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Le bon, la brute et les enfants…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

Amis des contes pour enfants et de la quiche lorraine réunis, bonjour !

Nous sommes le jeudi 06 décembre 2012, 16è jour de Frimaire dédié à l’Ajonc (al Lann en breton). Le calendrier des postes nous invite à fêter les Nicolas.

Avant l’heure, c’est pas l’heure ! Avant Noël, c’est pas Noël ! Quoique, il n’y a encore pas si longtemps, dans le Nord, en Lorraine, en Belgique, la Saint Nicolas c’était Noël. Les rues s’animaient et le bon saint s’y promenait accompagné de son terrible accolyte, le père Fouettard, le premier complimentant les uns et l’autre châtiant les pêcheurs.

Connaissant votre érudition sans limite, je vous livre le texte en vieux françois.

 


Treis clercs alouent escole , n’en frei une longe parole                

Li ostes par nuit les occist , les cors musçat, le aver prist.

Seint Nicholas par Deu le solt , s’emprès fu la si cum Deu plout.

Les clercs à l’oste demandat , nel pout celé qu’il les mustrat;

Seint Nicholas par sa preere , mist les almes enz el cors arere

Por ceo que al clercs fit cel honur , funt li clercs la feste à son jur,

de ben lire et ben chanter et des miracles réciter.

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Il existe bien sûr plusieurs versions de la légende mais le fond reste le même. Celle-ci  fut recueillie par Gérard de Nerval en 1842 dans le Valois (nord est de l’ile de France) et devint vite populaire dans les milieux intellectuels du 19e siècle .

Ils étaient trois petits enfants
Qui s’en allaient glaner aux champs
Tant sont allés, tant sont venus
Que vers le soir se sont perdus.
S’en sont allés chez le boucher :
Boucher, voudrais-tu nous loger ?
Entrez, entrez, petits enfants,
Y’a de la place assurément.
Ils n’étaient pas sitot entrés
Que le boucher les a tués,
Les a coupés en p’tits morceaux
Mis au saloir comme pourceaux…


Je vous la fais courte: Un méchant boucher un peu psychopathe trucide trois personnes (quelquefois, trois enfants). Plus tard, passe St Nicolas qui les ressuscite. Et depuis, il distribue des bonbons aux petits enfants sages. Je ne sais pas pour vous mais pour ce qui me concerne, mon aïeule, qui faisait de la prévention comme d’autres font du tricot, m’a appris à me méfier des vieux messieurs qui offrent des bonbons aux petits nenfants. Aujourd’hui, les représentants des ligues bien-pensantes s’offusquent de la violence à la télévision, responsable de tous nos maux. Je me marre doucettement en constatant le cannibalisme, l’infanticide, et autres joyeusetés des contes de l’époque.

 

Allez, merci d’être passé, portez vous bien et à demain peut-être.


 

Gargouilles et chimères…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

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Amis du grand architecte et du petit charpentier réunis, bonjour !

Nous sommes le lundi 03 décembre 2012, 13è jour de Frimaire dédié au Cèdre.

