretagne et à qui l’on doit cette fameuse citation: Eur vaghérès sent que l’on pourrait traduire par: une pépinière de saints… Comme le disait mon aïeule, plus pétroleuse que bigote: A bas la calotte ! Encore que, aujourd’hui, il serait plus juste d’user du pluriel tant ils nous arrivent de tous côtés. Ah oui, Tremeur. Il serait le fils de Trifin et de Conomor, le Barbe bleue breton, qui assassina toutes les femmes portant un enfant de lui car on lui avait prédit qu’il mourrait assassiné par son fils. En effet, Conomor rechercha l’enfant et lui fit couper la tête. On dit qu’il aurait pris sa tête entre ses mains et l’aurait porté sur le tombeau de sa mère à Sainte-Tréphine (22). Il est le patron de Carhaix et de Kergloff (29). De « Trech Meur » qui signifie grande victoire, allez,  portez vous bien et à demain peut-être.

Tremeur, l’homme sans tête…

Posté par erwandekeramoal dans LES BEAUX SAINTS, TRADITION

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Amis des contes et légendes et du lait ribot réunis, bonjour! Nous sommes le Mercredi 08 novembre 2017, 18è jour de brumaire dédié à dentelairela dentelaire… J’en ferai bien une décoction car elle est censée soigner les rhumatismes. J’imagine que peu vous chaut l’état de santé de l’auteur, il n’empêche qu’il souffre le martyre à cause d’une vieille douleur rhumatismale entre les doigts de pieds. Pour un retraité qui rêvait de les avoir en éventail, avouez que c’est un comble!

C‘est aujourd’hui la Saint Tremeur; encore un drôle de paroissien que la ferveur populaire a fait saint… Ernest du Laurens de la Barre lui a consacré un conte, Tremeur l’homme sans tête, que l’on retrouve dans un de ses écrits publié en 1879 Les fantômes Bretons et qui débute comme ceci :

« C’est le conteur lui-même qui va parler devant vous. Je l’ai connu jadis à Poullaouen, où il cumulait les emplois fort disparates de tailleur et de bedeau ; de plus on le disait lettré pour un sonneur de cloches, vu que, dans ses récits, il aimait à citer des noms mythologiques. Il racontait, tout en réparant des soutanes, et, comme bedeau, se donnait des airs de sermonneur. Puis, mettant la bride sur le cou à sa verve comique, le tailleur risquait des détails saint tremeurque le pieux bedeau eût pu désavouer. C’était un conteur en partie double. Son excuse est dans la naïve morale qu’il essayait de répandre au milieu de ses tableaux fantastiques. … Il y avait autrefois, du côté de Plouguer, là-bas, sur le bord de l’Aulne, au-dessous de Carhaix, un village habité par des païens qui adoraient des dieux, des demi-dieux, des déesses, des diablesses, et un tas de vilaines choses. J’ai entendu dire par des savants que leurs chefs s’appelaient Druides. C’étaient des magiciens ou sorciers qui, pour savoir l’avenir, coupaient du gui sur les chênes avec des faucilles d’or. » vous trouverez la suite sur Laurens de la Barre.  

Avec Souvestre, Sébillot et Luzel, laurens de la Barre fut l’un des précurseurs de la collecte de la matière bretonne. Les contes et légendes qu’il rassembla, notamment dans les monts d’Arrée, eurent menhirautant de succès que ceux d’Anatole le Braz quelques décennies plus tard. La plupart de ces auteurs, à l’instar de De la Villemarqué, et son Barzaz-Breiz, vont contribuer à ancrer dans l’esprit du petit peuple, l’image d’une Bretagne soumise, chrétienne et réactionnaire. Déguignet, auteur des mémoires d’un paysan bas-breton, dont je vous ai parlé ici, les traitera de « monarchisto-nationalisto-cléricafards bretons » et ajoutera: « Les conteurs se sont moqué des savants… pour un verre d’eau-de-vie, conteurs et conteuses inventaient des légendes issues de leur seule imagination ».

Et voila pourquoi votre sœur est muette et notre saint a perdu la tête ! Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Un paysan pas comme les autres.

Posté par erwandekeramoal dans Non classé

Amis de la bretonitude et du kig-sal aux lentilles réunis, bonjour ! Nous sommes le Mardi 29 Août 2017, douzième jour de Fructidor dédié au fenouil, ce qui prouve, si besoin était, qu’il ne faut douter de rien… Voici l’histoire d’un drôle de  paroissien qui nous a laissé des textes époustouflants sur la condition paysanne de ce 19ème siècle. Lorsque j’ai lu « mémoires d’un paysan bas-breton » publié aux éditions an here il y a une dizaine d’années, j’ai d’abord cru à une imposture tant la force du texte était présente.

