Vous lisez actuellement la catégorieTRADITION

Page 1 de 16

Les vêpres des grenouilles…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

 

Amis de l’écologie et du ragoût d’hérisson réunis, bonjour !  Je m’apprêtais à vous parler de la pluie et de l’air du temps, de la reine d’Angleterre, des gilets jaunes, des jolies jeunes, du roi des cons, du petit prince, de tout et de rien, de la vanité d’écrire quoi… Quand, je pris conscience que nous étions le Mardi 05 décembre 2018, que la France riait jaune et qu’il pleuvait toujours sur Brest. C’est le 15è jour de frimaire dédié au Chevreuil. En Bretagne c’est aussi la Saint Houarvian.

Houarvian était un barde de la Bretagne insulaire qui, à cette époque là (aux environs de 510), s’était rendu à la cour du roi Franc Childebert 1er pour participer au concours de l’Eurovision et suivre un Houarvianstage de harpe celtique auprès de l’ancêtre d’Alan Stivell. C’est alors qu’il rentrait chez lui en char-stop qu’il eut une vision. C’est bien connu, le char-stop est propice aux visions surtout si vous fumez quelques substances illicites… Donc, cette vision lui commanda d’attendre sa promise au bord de la fontaine de Landouzan, près du Drennec, en Finistère. Il y rencontra Riwanon et demanda sa main à son frère Rivoaré. Ils se marièrent à la mode de Bretagne et, vers 525, Riwanon donna naissance à Hervé. Puis ils se séparèrent pour mener une vie érémitique. Ce qui ne veut pas dire, mécréants que vous êtes, qu’ils étaient au RMI…

Aujourd’hui on peut visiter la chapelle de Landuzen, restaurée grâce au travail de l’association « Mignoned landuzen », au Drennec (29) et qui possède une cuve baptismale datant semble t-il de l’époque gallo-Romaine; ce qui, j’en suis convaincu, vous la baille belle. A sa mort, son épouse  renonça à ses biens, et, accomplissant une résolution prise depuis longtemps, alla s’ensevelir dans la solitude, avec de ferventes compagnes, parmi lesquelles était sa nièce sainte Christine (ils étaient tous saints dans la famille). C’est à cela que l’on distingue les cénobites des anachorètes; ils veulent bien s’ensevelir dans la solitude maichapelle Landuzenns, pas tout seul… Faut pas déconner non plus. J’ai d’ailleurs retrouvé trois de ces ferventes compagnes qui interprètent Gousperou ar Raned (les vêpres des grenouilles – en vidéo ci-dessus ): Le chant est un dialogue entre un enfant et un maître (druide ?). Le maître demande à l’enfant ce qu’il souhaite savoir, ce à quoi l’enfant lui demande la première strophe d’une « série »  . Le maître chante la première strophe, puis repose la question. L’enfant demande alors la deuxième strophe. Le maître chante la deuxième strophe puis répète la première strophe. Puis l’enfant demande la troisième strophe et ainsi de suite. Le chant se déroule avec ces répétitions des précédentes strophes déjà chantées, jusqu’à ce que la douzième strophe soit chantée.

Et voila pourquoi votre sœur est muette. Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.

A en perdre la tête…

Posté par erwandekeramoal dans Non classé, TRADITION

, ,

Amis de la vérité historique et du chouchen chaud réunis, bonjour! Nous voici le Mercredi 28 novembre 2018 qui correspond au 8è jour de frimaire habituellement dédié au miel. Au jour d’aujourd’hui en Bretagne armoricaine nous célébrons Eodez. Celle-là Haude-Tanguy-248x300même qui perdit la tête sous l’épée de son propre frère, Tangi, qui n’en finit pas moins saint lui même. Tous deux étaient enfants du seigneur de Trémazan. Comme disait mon aïeule qui maîtrisait le subjonctif: « Plût au ciel que ces choses là ne fussent point advenues.» Des légendes comme celle là, il y en a plein par chez nous. Elles sont toutes plus gore que n’importe quel film de Brian de Palma et font passer La nuit des morts vivants pour une aimable bluette. Je vous la fait courte.

