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Tremeur, l’homme sans tête…

Posté par erwandekeramoal dans LES BEAUX SAINTS, TRADITION

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Amis des contes et légendes et du lait ribot réunis, bonjour! Nous sommes le Mercredi 08 novembre 2017, 18è jour de brumaire dédié à dentelairela dentelaire… J’en ferai bien une décoction car elle est censée soigner les rhumatismes. J’imagine que peu vous chaut l’état de santé de l’auteur, il n’empêche qu’il souffre le martyre à cause d’une vieille douleur rhumatismale entre les doigts de pieds. Pour un retraité qui rêvait de les avoir en éventail, avouez que c’est un comble!

C‘est aujourd’hui la Saint Tremeur; encore un drôle de paroissien que la ferveur populaire a fait saint… Ernest du Laurens de la Barre lui a consacré un conte, Tremeur l’homme sans tête, que l’on retrouve dans un de ses écrits publié en 1879 Les fantômes Bretons et qui débute comme ceci :

« C’est le conteur lui-même qui va parler devant vous. Je l’ai connu jadis à Poullaouen, où il cumulait les emplois fort disparates de tailleur et de bedeau ; de plus on le disait lettré pour un sonneur de cloches, vu que, dans ses récits, il aimait à citer des noms mythologiques. Il racontait, tout en réparant des soutanes, et, comme bedeau, se donnait des airs de sermonneur. Puis, mettant la bride sur le cou à sa verve comique, le tailleur risquait des détails saint tremeurque le pieux bedeau eût pu désavouer. C’était un conteur en partie double. Son excuse est dans la naïve morale qu’il essayait de répandre au milieu de ses tableaux fantastiques. … Il y avait autrefois, du côté de Plouguer, là-bas, sur le bord de l’Aulne, au-dessous de Carhaix, un village habité par des païens qui adoraient des dieux, des demi-dieux, des déesses, des diablesses, et un tas de vilaines choses. J’ai entendu dire par des savants que leurs chefs s’appelaient Druides. C’étaient des magiciens ou sorciers qui, pour savoir l’avenir, coupaient du gui sur les chênes avec des faucilles d’or. » vous trouverez la suite sur Laurens de la Barre.  

Avec Souvestre, Sébillot et Luzel, laurens de la Barre fut l’un des précurseurs de la collecte de la matière bretonne. Les contes et légendes qu’il rassembla, notamment dans les monts d’Arrée, eurent menhirautant de succès que ceux d’Anatole le Braz quelques décennies plus tard. La plupart de ces auteurs, à l’instar de De la Villemarqué, et son Barzaz-Breiz, vont contribuer à ancrer dans l’esprit du petit peuple, l’image d’une Bretagne soumise, chrétienne et réactionnaire. Déguignet, auteur des mémoires d’un paysan bas-breton, dont je vous ai parlé ici, les traitera de « monarchisto-nationalisto-cléricafards bretons » et ajoutera: « Les conteurs se sont moqué des savants… pour un verre d’eau-de-vie, conteurs et conteuses inventaient des légendes issues de leur seule imagination ».

Et voila pourquoi votre sœur est muette et notre saint a perdu la tête ! Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Vade retro Groac’h…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

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Amis de la gent féline et de l’agent 007 réunis, bonjour ! Nous sommes le mercredi 13 mai 2015. Ce jour est le 24è de floréal dédié à la Valériane bien connue pour ses propriétés antispasmodiques et encore nommée, l’herbe aux chats. Au 5e et au 4e siècle av. J.-C., parmi les disciples d’Hippocrate, la valériane jouait déjà un rôle important en gynécologie. Dans l’Antiquité on appelait la plante « phu » en faisant la distinction entre le « phu magnum » ou thériaque, le « phu vulgare » ou valériane commune, également nommée herbe aux chats, et  images3le « phu minus » ou valérianelle. L’herbe est citée par Dioscoride, Pline et par l’abbesse Hildegarde de Bingen, bien connue dans son canton.  Le nom choisi par Bartoldi dérive de celui de la province romaine de Valeria, en Pannonie (entre le Danube et la Drave). Contrairement à une opinion très répandue le nom de la plante ne dérive pas du latin « valere », c’est-à-dire vaillant, valeureux. elle était censée atténuer les effets de la danse de saint-Guy. Au moyen-âge, cette maladie vous conduisait irrémédiablement vers le bûcher, au motif que vous étiez possédé. Les plantes très odorantes ont toujours et partout jouer un grand rôle pour éloigner les démons, sorcières et autres mauvais esprits. De nos jours encore, dans certaines régions rurales, on accroche au-dessus de la porte des fermes et des étables une touffe de valériane en guise de protection contre le mauvais sort.

Mon aïeule, qui avait de la pédagogie une idée toute personnelle, me racontait qu’en Bretagne, la groac’h était groachgrande utilisatrice de valériane. Une groac’h est une fée liée à l’eau. Multiforme, elle est souvent vieille et nocturne, apparentée aux ogres et aux sorcières, parfois avec des dents de morse. Réputée vivre dans des cavernes, sous le sable ou sous la mer, la groac’h a du pouvoir sur les éléments de la nature et maîtrise la métamorphose. Quelques rescapés racontent qu’ils ont entendue une douce mélopée à son approche. En voici une version L’illustration est due au talent de Andrew L. Paciorek.