Jean-Marie Déguignet, né le 19 juillet 1834 à Guengat (29), est issu d’une famille de condition très modeste. Son père était fermier à sa naissance, mais au bord de la ruine, il perdit son bail deux mois plus tard. Il dut louer un vieux taudis rue Vily à Quimper. Deux ans après, il emménagea avec sa famille dans un penn-ty au village de Guelenec à Memoires_paysan_bas_breton-Deguignet-203x300Ergué-Gabéric où il vendit ses services chez des fermiers pour huit à douze sous par jour. Sa famille subit de plein fouet la misère engendrée par l’épidémie de mildiou des années 1845 et 46 – celle qui provoqua l’émigration des Irlandais. Il devint donc mendiant. Après cette crise, il parvint à se faire engager dans plusieurs fermes comme vacher, notamment à la ferme-école d’agriculture de Kermahonnet en Kerfeunteun. Récupérant des feuilles oubliées par des élèves, il apprend à écrire et lire le français par lui-même. En 1854, il s’engagea dans l’armée de Napoléon III. Il y restera 14 ans. Il participa à la guerre de Crimée, à la campagne d’Italie, à la soumission de la Kabylie en Algérie, ainsi qu’à l’expédition du Mexique. Lors de ces campagnes il apprit l’italien et l’espagnol, aidé en cela par ses connaissances en latin acquises au catéchisme.

Revenu en Bretagne, il se maria et devint fermier à Ergué-Armel pendant 15 ans. Il sera ensuite tenancier d’un débit de boisson, puis agent d’assurances. Sa femme mourut alors dans un delirium tremens, et il abandonna ce commerce. Il obtint ensuite une licence pour être débitant de tabac à Pluguffan. Mais en butte à l’opposition du curé qui incitait depuis sa chaire au boycott de son commerce, car Déguignet anticléricalétait ouvertement anticlérical, il dut quitter la commune au bout de quelques années. Retombé dans la misère, il passera ses dernières années à Quimper où il fréquentait la bibliothèque municipale pour y lire les journaux républicains. Il rédigea même sa vie par deux fois, car il en avait vendu le premier manuscrit à Anatole Le Braz et cru que ce dernier avait voulu faire disparaître son témoignage. Il fut retrouvé mort à la porte de l’hospice de Quimper, le matin du 29 août 1905. Si l’occasion vous en est donnée, jetez vous sur un de ses textes, vous ne regretterez pas le voyage.Vous pouvez aussi voir le site grandterrier.net

Allez, bonne lecture, portez vous bien et à demain peut-être.

La peste d’Elliant…

Posté par erwandekeramoal dans Non classé

Amis de la semaine des 32 heures et des causes perdues réunies, 220px-Page_de_garde_du_livre_la_vie_des_bienheureux_et_des_saints_de_Bretagne,_pour_tous_les_jours_de_l'annéebonjour ! Nous sommes le Mardi 10 janvier 2017, Vingt et unième jour de Nivôse dédié à la pierre à plâtre, autrement nommée: le gypse. En Bretagne, histoire de ne point faire comme tout un chacun, on fête les Ratian. Disciple de saint Guénolé, saint Ratian aurait protégé Elliant, Tourc’h, Langolen et les localités avoisinantes lors d’une épidémie de peste. Un chant du Barzaz Breiz transcrit par Théodore Hersart de La Villemarqué, mais qui daterait du VIe siècle l’évoque:

La peste d’Elliant
Entre Langolen et Le Faouët
Habite un saint barde
Qu’on appelle Père Raslan

Tre Langolen hag ar Faouet
Eur Barz santel a zo kavet ;
Hag hen Tad Rasian hanvet.