Or vint à trépasser la mère de nos deux héros. Passé le temps du veuvage, leur père prit en tremazanseconde noce une femme qui haïssait plus que tout Eodez (mauvais choix). Voici la façon dont Albert le Grand nous présente la chose:  « Cette nouvelle dame ne fut gueres en son ménage, qu’elle commença à regarder de travers nos jeunes Saints & se montrer vraye marastre en leur endroit ; elle les rudoyoit & maltraitoit de parole & de fait & leur tint ces rigueurs huit ans durant ; lesquels expirez, Gurguy, déja grand, & à qui le sang commençoit à boilillonner dans les veines, ennuyé d’estre si mal-traité par cette femme, dans la maison de son pere, se résolut de quitter le pays pour quelque temps, & en obtint congé de son Eodez.jpegPere, lequel luy donna une bonne somme d’argent & train honorable. » Et notre Tangi fut envoyé à la cour du roi des francs Childebert. Revenant de France et face aux faux-propos qui lui avaient été rapportés, Tangi décapita sa sœur afin de laver l’affront fait à l’honneur de la famille (un coup à faire passer les Talibans pour d’agréables jouvenceaux…). Celle-ci prit ses jambes à son cou et sa tête sous le bras et s’en retourna à la maison familiale affronter la méchante belle-mère… Il existe encore dans le Léon une gwerz (complainte) qui raconte la légende. On me demande souvent ce qu’est une gwerz, en voici une: Gwerz Ar Vezhinerien, autrement dit, la complainte des goëmoniers, interprétée par Denez Prigent.

Vous voyez que la violence n’a pas attendu les films hollywoodiens pour déferler sur les écrans de l’histoire (tiens, c’est pas mal ça !). Tout au long de la vie des saints, on s’étripe et on se décapite joyeusement, on se démembre en famille, on s’assassine pieusement et tout cela était raconté aux petits n’enfants le soir à la veillée…Les évangélisateurs avaient compris, bien avant Paris-Match, l’importance du poids des mots et du choc des photos…

Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Sans queue ni tête…

Posté par erwandekeramoal dans PORTRAIT, TRADITION

Amis des contes et légendes et du lait ribot réunis, bonjour! Nous sommes le Jeudi 08 novembre 2018, 18è jour de brumaire dédié à la dentelaire… J’en ferai bien une décoction car elle est censée soigner les douleurs articulaires.

C‘est aujourd’hui la Saint Tremeur; encore un drôle de paroissien que la ferveur populaire a fait saint… Ernest du Laurens de la Barre lui a consacré un conte, Tremeur l’homme sans tête, que l’on retrouve dans un de ses écrits publié en 1879 Les fantômes Bretons et qui débute comme ceci:  … Il y avait autrefois, du côté de Plouguer, là-bas, sur le bord de l’Aulne, au-dessous de Carhaix, un tremeur 2village habité par des païens qui adoraient des dieux, des demi-dieux, des déesses, des diablesses, et un tas de vilaines choses. J’ai entendu dire par des savants que leurs chefs s’appelaient Druides. C’étaient des magiciens ou sorciers qui, pour savoir l’avenir, coupaient du gui sur les chênes avec des faucilles d’or.» Mais bon, si l’on en croit Deguignet: « Les conteurs se sont moqué des savants… pour un verre d’eau-de-vie, conteurs et conteuses inventaient des légendes issues de leur seule imagination ». C‘est ainsi que tous ces personnages de contes, hâbleur, buveur, batailleur, coureur de jupon se sont retrouvé saints par la vertu de nos folkloristes des 18è et 19è siècle tout comme nos menhirs se sont retrouvé coiffés d’une croix et nos sources sacrées ceintes d’une fontaine dédiée…