En Bretagne on célèbre Envel qui a légué son nom à la magnifique petite commune de Loc-Envel en Côtes d’Armor. L’étymologie de ce prénom vient des mots de vieux breton uuin (blanc) et mael (prince). Autrefois, on l’invoquait contre les loups. C’est la plus petite commune de ce département et qui compte aujourd’hui 80 habitants après en avoir eu près de 400 à la fin du 19è siècle. Sans doute grâce aux mines de fer et de zinc qui existaient sur son territoire. C’est tout près de Belle-Isle-en-terre et du fameux château de Coat-an-noz dans la forêt du même nom. C’est ce château que Lady Mond fit reconstruire à Belle-Isle-en-terre (voir mon billet de novembre 2009). C’est encore la même histoire qui date du début du VIè siècle lorsque le Pays de Galles décida d’aller se refaire les saints en petite Bretagne et les expédia par charters entiers sur les côtes armoricaines. Envel lui s’installa comme anachorète dans la forêt de Coat-an-noz (le bois de la nuit) et sa soeur Yuna en fit autant dans le bois de Coat-an-Hay (le bois du jour). La légende dit qu’ils ne se revirent jamais. Les deux forêts existent toujours et j’y ai fait de belles cueillettes de champignons. Si vos pas vous mènent dans ces parages, jetez donc un oeil sur cette petite église absolument épatante (gothique flambloyant). Les chimères et les gargouilles qui ornent l’église gardent une expression fort curieuse, malgré la patine et l’usure du temps. Mais, je me suis souvent posé cette question: pourquoi tous ces singes sur les églises en Bretagne? Il semble bien que la plupart des bestiaires du moyen-âge dérivent du fameux Physiologus, ouvrage Grec du IIè siècle. Traduit en latin dès le IVème siècle, le « Physiologus » a exercé une influence déterminante sur toute la chrétienté. Par le biais des nombreux manuscrits, souvent illustrés, les monstres de l’Orient et de l’Antiquité gréco-romaine ont ainsi pénétré l’imaginaire des hommes du Moyen Age.

LOC-ENVEL avait autrefois une léproserie et les seuls vestiges qui en restent sont les trois fenêtres qui donnent sur la chapelle des fonts baptismaux et par lesquelles les lépreux assistaient aux offices. La tradition raconte que les cloches, très recherchées à la révolution pour être refondues furent enlevées et enterrées dans un lieu secret. Si secret qu’elles ne furent jamais retrouvées le calme revenu.

Bon, et bien voilà une jolie promenade. Allez, portez vous bien et à demain peut-être.

 

 

Un Saint peut en cacher un autre…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

Amis des traditions celtiques et des cigarettes du même nom réunies, bonjour !

Nous sommes le vendredi 30 novembre 2012, dixième jour de Frimaire dédié à la Pioche. Pour ce qui me concerne, ce jour est plutôt dédié à la flemme; j’en profite donc pour rediffusé un ancien billet, merci de votre indulgence.

Aujourd’hui, les britophones vont célébrer Tugdual, un des sept saints fondateurs de la Bretagne selon la police, beaucoup plus selon les pèlerins. Les historiens n’arrivent toujours pas à se mettre daccord sur le nom lui même, était-ce Tugdual, Tudy, Tutuarn… Allez savoir, en Bretagne c’est bien connu, un saint peut en cacher un autre. La légende veut qu’il soit venu s’échouer quelque part au fond de l’aber Wrach aux alentours du VIè siècle, accompagné de soixante dix de ses potes pour évangéliser l’Armorique. Personnellement jai opté pour l’orthographe Tutuarn et je l’installe dans un ermitage sur l’île Tristan qui va donner naissance à Douarnenez, Tutuarn enez, l’île de Tutuarn.

