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la griffe du Diable…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

Amis de la libre pensée et de la caille aux raisins réunies, bonjour! Nous sommes le Samedi 18 janvier 2020, 29è jour de nivôse dédié au Mercure. Et les bas-bretons armoricains vont fêter les Gwendal.

Gwennhaël (puisque c’est là l’origine de ce prénom), né au commencement du VIème siècle, succéda en 532 à Gwennolé comme abbé de l’abbaye de Landévennec. Ce nom, dont la forme originelle Uuinhael revient à plusieurs reprises dans le cartulaire de Redon est gouache-anonyme-300x230composé en vieux breton des qualificatifs uuin, « sacré, béni » et hael « noble, généreux ». Par fausse régression, ce nom a évolué en vendal dans plusieurs lieux-dits : Kervendal, noté anciennement Kervennal, et dans Saint-Guendal, nom d’une chapelle en Douarnenez noté Saint Guenel en 1691 (ci-contre une gouache de belle facture dont l’auteur restera à jamais inconnu). Pour la trouver (la chapelle, pas la gouache), il faut aller en direction de Confort-Meilars par la D 785. Elle se niche sur la gauche à environ 1 km après la sortie de Pouldavid (29).

On y trouve une fontaine qui aurait le pouvoir de guérir de la goutte et des rhumatismes ( en breton gwendré) et, plus largement, tous les maux qui entravent la marche. Encore aujourd’hui, et particulièrement le Douarn-st-Vendal-300x214jour du pardon, des personnes s’aspergent les membres en souffrance de l’eau de la fontaine. Le  pardon de St Vendal était très prisé surtout des bigoudens qui venaient nombreux même si les conditions étaient difficiles : le pardon était appelé « pardon va e kostez » en raison de la configuration du terrain. Certains l’appelaient aussi « pardon an dud affliged ». Le pardon de Saint-Vendal est le tout dernier de l’année, il marque traditionnellement la fin des travaux agricoles. « On l’appelait aussi le pardon des châtaignes », et en bande, on s’y rendait à vélo. Mais, attention, on dit que le diable n’est jamais loin; d’ailleurs, on y trougriffe du diableve cette étrange fleur (en vérité un champignon) que les autochtones nomment la griffe du diable et les scientifiques:  « Anthurus d’Archer ». De quoi créer une foule de légendes et de superstitions.Quant au prénom Gwendal, qui jouit d’une vogue certaine, il apparaît donc comme une forme évoluée et populaire de Gwenhael.   Largement répandu de nos jours, le succès de ce prénom est sans doute à mettre au crédit du célèbre groupe musical du même nom.

Bon, ben, je crois que j’ai tout dit, allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Nivôse, le cénobite s’repose…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

Amis de la polémique et du waterzoï réunis, bonjour ! Nous sommes le Samedi 21 décembre 2019, premier jour de Nivôse si l’on en croit le calendrier républicain, il eNivose-G-st dédié à la tourbe . Nivôse qui nous vient tout droit du latin Nivosus, riche en neige… C’est bien tout ce qu’il reste de riche par les temps qui courent; mis à part quelques spéculateurs véreux qui se repaissent sur le dos des peuples qui, par dépit s’habillent en jaune. Quelques évadés fiscaux qui trouvent que l’herbe est plus verte chez le voisin; quelques patrons du CAC 40 qui continuent de se verser des salaires indécents; quelques prévaricateurs de basse extraction; quelques golden boys endimanchés; quelques concussionnaires avides; quelques traders perfides et quelques gougnafiers sans étiquettes… Merde, ça commence à faire du monde ! Le solstice d’hiver se présentera demain  dimanche 22 décembre 2019 à 05h19; vous êtes prévenu.