L’une des manifestations les plus spectaculaires de ces traces d’évangélisation est le menhir de Saint-Uzec, en Pleumeur-bodou (22). Ce mégalithe d’environ soixante tonnes dont l’origine remonterait à 2500 ans avantmenhir Jésus Christ, fut christianisé au XVIIè siècle lors d’une Mission du Père Maunoir, jésuite qui mena près de quatre cent missions d’évangélisation en Bretagne et à qui l’on doit cette fameuse citation: Eur vaghérès sent que l’on pourrait traduire par: une pépinière de saints… Comme le disait mon aïeule, plus pétroleuse que bigote: A bas la calotte ! Encore que, aujourd’hui, il serait plus juste d’user du pluriel tant ils nous arrivent de tous côtés. Ah oui, Tremeur. Il serait le fils de Trifin et de Conomor, le Barbe bleue breton, qui assassina toutes les femmes portant un enfant de lui car on lui avait prédit qu’il mourrait assassiné par son fils. En effet, Conomor rechercha l’enfant et lui fit couper la tête. On dit qu’il aurait pris sa tête entre ses mains et l’aurait porté sur le tombeau de sa mère à Sainte-Tréphine (22). Il est le patron de Carhaix et de Kergloff (29). De « Trech Meur » qui signifie grande victoire, allez,  portez vous bien et à demain peut-être.

Samain, dans la culotte d’un zouave…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

Amis des mathématiques modernes et du pigeonneau laqué réunis, bonjour ! Nous sommes le Jeudi 1er novembre 2018, onzième jour de Brumaire dédié au salsifis.

Voici donc venir novembre (Miz du en breton) qui ouvre le chemin de l’hiver par la grande fête de la Samain. On rit, on chante, on boit beaucoup, on célèbre la mort du roi soleil. Bien sur, c’était avant ! Avant que que les « pisse-vinaigre » de la papauté (  Grégoire IV, 8ème siècle environ) n’en décident vallée-300x226autrement. Il faut dire qu’ils furent bien aidé par Louis le Pieux qui instaura sur toute la Carolingie Chrétienne cette obligation de fêter tous les saints. Voila pourquoi au lieu de faire la fiesta, on se traine dans les cimetières les bras chargés de chrysanthèmes ridicules. Notons au passage, qu’en ce sens nous commettons une grossière erreur car la fête des morts, elle, ce n’est que le lendemain. A Carnoët, quand tous les saints seront bien installés dans leur vallée, c’est par camion qu’on va voir débarquer les chrysanthèmes, à tous les coups, ils vont remporter la palme des villages fleuris.

Et voila, c’est reparti pour un tour. Les marchands du temple ne désespèrent pas de nous refiler leur camelote. Messieurs les vendeurs de citrouilles, nous n’avons que faire de vos zombis de pacotille, vos Freddys ensanglantés et autres fantômes hollywoodiens… Nous, nous arrivons en ligne droite des Thuatha De Danann, nos épopées sont celles de Cûchulain et nous avançons vers Avalon. Chez nous, la Samain est celle des druides, bardes et ovates. La Celtie n’a pas attendu l’évangélisation, fusse celle de St Patrick, pour ouvrir, une fois l’an, la porte entre la Tombesaison claire et la saison noire, entre le jour et la nuit, entre le monde des vivants et celui des morts. Si vous passez du coté de l’ile de Sein, le mercredi après midi, vous y verrez peut-être de vieilles sénanes, tout de noir vêtues, penchées sur la tombe de leurs disparus et, si vous approchez avec discrétion, vous les entendrez parler. Elles racontent aux défunts les évènements de la semaine. Pourquoi ne pas profiter de cette période de l’année et de cette tradition que les immigrants Irlandais et Ecossais ont emporté dans leurs bagages vers le nouveau monde (all hallow even: le soir de tous les saints et la légende de Jack o lantern) pour raconter aux enfants la très vieille et très ancienne tradition Celtique. Son panthéon n’a pas à rougir de celui des Grecs ou des Egyptiens. Ses sagas n’ont rien à envier à l’Illiade, à l’Odyssée, aux milles et une nuits ni même à la bible. Alors, de grâce, épargnez nous vos orgies de cucurbitacées.

En attendant, merci de vos visites répétées, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Le champ de lin n’est pas celui de l’autre…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

, ,

Amis du développement durable et du linoléum réunis, bonjour ! Nous sommes le Samedi 04 août 2018 et pour le linnos amis du calendrier républicain, ce 17ème jour de thermidor était celui du lin. A propos de révolutionnaires et de calendrier républicain, rappelons que dans la nuit du 4 août 1789, les députés de l’Assemblée nationale constituante, dans un bel élan d’unanimité, proclament l’abolition des droits féodaux et de divers privilèges.