Bon daccord, ça m’arrange, mais ce n’est pas plus incongru que d’en faire un Bigouden du côté de Loctudy. Dailleurs, familièrement en breton Tugdual est généralement désigné sous le nom de Pabu et le Trégor est parsemé de chapelles qui lui sont dédiées. Cette tradition vient sans doute du fait qu’il est censé avoir été pape, Pabu: le père; alors pourquoi pas Tutuarn. En tout état de cause, il est revenu mourir à Tréguier un 30 novembre 563, j’ai pas retrouvé à quelle heure… Et puis tiens, maintenant qu’on se connaît un peu, je vais vous raconter une anecdote personnelle. Dans les années soixante, un cousin à la mode de Bretagne s’était mis en tête de se convertir à la religion orthodoxe Celte, si, si, ça existe. Apprenant que je devais effectuer un voyage dans ce qu’on appelait encore la Tchécoslovaquie, il me demanda de lui rapporter un ouvrage d’art ayant trait aux icônes. Quelques mois plus tard, m’étant acquitté de cette tâche, je retrouvais mon cousin pope en compagnie d’un anachorète qu’il me présentât comme son « évêque ». Celui-ci s’était semble t-il installé dans les années 50, dans le bois Juhel sur la commune de Saint Dolay dans le Morbihan – près de La Roche-Bernard. De son vrai nom Jean-Pierre Danyel,il voulait restaurer la spiritualité du monachisme celtique et la tradition des évêques-abbés. C’est dans ce but qu’il fut sacré évêque de l’église orthodoxe celtique et prit le nom de Tugdual. A gauche, une icone réalisée à partir de la photo de Tugdual que lon voit à droite. Cette consécration fut célébrée par Mgr Irénée d’Eschevannes, évêque et futur patriarche de l’Eglise Gallicane en 1957. Le brave homme devait décédé quelques semaines après notre rencontre en août 1968, à l’âge de 51 ans. Avant de mourir il prophétisa que dix ans après sa mort des moines viendraient relever son ermitage. Et en effet, une communauté de moines d’esprit celtique a reconstruit la chapelle qui est maintenant une superbe église en bois. Les adeptes de cette église, devant les bienfaits réalisés par le bonhomme, en on fait un saint. Je peux donc dire que jai rencontré Saint Tugdual… Etonnant non !

Allez le bonjour vous va, portez vous bien, ne vous prenez pas au sérieux et à demain peut-être.

 

Diableries…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

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Amis du légendaire breton et des moules marinières réunis, bonjour !

Nous sommes le dimanche 25 novembre 2012, 5è jour de brumaire, et dans le calendrier républicain, c’est le jour du cochon… Dans celui des postes, c’est la Sainte Catherine là où tout bois prend racine; ce qui me fait me souvenir que j’ai promis à ma fiancée de planter un lilas… 

Et comme le disait mon aïeule qui n’en ratait pas une: pour la Ste Catherine, le porc couine! J’en profite donc pour souhaiter une bonne fête à ma neveuse Katell. Oui, à l’Ouest du Pécos du Couesnon, on dit Katell plutôt que Catherine. Il sont comme cela les bretons, il faut toujours qu’ils se singularisent; non contents de porter des chapeaux ronds, ils ne peuvent pas appeler un chat un chat et une Catherine une Catherine… Ma doue beniget!

Oyez plutôt la légende de Katel Gollet. Elle m’a été contée par un soir d’hiver et par un vieux colporteur dans une auberge des monts d’Arrée aujourd’hui disparue. Il affirmait la détenir de son grand-père qui lui même l’avait recueilli de la bouche d’un mourant alors qu’il croupissait dans la boue du camp de Conlie; là où l’armée bretonne du général de Keratry était censée se préparer à bouter le prussien hors des frontières. Katell était une belle jeune fille de 16 ans qui vivait dans le château de son oncle, à la Roche- Maurice, près de Landerneau.

Sa beauté dit-on, n’avait d’égal que son goût pour le plaisir et la danse. Le tonton, voulant se décharger de cette lourde tutelle, voudrait bien lui trouver un mari qui prendrait soin de la raisonner. Mais la belle entêtée préférait se livrer aux plaisirs de la danse et de la fête plutôt que de songer au mariage. Pour faire patienter son oncle, elle déclara qu’elle épouserait tout homme capable de la faire danser douze heures d’affilée. Nombreux furent les jeunes gens du canton à tenter leur chance. Mais elle les épuisait tant que certains, morts de fatigue, ne voyaient pas le jour suivant.

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L‘hécatombe était telle que son oncle l’enferma dans une des tours du château. Mais Katell s’en échappa et se rendit au pardon de la Martyre accompagné d’un nouveau cavalier. Gavottes, plinns, jabadaos s’enchaînèrent, les deux danseurs s’en donnant à coeur joie.