La tourbe donc, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, a été pendant longtemps la principale production du Yeun Elez, cette zone marécageuse située au cœur des Monts d’Arrée (Finistère) sous le regard vigilant de nos géants de granite: Roc’h Trevezel, Roc’h Trédudon, Menez Kador. La légende situe ici même, au cœur de ces tourbières, les portes de l’Enfer: Le Youdig. Voici ce qu’en dit Anatole Le la-tourbeBraz dans « La légende de la Mort »:  « On dirait, en été, une steppe sans limites, aux nuances aussi changeantes que celles de la mer. On y marche sur un terrain élastique, tressé d’herbes, de bruyères, de jonc. A mesure qu’on avance, le terrain se fait de moins en moins solide sous les pieds : bientôt on enfonce dans l’eau jusqu’à mi-jambes et, lorsqu’on arrive au cœur du Yeun, on se trouve devant une plaque verdâtre, d’un abord dangereux et de mine traîtresse, dont les gens du pays prétendent qu’on n’a jamais pu sonder la profondeur. C’est la porte des ténèbres, le vestibule sinistre de l’inconnu, le trou béant par lequel on précipite les « conjurés ». Cette flaque est appelée le Youdig (la petite bouillie) : parfois son eau se met à bouillir. Malheur à qui s’y pencherait à cet instant : il serait saisi, entraîné, englouti par les puissances invisibles ».

https://youtu.be/0hEmb0csXFs

Depuis trente ans que l’on tente le démantèlement de la centrale de Lankou-210x300Brennilis… Elles sont peut-être là, les puissances invisibles. « Sant Mikêl vraz a oar an tu d’ampich ioual ar bleizi-du » ( Le grand saint Michel sait la manière d’empêcher de hurler les loups noirs ) allusion à la chapelle Saint-Michel de Braspart qui domine le Yeun Elez. Voila ce que l’on répond à ceux qui ont eu le malheur de s’égarer dans le marais et qui disent avoir entendu hurler les chiens de la mort. Mon aïeule nous contait l’histoire des crieurs de nuits (hoper noz) que sont les enfants morts sans baptême et qui doivent rester errer ainsi jusqu’au jugement dernier. Bref, que des trucs vachement rigolo…

Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Touchez pas au grisbi…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

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Amis de la commedia dell’arte et des farfalle alla burina réunis, bonjour ! Aujourd’hui, Samedi 14 Décembre 2019 c’est le 24ème jour de frimaire dans le calendrier républicain et, figurez vous que c’est le jour de l’oseille… Alors, c’est l’occasion ou jamais de jouer au loto puisque le flouzevendredi treize n’a pas voulu vous sourire, ou alors de vous préparer une bonne soupe (à l’oseille). Pourquoi ont-ils dédié cette journée à l’oseille et pas au blé ou à l’artiche, au flouze, à la fraîche, au pognon, au fric, au grisbi, à la thune, la braise, le pèze, la galette… Les motivations des Républicains (qui avaient pourtant le choix dans la date) pour leur calendrier restent pour moi un grand mystère.

Savez vous qu’aujourd’hui, le prénom qui est à la fête est celui d’ Audierne. Certes il n’est plus guère usité mais, il fut un temps… Notre petit port de pêche du Sud-Finistère tient en effet son nom d’un prénom. Oyez donc son histoire. Il y a fort longtemps, débarquent les Bretonaudierne-marché-au-poissons d’outre-Manche(entre le cinquième et le sixième siècle). Au XI e siècle, la tempête normande passée, un terme nouveau se répand en Bretagne : le « Ker » ou « Kar » venus du Gallois « Kaer », la forteresse. Il désigne une petite agglomération. A la même époque, un prénom féminin fait un véritable succès : Audierne (primitivement Hodierna). En l’an 1050, la première abbesse de Locmaria porte le nom d’ Hodiern (A gauche, le marché aux poissons du temps de mon aïeule). C’est ainsi que « Kaer Hodiern » apparaît par écrit à Esquibien en 1294.

Désormais le « Treff an Goezien » du VII è siècle va affronter la nouvelle appellation « Audierne ». C’est là le signe d’une certaine mésentente entre agriculteurs de la paroisse mère d’ Esquibien et tréviens, tenants de la vie et de l’activité portuaire. Dès 1321, on relève avec surprise la statuedans l’Atlas du Vénitien Pétrus Vesconte « Odierna » et sur une carte hollandaise de 1580 « Odjern ». Les voyageurs étrangers semblent ignorer le terme « Goazien ». La Révolution mettra un terme aux difficultés en 1793 en séparant Audierne de sa mère, Esquibien, comme Tréboul de Poullan ou bien d’autres trêves encore de leur paroisse-mère. Sources: Amédée Guiard. A noter que l’étymologie est la même pour Alderney (Aurigny) ile anglo-normande. A  Audierne s’achèvent les méandres du Goyen qui donna son nom à la ville en breton Gwaien et sa magnifique ria, fameuse pour ses huitres, aussi goûtées que celles du Belon.  Photo de droite: la célèbre bigoudène sculptée par René Guillevic à Pors-Poulhan et qui marque la frontière entre Cap-Sizun et pays Bigouden à une encablure d’Audierne.

Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Frigga la blonde…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

Amis de la pensée Pascalienne et du Vermouth-cassis réunis, bonjour ! Nous sommes le Vendredi 13 décembre 2019 (aie!), 23è jour de FrPascalimaire dédié au roseau. « L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature; mais c’est un roseau pensant. Il ne faut pas que l’univers entier s’arme pour l’écraser: une vapeur, une goutte d’eau, suffit pour le tuer. Mais, quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu’il sait qu’il meurt, et l’avantage que l’univers a sur lui, l’univers n’en sait rien. Toute notre dignité consiste donc en la pensée. C’est de là qu’il nous faut relever et non de l’espace et de la durée, que nous ne saurions remplir. Travaillons donc à bien penser: voilà le principe de la morale. »  Pascal, Pensées, (1660)

Ah oui, Vendredi 13 !

Il semblerait bien que ce soit à ce bon roi Philippe le Bel que l’on doive la légende qui entoure les vendredis 13. C’est en effet un vendredi 13 jacques-de-molay-230x300octobre de l’an de grâce 1307 que ce charmant roi, avec la silencieuse complicité de son copain Clément V, Pape, fit arrêter, emprisonner, torturer et souvent exécuter, la quasi totalité des chevaliers du temple sur l’ensemble du territoire. Le grand maître, Jacques de Molay, lors de son procès, maudit les descendants de ses bourreaux jusqu’à la treizième génération. Et depuis ce jour là, à chaque vendredi 13, selon ses propres inclinations, on se terre au fond de sa cave ou on se précipite dans une agence de la française des jeux. Les ceusses qui redoutent les vendredis treize sont les paraskevidékatriaphobiques.

En vérité, il y a mille explications pour cette superstition depuis la Cène jusqu’à l’arrestation des templiers en passant par la destruction du temple… Mais moi j’aime bien celle de Frigga la blonde quand elle devint Frig1-200x300Margot. Dans la mythologie nordique, Frigga (ou Freya) était la reine des dieux, déesse de l’amour et de la fertilité. Elle était célébrée par ses adorateurs le vendredi. Le mot « friday », viendrait d’ailleurs de cette célébration et signifierait « Freya’s day ». Mais aux Xe et XIe siècles, les pays du nord sont progressivement convertis au christianisme. On se met alors à raconter que Frigga est en réalité une sorcière et qu’elle a été bannie au sommet d’une montagne. Pour se venger, elle inviterait, tous les vendredis, le diable et 11 sorcières pour maudire les hommes et leur jeter des mauvais sorts. Bon, je ne sais pas pourquoi je vous raconte tout cela d’autant plus que je suis drôlement en retard pour remplir ma grille de Loto.

Allez, merci de votre visite, portez vous bien et à bientôt peut-être.

L’ajonc sur le bout de la lande…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

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Amis de la parabole et du veau marengo réunis, bonjour! Nous sommes le Vendredi 06 décembre 2019, 16è jour de frimaire dédié à l’Ajonc, plante emblématique de notre chère Bretagne. A tel point que l’ajonc est venu prendre sa place au magasin des clichés d’une certaine poésie bretonne qu’Anatole Le Braz qualifiait de « poésie passe-partout », invariablement calquée sur le même poncif, et qui n’a de breton que le Ajoncnom. Ainsi écrivait-il avec un rien de moquerie: « Vous prenez quelques clochers à jours, quelques calvaires, un air de biniou, trois notes de bombarde; vous ajoutez un brin de genêt, un bouquet d’ajonc-d’or, du vent, de la brume, de la pluie, de la mer; vous mêlez le tout, vous agitez fortement… et vous avez la Bretagne.» Il existe d’ailleurs une espèce nommée l’ajonc Le Gall qui doit son nom d’espèce à Nicolas Joseph Marie Le Gall de Kerlinou qui avait le premier différencié cet ajonc de l’ajonc de Provence, mais qui n’avait pu faire paraître l’ouvrage où il décrivait la nouvelle espèce avant que Planchon ne le fasse lui même en 1849. C’était un juge et néanmoins botaniste breton qui fut député du Morbihan entre 1834 et 1837. Sa maman n’était autre que Magdelaine Vincente Millon de Saint Goustan, très connue dans son canton. (j’emprunte le tire à Daniel Giraudon, professeur de celtique à l’UBO (Université Bretagne Occidentale) qui à produit une recherche exemplaire à ce sujet)…