La Bretagne a été une grande productrice de lin à tel point qu’à la Renaissance, les toiles servant à la broderie portaient le nom de « Bretagne superfine ». Mais le lin est présent depuis beaucoup plus longtemps. On en trouveroutoir dans les bandelettes qui emmaillotent les momies égyptiennes. C’est une plante qui connait aujourd’hui une seconde jeunesse tant on s’accorde à lui trouver de vertus. Riche en fibre, on en fait ce merveilleux tissus mais aussi des isolants et sa richesse en oméga 3 en fait un excellent additif alimentaire. Sa culture est il est vrai assez difficile et demande une technicité particulière. Le Trégor était avec le Nord de la France terre de production. J’ai eu le bonheur de résider longtemps dans une ancienne fermette du Trégor qui possédait encore son routoir, cette cuve maçonnée qui servait à faciliter le rouissage du lin. Dans le Nord, ces cuves étaient appelées « Poc à lin » c’est l’origine le-lin-se-delie-avec-les-bistrots-de-lhistoire-vendredi-300x168du nom de famille Poclain… De plus, sa culture offre à la vue dès le mois de juin de magnifiques champs tout bleu du plus bel effet. En terme d’environnement le lin offre de multiples avantages et particulièrement celui de réclamer peu d’engrais et peu de produits phytosanitaires (cinq fois moins que le coton par exemple). Par ailleurs, sa culture étant rotative, elle  n’épuise pas les sols et ne nécessite aucune irrigation. Mais le lin est une plante exigeante car au moment de la récolte elle est arrachée et non coupée, exportant ainsi beaucoup de matière organique du sol ce qui nécessite un délai entre deux cultures sur une même parcelle de cinq ou six ans.

Allez, merci de votre amicale visite; il est vrai que « les cénobites tranquilles » font désormais partie des sites incontournables quand bien même l’Unesco ne l’a pas encore intégré dans le patrimoine universel. Portez vous bien et à demain peut-être.

Et le Couesnon en sa folie…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

, , ,

Amis de le Bretagne éternelle et du lait ribot réunis, bonjour !  Nous sommes le Mercredi 1er août 2018, quatorzième jour de Thermidor dédié au basilic dans le calendrier républicain.

Le 1er août, les nostalgiques peuvent commémorer la bataille de Trans-la-forêt qui mit fin à l’occupation Normande. En effet, la Bretagne était occupée par les Normands depuis la mort d’Alain le Grand en 908. Venant d’Angleterre, Alain Barbetorte, comte du Poher et petit fils d’Alain le Grand débarque près de Dol en 936. Il remporte plaque plourivoplusieurs victoires dont celle de Kastell Auffret à Plourivo (près de Paimpol) une plaque commémorative y est visible. Photo de droite. Continuant sur sa lancée, il prend Nantes en 937 et chasse les Normands de l’estuaire de la Loire tandis que le comte Even débarrasse le Léon de ses pirates (Vikings). Des groupes de Normands retranchés dans la forêt de Villecartier dévastent encore le pays de Dol et le pays Rennais. Le comte de Rennes, Juhel Béranger réclame l’aide de Barbetorte, pourtant son rival, nous sommes en 939. La cavalerie de Barbetorte, environ 1000 hommes écrase les Normands qui doivent repasser le Couesnon.

Le combat se serait déroulé un 1er août, jour qui correspond à peu près à la grande fête de Lug (Dans   l’Irlande d’autrefois, Lugnasad était le temps des rassemblements   et des mariages. C’était aussi une fête agraire, un divertissement   collectif avec des jeux et des compétitions (foire, audition de poètes   et de musiciens, jeux, courses de chevaux,…). Elle était placée   sous le signe des échanges et de l’amitié: on y venait   sans arme. On lançait sur les pentes une roue enflammée qui   illustrait la descente vers l’hiver; et qui terminait sa course lammas-sheena-morgandans   une rivière, unissant ainsi le symbolisme du Feu à celui de   l’Eau.). « Au jour des calendes du mois d’août, jour que les bretons décrétèrent être solennisé par la gent de Bretagne, par toutes les générations, parce que de là et après, commença derechef la Bretagne à être habitée par ses natifs et Bretons user des lois de leurs ayeux. » (Pierre Le Baud cité par La Borderie) Il faut ajouter, pour être honnête, que d’autres historiens comme André Chedeville, conteste cette version guerrière et pense que ce retour de souveraineté est davantage le fruit d’une action diplomatique d’Athelstan, roi d’Angleterre auprès de Guillaume Longue-épée. En tout état de cause, la Bretagne allait naviguer ainsi, bon an mal an jusqu’à son « annexion » en 1532. Allez savoir, c’est peut-être pour cela que l’on est plus galettes saucisses que camembert… Et qu’en revanche, par pure vilénie, le Couesnon en sa folie a mis le mont en Normandie !