Dans les veillées et les festou-noz, La Peste d’Elliant ne se chante jamais sans qu’on y joigne la légende que voici :

« C’était jour de pardon au bourg d’Elliant ; un jeune meunier, arrivant au gué avec ses chevaux, vit une belle dame en robe blanche, assise au bord de la rivière, une baguette à la main, qui le pria de lui faire passer Louis_Duveau_La_peste_d'Elliantl’eau. — Oh ! oui, sûrement, madame, répliqua-t-il ; et déjà elle était en croupe sur sa bête, et bientôt déposée sur l’autre rive. Alors, la belle dame lui dit : — Jeune homme, vous ne savez pas qui vous venez de passer : je suis la Peste. Je viens de faire le tour de la Bretagne, et me rends à l’église du bourg, où l’on sonne la messe ; tous ceux que je frapperai de ma baguette mourront subitement ; pour vous, ne craignez rien, il ne vous arrivera aucun mal, ni à votre mère non plus. »

La peste (sans doute le botulisme d’après les historiens) à longtemps marqué les esprits et de nombreuses réalisations illustrent son souvenir. Ainsi, certaines silhouette sur le fût des calvaires sont accompagnées de bosses ou protubérances semi-sphériques qui sont censées rappeler les bubons de la peste. De ce fait, le calvaire est crois de pestegénéralement classifié comme une « croix de peste ». Dans son livre Mémoires d’un paysan bas-breton (dont j’ai parlé ici), Jean-Marie Déguignet y fait allusion: Cependant la Bossen, sa besogne terminée en Elliant, voulut passer en Ergué-Gabéric. Oh oui, mais la Dame de Kerdévot était là, en face, et lorsque celle-ci sut que la vieille voulait venir chez elle, elle courut vite sur le bord du ruisseau par où la mégère devait venir, et elles se rencontrèrent là, toutes deux face à face, une sur chaque bord . Il paraît qu’elles durent rester là un bon moment à se disputer, car j’ai vu là les deux pierres sur lesquelles elles durent rester en équilibre chacune sur un pied. On voyait [en] effet la marque d’un petit soulier sur la pierre du côté d’Ergué-Gabéric, et la marque d’un pied de cheval sur celle du côté d’Elliant. N’importe, la Bossen dut rebrousser chemin, et la commune d’Ergué-Gabéric fut sauvée de la peste.

Bon, ben c’est pas gai tout ça; aujourd’hui c’est la grippe qui nous caresse les narines. Vite, ma solution hydro-alcoolique. Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Chaman où es-tu ?

Posté par erwandekeramoal dans LES BEAUX SAINTS

Amis des contes et légendes et du lait ribot réunis, bonjour! Nous sommes le Dimanche 08 novembre 2015, 18è jour de brumaire dédié à la dentelaire… J’en ferai bien une dentelairedécoction car elle est censée soigner les rhumatismes et justement, j’en ai un qui se manifeste entre les doigts de pieds. Pour un retraité qui rêvait de les avoir en éventail, avouez que c’est un comble ! C‘est aujourd’hui la Saint Tremeur; encore un drôle de paroissien que la ferveur populaire a fait saint… Ernest du Laurens de la Barre lui a consacré un conte, Tremeur l’homme sans tête, que l’on retrouve dans un de ses écrits publié en 1879 Les fantômes Bretons et qui débute comme ceci :

« C’est le conteur lui-même qui va parler devant vous. Je l’ai connu jadis à Poullaouen, où il cumulait les emplois fort disparates de tailleur et de bedeau ; de plus on le disait lettré pour un sonneur de cloches, vu que, dans ses récits, il aimait à citer des noms mythologiques. Il racontait, tout en réparant des soutanes, et, comme bedeau, sehomme sans tête donnait des airs de sermonneur. Puis, mettant la bride sur le cou à sa verve comique, le tailleur risquait des détails que le pieux bedeau eût pu désavouer. Son excuse est dans la naïve morale qu’il essayait de répandre au milieu de ses tableaux fantastiques. … Il y avait autrefois, du côté de Plouguer, là-bas, sur le bord de l’Aulne, au-dessous de Carhaix, un village habité par des païens qui adoraient des dieux, des demi-dieux, des déesses, des diablesses, et un tas de vilaines choses. J’ai entendu dire par des savants que leurs chefs s’appelaient Druides. C’étaient des magiciens ou sorciers qui, pour savoir l’avenir, coupaient du gui sur les chênes avec des faucilles d’or. » …La suite ICI.

