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Les racines du mal…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

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Amis de la pharmacopée et du ris de veau réunis, bonjour !

Nous voici le lundi 11 mars de l’an 2013 c’est à dire le 21 de ventôse qui était généralement dédié à la Mandragore.

Les effets hallucinogènes remarquables de la plante, ainsi que la capacité qu’ont sesimages-1 principes actifs de pouvoir aisément traverser la peau et de passer dans la circulation sanguine, explique certainement pourquoi les sorcières du Moyen Age, qui s’enduisaient les muqueuses et les aisselles à l’aide d’un onguent à base de mandragore, entraient en transe.          Les anglais disent Mandrake, d’où le nom du fameux magicien de Phil Davis. A noter qu’en France, la société Mandriva Linux avait initialement choisi le nom Mandrake Linux pour son produit phare, avant de devoir y renoncer suite à un procès.

 

La plante était également utilisée par les guérisseuses, notamment pour faciliter les accouchements, mais aussi contre les morsures de vipère. En raison de la forme vaguement humaine de sa racine et de ses composés alcaloïdes psychotropes, la imagesmandragore a été associée depuis l’antiquité à des croyances et des rituels magiques. La Mandragore Officinale est devenue, au fil des années, tellement mystérieuse dans le folklore, qu’elle a été par la suite considérée non seulement comme la plus puissante mais également comme la plus dangereuse de toutes les herbes magiques. Elle représente tout ce qui est mystérieux et attirant dans le monde étrange des plantes. A noter qu’elle contient un alcaloïde, la scopolamine, dont on a tiré les premiers sérums de vérité…

Vers 1520, Machiavel, grande figure de la Renaissance, secrétaire de la République libre de Florence, humaniste, historien, diplomate et républicain convaincu, en a fait une pièce de théâtre. « L’histoire s’appelle “la Mandragore”, et vous saurez pourquoi en nous voyant jouer, du moins je le suppose. L’auteur n’a pas grand renom et pourtant, s’il ne vous fait pas rire, il veut bien payer à boire. Un amant pitoyable, un juriste sans astuce, un moine dissolu, un parasite qui est l’enfant chéri de la Malice, voilà pour vous distraire en ce jour. » extrait du prologue.

Il faut bien reconnaître que sa cueillette n’est pas une mince affaire. Paracelse  conseillait d’opérer la nuit du vendredi, lorsque les mandragores sont lumineuses après l’orage, il convient de les rechercher au pied d’un gibet, où le sperme du pendu leur cueillette_mandragoreapporte vitalité, ou sur les places de supplice ou de crémation. Un chien noir affamé, animal condamné, est attaché au pied de la plante, et ,excité par le son du cor, est appelé au loin, devant franchir trois cercles concentriques inscrits à terre autour de la mandragore à l’aide d’un poignard magique. La plante émet lors de l’arrachage un cri d’agonie insoutenable, tuant l’animal, et l’homme non éloigné aux oreilles non bouchées de cire. La racine devient magique après lavage, macération et maturation en linceul ; elle représente l’ébauche de l’homme, « petit homme planté » ou « homonculus ». Ainsi choyée, elle reste éternellement fidèle à son maître et procure à son possesseur, prospérité prodigieuse, abondance de biens, et fécondité.

Bon ben dites donc, ça nous fait un début de semaine pas très catholique tout cela. Profitons en car pendant ce temps là, la sainte inquisition est en conclave pour désigner le futur boss. Allez, portez vous bien et à demain peut-être.

 

LE PETIT PEUPLE…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

Amis de la phytothérapie et du haddock à la crème réunis, bonjour !

Nous sommes le mardi 19 février 2013 et, si l’on en croit le calendrier républicain, nous sommes le 1er jour de ventôse dédié au tussilage. Cette plante qui fait penser un peu 61967397_pau pissenlit est une des plus ancienne utilisée dans la médecine traditionnelle. Elle est particulièrement réputée pour ses propriétés antitussives d’où son nom, tussilage. Les chinois l’utilisaient déjà sous la dynastie des Han pour lutter contre l’asthme. On en parle dans un ouvrage qui s’intitule Classique de la matière médicale du laboureur céleste et qui sert encore de référence aux médecins traditionnels asiatiques.