Mais le jeune homme non plus ne résista pas à l’infatigable Katell qui, prise dans le feu de la danse et de l’alcool, invoqua les puissances de l’enfer demandant de nouveaux musiciens. C’est ainsi que le diable l’entraîna dans une gigue infernale et lui fit franchir les portes du royaume des damnés (le Yeun ellez). La scène est représentée sur le calvaire de Guimiliau (29) ainsi que sur celui de Plougastel-Daoulas (29). Vous pouvez par ailleurs voir le film « Non ma fille tu n’iras pas danser » de Christophe Honoré (2009) et qui reprend le thème de la légende de Katel Gollet, Catherine, fille damnée.

Allez, à raconter aux petits nenfants le soir à la veillée. En attendant portez vous bien et à demain peut-être.

 

La légende de Bran…

Posté par erwandekeramoal dans Non classé, TRADITION

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Amis de la peinture à l’eau et de la sardine à l’huile réunies, bonjour !

Nous sommes le lundi 19 novembre 2012, 29è jour de brumaire dédié au cormier. Il s’agit d’un bel arbre reconnu pour la dureté de son bois. Il a longtemps été le plus prisé pour la confection des fûts d’outils de corroyage (rabots, rifflards, varlopes, guillaumes…), le pommier massif ou en semelle rapportée étant moins apprécié. Il fut aussi utilisé pour réaliser des outils de traçage, règles, trusquins, et de toise. Dans les moulins , les dents rapportées sur la couronne en fonte de l’engrenage multiplicateur étaient faites en cormier. Les fruits, cormes ou sorbes, comestibles après blettissement (comme la nèfle), servaient aussi à préparer une boisson faiblement alcoolisée (piquette de cormes). Ils existent quelques spécimens remarquables de cormier qui peuvent être plusieurs fois centenaire comme celui-ci dans le parc du château du Martreil non loin de Chemillé dans le Maine et Loire. Par chez moi, le 19 novembre, on célèbre les Bran. Oyez cette histoire.

Pas très loin de l’ermitage de Keramoal où réside votre serviteur, face à la mer, du côté de Kerlouan, quelques vieux connaissent encore la légende de Bran. Elle raconte le souvenir d’un combat livré par Even le Grand aux hommes du Nord. L’illustre chef breton les força à la retraite, mais ils ne s’embarquèrent pas sans emmener des prisonniers, parmi lesquels le petit-fils du Comte Even, celui qu’on appelle Bran le corbeau, l’oiseau divin des celtes. Il ne reverra jamais les côtes de Bretagne. 

Le temps a passé ; à Kerlouan, sur le champ de bataille de Neiz-Vran, un grand chêne domine le rivage. Chaque année, en novembre, des oiseaux de mer se posent sur ses branches, des oiseaux au plumage noir et blanc, avec une tâche de sang au front. Au cœur de la nuit apparaît un jeune corbeau, bien fatigué, qui se repose en haut du chêne et dit «chantez pour moi, oiseaux de mon pays, vous qui n’êtes pas mort loin de la Bretagne ». Alors les oiseaux entonnent un chant si beau que la grande mer salée s’arrête de bouger et fait silence pour les écouter ! 

C‘est la même légende qui est attachée à la présence des fameux corbeaux de la tour de Londres. Six corbeaux entretenus par le gouvernement. La légende des corbeaux de la Tour fut mise en place, principalement, par le chroniqueur médiéval Geoffrey de Monmouth, qui relata de nombreux mythes et légendes gallois. En 1136 Geoffrey de Monmouth écrivit Historia Regum Britanniae (Histoire des Rois de Bretagne). Dans ce livre, il mentionne un ancien roi britannique, Bran Hen de Bryneich (né vers 485), tué à la bataille, et qui avait demandé à ce que sa tête soit enterrée, comme talisman contre les invasions, à Gwynfryn (la Butte Blanche), lieu où la Tour de Londres se tient aujourd’hui. Un Yeoman Warder (nom des gardes de la Tour) tient le rôle particulier de ‘Maître-corbeau’ et s’occupe de les nourrir et de les soigner. Lorsque John Flamsteed, l’astronome, se plaignit au roi du fait que les corbeaux gênaient ses observations, Charles II fit déplacer l’observatoire jusqu’à Grennwich plutôt que de toucher aux corbeaux… Etonnant, non !

