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Oyez l’histoire de Budoc…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

Amis de la tradition et de la bouillie d’avoine réunies, bonjour ! Nous sommes le Vendredi 12 mars 2021, 22è jour de ventôse dédié au persil. Aujourd’hui, en Bretagne armoricaine on célèbre (ou pas) Budoc. Oyez donc son histoire au lieu de vous inquiéter pour l’avenir de la retraite des vieux ou la fiabilité de AstraZeneca.

A Brest, en ces temps-là, il y a longtemps, très longtemps, se dressait le château d’Even, prince de Léon, seigneur de Brest. Sa fille, la princesse Azénor, était – comme (presque) toutes les princesses, blonde aux yeux bleus. Albert Le Grand écrivit même à son sujet qu’elle azenor-204x300était  « de riche taille, droite comme une palme, belle comme un astre, et cette beauté extérieure n’était rien en comparaison de son âme.» mazette ! Le comte Chunaire de Goëllo, ayant ouï une telle renommée, demande la main de la belle Azénor, en envoyant au roi Even de riches émissaires. Les noces sont célébrées durant quinze jours, avant qu’Azénor ne rejoigne le château du comte de Goëllo, le Castel-Audren (aujourd’hui Châtelaudren dans le 22). Las ! Quelques mois après, la mère d’Azénor meurt, et le roi Even se remarie alors avec une marâtre peu recommandable, une  « dame de grande maison qui avait l’esprit malicieux, noir, sombre et malin, bref, une femme aussi mauvaise que la mer par un jour de tempête …»

Cette femme, convoitant le futur héritage d’Azénor, décide alors de se débarrasser de sa belle-fille. A force d’insinuations et de mensonges, s’aidant de faux témoins, elle persuade le roi Even, son mari, et le comte Chunaire, son gendre, qu’Azénor n’avait pas réservé sa couche à son mari, et l’accuse d’adultère, d’impudicité et d’abandonnement. chateau-brestDéshonoré, Chunaire fait reconduire séance tenante Azénor à Brest, où son père l’enferme dans la tour la plus sombre du château (qui porte encore aujourd’hui son nom, photo de droite) Apprenant qu’elle est enceinte, les juges décident alors de lui faire grâce de la vie, mais  tout de même de l’enfermer dans un tonneau, et de les jeter à la mer, elle et son enfant. Mais la cruelle belle-mère meurt à son tour (je raccourci), et, dans ses derniers moments,  avoue ses mensonges. Le prince de Léon et le comte de Goëllo se mettent alors à rechercher Azénor, sans repos. 

 

Un jour enfin, en Irlande, le père se retrouve face à un garçonnet blond comme les blés, aux yeux bleus, identiques à ceux qui illuminaient le doux visage d’Azénor. Budoc, son fils, était en face de lui. D’où la dol-de-bretagne-cathedrale-allee-centracélèbre phrase reprise dans Star Wars: « Budoc, je suis ton père… » . Plus tard, Budoc décide de partir au-delà des mers, mais, n’ayant point de navire, s’allonge dans une grande auge de pierre, comme Conogan avant lui. Il retourne ainsi en Armorique où il fut confié à Samson, évêque de Dol. Toujours est-il que notre petit Budoc, en grandissant ainsi pieusement, devient abbé de Dol, puis évêque de Dol lorsque Magloire abandonna cette charge. Voila pourquoi aujourd’hui, Ken Follett, écrivain gallois, va donner 148.000 euros de ses droits d’auteur pour restaurer la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Étonnant, non !

Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Elfes, lutins et korrigans…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

Amis de la Normandie et de Jean Gabin réunis, bonjour ! Nous sommes le Vendredi 19 février 2021 et, si l’on en croit le calendrier républicain, 220px-Ventose-150x150nous sommes le 1er jour de Ventôse dédié au tussilage. Cette plante qui fait penser un peu au pissenlit est une des plus ancienne utilisée dans la médecine traditionnelle. Elle est particulièrement réputée pour ses propriétés antitussives d’où son nom, tussilage. Les chinois l’utilisaient déjà sous la dynastie des Han pour lutter contre l’asthme. On en parle dans un ouvrage qui s’intitule Classique de la matière médicale du laboureur céleste et qui sert encore de référence aux médecins traditionnels asiatiques.

Pline l’ancien lui même en recommandait l’usage sous forme d’inhalation pour chasser la toux. Et comment ne pas relever cette anecdote amusante qui fait irrésistiblement penser aux facéties de nos korriganed bretons: Les Koropokkuru (homme sous les pétasites en langue aïnoue – à gauche sur la koropokkuruphoto) sont des « lutins » de la mythologie Aïnoue, population aborigène vivant au Nord du Japon et à l’extrême Est de la Russie. Ces êtres mythologiques habitent sous terre et dans les tiges des feuillages du tussilage et des pétasites. De la taille d’un pied d’enfant, ces « lutins » sont à proprement parler des kamuys (« esprits » en langue Aïnoue) végétaux. Établis dans les forêts, ils apparaissent au voyageur perdu pour le guider sur sa route.