Avec Souvestre, Sébillot et Luzel, laurens de la Barre fut l’un des précurseurs de la collecte de la matière bretonne. Les contes et légendes qu’il rassembla, notamment dans les monts d’Arrée, eurent autant de succès que ceux d’Anatole le Braz quelques menhirdécennies plus tard. La plupart de ces auteurs, à l’instar de De la Villemarqué, et son Barzaz-Breiz, vont contribuer à ancrer dans l’esprit du petit peuple, l’image d’une Bretagne soumise, chrétienne et réactionnaire. Déguignet, auteur des Mémoires d’un paysan bas-breton, dont je vous ai parlé ici, les traitera de « monarchisto-nationalisto-cléricafards bretons » et ajoutera: « Les conteurs se sont moqué des savants… pour un verre d’eau-de-vie, conteurs et conteuses inventaient des légendes issues de leur seule imagination ». C‘est ainsi que tous ces personnages de contes, hâbleur, buveur, batailleur, coureur de jupon se sont retrouvé saints par la vertu de nos folkloristes des 18è et 19è siècle tout comme nos menhirs se sont retrouvé coiffés d’une croix et nos sources sacrées ceintes d’une fontaine dédiée…L’une des manifestations les plus spectaculaires de ces traces d’évangélisation est le menhir de Saint-Uzec, en Pleumeur-bodou (22). Ici à gauche. Ce mégalithe d’environ soixante tonnes dont l’origine remonterait à 2500 ans avant Jésus Christ, fut christianisé au XVIIè siècle lors d’une Mission du Père Maunoir, jésuite qui mena près de quatre cent missions d’évangélisation en Bretagne et à qui l’on doit cette fameuse citation: Eur vaghérès sent que l’on pourrait traduire par: une pépinière de saints…

https://youtu.be/VW_Kyy54UnU

Comme le disait mon aïeule, plus pétroleuse que bigote: A bas la calotte ! Encore que, aujourd’hui, il serait plus juste d’user du pluriel tant ils nous arrivent de tous côtés. Bon, je vous avais prévenu, faut pas me lancer la dessus, après je ne m’arrête plus. Résultat, calotteje ne sais plus de quoi je voulais parler aujourd’hui… Ah oui, cela me revient (comme un pâté chaud) Tremeur: Fils de sainte Trifin et de Conomor, le Barbe bleue breton, qui assassina toutes les femmes portant un enfant de lui car on lui avait prédit qu’il mourrait assassiné par son fils. Trifin, elle,  fut assassinée puis ressuscitée et donna naissance à Tréveur. Conomor rechercha l’enfant et lui fit couper la tête. On dit qu’il aurait pris sa tête entre ses mains et l’aurait porté sur le tombeau de sa mère à Sainte-Tréphine (22). Il est le patron de Carhaix et de Kergloff (29). De « Trech Meur » qui signifie grande victoire, allez,  portez vous bien et à demain peut-être.

Un paysan Bas-Breton…

Posté par erwandekeramoal dans Non classé

Amis de l’ornithologie et de l’ortolan braisé réunis, bonjour ! Nous sommes bien le samedi 19 juillet 2014 qui correspond au premier jour de Thermidor, dédié à l’épeautre. Comme disait mon aïeule, qui connaissait l’évangile de Matthieu sur le bout des doigts de pieds: regarde l’épeautre dans ton oeil avant la paille dans le mojito de ton voisin…                                                                                                             Dans la première mouture du calendrier républicain ce mois là avait été thermidor_onzieme_mois_de_republicain_posters-r01ba3a53ef9e49cbb6222a3fe075db13_wve_8byvr_512nommé fervidor, du latin fervidus, brûlant. Mais, allez savoir pourquoi, Fabre d’Eglantine décida de le débaptiser sans autre forme de procès et sans même en informer la Convention. Thermidor a l’inconvénient d’introduire une expression d’origine grecque dans une nomenclature dont tous les autres termes sont latins. Ça c’est pour les puristes. Néanmoins, je retiens que c’est thermidor qui a vu la fin de Robespierre et du même coup de la terreur. Encore deux verres d’absinthe et il l’aurait baptisé Therminador… La fièvre révolutionnaire eut-elle été moins sanguinaire si Fabre avait conservé le nom de fervidor ? Et si le nez de Cléopâtre… Et si ma tante, oui bon. En tous cas, vous, je ne sais pas mais, personnellement, ce que j’apprécie dans thermidor, c’est le homard…

Voici l’histoire d’un drôle de  paroissien qui nous a laissé des textes époustouflants sur la condition paysanne de ce 19ème siècle. Lorsque j’ai lu « mémoires d’un paysan bas-breton » publié aux éditions an here il y a une dizaine d’années, j’ai d’abord cru à une imposture tant la force du texte était présente.