Allez, portez vous bien et à demain peut-être.


 

Evit an anaon…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

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Amis de la tradition Celtique et du lait ribot réunis, bonjour !

Nous voici le 2 novembre, dans le calendrier Républicain c’est le jour de la Mâcre, plante aquatique que l’on nomme aussi la châtaigne d’eau, on dit que les Chinois en sont très friands. Pour les Bretons, 2 miz du, c’est an anaon. Pour ceux qui consultent ce blog depuis peu, je remets en ligne ce billet déjà paru il y a deux ans (paresseux).

En Bretagne c’est un grand jour que celui-là. Il est consacré aux trépassés, ici on dit Anaon. Peut-être connaissez vous ce recoin de côte entre pointe du Van et du Raz, c’est la baie des trépassés, bae an anaon. Mon aïeule m’a souvent conté l’histoire du Treizour (le passeur) chargé de mener les âmes vers l’autre monde et qui accostait la nuit venue sur ses rivages. Voici le début de Kanaouenn an Anaon (le chant des trépassés) publié en 1839 dans le Barzaz Breiz par Hersart de la Villemarqué.

An’ Tad ar Mab ar Spered-Glan,
Yec’hed mat deoc’h, tud an ti-mañ,
Yec’hed mat deoc’h war bouez hor penn
Deut omp d’ho lakaat er bedenn. (Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, bonne santé à vous, gens de cette maison; bonne santé nous vous souhaitons : nous venons vous mettre en prière.)

Dans la tradition celtique c’est le début de l’année, Samain, ce moment particulier où le temps et l’espace, le monde visible et invisible communiquent. Ce jour est consacré à la rencontre entre les habitants de ce monde et ceux du Sidh, l’autre monde, à ne pas confondre avec l’au-delà. Le Sidh est un monde intermédiaire, ses habitants peuvent en sortir et même inviter des humains à y entrer. Pour les Celtes c’est donc, avant le début de l’année, un seuil hors du temps, un point de rupture.

Il existe à Plougastel-Daoulas (près de Brest – Finistère) une tradition qui à ma connaissance n’existe nulle part ailleurs et que je m’en vais vous décrire. Sans doute le caractère d’isolat qui a longtemps marqué cette commune y est-il pour quelque chose. Il s’agit des Breuriez.

Le terme de breuriez, du breton breur, frère, pourrait se traduire par clan, et représente l’une des vingt-et-une petites unités territoriales de la commune de Plougastel. La cérémonie du breuriez se déroule l’après-midi du 1er novembre de chaque année. Elle regroupe les habitants faisant partie de la frairie qui se retrouvent autour de l’arbre à pommes. L’arbre, garni de pommes par les soins de l’acquéreur de l’année précédente, est présenté à l’assemblée avant le début des enchères. L’arbre revient à celui qui a misé le dernier. L’ancien acquéreur ôte alors la pomme du sommet et la garde pour lui. Le nouvel acquéreur distribue ensuite les pommes de l’arbre aux enfants présents.

L‘ensemble des sommes recueillies par la vente de petits pains bénits, de nèfles et de pommes est remis au clergé (y-a pas de petits bénefs), pour les messes à l’intention des défunts de la frairie. Cette cérémonie du breuriez, transmise à Plougastel par tradition, de génération en génération, n’a pas d’équivalent connu, et trouve probablement son origine dans les coutumes celtiques.