On se croirait dans les monts d’Arrée où se sont retiré nos korrigans à nous. (quand on vous dit que toutes les civilisations se valent). Petits, noirs et velus, coiffés de chapeaux plats avec des rubans de velours, les Teuzfilles étant coiffées de bonnets violets. Pierre Dubois (grand elfologue devant l’éternel) les décrit comme des nains cornus hauts d’une à deux coudées, aux pieds de boucs, aux sabots de fer et aux griffes de chat. Mon aïeule m’a raconté qu’autrefois, lorsqu’on avait perdu quelque chose, il suffisait de se rendre à leur résidence au commencement de la nuit, et de dire: ” Poulpican, j’ai perdu tel ou tel objet.” Le lendemain on le retrouvait à sa porte. Celui-ci sur la photo de droite est un Teuz, sorte de génie domestique chargé de veiller sur la maisonnée; chez nous son effigie trône fièrement sur la cheminée et, il est hors de question de ne point le saluer en entrant dans la maison…

 

Aujourd’hui les humains ne savent plus où réside le petit peuple. Quoique… Si vous passez du côté de Plaudren (dans le Morbihan), auprès du petit bourg de Locqueltas, il est une lande appelée Motenn-Dervenn. Suivez le chemin de terre au Sud-est jusqu’à… Je ne peux en dire davantage. Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

Amis de la lutte finale et du corned-beef réunis, bonjour ! Nous sommes le Jeudi 18 février 2021 qui est le trentième et dernier jour de pluviôse, dédié au traîneau.

Le championnat du Monde de Boulou-pok aura t-il lieu ?

Je sais que vous êtes des milliers à attendre l’info avec fébrilité:  Petit rappel; ce jeu se pratique depuis plus de cinq siècles à Guerlesquin (29). La compétition ayant été créée par un prêtre désirant meubler les loisirs de ses ouailles avant la période du Carême, un registre des cotisations datant de 1856, avec report d’un volume précédent, prouve le sérieux et la prospérité de cette véritable institution. Ce championnat est devenu pour certains Guerlesquinais désireux de perpétuer la boulou-poktradition un rendez-vous incontournable. Deux équipes exclusivement masculines s’affrontent : les Nordistes – ayant leur façade de maison orientée au sud – et les Sudistes dont l’entrée de maison se trouve au nord. Munis de leurs deux « bouloù », des demi boules de buis lestées de plomb (savoir-faire connu de quelques Guerlesquinais seulement ) les joueurs, suivant les instructions de leurs capitaines, tentent de remporter le point en approchant leurs boules au plus près du « maestr » pendant que quelques collègues détournent l’attention de leurs adversaires d’un jour en les invitant à se désaltérer.

 

 

Sachez enfin que le muche (mètre) n’est pas autorisé. « Les morceaux de bois, si possible un peu de travers, font l’affaire », vous expliquera t-on, il y a peu de temps, un joueur avait utilisé une application de son autour-du-bustesmartphone pour mesurer qui avait le point. Trop geek, il s’est fait viré sur le champ… Comme l’exige la tradition, le vainqueur est proclamé par le Tambour et chaque équipier se voit offrir des mains de son capitaine une feuille de laurier. L’équipe se retrouve alors autour du buste de Prosper Proux, barde Guerlesquinais du 19ème siècle, pour la photo finale. Cette partie capitale terminée, c’est au tour des cafetiers de s’affronter autour d’un simple lancer de boules afin de définir celui qui aura l’honneur de servir le « GWIN BIAN » (petit vin), apéritif réunissant joyeusement champions du monde et perdants revanchards. La journée se termine autour du « GWIN BRAS » (grand vin) qui est devenu un banquet fort animé.

Et bien voilà, vous savez tout ou presque. Petite pensée pour Lucien Gourong, conteur de l’île de Groix qui vient de casser sa pipe. Allez, merci encore de passer par ici, portez vous bien et à bientôt peut-être.

If you want…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

Amis des Pâques irlandaises et du irish stew réunis, bonjour! Nous sommes le Samedi 06 février 2021, 18è jour de pluviôse dédié à l’IF. St-Maudez-300x224Arbre remarquable surtout dans la tradition celtique. Le mot if remonte à un mot gaulois ivos ou, émane d’un étymon celtique qui donne aussi ivin en breton, ywen en gallois, éo en irlandais. Une racine semblable existe en germanique, iwaz, qui a donné iw en vieil anglais (yew en anglais moderne) et Iwa en vieil haut allemand (Eibe en allemand moderne), dont semble dériver le prénom Yves et donc, Ivan, Ewan, Erwan, (tout ce détour pour parler de lui… Non mais, quel égo !)