Allez, après ce petit rappel historique, portez vous bien et à demain peut-être.

A Saint Jean aux musettes…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

Amis de la tradition respectée et de la galette saucisse réunies, bonjour ! Nous voici le Jeudi 21 Juin 2018, 3è jour de messidor et nous célébrons l’oignon. Avouez que c’est quand même autre chose que de vénérer saint Frusquin ou saint truc, sauf peut-être St Pourçain, St Amour et St Joseph. Par ailleurs, tous les gastronomes vous le diront, l’oignon rosé de Roscoff (29) mériterait à lui tout seul un jour férié. C’est donc le solstice d’été. Le premier jour de l’été oignons2018, c’est très précisément à 10h27 du matin.  Ce solstice est fêté en allumant de grands feux. Le feu est de tous temps le symbole purificateur du soleil. Le rite du feu de joie a été christianisé au Ve siècle. Mais, on n’étonnera personne en déclarant que fêter la Saint Jean n’a pas grand chose de catholique (!) ni même de très chrétien. Une fois de plus, un vernis chrétien est venu s’ajouter à une tradition particulièrement ancienne et qui fleure bon le paganisme. L’église Catholique, apostolique et romaine y a associé le cousin de Jésus, celui qui a reconnu en lui le Messie:Jean-Baptiste.

Je me souviens qu’enfant, le feu de St Jean mobilisait tout le quartier. Jeunes et moins jeunes se démenaient des jours et des jours avant l’évènement pour réaliser le tas de bois le plus grand qui soit. Et puis il fallait assurer sa surveillance car, une tradition tenace voulait  que les bandes des autres quartiers tentent de s’emparer du butin ainsi stocké. Il y avait une expression intraduisible, on disait; « petit journalfaire an hierez », c’est du Douarneniste dans le texte mais je ne garanti pas l’orthographe. Jusqu’au jour où la chose s’est institutionnalisée, principe de précaution aidant, plus question d’allumer des feux aux quatre coins de la ville…Une fois de plus, les tenants de l’ordre avaient gagné. En quelques paroisses de la Haute-Cornouaille, la cérémonie avait d’ailleurs une conclusion assez funèbre : quand les danses avaient cessé et que le feu était près de s’éteindre, on l’entourait de grandes pierres plates destinées, à servir de siège aux anaon, aux esprits grelottants des pauvres morts de l’année, avides de se reposer quelques heures en se rapprochant des cendres… Oui, car l’au-delà est froid, très froid.

Aujourd’hui, le Port-Rhu s’est transformé en marina et les cendres de nos feux sont à jamais dispersées. Allez, portez vous bien et à demain peut-être.

Le bâton à bouillie…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

Amis de la casuistique et de la bouillie d’avoine réunie, bonjour ! Nous sommes le Mercredi 20 juin 2018, deuxième jour de Messidor dédié à l’avoine et c’est la saint Marc’han (Marcan). Une légende raconte que Saint Broladre et Saint Martin, patron de Roz sur Couesnon délimitèrent leur paroisse à cheval, alors que Saint Marcan cheminait à pied. c’est la raison pour laquelle Marcan ne posséderait que 212 hectares du riche marais de Dol.

