Vous lisez actuellement les articles publié le février 5th, 2015

Page 1 de 1

Maï lady is rich…

Posté par erwandekeramoal dans HISTOIRE

Amis du tarot de Marseille et de la galinette cendrée réunis, bonjour ! Nous sommes le jeudi 05 février 2015, 17è jour de pluviôse dédié au lichen et il fait un temps à ne pas mettre un cénobite dehors. Je sais, amis lecteurs, que vous aimez les histoires qui font rêver dans les chaumières. Approchez, je vous dirai celle de la petite Maï  (prononcez « maille »):

Elle est née le 6 février 1869 à deux heures du matin au moulin de Prat-Guéguen où son père, Guillaume Le Manac’h, est un modeste meunier. En janvier 1858, il avait épousé Maryvonne Le Roy avec laquelle il aura dix enfants – 9 garçons dont 4 meurent en bas âge – elle est la sixième. S’exprimant premièrement en breton, elle fréquente l’école des filles où belleisleenterre-locmaria_71l’on note qu’elle est bonne en français. Le 1er juin 1885, les propriétaires du moulin de son père l’emmènent aux funérailles de Victor Hugo, ce qui lui permet d’entrevoir la vie parisienne. Après une enfance passée dans la vallée du Léguer, elle quitte Belle-Isle-en-Terre en 1886 pour Saint-Brieuc où elle travaille à l’Hôtel de la Croix-Rouge. L’année suivante, elle arrive à Paris et s’installe à Montmartre où son premier emploi est vendeuse de fleurs dans la rue.

Ses premières années à Paris restent mystérieuses mais elle aurait fréquenté le milieu des artistes et notamment ceux des Beaux-Arts. Le 23 juin 1893, elle est condamnée à 2 mois de prison pour outrage public à la pudeur par le tribunal correctionnel de la Seine pour une exhibition nue au restaurant Lemardelay. Elle rencontre Simon Gugenheim avant que le couple ne déménage en Grande-Bretagne et s’installe à 300px-Biet_chateau_coatannozLondres. Le mariage a lieu le 15 février 1894. Simon Gugenheim qui était marchand de fruits et légumes, meurt le 25 décembre 1900, atteint de tuberculose et d’une cirrhose du foie. Quelque temps après le décès de son époux, elle rencontre, l’infant d’Espagne Antoine d’Orléans (1866-1930), duc de Galliera, petit-fils du roi des Français Louis-Philippe Ier et du roi d’Espagne Ferdinand VII, séparé légalement de son épouse l’infante Eulalie. Elle devient sa maîtresse jusqu’en 1906. Cette liaison lui ouvre les portes d’un monde bien différent et modifie radicalement son statut social. Le 27 mai 1902, Marie-Louise Le Manac’h revient à Belle-Isle-en-Terre où elle fait l’acquisition d’une maison. Néanmoins, sa résidence principale demeure à Paris, sur la rive droite, où l’infant la rejoint quotidiennement. Le couple mène une vie mondaine, séjourne fréquemment à Londres, ce qui lui permet de parler couramment anglais, et aussi à Séville. Elle rencontre en audience le pape Pie X. De retour à Londres en 1910, elle fait la connaissance et devient la maîtresse du richissime Robert Mond que l’on surnomme le roi du nickel.(à gauche: le chateau de Coat an noz)
Mes pérégrinations professionnelles m’ont souvent conduit du côté de Belle-isle-en-terre, département des Côtes d’Armor et longtemps, je me suis interrogé sur l’origine de cette immense bâtisse en plein centre du bourg. Le maire de l’époque me raconta alors l’histoire de Lady MOND née Marie-Louise Le Manac’h, dite Maï. Cette fille du peuple qui « monta » à Paris et rencontra les grands de ce monde. Elle fut longtemps labelle-isle maitresse d’Antoine d’Orléans, infant d’Espagne. Puis elle rencontra et épousa Robert MOND, riche industriel qui finit anobli par la reine (d’Angleterre) et notre petite « Maï » devint lady MOND. Elle fit construire à Belle Isle le chateau de Coat an noz puis cette énorme batisse (ici à droite) au milieu du bourg. Restée bretonnante elle n’oublia jamais ses origines et consacra une partie de sa fortune à la culture Bretonne. Durant la guerre, elle fut emprisonnée à St Brieuc et disparue un 21 novembre de 1949. Un conte de fée à la bretonne comme savait si bien en narrer Taldir-Jaffrenou dont elle fit traduire l’œuvre. Celui-ci, en sa qualité de barde hérault de la Gorsedd de Bretagne et en remerciement de ses bons offices en fit d’ailleurs une druidesse d’honneur.

Voila, c’est à ranger dans la rubrique « les histoires de tonton Erwan ». En attendant les prochaines, portez vous bien et, à demain peut-être.