Ne me quitte pas…

Posté par erwandekeramoal dans PORTRAIT

Amis de l’humanisme et du Picon-bière réunis, bonjour ! Nous sommes le Mercredi 21 avril 2021, deuxième jour de Floréal dédié au chêne.

Il y a un peu plus d’un siècle, le 21 avril 1913, sur le boulevard Arago à Paris, devant la prison de la Santé, exécutions capitales par la guillotine guillotined’André Soudy, de Raymond Callemin, et d’Elie Monier , tous les trois membres de la bande à Bonnot. « C’est fini. La société a fait justice. Justice? Cette opération odieuse, dans ce décor de deuil, sous ce ciel bas et impavide? Justice, ce triple meurtre, préparé dans tous ses détails, réglé, ordonné avec précision, parmi tous ces soldats, ces pelotons de gendarmes et de gardes? Justice, cette méthode sournoise de suppression? Mais à quoi bon philosopher ? Les hommes n’ont encore découvert d’autres moyens que de punir le meurtre par le meurtre. »  Il faudra attendre l’année 1981 pour voir disparaître ce « type d’humanisme français ». Victor Méric dans « Les bandits tragiques » (1926). La litho est de Steinlein.

Et puis tiens, pour ne pas rester sur une note d’amertume, souvenons de cette voix magnifique qui nous a quitté un 21 avril en 2003. Large, grande, magnifique (j’aime bien cette photo avec sa coupe à la Angéla Davis), Nina Simone jouait du piano habillée en peau de panthère ou coiffée d’un turban. Femme noire longtemps exploitée par les hommes de son entourage, traitée par le milieu musical comme il se devait à Ninal’époque de ses débuts, c’est-à-dire très mal. Nina Simone avait changé les paroles du classique de Jacques Brel, Ne me quitte pas, car elle ne supportait pas que quiconque, et surtout pas une Noire, prononce des mots aussi dégradants que « Laisse-moi devenir l’ombre de ton chien ». Nina, portée sur l’alcool et les paradis artificiels, fut lâchée et lâcha tout le monde, entama un chemin de croix solitaire, borné d’humeur et d’envies, de petits escrocs amoureux qui partaient avec la caisse. Des humeurs, des envies… Elle eut de brusques illuminations qui la faisaient abandonner les salles de concert au désespoir de tous. D’autres, belles et profondes, qui lui firent porter des stades et des salles vers le swing et la chaleur. Nina Simone était aussi une voix, spéciale, inimitable, grave, avec laquelle elle pouvait chanter aussi bien My Way, I Love’s You Porgy, ou un classique du blues.

Nina Simone avait chanté Brel, mais aussi Brassens  Il n’y a pas d’amour heureux, évidemment. Dans les années 1980, un ami lui avait offert une cassette de Jacques Brel. « J’étais à New York, je l’écoutais et à chaque fois que Brel disait : « Ne me quitte pas », je pleurais. Puis, je suis parti en Suisse et j’ai appris la chanson avec un professeur. Je l’ai répétée pendant trois ans avant d’oser la chanter. Nina avait changé les paroles de ce monument de l’œuvre de Brel,  car elle ne supportait pas que quiconque, et surtout pas une Noire, prononce des mots aussi dégradants que « Laisse-moi devenir l’ombre de ton chien ».

Allez, merci à vous d’être passé par ici, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Un commentaire

  1. Zap Pow

    Une de mes chansons préférées de Nina Simone : Four Women
    https://www.youtube.com/watch?v=EWWqx_Keo1U

    Parmi les nombreuses reprises de cette chanson, celle, splendide, de Lisa Simone, fille de Nina, Dianne Reeves, Lizz Wright, Angélique Kidjo :
    https://www.youtube.com/watch?v=7R_Qk1AN5S4

    Et j’aime aussi tout particulièrement celle des étudiantes du collectif Black Lives Matter du Berklee College of Music :
    https://www.youtube.com/watch?v=eDF3RLSI07s

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