Pline l’ancien lui même en recommandait l’usage sous forme d’inhalation pour chasser 61967420_pla toux. Et comment ne pas relever cette anecdote amusante qui fait irrésistiblement penser aux facéties de nos korriganed bretons: Les Koropokkuru (homme sous les pétasites en langue aïnoue – à gauche sur la photo) sont des « lutins » de la mythologie Aïnoue, population aborigène vivant au nord du Japon et à l’extrême est de la Russie. Ces êtres mythologiques habitent sous terre et dans les tiges des feuillages du tussilage et des pétasites. De la taille d’un pied d’enfant, ces « lutins » sont à proprement parler des kamuys (« esprits » en langue Aïnoue) végétaux. Établis dans les forêts, ils apparaissent au voyageur perdu pour le guider sur sa route.

On se croirait dans les monts d’Arrée où se sont retiré nos korrigans à nous.(quand on vous dit que toutes les civilisations se valent). Petits, noirs et velus, coiffés de 72966047_pchapeaux plats avec des rubans de velours, les filles étant coiffées de bonnets violets. Pierre Dubois (grand elfologue devant l’éternel) les décrit comme des nains cornus hauts d’une à deux coudées, aux pieds de boucs, aux sabots de fer et aux griffes de chat. Mon aïeule m’a raconté qu’autrefois, lorsqu’on avait perdu quelque chose, il suffisait de se rendre à leur résidence au commencement de la nuit, et de dire: ” Poulpican, j’ai perdu tel ou tel objet.” Le lendemain on le retrouvait à sa porte.

Aujourd’hui les humains ne savent plus où réside le petit peuple. Quoique…Si vous passez du côté de Plaudren (dans le Morbihan), auprès du petit bourg de Locqueltas, il est une lande appelée Motenn-Dervenn. Suivez le chemin de terre au Sud-est jusqu’à… Je ne peux en dire davantage.

Allez, portez vous bien et à demain peut-être.

 

LE MARAIS DU MOINE…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

Amis de la lutte finale et du corned-beef réunis, bonjour !

Nous sommes le lundi 18 février 2013 qui est le trentième et dernier jour de pluviôse, dédié au traîneau.

Chez nous aujourd’hui dans certains calendriers, on fête les Gireg qui laissa son nom à la station de Perros-Guirec. Sur la côte de granit rose, à Ploumanac’h,( ce nom de commune vient du breton Poul-Manach, le marais du moine; peut-être un cénobite) on trouve l’oratoire de Saint Kireg. Kireg est un moine gallois débarqué sur cette plage dans une auge de granit comme d’ innombrables saints en provenance de Bretagne la grande; c’était très tendance à l’époque.

La légende disait que si une jeune fille arrivait à planter une aiguille dans le nez du 72915062_psaint et que cette épingle restait fichée,elle serait mariée dans l’année, sinon elle devrait patienter. Mais un jour la paroisse remplaça la statue de bois par une statue de pierre. Il fut sans doute plus dur de trouver mari… Personnellement je trouve dommage de défigurer la côte de granit rose avec ce genre d’édifice mais, bon…Celui-ci, construit sur un amas de rochers submergé par les flots à marée haute, trouve son origine au 12ème siècle. Il était très fréquenté par les femmes des marins qui venaient y prier pour le retour de leurs époux. Il faut dire que la bretonne a toujours été très préoccupée pas son devenir matrimonial, les mauvaises langues disent patrimonial. Quand ce n’était pas une aiguille dans le nez d’une statue, c’était une épingle que l’on jetait dans une fontaine. Si l’objet flottait, le mariage était assuré dans l’année. Il en allait de même si vous aviez deux sous dans la poche au moment où chantait le coucou.

Il est vrai qu’on n’allait pas en boite toutes les semaines et que les occasions de AGE_1302131379.jpgrencontres se faisaient rares. Mon aïeule me racontait qu’une des plus prisées étaient la fête de l’aire nouvelle, labour al leur nevez. Il s’agissait de remettre en état l’aire de battage de la ferme et toute la jeunesse des environs était avertie, souvent par les colporteurs voire le garde champêtre, de la date de l’événement. Un couple de sonneurs juché sur une barrique faisait danser la compagnie durant des heures. Il s’agissait de tasser la glaise nouvellement répandue sur l’aire. C’est une des origines de la fameuse dans Plinn qui intrigue tant nos visiteurs. Photo de gauche, préparation de l’aire nouvelle à Penmarc’h (29).