La bouillie d’avoine, ou yod kerc’h en breton est une bouillie principalement composée d’avoine comme son nom l’indique, consommée en basse-bouillie-avoine-beurre-800x532Bretagne autrefois par les plus pauvres. C’est une bouillie brune, normalement salée, qui se mange trempée dans du lait ribot. En Bretagne, au moins dans le Finistère, on en trouve dans toutes les grandes surfaces, au rayon frais. Mon aïeule, dont les préceptes culinaires m’ont toujours fait rêver, la préparait à partir d’avoine grillée et moulue. On mettait ce mélange de farine et de son à tremper une nuit. Le lendemain, le gros du son flottait à la surface et était retiré (ce surplus s’appelle gwaskin). Le reste du récipient était délayé avec du lait et/ou de l’eau, mis à cuire dans un chaudron et touillé avec un bâton nommé bazh-yod (le bâton à bouillie). Celui-ci a laissé son nom à un jeu de force très populaire et encore pratiqué de nos jours comme le montre cette photo.

Tous les chroniqueurs et historiens s’accordent pour dire que les bretons avaient une prédilection pour les jeux de bâton. Mais l’ « arracher du bâton » est aussi un jeu symbolique, car le bâton représente le pouvoir : ainsi connaît-on des scènes très anciennes dépeintes dans les églises, et pas seulement en Bretagne, où l’on bazh-yod-300x226voit un moine et un évêque lutter au bâton, mais aussi une femme et son mari, un bourgeois et un noble, etc. Le jeu, bien attesté comme jeu de veillées et d’assemblées de voisins, et qui se retrouve sous diverses formes partout dans le monde, tire probablement son origine de la nécessaire préparation journalière de la bouillie destinée à nourrir le cochon de la maison : celle-ci nécessitait l’utilisation de ces « baz-yod » ou « bâton à bouillie ».

Allez voila pour aujourd’hui, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Les vêpres des grenouilles…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

Amis de l’antanaclase* et de la confiture de mirabelles réunies, bonjour ! Nous sommes le Mardi 19 juin 2018, premier jour de Messidor dédié au seigle dans notre calendrier républicain. *Pour les amoureux de la langue française je rappelle que l’antanaclase est la répétition d’un mot ou d’une expression avec un sens différent, en exploitant sa messidorpolysémie.Elle est proche de la paranomase et de la syllepse de sens. Ex : « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas. » (Blaise Pascal, Pensées) C’est pas littéraire ça mes body boys ? Si j’évoque Blaise Pascal c’est qu notre Blaise était né un 19 juin en 1623 du côté de Clermont; aujourd’hui on dit Clermont-Ferrand; mais il est vrai que Ferrand a acquis pas mal de notoriété ces temps ci. Mais bon, je ne vous invite pas à parier sur l’existence ou non de Dieu car, comme disait mon aïeule, qui avait la sentence à la bouche comme d’autres ont le cœur sur la main: dans un pari il y a toujours un con et un perdant… Non car, disait Bakounine: si vraiment Dieu existait ? Il faudrait s’en débarrasser…

Aujourd’hui donc, en notre basse-Bretagne, ceux qui n’ont rien de plus urgent à faire, vont célébrer santez Riwanon. Elle, elle avait parié depuis fort longtemps sur l’existence du grand architecte; il faut dire qu’elle était la  sœur de saint Urfol et de saint Rivoaré et la Houarvian-213x300bienheureuse maman de Houarneau (Hervé), né aveugle et devenu saint, et dont je vous ai parlé il y a quelques temps. Après la mort de son époux, Houarvian le barde, (ici paparazzité au télé objectif) elle renonça à ses biens, et, accomplissant une résolution prise depuis longtemps, elle alla s’ensevelir dans la solitude, avec de ferventes compagnes, parmi lesquelles était sa nièce sainte Christine (ils étaient tous saints dans la famille). C’est à cela que l’on distingue les cénobites des anachorètes; ils veulent bien s’ensevelir dans la solitude mais, pas tout seul… Faut pas déconner non plus. J’ai d’ailleurs retrouvé trois de ces ferventes compagnes qui interprètent Gousperou ar Raned (les vêpres des grenouilles):