Il s’agit là d’une très vieille et très ancienne coutume qui montre combien les anciens avaient dans leur culture  ce culte des trépassés. La religion Catholique Apostolique et Romaine a vite fait de récupérer tous ces signes et de les intégrer dans ses propres rituels. Je me souviens étant tout minot d’un pilhouer (chiffonnier) qui quêtait en murmurant evit an anaon.

Voilà pour ce clin d’oeil à la tradition celtique dont on peut trouver encore quelques traces malgré les récupérations en tous genres, et en particulier la christianisation forcenée sans parler des marchands du temple qui veulent à tous prix nous imposer halloween…

 

Allez, merci de votre visite, portez vous bien et à demain peut-être.

 

Cornegidouille…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

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Amis de la pataphysique et du boudin blanc réunis, bonjour !

Nous sommes le 1er novembre 2012, encore nommé jour de la Toussaint alors que nos amis républicains avaient dédié ce 11è jour de Brumaire au salsifis…

Ha setu breman: Miz du (e Brezhoneg evel just). Voici venir novembre qui ouvre le chemin de l’hiver par la grande fête de la Samain. On rit, on chante, on boit beaucoup,
on célèbre la mort du roi soleil. Bien sur, c’était avant ! Avant que que les « pisse-vinaigre » de la papauté ( Grégoire IV, 8ème siècle environ) n’en décident autrement. Il faut dire qu’ils furent bien aidé par Louis le Pieux qui instaura sur toute la Carolingie chrétienne cette obligation de fêter tous les saints. Voila pourquoi au lieu de faire la fiesta, on se traine dans les cimetières les bras chargés de chrysantèmes ridicules. Notons au passage, qu’en ce sens nous commettons une grossière erreur car la fête des morts elle, ce n’est que le lendemain. A Carnoët, quand tous les saints seront bien installés dans leur vallée, c’est par camion qu’on va voir débarquer les chrysantèmes, à tous les coups, ils vont remporter la palme des villages fleuris.

Et puis tiens, une pensée pour un maître en absurdie: Alfred JARRY. Il est décédé un 1er novembre en 1907. Il a fréquenté le lycée de Saint-Brieuc jusqu’en 1888 avant d’émigrer pour Rennes. Il va s’inspirer de son professeur de physique, M. Hébert, pour créer le personnage de UBU, interprété récemment par Eric Cantona (?). La vie ne lui a guère laissé le temps de produire davantage, il est mort à 37 ans non sans nous avoir légué la pataphysique…

 

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Chez vous, je ne sais pas, mais ici, il fait un temps à ne pas mettre un saint dehors. Un temps de chien quoi. Pluie, vent… Pour un peu on se croirait à la Toussaint. Un temps à faire du feu dans la cheminée (je reviens demain) un temps qui sent le Kig-ha-farz, la veillée, un temps à relire l’oeuvre complète de Pêr Jakez Hélias; un temps qui fait l’humilité comme disait Jacques Brel. En attendant, ici, il fait plutot l’humidité comme en témoigne cette vue sur les jardins de l’ermitage.

Allez, couvrez vous, portez vous bien et, à demain peut-être.

 

Ras la citrouille…

Posté par erwandekeramoal dans HUMEUR, TRADITION

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Amis de la tradition et du 2.0 réunis, bonjour !

Nous sommes le mercredi 31 octobre 2012, dixième jour de Brumaire dédié à la charrue.