Voilà pour la tradition, allez, portez vous bien et à demain peut-être.

 

Un Noël Dada…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

Amis de la tradition et de la marennes-Oléron réunies, bonjour !

Nous sommes donc le mardi 25 décembre 2012, cinquième jour de Nivôse, dédié au Chien dans notre calendrier républicain. Par ailleurs il reste quelques personnes à considérer ce jour comme celui de la naissance du Christ, un certain Jésus de Nazareth, leur Messie, mais si ! Quoique, historiquement, ni l’année ni le jour de la naissance de Jésus de Nazareth ne sont connues. Les Évangiles ne donnent aucune précision quant à la date de sa naissance. paradoxalement, Jésus de Nazareth pourrait bien être né « avant Jésus Christ » : l’origine de l’ère commune est en effet censée être la naissance du Christ. Les dates retenues concernant l’année de naissance de Jésus prêtent à discussion. Les Évangiles selon Matthieu et selon Luc la situent sous le règne d’Hérode le Grand dont le long règne s’achève quatre ans avant notre ère, c’est à dire avant la naissance du nazaréen…  C’est le Pape Libère qui aurait institué cette date en 354. Il faut bien reconnaître que c’était un fameux coup de marketing car de nombreuses traditions ancestrales liées au solstice d’hiver avaient lieu à cette époque de l’année. Aujourd’hui, le charpentier et sa jeune épouse auraient quelques difficultés à s’approcher de Bethléem mais, ceci est une autre histoire.

C‘est aussi le jour anniversaire de la disparition de Tristan Tzara (25 décembre 1963) il était né à Moinesti (Roumanie) en 1896. Pendant la première guerre mondiale, il séjourne à Bâle où il contribue à la fondation du mouvement Dada avec Ball, Arp et Huelsenbeck.

En 1916, il publie le premier texte dadaïste: Les Aventures Célestes de Monsieur Antipyrine. Il fonde également la revue Le Cabaret Voltaire à laquelle collaborent Apollinaire, Picasso, Cendrars, Kandinsky et Modigliani. En 1918, il publie le Manifeste Dada et, l’année suivante, se rend à Paris où les surréalistes l’accueillent avec enthousiasme.

A partir de 1920, Tzara organise avec les surréalistes une série de manifestations qui feront scandale. En 1922, il se sépare de Breton qui refuse à garder une atti­tude purement nihiliste. Tzara reste quelques temps en dehors du groupe surréa­liste, mais il y revient en 1929.

Tzara participe aux activités du mouvement jusqu’en 1935 et collabore notamment au Surréalisme ASDLR. Passé cette date, l’activité de Tzara qui fini par adhérer au Parti Communiste (personne n’est parfait) cesse peu à peu de concerner le surréalisme.(à gauche, un portrait signé Delaunay)

En 1938, il voyage en Espagne où de 1934 à 1936 il avait été secrétaire du Comité pour la Défense de la Culture Espagnole. Pendant la guerre, il participe à la résistance intellectuelle et vit clandes­tinement dans le Midi de la France. A la libération, il participe à Toulouse à la fondation de l’Institut d’Etudes Occitanes.

Pour faire un poème dadaïstes

Prenez un journal

Prenez des ciseaux

Choisissez dans ce journal un article ayant la longueur que vous comptez donner à votre poème.

Découpez l’article.

Découpez ensuite avec soin chacun des mots qui forment cet article et mettez-les dans un sac.

Agitez doucement.

Sortez ensuite chaque coupure l’une après l’autre dans l’ordre où elles ont quitté le sac.

Copiez consciencieusement.

Le poème vous ressemblera.

Et vous voici un écrivain infiniment original et d’une sensibilité charmante, encore qu’incomprise du vulgaire.

Manifeste sur l’amour faible et l’amour amer. – 1921.

Allez, joyeux Noël à tous, portez vous bien et à demain peut-être.

 

O Gehl an Heu !

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

Amis de la polémique et du waterzoï réunis, bonjour !

Nous sommes le 21 décembre 2012 et si l’on en croit les survivalistes, il vous reste peu de temps pour préparer la fin du Monde. Quand au calendrier républicain, il est dédié ce jour, premier de Nivôse, à la tourbe (voir mon billet du 21/12/2009).