Le calendrier des postes nous invite à fêter les Nicolas. Avant l’heure, c’est pas l’heure ! Avant Noël, c’est pas Noël ! Quoique, il n’y a encore pas si longtemps, dans le Nord, en Lorraine, en Belgique, la Saint Nicolas c’était Noël. Les rues s’animaient et le bon saint s’y promenait St-Nicolasaccompagné de son terrible acolyte, le père Fouettard, le premier complimentant les uns et l’autre châtiant les pêcheurs. Je vous la fais courte: Un méchant boucher un peu psychopathe trucide trois personnes (quelquefois, trois enfants). Plus tard, passe St Nicolas qui les ressuscite. Et depuis, il distribue des bonbons aux petits enfants sages. Je ne sais pas pour vous mais pour ce qui me concerne, mon aïeule, qui faisait de la prévention comme d’autres font du tricot, m’a appris à me méfier des vieux messieurs qui offrent des bonbons aux petits nenfants. Aujourd’hui, les représentants des ligues bien-pensantes s’offusquent de la violence à la télévision, responsable de tous nos maux. Je me marre doucettement en constatant le cannibalisme, l’infanticide, et autres joyeusetés des contes de l’époque.

Allez, merci d’être passé, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Vingt dieux, la belle église !

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

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Amis du grand architecte et du p’tit cordonnier réunis, bonjour ! Nous sommes le Mardi 03 décembre 2019, 13è jour de Frimaire dédié au Cèdre.

En Bretagne on fête Envel qui a légué son nom à la magnifique petite commune de Loc-Envel en Côtes d’Armor. C’est la plus petite commune de ce département et qui compte aujourd’hui 80 habitants après en avoir eu près de 400 à la fin du 19è siloc-envel_0-300x188ècle; sans doute grâce aux mines de fer et de zinc qui existaient sur son territoire. C’est tout près de Belle-Isle-en-Terre et du fameux château de Coat an noz dans la forêt du même nom. Envel lui, s’installa comme anachorète dans la forêt de Coat-an-noz (le bois de la nuit) et sa sœur Yuna en fit autant dans le bois de Coat-an-Hay (le bois du jour). La légende dit qu’ils ne se revirent jamais. Les deux forêts existent toujours et j’y ai fait de belles cueillettes de champignons.

Si vos pas vous mènent dans ces parages, jetez donc un œil sur cette petite église absolument épatante (gothique flamboyant). Les chimères et les ggargouilleargouilles qui ornent l’église gardent une expression fort curieuse, malgré la patine et l’usure du temps. D’ailleurs, je me suis souvent posé cette question: pourquoi tous ces singes sur les églises en Bretagne? Il semble bien que la plupart des bestiaires du moyen-âge  dérivent du fameux Physiologus, ouvrage Grec du IIè siècle. Traduit en latin dès le IVème siècle, le « Physiologus » a exercé une influence déterminante sur toute la chrétienté. Par le biais des nombreux manuscrits, souvent illustrés, physiologusles monstres de l’Orient et de l’Antiquité gréco-romaine ont ainsi pénétré l’imaginaire des hommes du Moyen-Age. Loc-Envel avait autrefois une léproserie et les seuls vestiges qui en restent sont les trois fenêtres qui donnent sur la chapelle des fonts baptismaux et par lesquelles les lépreux assistaient aux offices. La tradition raconte que les cloches, très recherchées à la révolution pour être refondues furent enlevées et enterrées dans un lieu secret; si secret qu’elles ne furent jamais retrouvées le calme revenu.

Allez, merci de votre visite, portez vous bien et à bientôt peut-être.