HALLOWEEN: Et voila, c’est reparti pour un tour. Les marchands du temple ne désespèrent pas de nous refiler leur camelote. Messieurs les vendeurs de citrouilles, nous n’avons que faire de vos zombis de pacotille, vos Freddys ensanglantés et autres fantômes hollywoodiens…,Nous, nous arrivons en ligne droite des Thuatha De Danann, nos épopées sont celles de Cûchulain et nous avançons vers Avalon. Chez nous, la Samain est celle des druides, bardes et ovates. La Celtie n’a pas attendu l’évangélisation, fusse celle de St Patrick, pour ouvrir, une fois l’an, la porte entre la saison claire et la saison noire, entre le jour et la nuit, entre le monde des vivants et celui des morts. Si vous passez du coté de l’ile de Sein, le mercredi après midi, vous y verrez peut-être de vieilles Sénanes, tout de noir vétues, penchées sur la tombe de leurs disparus et, si vous approchez avec discrétion, vous les entendrez parler. Elles racontent aux défunts les évènements de la semaine. Pourquoi ne pas profiter de cette
période de l’année et de cette tradition que les immigrants Irlandais et Ecossais ont emporté dans leurs bagages vers le nouveau monde (all hallow even: le soir de tous les saints et la légende de Jack o lantern) pour raconter aux enfants la très vieille et très ancienne tradition Celtique. Son panthéon n’a pas à rougir de celui des Grecs ou des Egyptiens. Ses sagas n’ont rien à envier à l’Illiade, à l’Odyssée, aux milles et une nuits ni même à la bible. Oui mais voila, ça ne se vend pas ça, coco ! Alors, de grâce, épargnez nous vos orgies de cucurbitacées.

Allez, portez vous bien et à demain peut-être.

 

En avant la musique…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

Amis de la métaphore et du Sèvre et Maine réunis, bonjour !

Nous sommes le jeudi 09 août 2012, autant dire que les jours raccourcissent, celui ci correspond au 22 de thermidor et était dédié au câprier.

C‘est cet arbuste méditerranéen dont les boutons floraux, confits dans le vinaigre, donnent les fameuses câpres. En Crête, les feuilles du câprier commun sont utilisées en salade. Par ailleurs, les racines et l’écorce trouvent leur utilité dans la pharmacopée naturelle. On dit que ses grandes et belles fleurs très odorantes ne vivent qu’une seule journée. Avant de préparer votre tartare soyez vigilant, les vraies câpres sont vendues sous l’appellation « câpres surfines » sinon, il s’agit souvent de boutons de capucine préparés de la même façon mais beaucoup moins chers évidemment.

Tout à fait autre chose.

En Bretagne, le 9 août on fête les Herlé, nom d’un petit saint de seconde catégorie qui a laissé son nom à la commune de Ploaré (plo Erlé) dans le Finistère. C’est d’ailleurs, à ma connaissance, la seule trace que l’on trouve de ce saint. Quimperlé par exemple n’a rien à y voir et vient de Kemper (confluent) et Ellé, une des rivières qui traversent la ville. La commune de Ploaré est considérée comme le berceau rural de Douarnenez. Les deux ne forment plus qu’une seule et même commune depuis l’après guerre. Herlé est représenté en diacre portant la dalmatique dans l’église paroissiale, un livre dans une main et la palme du martyre dans l’autre. Mais, Herlé évoque pour moi l’harmonie municipale qui portait son nom, on disait « la Cipale ». C’est elle qui ouvrait le défilé le jour de la fête des écoles (laïques évidemment). Elle était dirigée par François Cuadrat puis par son fils Fernando, famille de réfugiés républicains espagnols qui trouvèrent asile en terre bretonne. J’en ai retrouvé une photo amusante où l’on voit sous le porche de l’église de Ploaré, les retrouvailles d’un républicain espagnol et d’un représentant de la sainte église. Alleluhia !!! Aujourd’hui, la fanfare de Douarnenez ça ressemble à ça et elle se nomme « à bout de souffle »:

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Bon, je l’ai déjà dit, l’été je paresse un peu alors que durant le reste de l’année, je fainéante beaucoup. Du coup je m’autorise à remettre en ligne des billets déjà parus; c’est le cas de celui-ci. Allez, portez vous bien et à demain peut-être.

Santez Anna ar Palud…

Posté par erwandekeramoal dans LES BEAUX SAINTS, TRADITION

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Amis de la cuisse de grenouille et de celle de Jupiter réunies, bonjour !