Jean-Marie Déguignet, né le 19 juillet 1834 à Guengat (29), est issu d’une famille de condition très modeste. Son père était fermier à sa naissance, mais au bord de la ruine, il perdit son bail deux mois plus tard. Il dut louer un vieux taudis rue Vily à Quimper. Deux ans après, il emménagea avec sa famille dans un penn-ty au village de Guelenec à Memoires_paysan_bas_breton-DeguignetErgué-Gabéric où il vendit ses services chez des fermiers pour huit à douze sous par jour. Sa famille subit de plein fouet la misère engendrée par l’épidémie de mildiou des années 1845 et 46 – celle qui provoqua l’émigration des Irlandais. Il devint donc mendiant. Après cette crise, il parvint à se faire engager dans plusieurs fermes comme vacher, notamment à la ferme-école d’agriculture de Kermahonnet en Kerfeunteun. Récupérant des feuilles oubliées par des élèves, il apprend à écrire et lire le français par lui-même. En 1854, il s’engagea dans l’armée de Napoléon III. Il y restera 14 ans. Il participa à la guerre de Crimée, à la campagne d’Italie, à la soumission de la Kabylie en Algérie, ainsi qu’à l’expédition du Mexique. Lors de ces campagnes il apprit l’italien et l’espagnol, aidé en cela par ses connaissances en latin acquises au catéchisme.

Revenu en Bretagne, il se maria et devint fermier à Ergué-Armel pendant 15 ans. Il sera ensuite tenancier d’un débit de boisson, puis agent d’assurances. Sa femme mourut alors dans un delirium tremens, et il abandonna ce commerce. Il obtint ensuite une licence pour être 220px-Deguignetdébitant de tabac à Pluguffan. Mais en butte à l’opposition du curé qui incitait depuis sa chaire au boycott de son commerce, car Déguignet était ouvertement anticlérical, il dut quitter la commune au bout de quelques années. Retombé dans la misère, il passera ses dernières années à Quimper où il fréquentait la
bibliothèque municipale pour y lire les journaux républicains. Il rédigea même sa vie par deux fois, car il en avait vendu le premier manuscrit à Anatole Le Braz et cru que ce dernier avait voulu faire disparaître son témoignage. Il fut retrouvé mort à la porte de l’hospice de Quimper, le matin du 29 août 1905. Si l’occasion vous en est donnée, jetez vous sur un de ses textes, vous ne regretterez pas le voyage.Vous pouvez aussi voir le site grandterrier.net

Allez, bonne lecture, portez vous bien et à demain peut-être.

A en perdre la tête…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

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Amis des contes et légendes et du lait ribot réunis, bonjour! Nous sommes le vendredi 08 novembre 2013, 18è jour de brumaire dédié à la dentelaire… J’en ferai bien une décoction car elle est censée soigner les rhumatismes. J’imagine que peu vous chaut l’état de santé de l’auteur, il n’empêche qu’il souffre le martyre à cause d’une vieille douleur rhumatismale entre les doigts de pieds. Pour un retraité qui rêvait de les avoir en éventail… Avouez que c’est un comble.

C‘est aujourd’hui la Saint Tremeur; encore un drôle de paroissien que la ferveur populaire a fait saint… Ernest du Laurens de la Barre lui a consacré un conte, Tremeur l’homme sans tête, que l’on retrouve dans un de ses écrits publié en 1879 Les fantômes Bretons et qui débute comme ceci : « C’est le conteur lui-même qui va parler devant vous. Je l’ai connu jadis à Poullaouen, où il cumulait les emplois fort disparates de tailleur et de bedeau ; de plus on le disait lettré pour un sonneur de cloches, vu que, dans ses récits, il aimait à citer des noms mythologiques. Il racontait, tout en réparant des soutanes, et, comme bedeau, se donnait des airs de sermonneur. Il y avait autrefois, du côté de Plouguer, là-bas, 69855801_psur le bord de l’Aulne, au-dessous de Carhaix, un village habité par des païens qui adoraient des dieux, des demi-dieux, des déesses, des diablesses, et un tas de vilaines choses. J’ai entendu dire par des savants que leurs chefs s’appelaient Druides. C’étaient des magiciens ou sorciers qui, pour savoir l’avenir, coupaient du gui sur les chênes avec des faucilles d’or. » vous trouverez la suite sur Laurens de la Barre. En bref, Tremeur était le fils de Trifin et de Conomor, le Barbe bleue breton, qui assassina toutes les femmes portant un enfant de lui car on lui avait prédit qu’il mourrait assassiné par son fils. Sainte Trifin fut assassinée puis ressuscitée et donna naissance à Tréveur. Conomor rechercha l’enfant et lui fit couper la tête. Tréveur aurait pris sa tête entre ses mains et l’aurait porté sur le tombeau de sa mère à Sainte-Tréphine (22). Il est le patron de Carhaix  (29). Tremeur viendrait de « Trech Meur » qui signifie grande victoire. C’est Christian Troadec qui va être content…