A en perdre la tête…

Posté par erwandekeramoal dans LES BEAUX SAINTS, TRADITION

Amis de la vérité historique et du chouchen chaud réunis, bonjour! Eodez.jpegNous voici le Jeudi 28 novembre 2019 qui correspond au 8è jour de frimaire habituellement dédié au miel. Aujourd’hui en Bretagne armoricaine nous célébrons Eodez. Celle-là même qui perdit la tête sous l’épée de son propre frère, Tangi, qui n’en finit pas moins saint lui même. Tous deux étaient enfants du seigneur de Trémazan. Comme disait mon aïeule qui maîtrisait le subjonctif comme d’autres la pêche à pied: « Plût au ciel que ces choses là ne fussent point advenues.» Des légendes comme celle là, il y en a plein par chez nous. Elles sont toutes plus gore que n’importe quel film de Brian de Palma et font passer La nuit des morts vivants pour une aimable bluette. Je vous la fait courte.

Or vint à trépasser la mère de nos deux héros. Passé le temps du veuvage, leur père prit en seconde noce une femme qui haïssait plus que tout Eodez (mauvais choix). Voici la façon dont Albert le Grand nous présente la chose:  « Cette nouvelle dame ne fut gueres en son ménage, qu’elle commença à regarder de travers nos jeunes Saints & Haude-Tanguy-248x300se montrer vraye marastre en leur endroit ; elle les rudoyoit & maltraitoit de parole & de fait & leur tint ces rigueurs huit ans durant ; lesquels expirez, Gurguy, déja grand, & à qui le sang commençoit à boilillonner dans les veines, ennuyé d’estre si mal-traité par cette femme, dans la maison de son pere, se résolut de quitter le pays pour quelque temps, & en obtint congé de son Pere, lequel luy donna une bonne somme d’argent & train honorable. » Et notre Tangi fut envoyé à la cour du roi des francs Childebert. Revenant de France et face aux faux-propos qui lui avaient été rapportés, Tangi décapita sa sœur afin de laver l’affront fait à l’honneur de la famille (un coup à faire passer les Talibans pour d’aimables polissons…). Celle-ci prit ses jambes à son cou et sa tête sous le bras et s’en retourna à la maison familiale affronter la méchante belle-mère… Il existe encore dans le Léon une gwerz (complainte) qui raconte la légende.     
A Castel Tremazan, e parrez Landunvez
Galon, eun digentil euz ar c’haëra lignez,
zeuas da eureugi, evit quenta pried,
Merc’h ar Prins euz a Vrest Florence voa hanvet,
Bugale o dévoé, mez oll n’hon hanvon quet :
Unan eo sant Tanguy, eun ail santez Eodet.
On me demande souvent ce qu’est une gwerz, en voici une:

https://youtu.be/w5-g4Bt7z_s

Vous voyez que la violence n’a pas attendu les films hollywoodiens pour déferler sur les écrans de l’histoire (tiens, c’est pas mal ça !). Tout au long de la vie des saints, on s’étripe et on se décapite joyeusement, on se démembre en famille, on s’assassine pieusement et tout cela était raconté aux petits n’enfants le soir à la veillée…Les évangélisateurs avaient compris, bien avant Paris-Match, l’importance du poids des mots et du choc des photos… Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Danse, danse Katel Gollet…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

Amis des confessions de St Augustin et des praires farcies réunies, bonjour ! Nous sommes le Lundi 25 novembre 2019, 5è jour de brumaire, et dans le calendrier républicain, c’est le jour du cochon… Dans celui des postes, c’est la Sainte Catherine là où tout bois prend racine. Et comme le disait mon aïeule qui n’en ratait pas une: pour la Ste Catherine, le porc couine! J’en profite donc pour souhaiter une bonne fête à ma filleule Katel. Oui, à l’Ouest du Couesnon, on dit Katell (aujourd’hui on met deux L, ça fait plus riche) plutôt que Catherine. Il sont comme cela les bretons, il faut toujours qu’ils se singularisent; non contents de porter des chapeaux ronds, ils ne peuvent pas appeler un chat un chat et une Catherine une Catherine… Ma doue benniget!