Voici venu le 26 juillet, 8ème jour de thermidor consacré au Carthame. Le carthame des teinturiers ou Safran des teinturiers, parfois appelé Safran bâtard, est une plante originaire d’Égypte, dont le nom dériverait d’un mot arabe qurtum. Elle produit un fruit, un akène oléagineux, dont les graines sont utilisées dans l’élaboration des huiles alimentaires ou de massage (la fameuse huile de carthame) qui sont parfois intégrées à des produits cosmétiques pour les cheveux. Cette huile au parfum prononcé est surtout utilisée à froid. Non raffinée, elle a une légère saveur de noisette et sa couleur se rapproche du jaune ambré foncé, tandis que raffinée, elle ne présente aucune saveur et sa couleur est plutôt jaune pâle. Bon, maintenant, je dis ça…

Tiens, c’est la sainte Anne !

En breton, sainte Anne est surnommée « Mamm gozh ar Vretoned », c’est-à-dire la grand-mère des Bretons. Des légendes la décrivent comme originaire de Plonévez-Porzay. Anatole Le Braz publie un récit dans laquelle Anne est mariée à un seigneur cruel et jaloux, qui lui interdit d’avoir des enfants. Lorsqu’elle tombe enceinte, il la chasse du château de Moëllien. Son errance avec la petite Marie la conduit à la plage de Tréfuntec où l’attend un ange, près d’une barque. Selon la volonté de Dieu, l’ange l’amène jusqu’en Galilée. Bien des années plus tard, la petite Marie qui s’est bien dégourdie épouse Joseph un gaillard du coin, charpentier de son état. Tout allait bien dans le ménage jusqu’à l’apparition d’un certain Gabriel et, vous connaissez la suite.  Anne revient en Bretagne pour y finir sa vie dans la prière et distribuer ses biens aux pauvres.  Son corps aurait disparu après sa mort, mais des pêcheurs auraient retrouvé une statue à son effigie en baie de Douarnenez. Celle-ci, installée près de l’endroit où Jésus avait fait jaillir une source, est devenue le but du plus ancien pèlerinage consacré à Sainte Anne et a pris le nom de Sainte-Anne-la-Palud. Le Grand Pardon qui, depuis l’antiquité, rassemble des milliers de pèlerins, le dernier week-end d’août de chaque année, est certainement le plus authentique et le plus ancien d’Armorique comme disent les dépliants touristiques. J’ai dans l’idée qu’il s’agit là d’une résurgence de l’ancien culte Celte dédié à Dana la déesse-mère des Tuatha de Danann. Les publicistes évangélistes de l’époque ne reculaient devant rien pour convaincre le petit peuple. Alors, expliquer aux Bas-bretons que la grand-mère du Christ est née dans le pays Glazik… Même Séguéla il oserait pas un truc pareil.

Lpardon de Sainte Anne, pour nous autres jeunes douarnenistes, faisait partie de ces rites initiatiques qui ouvraient les portes entre l’enfance et la jeunesse. On s’y rendait en bande en suivant le littoral entre la plage du Ris et celle de Ste Anne. C’était en quelque sorte le festival des vieilles charrues de l’époque. On couchait à même les dunes et on buvait en trois jours plus de bière et de cidre qu’un moine en six mois… C’était aussi bien souvent l’occasion de connaître ses premiers émois sous le regard complice de Mamm Goz ar vretoned. Car bien évidemment c’est l’aspect profane qui déplaçait les foules, quand bien même chacun faisait mine de croire que c’était la dévotion ; y compris les parents qui nous donnaient la permission de découcher puisque c’était pour la « bonne cause ». Aujourd’hui tout cela est loin et l’évènement se limite à une sortie pour les pensionnaires des maisons de retraite…

Allez, portez vous bien et à demain peut-être.