Avec Souvestre, Sébillot et Luzel, laurens de la Barre fut l’un des précurseurs de la collecte de la matière bretonne. Les contes et légendes qu’il rassembla, notamment dans les monts 69879892_pd’Arrée, eurent autant de succès que ceux d’Anatole le Braz quelques décennies plus tard. La plupart de ces auteurs, à l’instar de De la Villemarqué,et son Barzaz-Breiz, vont contribuer à ancrer dans l’esprit du petit peuple, l’image d’une Bretagne soumise, chrétienne et réactionnaire. Déguignet, auteur des mémoires d’un paysan bas-breton, dont je vous ai parlé ici, les traitera de « monarchisto-nationalisto-cléricafards bretons » et ajoutera: « Les conteurs se sont moqué des savants… pour un verre d’eau-de-vie, conteurs et conteuses inventaient des légendes issues de leur seule imagination ».

C‘est ainsi que tous ces personnages de contes, hableur, buveur, batailleur, coureur de jupon se sont retrouvé saints par 69878399_pla vertu de nos folkloristes des 18è et 19è siècle tout comme nos menhirs se sont retrouvé coiffés d’une croix et nos sources sacrées ceintes d’une fontaine dédiée… L’une des manifestations les plus spectaculaires de ces traces d’évangélisation est le menhir de Saint-Uzec, en Pleumeur-bodou (22). Ici à gauche. Ce mégalithe d’environ soixante tonnes dont l’origine remonterait à 2500 ans avant Jésus Christ, fut christianisé au XVIIè siècle lors d’une Mission du Père Maunoir, jésuite qui mena près de quatre cent missions d’évangélisation en Bretagne et à qui l’on doit cette fameuse citation: Eur vaghérès sent que l’on pourrait traduire par: une pépinière de saints… Comme le disait mon aïeule, plus pétroleuse que bigote: à bas la calotte…

Bon, je vous avais prévenu, faut pas me lancer la dessus, après je ne m’arrête plus. Résultat, je ne sais plus de quoi je voulais parler aujourd’hui… Ce n’est rien, portez vous bien et à demain peut-être.

Le chiendent…De sagesse.

Posté par erwandekeramoal dans Non classé

Amis de la femme libérée et de la bouillie d’avoine réunies, bonjour !

Nous sommes le lundi 11 février 2013 et vous êtes encore devant votre ordinateur. Ce jour est le 23è de pluviôse et est dédié au chiendent, plante envahissante s’il en est. Rien à voir avec ce merveilleux ouvrage qu’est Le chiendent de Raymond Queneau dont voici la quatrième de couverture: le-chiendent_couv« Depuis qu’elle avait vu un homme écrasé, vers les cinq heures de l’après-midi, devant la gare du Nord, Mme Cloche était enchantée. Naturellement elle disait qu’elle n’avait jamais vu une chose plus horrible que ça ; et il devait en être ainsi, car le pauvre Potice avait été soigneusement laminé par un autobus. Par une série de hasards soigneusement préparés, elle se trouva assise, vers la même heure, en face du même endroit, à la terrasse d’un café qu’une bienheureuse coïncidence avait justement placé là. Elle commanda une camomille, et patiemment, attendit que la chose se renouvelât. »

Publié en 1933, il a reçu le tout premier prix « Des deux magots ». Il faut dire que le jury était composé d’amis de Queneau dont Desnos ou Georges Bataille et que les clients du café Les deux magots étaient sollicités pour réunir les 1300 francs du prix. Une nouvelle forme de littérature était née, ce qui fit dire à Henry Miller: « vous battez le briquet de la joie de vivre sur la meule du désespoir.« 

Nous souhaitons bonne fête à tous les Ehouarn de la terre. Ils doivent leur nom images-1à un moine de l’abbaye de St Gildas en Rhuys vers le 11è siècle. C’était un disciple de St Félix. Dans Ehouarn, on retrouve houarn, le fer. Par exemple, hent-houarn, le chemin de fer ou encore, Paotred an houarn kos qui est une expression employée par Jean-Marie Déguignet dans son fameux recueil pour désigner les ferrailleurs. Mais encore Houarn-marc’h qui désigne le fer à cheval… 

Allez, je vous abandonne, je dois terminer mon costume pour aller « faire les Gras » à Douarnenez. Portez vous bien et à demain peut-être.