 
Oyez la légende de Katel Gollet, elle m’a été contée par un soir d’hiver et par un vieux colporteur dans une auberge des monts d’Arrée aujourd’hui disparue. Il affirmait la détenir de son grand-père qui lui même l’avait recueilli de la bouche d’un mourant alors qu’il croupissait dans la boue du camp de Conlie; là où l’armée bretonne du général de katel_goll_guim-272x300Keratry était censée se préparer à bouter le prussien hors des frontières:  Katel était une belle jeune fille de 16 ans qui vivait dans le château de son oncle, à la Roche- Maurice, près de Landerneau. Sa beauté dit-on, n’avait d’égale que son goût pour le plaisir et la danse. Le tonton, voulant se décharger de cette lourde tutelle, voudrait bien lui trouver un mari qui prendrait soin de la raisonner. Mais la belle entêtée préférait se livrer aux plaisirs de la danse et de la fête plutôt que de songer au mariage. Pour faire patienter son oncle, elle déclara qu’elle épouserait tout homme capable de la faire danser douze heures d’affilée. Nombreux furent les jeunes gens du canton à tenter leur chance. Mais elle les épuisait tant que certains, morts de fatigue, ne voyaient pas le jour suivant.

L‘hécatombe était telle que son oncle l’enferma dans une des tours du château. Mais Katel s’en échappa et se rendit au pardon de la Martyre plougastel_d_katell-168x300accompagné d’un nouveau cavalier. Gavottes, plinns, jabadaos s’enchaînèrent, les deux danseurs s’en donnant à cœur joie. Mais le jeune homme non plus ne résista pas à l’infatigable Katel qui, prise dans le feu de la danse et de l’alcool, invoqua les puissances de l’enfer demandant de nouveaux musiciens. C’est ainsi que le diable l’entraîna dans une gigue infernale et lui fit franchir les portes du royaume des damnés (le Yeun ellez). La scène est représentée sur le calvaire de Guimiliau (29) ainsi que sur celui de Plougastel-Daoulas (29). Vous pouvez par ailleurs voir le film « Non ma fille tu n’iras pas danser » de Christophe Honoré (2009) et qui reprend le thème de la légende de Katel Gollet, Catherine, fille damnée.

Allez, à raconter aux petits nenfants le soir à la veillée. En attendant portez vous bien et à bientôt peut-être.

A en perdre la tête…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

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Amis des contes et légendes et du lait ribot réunis, bonjour! Nous sommes le Vendredi 08 novembre 2019, 18è jour de brumaire dédié à la dentelaire… J’en ferai bien une décoction car elle est censée soigner les douleurs articulaires.

C‘est aujourd’hui la Saint Tremeur; encore un drôle de paroissien que la ferveur populaire a fait saint… Ernest du Laurens de la Barre lui a consacré un conte, Tremeur l’homme sans tête, que l’on retrouve dans un de ses écrits publié en 1879 Les fantômes Bretons et qui débute comme ceci : » Il y avait autrefois, du côté de Plouguer, là-bas, sur le bord de l’Aulne, au-dessous de Carhaix, un village habité par des païens qui adoraient des dieux, Tremeur-300x200des demi-dieux, des déesses, des diablesses, et un tas de vilaines choses. J’ai entendu dire par des savants que leurs chefs s’appelaient Druides. C’étaient des magiciens ou sorciers qui, pour savoir l’avenir, coupaient du gui sur les chênes avec des faucilles d’or. » Avec Souvestre, Sébillot et Luzel, laurens de la Barre fut l’un des précurseurs de la collecte de la matière bretonne. Les contes et légendes qu’il rassembla, notamment dans les monts d’Arrée, eurent autant de succès que ceux d’Anatole le Braz quelques décennies plus tard. La plupart de ces auteurs, à l’instar de De la Villemarqué,et son Barzaz-Breiz, vont contribuer à ancrer dans l’esprit du petit peuple, l’image d’une Bretagne soumise, chrétienne et réactionnaire. Déguignet, auteur des mémoires d’un paysan bas-breton, dont je vous ai parlé ici, les traitera de « monarchisto-nationalisto-cléricafards bretons » et ajoutera: « Les conteurs se sont moqué des savants… pour un verre d’eau-de-vie, conteurs et conteuses inventaient des légendes issues de leur seule imagination ».