Nivôse qui nous vient tout droit du latin Nivosus, riche en neige… C’est bien tout ce qu’il reste de riche par les temps qui courent ; mis à part quelques spéculateurs véreux qui se repaissent sur le dos des peuples qui n’en peuvent mais. Quelques évadés fiscaux qui trouvent que l’herbe est plus verte chez le voisin. Quelques patrons du CAC 40 qui continuent de se verser des salaires indécents. Quelques prévaricateurs de basse extraction. Quelques golden boys endimanchés. Quelques concussionnaires avides. Quelques traders perfides et quelques gougnafiers sans étiquettes… Merde, ça commence à faire du monde !

C‘est aussi le Solstice d’hiver. L’année celto-druidique commence au solstice d’hiver avec la cérémonie de la Modra Necht, fête qui est marquée par la « cueillette du gui ». A chaque fois que le druide officiant coupe une touffe de gui, il s’écrie : « O Gehl an Heu ! » qui signifie « Le Blé lève ! ». Cet usage maintenu tout le Moyen-âge fut mal compris de la foule qui traduisit par « Au Gui l’An neuf ! », amusant, non ?

Lors du solstice d’hiver, les druides contemporains ne fêtent pas Yule comme dans les pays nordiques, mais Alban Arthan (la lumière de l’ours). Ce nom est tiré des écrits de Iolo Morganwg qui produisit plusieurs textes néo-druidiques au 18ème siècle et les fit passer pour des textes ayant une origine authentique.

Bon, c’est l’occasion ou jamais de vous dire, portez vous bien et à demain… Peut-être.

 

Le bon, la brute et les enfants…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

Amis des contes pour enfants et de la quiche lorraine réunis, bonjour !

Nous sommes le jeudi 06 décembre 2012, 16è jour de Frimaire dédié à l’Ajonc (al Lann en breton). Le calendrier des postes nous invite à fêter les Nicolas.

Avant l’heure, c’est pas l’heure ! Avant Noël, c’est pas Noël ! Quoique, il n’y a encore pas si longtemps, dans le Nord, en Lorraine, en Belgique, la Saint Nicolas c’était Noël. Les rues s’animaient et le bon saint s’y promenait accompagné de son terrible accolyte, le père Fouettard, le premier complimentant les uns et l’autre châtiant les pêcheurs.

Connaissant votre érudition sans limite, je vous livre le texte en vieux françois.

 


Treis clercs alouent escole , n’en frei une longe parole                

Li ostes par nuit les occist , les cors musçat, le aver prist.

Seint Nicholas par Deu le solt , s’emprès fu la si cum Deu plout.

Les clercs à l’oste demandat , nel pout celé qu’il les mustrat;

Seint Nicholas par sa preere , mist les almes enz el cors arere

Por ceo que al clercs fit cel honur , funt li clercs la feste à son jur,

de ben lire et ben chanter et des miracles réciter.

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Il existe bien sûr plusieurs versions de la légende mais le fond reste le même. Celle-ci  fut recueillie par Gérard de Nerval en 1842 dans le Valois (nord est de l’ile de France) et devint vite populaire dans les milieux intellectuels du 19e siècle .

Ils étaient trois petits enfants
Qui s’en allaient glaner aux champs
Tant sont allés, tant sont venus
Que vers le soir se sont perdus.
S’en sont allés chez le boucher :
Boucher, voudrais-tu nous loger ?
Entrez, entrez, petits enfants,
Y’a de la place assurément.
Ils n’étaient pas sitot entrés
Que le boucher les a tués,
Les a coupés en p’tits morceaux
Mis au saloir comme pourceaux…


Je vous la fais courte: Un méchant boucher un peu psychopathe trucide trois personnes (quelquefois, trois enfants). Plus tard, passe St Nicolas qui les ressuscite. Et depuis, il distribue des bonbons aux petits enfants sages. Je ne sais pas pour vous mais pour ce qui me concerne, mon aïeule, qui faisait de la prévention comme d’autres font du tricot, m’a appris à me méfier des vieux messieurs qui offrent des bonbons aux petits nenfants. Aujourd’hui, les représentants des ligues bien-pensantes s’offusquent de la violence à la télévision, responsable de tous nos maux. Je me marre doucettement en constatant le cannibalisme, l’infanticide, et autres joyeusetés des contes de l’époque.

 

Allez, merci d’être passé, portez vous bien et à demain peut-être.


 

Gargouilles et chimères…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

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Amis du grand architecte et du petit charpentier réunis, bonjour !

