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Germain et la vache enragée…

Posté par erwandekeramoal dans PORTRAIT

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Amis de la tautologie et du bœuf miro(n)ton réunis, bonjour  Nous sommes le Samedi 31 octobre 2015, 10è jour de brumaire dédié à la charrue… C’est aussi le jour anniversaire de la disparition d’un artiste, peintre et graveur sur bois, qui a toute sa place dans notre galerie de portraits.

Fils d’un jardinier, Germain Delatousche avait commencé à dessiner vers sept ou huit ans, reproduisant des dessins d’illustrés, alors qu’un accident à la jambe l’avait immobilisé au lit pendant trois ans et lui fera delatousche_ggarder toute sa vie une jambe raide. Il désirait devenir peintre, et il insista tellement qu’il fut mis en apprentissage à Chartres, où il s’initia au métier de peintre verrier. En 1915 suite à la guerre, l’atelier ayant fermé ses portes, Delatousche dut, pour vivre, s’astreindre aux tâches les plus diverses. Membre des Jeunesses syndicalistes du 15ème arrondissement, il était allé, pendant la guerre, avec quelques compagnons, au café concert Excelsior, près de la place d’Italie, pour assister à un concert de Montéhus et lui réclamer vainement et bruyamment les chansons antimilitaristes Les soldats du 17ème et La Grève des mères

En mai 1921, il entrait au cabaret montmartrois La Vache Enragée de Jules Depaquit, Roger Toziny et Maurice Hallé. « Germain Delatousche, jeune pâtre de La Vache », écrit J.-D. Maublanc, « remplissait lescavalcade Montmartre verres, soutenait les chœurs, ordonnait les cimaises. Il cumulait avec ses fonctions de bistrot, celles de metteur en page, de collaborateur et d’accrocheur de toiles d’amis. C’est dans ce cabaret, qui devint aussitôt le siège de la « Commune libre de Montmartre », qu’il fit montre de ses aptitudes à l’organisation d’expositions, qu’il groupa ses premiers fidèles et qu’il fonda son premier groupe, « Les Compagnons… » dont l’un des principaux soutiens était le journal La Vache enragée (Paris, 1917-1933).

«J’les avins vu sur le grand’route,
Passer en huit ou dix p’lotons,
Même qu’ien a qu’avaient d’la goutte
Su leux guidons, dans des poch’tons.
D’leus sacs, i’s tiraint des p’tit’s fioles,
I’s mettaint ça au bord… du creux.
Pis i’s s’enfilaint la bricole.
Ah ! que l’diabl’ brul’ ben les coureux!»

(recueil de Maurice Hallé, poète-chansonnier d’Oucques dans le Loir-et-Cher. Pote au fameux Gaston Couté, il sévissait comme lui dans le Montmartre de la grande époque, publiant à La Vache enragée, éditeur et cabaret. publié en 1921 et illustré par Germain Delatousche)

L’œuvre de Germain Delatousche est le reflet de la misère qu’il a subie. Il a su y transposer sa vision accablante des vieilles rues désertes — il les montrait toujours ainsi, et volontairement — des quartiers populaires de Paris (le XIIIe était son quartier de prédilection), des maisons délabrées, des mornes coins de zones (ici à gauche: La rue des reculettes). Et cependant, s’il était un révolté, il n’était nullement un être triste ou morose. Dans ses rue des reculettesmoments les plus noirs, il demeurait un homme gai, entier, un compagnon accueillant. Il soutenait les publications libertaires, et Henri Bourrillon, qui fut un de ses intimes, rapporte qu’il était abonné à nombre de revues anarchistes ou anarchisantes « alors que souvent il ne savait pas s’il pourrait manger le lendemain… ». Son atelier de la rue Croulebarbe situé dans une maison, déjà ancienne, appelée à être démolie et objet des spéculateurs qui y élevèrent un gratte ciel, Delatousche dut, bien à contre-cœur, la quitter et alla s’installer au 36, boulevard de Clichy (XVIIIe). Il se maria alors, peu avant son départ en Loire-Atlantique, à Bouguenais, dans une grande maison qu’il allait retaper, étant tour à tour maçon, plombier, menuisier etc.. tandis que sa compagne Camille continuait de travailler comme assistante sociale. Atteint d’une grave maladie, il devait y décéder quelques années après, le 31 octobre 1966. Sources: Dictionnaire des militants anarchistes.Mais aussi, le site Animula vagula

Allez, merci d’être passé, portez vous bien et à demain peut-être.