« Viens dans les eaux, amour,
Danse sous les vagues,
Où demeurent les os des marins
À l’intérieur de ma caverne safran. »

Elle est surtout connue comme une figure malveillante, en particulier à cause du conte d’Émile Souvestre La Groac’h de l’île du Lok. La fée y séduit les hommes qu’elle change en foyer bretonpoissons et les sert comme repas à ses hôtes, sur l’une des îles de l’archipel des Glénan. D’autres contes les présentent comme de vieilles fées solitaires pouvant combler de cadeaux et de dons les humains qui leur rendent visite. Plusieurs toponymes de Basse-Bretagne sont attribués à une groac’h, en particulier des mégalithes dans les Côtes-d’Armor, ainsi que l’île de Groix (ne dit-on pas: qui voit Groix, voit sa croix.) dans le Morbihan, et le phare de la Vieille sur Ouessant.

Allez, n’ayez pas peur, ça va s’passer, portez vous bien et à demain peut-être.

A en perdre la tête…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

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Amis des contes et légendes et du lait ribot réunis, bonjour! Nous sommes le vendredi 08 novembre 2013, 18è jour de brumaire dédié à la dentelaire… J’en ferai bien une décoction car elle est censée soigner les rhumatismes. J’imagine que peu vous chaut l’état de santé de l’auteur, il n’empêche qu’il souffre le martyre à cause d’une vieille douleur rhumatismale entre les doigts de pieds. Pour un retraité qui rêvait de les avoir en éventail… Avouez que c’est un comble.

C‘est aujourd’hui la Saint Tremeur; encore un drôle de paroissien que la ferveur populaire a fait saint… Ernest du Laurens de la Barre lui a consacré un conte, Tremeur l’homme sans tête, que l’on retrouve dans un de ses écrits publié en 1879 Les fantômes Bretons et qui débute comme ceci : « C’est le conteur lui-même qui va parler devant vous. Je l’ai connu jadis à Poullaouen, où il cumulait les emplois fort disparates de tailleur et de bedeau ; de plus on le disait lettré pour un sonneur de cloches, vu que, dans ses récits, il aimait à citer des noms mythologiques. Il racontait, tout en réparant des soutanes, et, comme bedeau, se donnait des airs de sermonneur. Il y avait autrefois, du côté de Plouguer, là-bas, 69855801_psur le bord de l’Aulne, au-dessous de Carhaix, un village habité par des païens qui adoraient des dieux, des demi-dieux, des déesses, des diablesses, et un tas de vilaines choses. J’ai entendu dire par des savants que leurs chefs s’appelaient Druides. C’étaient des magiciens ou sorciers qui, pour savoir l’avenir, coupaient du gui sur les chênes avec des faucilles d’or. » vous trouverez la suite sur Laurens de la Barre. En bref, Tremeur était le fils de Trifin et de Conomor, le Barbe bleue breton, qui assassina toutes les femmes portant un enfant de lui car on lui avait prédit qu’il mourrait assassiné par son fils. Sainte Trifin fut assassinée puis ressuscitée et donna naissance à Tréveur. Conomor rechercha l’enfant et lui fit couper la tête. Tréveur aurait pris sa tête entre ses mains et l’aurait porté sur le tombeau de sa mère à Sainte-Tréphine (22). Il est le patron de Carhaix  (29). Tremeur viendrait de « Trech Meur » qui signifie grande victoire. C’est Christian Troadec qui va être content…

Avec Souvestre, Sébillot et Luzel, laurens de la Barre fut l’un des précurseurs de la collecte de la matière bretonne. Les contes et légendes qu’il rassembla, notamment dans les monts 69879892_pd’Arrée, eurent autant de succès que ceux d’Anatole le Braz quelques décennies plus tard. La plupart de ces auteurs, à l’instar de De la Villemarqué,et son Barzaz-Breiz, vont contribuer à ancrer dans l’esprit du petit peuple, l’image d’une Bretagne soumise, chrétienne et réactionnaire. Déguignet, auteur des mémoires d’un paysan bas-breton, dont je vous ai parlé ici, les traitera de « monarchisto-nationalisto-cléricafards bretons » et ajoutera: « Les conteurs se sont moqué des savants… pour un verre d’eau-de-vie, conteurs et conteuses inventaient des légendes issues de leur seule imagination ».

C‘est ainsi que tous ces personnages de contes, hableur, buveur, batailleur, coureur de jupon se sont retrouvé saints par 69878399_pla vertu de nos folkloristes des 18è et 19è siècle tout comme nos menhirs se sont retrouvé coiffés d’une croix et nos sources sacrées ceintes d’une fontaine dédiée… L’une des manifestations les plus spectaculaires de ces traces d’évangélisation est le menhir de Saint-Uzec, en Pleumeur-bodou (22). Ici à gauche. Ce mégalithe d’environ soixante tonnes dont l’origine remonterait à 2500 ans avant Jésus Christ, fut christianisé au XVIIè siècle lors d’une Mission du Père Maunoir, jésuite qui mena près de quatre cent missions d’évangélisation en Bretagne et à qui l’on doit cette fameuse citation: Eur vaghérès sent que l’on pourrait traduire par: une pépinière de saints… Comme le disait mon aïeule, plus pétroleuse que bigote: à bas la calotte…

Bon, je vous avais prévenu, faut pas me lancer la dessus, après je ne m’arrête plus. Résultat, je ne sais plus de quoi je voulais parler aujourd’hui… Ce n’est rien, portez vous bien et à demain peut-être.