Nous sommes le lundi 03 décembre 2012, 13è jour de Frimaire dédié au Cèdre.

En Bretagne on célèbre Envel qui a légué son nom à la magnifique petite commune de Loc-Envel en Côtes d’Armor. L’étymologie de ce prénom vient des mots de vieux breton uuin (blanc) et mael (prince). Autrefois, on l’invoquait contre les loups. C’est la plus petite commune de ce département et qui compte aujourd’hui 80 habitants après en avoir eu près de 400 à la fin du 19è siècle. Sans doute grâce aux mines de fer et de zinc qui existaient sur son territoire. C’est tout près de Belle-Isle-en-terre et du fameux château de Coat-an-noz dans la forêt du même nom. C’est ce château que Lady Mond fit reconstruire à Belle-Isle-en-terre (voir mon billet de novembre 2009). C’est encore la même histoire qui date du début du VIè siècle lorsque le Pays de Galles décida d’aller se refaire les saints en petite Bretagne et les expédia par charters entiers sur les côtes armoricaines. Envel lui s’installa comme anachorète dans la forêt de Coat-an-noz (le bois de la nuit) et sa soeur Yuna en fit autant dans le bois de Coat-an-Hay (le bois du jour). La légende dit qu’ils ne se revirent jamais. Les deux forêts existent toujours et j’y ai fait de belles cueillettes de champignons. Si vos pas vous mènent dans ces parages, jetez donc un oeil sur cette petite église absolument épatante (gothique flambloyant). Les chimères et les gargouilles qui ornent l’église gardent une expression fort curieuse, malgré la patine et l’usure du temps. Mais, je me suis souvent posé cette question: pourquoi tous ces singes sur les églises en Bretagne? Il semble bien que la plupart des bestiaires du moyen-âge dérivent du fameux Physiologus, ouvrage Grec du IIè siècle. Traduit en latin dès le IVème siècle, le « Physiologus » a exercé une influence déterminante sur toute la chrétienté. Par le biais des nombreux manuscrits, souvent illustrés, les monstres de l’Orient et de l’Antiquité gréco-romaine ont ainsi pénétré l’imaginaire des hommes du Moyen Age.

LOC-ENVEL avait autrefois une léproserie et les seuls vestiges qui en restent sont les trois fenêtres qui donnent sur la chapelle des fonts baptismaux et par lesquelles les lépreux assistaient aux offices. La tradition raconte que les cloches, très recherchées à la révolution pour être refondues furent enlevées et enterrées dans un lieu secret. Si secret qu’elles ne furent jamais retrouvées le calme revenu.

Bon, et bien voilà une jolie promenade. Allez, portez vous bien et à demain peut-être.

 

 

Un Saint peut en cacher un autre…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

Amis des traditions celtiques et des cigarettes du même nom réunies, bonjour !

Nous sommes le vendredi 30 novembre 2012, dixième jour de Frimaire dédié à la Pioche. Pour ce qui me concerne, ce jour est plutôt dédié à la flemme; j’en profite donc pour rediffusé un ancien billet, merci de votre indulgence.

Aujourd’hui, les britophones vont célébrer Tugdual, un des sept saints fondateurs de la Bretagne selon la police, beaucoup plus selon les pèlerins. Les historiens n’arrivent toujours pas à se mettre daccord sur le nom lui même, était-ce Tugdual, Tudy, Tutuarn… Allez savoir, en Bretagne c’est bien connu, un saint peut en cacher un autre. La légende veut qu’il soit venu s’échouer quelque part au fond de l’aber Wrach aux alentours du VIè siècle, accompagné de soixante dix de ses potes pour évangéliser l’Armorique. Personnellement jai opté pour l’orthographe Tutuarn et je l’installe dans un ermitage sur l’île Tristan qui va donner naissance à Douarnenez, Tutuarn enez, l’île de Tutuarn.

