Glaneur et décadence…

Posté par erwandekeramoal dans HUMEUR

Amis de la tradition et du poulet au curry réunis, bonjour !
thlaspi_bellidifoliumNous sommes le mardi 10 février 2015, 22è jour de Pluviôse dédié au Thymèle que l’on nomme aussi Garou. C’est un arbuste des garrigues méditerranéennes et des sables atlantiques. Mon aïeule m’a raconté que le daphné garou était traditionnellement cloué par les bergers sur les portes des enclos pour éloigner à la fois les puces et les sorcières.Hélas, pour l’instant, point de remède miracle pour éloigner la bêtise humaine; jugez en plutôt…

La semaine dernière, trois jeunes « glaneurs » comparaissaient devant le tribunal de grande instance de Montpellier. On leur reprochait d’avoir fait les poubelles d’un supermarché. De tous temps le glanage a générer des polémiques, des lois, des glanerarrêtés, des pratiques coutumières ou pas.  Il est vrai que le glanage a toujours provoquer une poussée d’urticaire chez les bourgeois, comme si cette pratique les renvoyait à leur mauvaise conscience. Savez vous ce que c’est que faner ? écrivait madame de Sévigné à son cousin… Elle aurait pu itou ajouter : savez vous ce que c’est que glaner ? Lorsqu’elle lui raconte, en se justifiant, le renvoi de Picard, son domestique, rétif à aller glaner dans les champs

Comme pour le blé, le glanage est autorisé, mais réglementé : « On ne pourra glaner les olives que 15 jours après l’ouverture de la cueillette ». Pendant la récolte des olives, on paie 2 gardes du terroir à 12 sols par jour et on établit une garde bourgeoise, qui est faite par tous les habitants (à raison de 15 Milletpersonnes par jour, commandées par un conseiller de la « première main »). « Les voleurs sont passibles d’une amende de 30 sols ou même de la peine du carcan. » Nous rappelle cet édit du XVIIIè siècle. On glane ce qui pousse du sol (pomme de terre, choux, etc.), on grappille ce qui pend (raisins, figues, olives, pommes, etc.). « Il est interdit de glaner, râteler ou grappiller sur un fonds non encore entièrement dépouillé ou vidé de ses récoltes, avant le lever ou après le coucher du soleil, ou contre la défense du propriétaire. Le glanage, le râtelage et le grappillage sont de même interdits, sauf autorisation du propriétaire, dans tout enclos rural attenant à l’habitation. » (Genève:règlement police rurale 1955)

Aujourd’hui, les glaneurs ne sont plus dans les champs mais dans nos villes. Ils sont la face visible de la précarité qui s’installe, de la pauvreté qui se généralise, obligeant une mère de famille, un SDF, un retraité à chercher sa pitance dans nos poubelles. A l’heure où notre mode de production – distribution – consommation conduit à jeter 30 à 50 % de ce qui est produit, criminaliser les glaneurs me semble une manière de continuer à marcher sur la tête.

Décidément, on vit une drôle d’époque… Allez, portez vous bien et à demain peut-être.

4 commentaires

  1. Sceptique

    Ça date du néolithique, qui a vu l’agriculture et l’élevage remplacer progressivement la chasse et la cueillette, probablement déjà sources de conflits, par augmentation des parties prenantes d’une ressource non inépuisable.
    Il est plus que vraisemblable que les initiateurs de mises en culture, de plantations diverses, d’élevages, devaient mal recevoir ceux qui voulaient se servir. La propriété est sans doute le vol, mais allez raconter ça à un paysan!
    Il me semble, par ailleurs, que beaucoup de grandes surfaces ont des accords avec des associations caritatives pour récupérer les invendus du jour et les produits atteignant leur date de péremption.

  2. Stéphanie ..........................

    Il existait aussi le droit de libre pâture ….. Ou vaine pâture ……………… Bon , avec les bagnoles c’est fatalement dangereux ………………….

    • erwandekeramoal

      Oui, j’ai un pote qui a fait une thèse sur: « les terres vaines de Bretagne » Merci d’être passé par ici.

  3. des pas perdus

    Une époque sordide dès qu’on sort dans la rue…

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