C‘est ainsi que tous ces personnages de contes, hableur, buveur, batailleur, coureur de jupon se sont retrouvé saints par la vertu de nos folkloristes des 18è et 19è siècle tout comme nos menhirs se sont menhirretrouvé coiffés d’une croix et nos sources sacrées ceintes d’une fontaine dédiée…L’une des manifestations les plus spectaculaires de ces traces d’évangélisation est le menhir de Saint-Uzec, en Pleumeur-bodou (22). Ici à gauche. Ce mégalithe d’environ soixante tonnes dont l’origine remonterait à 2500 ans avant Jésus Christ, fut christianisé au XVIIè siècle lors d’une Mission du Père Maunoir, jésuite qui mena près de quatre cent missions d’évangélisation en Bretagne. Ah oui, Tremeur. Il serait le fils de Trifin et de Conomor, le Barbe bleue breton. Bon c’est vrai, Conomor c’était pas vraiment un marrant, il assassina toutes les femmes portant un enfant de lui car on lui avait prédit qu’il mourrait assassiné par son fils.Lorsque Trifin donna naissance à Tréveur, Conomor rechercha l’enfant et lui fit couper la tête. Tréveur aurait pris sa tête entre ses mains et ses jambes à son cou et l’aurait porté sur le tombeau de sa mère. Il a, depuis, bien entendu trouver sa place dans la vallée des saints de Carnoët (la photo est de Bruno le Lay que vous pouvez retrouver sur son blog). Quand à la maman, elle a laissé son nom à la charmante commune de Sainte-Tréphine, commune proche de St Nicolas-du-Pelem (22). Etonnant, non !

Allez savoir pourquoi, ce matin je me suis éveillé avec une envie irrépressible d’écouter Jacques Bertin. Je vous fais partager cet indicible plaisir de la poésie portée par cette magnifique voix.

Merci de votre visite, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Bretonnitudes du père Erwan…

Posté par erwandekeramoal dans LES BEAUX SAINTS, Non classé, TRADITION

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Amis de la révolution permanente et du veau marengo réunis, bonjour ! Nous sommes le amaryllis_4-300x277Mardi 15 Octobre 2019, 24è jour de vendémiaire dédié à l’amaryllis, magnifique fleur qui a donné son nom à un bistro rennais des plus sympas. Enfin, je vous parle de cela il y a très, très longtemps. C’était dans le bas de la place des Lices , pour ceux qui connaissent Rennes, et j’y ai passé quelques soirées mémorables (n’est-ce pas Thierry ?). Pour les initiés de la pataphysique, Le 15 Octobre 2015 est en réalité le Mardi 10 Haha 147 St Panmuphle, huissier.

Et en Bretagne on célèbre les Konogan.

Originaire d’Irlande, il s’en fut à l’abbaye de Landevennec dans le Finistère. Il succéda à saint Corentin sur le siège épiscopal de Quimper. Débarquant du Pays de Galles, et faisant probablement partie du groupe des compagnons de Pol, Konogan établit son monastère non loin de Landerneau, sur les bords de l’Elorn, à Beuzit-Conogan. Inutile Konogan valléede vous dire qu’il est représenté dans la vallée des saints à Carnoet. La tradition nous apprend qu’il se mit à l’école de saint Gwénolé, et c’est par Landévennec que son culte s’est propagé. Il vécut au temps de Childebert (dans la première moitié du VIe siècle). Il a une chapelle à Beuzec-Cap-Sizun (29). Cette chapelle de forme rectangulaire et qui date du 17è siècle est dédiée à  « Santez spe », Sainte Espérance en breton. Le pardon a lieu tous les ans le premier dimanche d’Août. Derrière la chapelle se trouve la fontaine de Saint Konogan. Elle a été déplacée en 1999 car précédemment elle se trouvait 50 m plus loin le long du talus. La légende raconte que Saint Konogan soignait la fièvre, et pour obtenir Barque_de_St_Conoganguérison il fallait vider la fontaine. Avec ce qu’il tombe par ici, c’était pas une mince affaire… Le bateau de pierre de saint Conogan (Bag sant Konogan en breton) est un bloc granitique gisant sur la lande. Cette roche monumentale complètement détachée du sol et ne reposant que par quelques points sur une pierre plate, évoque la proue d’un bateau; aucune signalétique n’est présente aux alentours. On «tombe dessus» au détour d’un chemin creux. C’est ainsi que je l’ai découvert en allant à la pêche du côté de la pointe de Kastel coz. Le vaisseau de pierre, en arrivant sur le rivage, aurait percuté un rocher appelé le Garreg-Toull (rocher troué en breton) que l’on voit devant la plage de Porz-Peron et aurait rebondi jusque-là, en haut de la falaise.

Allez, merci  d’être passé par ici, portez vous bien et à bientôt peut-être.