Bon daccord, ça m’arrange, mais ce n’est pas plus incongru que d’en faire un Bigouden du côté de Loctudy. Dailleurs, familièrement en breton Tugdual est généralement désigné sous le nom de Pabu et le Trégor est parsemé de chapelles qui lui sont dédiées. Cette tradition vient sans doute du fait qu’il est censé avoir été pape, Pabu: le père; alors pourquoi pas Tutuarn. En tout état de cause, il est revenu mourir à Tréguier un 30 novembre 563, j’ai pas retrouvé à quelle heure… Et puis tiens, maintenant qu’on se connaît un peu, je vais vous raconter une anecdote personnelle. Dans les années soixante, un cousin à la mode de Bretagne s’était mis en tête de se convertir à la religion orthodoxe Celte, si, si, ça existe. Apprenant que je devais effectuer un voyage dans ce qu’on appelait encore la Tchécoslovaquie, il me demanda de lui rapporter un ouvrage d’art ayant trait aux icônes. Quelques mois plus tard, m’étant acquitté de cette tâche, je retrouvais mon cousin pope en compagnie d’un anachorète qu’il me présentât comme son « évêque ». Celui-ci s’était semble t-il installé dans les années 50, dans le bois Juhel sur la commune de Saint Dolay dans le Morbihan – près de La Roche-Bernard. De son vrai nom Jean-Pierre Danyel,il voulait restaurer la spiritualité du monachisme celtique et la tradition des évêques-abbés. C’est dans ce but qu’il fut sacré évêque de l’église orthodoxe celtique et prit le nom de Tugdual. A gauche, une icone réalisée à partir de la photo de Tugdual que lon voit à droite. Cette consécration fut célébrée par Mgr Irénée d’Eschevannes, évêque et futur patriarche de l’Eglise Gallicane en 1957. Le brave homme devait décédé quelques semaines après notre rencontre en août 1968, à l’âge de 51 ans. Avant de mourir il prophétisa que dix ans après sa mort des moines viendraient relever son ermitage. Et en effet, une communauté de moines d’esprit celtique a reconstruit la chapelle qui est maintenant une superbe église en bois. Les adeptes de cette église, devant les bienfaits réalisés par le bonhomme, en on fait un saint. Je peux donc dire que jai rencontré Saint Tugdual… Etonnant non !

Allez le bonjour vous va, portez vous bien, ne vous prenez pas au sérieux et à demain peut-être.

 

Diableries…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

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Amis du légendaire breton et des moules marinières réunis, bonjour !

Nous sommes le dimanche 25 novembre 2012, 5è jour de brumaire, et dans le calendrier républicain, c’est le jour du cochon… Dans celui des postes, c’est la Sainte Catherine là où tout bois prend racine; ce qui me fait me souvenir que j’ai promis à ma fiancée de planter un lilas… 

Et comme le disait mon aïeule qui n’en ratait pas une: pour la Ste Catherine, le porc couine! J’en profite donc pour souhaiter une bonne fête à ma neveuse Katell. Oui, à l’Ouest du Pécos du Couesnon, on dit Katell plutôt que Catherine. Il sont comme cela les bretons, il faut toujours qu’ils se singularisent; non contents de porter des chapeaux ronds, ils ne peuvent pas appeler un chat un chat et une Catherine une Catherine… Ma doue beniget!

Oyez plutôt la légende de Katel Gollet. Elle m’a été contée par un soir d’hiver et par un vieux colporteur dans une auberge des monts d’Arrée aujourd’hui disparue. Il affirmait la détenir de son grand-père qui lui même l’avait recueilli de la bouche d’un mourant alors qu’il croupissait dans la boue du camp de Conlie; là où l’armée bretonne du général de Keratry était censée se préparer à bouter le prussien hors des frontières. Katell était une belle jeune fille de 16 ans qui vivait dans le château de son oncle, à la Roche- Maurice, près de Landerneau.

Sa beauté dit-on, n’avait d’égal que son goût pour le plaisir et la danse. Le tonton, voulant se décharger de cette lourde tutelle, voudrait bien lui trouver un mari qui prendrait soin de la raisonner. Mais la belle entêtée préférait se livrer aux plaisirs de la danse et de la fête plutôt que de songer au mariage. Pour faire patienter son oncle, elle déclara qu’elle épouserait tout homme capable de la faire danser douze heures d’affilée. Nombreux furent les jeunes gens du canton à tenter leur chance. Mais elle les épuisait tant que certains, morts de fatigue, ne voyaient pas le jour suivant.

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L‘hécatombe était telle que son oncle l’enferma dans une des tours du château. Mais Katell s’en échappa et se rendit au pardon de la Martyre accompagné d’un nouveau cavalier. Gavottes, plinns, jabadaos s’enchaînèrent, les deux danseurs s’en donnant à coeur joie.