Le chant est un dialogue entre un enfant et un maître (un druide pour de La Villemarqué). Le maître demande à l’enfant ce qu’il souhaite savoir, ce à quoi l’enfant lui demande la première strophe (une « série » pour de La Villemarqué). Le maître chante la première strophe, puis repose la question. L’enfant demande alors la deuxième strophe. Le maître chante la deuxième strophe puis répète la première strophe. Puis l’enfant demande la troisième strophe et ainsi de suite. Le chant se déroule avec ces répétitions des statue des soeursprécédentes strophes déjà chantées, jusqu’à ce que la douzième strophe soit chantée. Simple comptine pour les enfants, exercice pour entraîner la mémoire, ou véritable leçon druidique ? A moins qu’il ne s’agisse d’un reste de calendrier préchrétien ?  Mais revenons à Riwanon; or donc, elle s’y forma un ermitage avec des rameaux d’arbres, et y persévéra dans l’abstinence et l’oraison. Elle mourut saintement (evel just) le 19 juin de l’an 535 vers 17h selon le médecin légiste. Son fil Hervé qui était revenu pour l’occasion, l’inhuma avec piété et respect dans l’oratoire où elle avait passé tant d’heures dans la prière. C’est maintenant l’église paroissiale de Lanhouarneau. Ceci étant, si vraiment vous êtes à court d’idées, rappelez vous que Le 19 Juin 2018 est en réalité le Jeudi 5 Gidouille 145 St Ugolin, mansuet d’après le calendrier de pataphysique.

Allez, portez vous bien et à demain peut-être.

Les beaux jeudis…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

Amis de la liberté d’opinion et du caille-lait réunis, bonjour ! Hé oui, car nous sommes le Mardi 12 juin 2018 et donc, le 24 de prairial, journée du caille-lait, drôle de plante de la famille des rubiacéescaille-lait (appelée aussi gaillet) qui doit son nom au fait qu’elle possède une enzyme qui fait cailler le lait. Mon aïeule, qui se targuait d’en connaître un rayon en plante médicinale, en faisait une sorte de pommade qui était censée lutter contre les irritations. 100G de cette plante, 50g d’écorce d’orme, 500g de saindoux et vous faites chauffer en tournant sans cesse.  Voici une très belle photographie d’un papillon encore appelé Sphynx du caille-lait.

On dirait une leçon de choses.
Enfant, je fréquentais l’école communale de garçons, rue Victor Hugo à Douarnenez. C’est d’ailleurs la seule école que j’ai réussi à fréquenter vraiment. Le maître d’école faisait tous les mercredis après-midi « leçon de choses ». Car à cette époque là, le mercredi b9ab7b4587c4cb78509c8bf764428501--old-time-radio-baby-brothersc’était le jeudi, vous suivez… Le jeudi, lorsque le temps était mauvais (ce qui est évidemment extrêmement rare en Bretagne) on se retrouvait autour de la TSF pour écouter « Les beaux jeudis » émission animée par Alain Saint Ogan (l’inventeur de Zig et Puce) et Arlette Peters; il devait y avoir aussi Jean Nohain. Donc, lorsque le temps le permettait, la leçon de choses se déroulait en extérieur et, avec trois bouts de ficelle le maître nous faisait découvrir les lois de la nature. c’était une double leçon tendant à faire apprendre à la fois une chose et un mot, un fait et son expression, un phénomène et le terme qui le désigne, et par extension toute une classe de phénomènes et toute une classe de mots qui les expriment.

Petits veinards que vous êtes, je vous glisse un dessin de Flavien, intitulé « leçon de choses », paru dans Siné Hebdo du 19 Août 2009 (Etienne, encore en train de rêver ?). Revenons à nos leçons, tout leçon de chosescela c’était longtemps, longtemps, avant la télé, l’internet, l‘Ipod, l’Ipad, l’aïoli…Mais, tous ceux qui ont connu dans leur vie d’écolier l’expérimentation des vases communicants, l’examen attentif des nervures d’une feuille de chêne ou l’observation de la flamme qui s’éteint lorsqu’elle est privée d’oxygène s’en souviennent sans doute avec une certaine nostalgie. Ce sont ces « leçons de choses », emblématiques de l’école primaire républicaine, qui manquent peut-être aujourd’hui aux programmes de  l’éducation nationale.

C‘était, mes très chers frères, la leçon de choses de ce Mardi. Bon, c’est pas tout ça, je dois aller faire un sort aux Caille-lait qui envahissent mes hortensias. Allez, portez vous bien et n’oubliez pas: vive le p’tit commerce.