Mais le jeune homme non plus ne résista pas à l’infatigable Katell qui, prise dans le feu de la danse et de l’alcool, invoqua les puissances de l’enfer demandant de nouveaux musiciens. C’est ainsi que le diable l’entraîna dans une gigue infernale et lui fit franchir les portes du royaume des damnés (le Yeun ellez). La scène est représentée sur le calvaire de Guimiliau (29) ainsi que sur celui de Plougastel-Daoulas (29). Vous pouvez par ailleurs voir le film « Non ma fille tu n’iras pas danser » de Christophe Honoré (2009) et qui reprend le thème de la légende de Katel Gollet, Catherine, fille damnée.

Allez, à raconter aux petits nenfants le soir à la veillée. En attendant portez vous bien et à demain peut-être.

 

La légende de Bran…

Posté par erwandekeramoal dans Non classé, TRADITION

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Amis de la peinture à l’eau et de la sardine à l’huile réunies, bonjour !

Nous sommes le lundi 19 novembre 2012, 29è jour de brumaire dédié au cormier. Il s’agit d’un bel arbre reconnu pour la dureté de son bois. Il a longtemps été le plus prisé pour la confection des fûts d’outils de corroyage (rabots, rifflards, varlopes, guillaumes…), le pommier massif ou en semelle rapportée étant moins apprécié. Il fut aussi utilisé pour réaliser des outils de traçage, règles, trusquins, et de toise. Dans les moulins , les dents rapportées sur la couronne en fonte de l’engrenage multiplicateur étaient faites en cormier. Les fruits, cormes ou sorbes, comestibles après blettissement (comme la nèfle), servaient aussi à préparer une boisson faiblement alcoolisée (piquette de cormes). Ils existent quelques spécimens remarquables de cormier qui peuvent être plusieurs fois centenaire comme celui-ci dans le parc du château du Martreil non loin de Chemillé dans le Maine et Loire. Par chez moi, le 19 novembre, on célèbre les Bran. Oyez cette histoire.

Pas très loin de l’ermitage de Keramoal où réside votre serviteur, face à la mer, du côté de Kerlouan, quelques vieux connaissent encore la légende de Bran. Elle raconte le souvenir d’un combat livré par Even le Grand aux hommes du Nord. L’illustre chef breton les força à la retraite, mais ils ne s’embarquèrent pas sans emmener des prisonniers, parmi lesquels le petit-fils du Comte Even, celui qu’on appelle Bran le corbeau, l’oiseau divin des celtes. Il ne reverra jamais les côtes de Bretagne. 

Le temps a passé ; à Kerlouan, sur le champ de bataille de Neiz-Vran, un grand chêne domine le rivage. Chaque année, en novembre, des oiseaux de mer se posent sur ses branches, des oiseaux au plumage noir et blanc, avec une tâche de sang au front. Au cœur de la nuit apparaît un jeune corbeau, bien fatigué, qui se repose en haut du chêne et dit «chantez pour moi, oiseaux de mon pays, vous qui n’êtes pas mort loin de la Bretagne ». Alors les oiseaux entonnent un chant si beau que la grande mer salée s’arrête de bouger et fait silence pour les écouter ! 

C‘est la même légende qui est attachée à la présence des fameux corbeaux de la tour de Londres. Six corbeaux entretenus par le gouvernement. La légende des corbeaux de la Tour fut mise en place, principalement, par le chroniqueur médiéval Geoffrey de Monmouth, qui relata de nombreux mythes et légendes gallois. En 1136 Geoffrey de Monmouth écrivit Historia Regum Britanniae (Histoire des Rois de Bretagne). Dans ce livre, il mentionne un ancien roi britannique, Bran Hen de Bryneich (né vers 485), tué à la bataille, et qui avait demandé à ce que sa tête soit enterrée, comme talisman contre les invasions, à Gwynfryn (la Butte Blanche), lieu où la Tour de Londres se tient aujourd’hui. Un Yeoman Warder (nom des gardes de la Tour) tient le rôle particulier de ‘Maître-corbeau’ et s’occupe de les nourrir et de les soigner. Lorsque John Flamsteed, l’astronome, se plaignit au roi du fait que les corbeaux gênaient ses observations, Charles II fit déplacer l’observatoire jusqu’à Grennwich plutôt que de toucher aux corbeaux… Etonnant, non !

Allez, portez vous bien et à demain peut-être.