Hors des bosquets sacrés et des sentiers battus, cet arbre tient une grande place auprès des Celtes en général et des druides en particulier. Ce conifère odorant est un symbole funéraire dans l’univers celtique. Selon César, deux chef gaulois des Eburons, vaincus au combat, s’empoisonnèrent avec ses fruits. La toxicité de la plante et son lien avec la mort sont patents. L’if se rencontre encore dans les anciens chaudron-gundestrup2cimetières, où il paraît tenir compagnie aux défunts, dans la solitude silencieuse, à la frontière du monde des vivants. Vert en toute saison, cet arbre symbolise aussi la résistance, la vigueur et l’immortalité. En dehors donc des cycles végétatif, l’if est le matériau dans lequel est taillé la roue du druide Mogh Ruth, symbole de l’apocalypse, de la révélation puisque selon les textes, une roue en if, Roth Ramhach, doit tomber du ciel lorsque la fin du monde sera arrivée (y’a pas que les gaulois qui craignaient que le ciel ne leur tombe sur la tête…). La roue du druide mythique Irlandais Mogh Ruith (serviteur de la Roue) est particulière. Elle a un moyeu et des rayons mais pas de jante. Elle est en if. C’est la roue de l’Apocalypse: quiconque la voit devient aveugle, quiconque l’entend devient sourd et quiconque la touche meurt sur le champ. Il reste quelques roues à carillons en Bretagne qui sont des dérivés directs de ce symbole.»

En attendant la fin du monde, je m’ennuie quelques fois, alors, je vais if-de-Pommeritau bourg pour y faire mon Loto… Heu non, ça c’est autre chose. En photo (en haut du billet), l’if de Saint-Maudez en Côtes-d’Armor et que l’on dit millénaire. Il en est un autre (ici à gauche) dans la commune de Pommerit-le-vicomte, près de Guingamp en Côtes-d’Armor aussi, que l’on dit plusieurs fois centenaire, certains affirment qu’il aurait 1700 ans. Malgré les turbulences de la vie, il a même connu un incendie, il est toujours là. Le tronc est creux mais à l’intérieur la vie est présente et le spectacle est digne d’une cathédrale.

Allez, voila pour aujourd’hui, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Véronique, nique, nique…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

Amis du confucianisme et de l’onglet aux échalotes réunis, bonjour ! Nous sommes le Jeudi 04 février 2021, 16è jourPrévert de pluviôse, dénommé « jour du buis » dans le calendrier républicain. C’est le jour anniversaire de la naissance de Prévert et bien sur, pour marquer le coup, il pleut sur Brest. Quand à la préposée aux calendriers, elle me susurre  à l’oreille, qu’aujourd’hui, celui des postes nous invite à célébrer les Véronique, nique nique…

Tiens, le saviez tu ? Sur le chemin de croix, selon une tradition médiévale, une femme prise de pitié aurait essuyé le visage du Christ avec un voile et celui-ci aurait conservé les traits du supplicié… De là le nom de la femme: Véronique, déformation du latin « Vera iconica ». à gauche détail d’un tableau intitulé Le Gradismar de Blaise LE-GRASDIMAR-DE-BLAISE-RA-0005_6-copie-1-200x300Ra de Débarras. Véronique ayant ramené le « voile de la Sainte Face » à Rome, elle aurait guéri l’empereur Tibère en le lui faisant toucher… Le voile est aujourd’hui vénéré à Saint-Pierre de Rome. Véronique aurait ensuite évangélisé l’Aquitaine avec son mari, un certain Zachée. Après sa mort, elle aurait été enterrée à Soulac, sur le littoral atlantique de la Gironde, où lui est dédiée une église. Une tradition médiévale du Quercy assimile l’ermite Amadour à Zachée qui, devenu veuf, se serait établi dans une grotte de la région. Amadour est à l’origine de l’actuel pèlerinage de Rocamadour (le nom de ce village rappelle le « rocher d’Amadour ») étonnant, non ? Et la foule des fidèles s’est mise à chanter:

 

Bon, allez, assez déliré pour un jeudi. Merci de votre visite, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Ar gwir ened ar bed…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

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Amis de la tradition et du chouchenn chaud réunis, bonjour! Nous sommes le Lundi 1er février 2021, treizième jour de pluviôse dans le calendrier républicain dédié au laurier-sauce mais pour les Celtes, c’est Imbolc.

Imbolc est une fête religieuse celtique irlandaise, qui était célébrée le 1er février de notre calendrier, soit au début du mois d’anagantios selon le la-croix-150x150calendrier de Coligny dans la mythologie celtique. C’est la fête sur laquelle les sources littéraires médiévales sont les plus faibles. Le sens du nom est « lustration », il s’agit donc d’une purification qui prend place à la fin de l’hiver. Elle pourrait avoir pour fondement un culte lié à la fécondité. La tradition voulait que, la veille d’Imbolc, on tresse des croix spéciales de Brigit que l’on accrochait ensuite dans les habitations pour appeler la protection de cette déesse.

« Goûter de chaque nourriture selon l’ordre,
voilà ce que l’on doit faire à Imbolc ;
se laver les mains, les pieds, la tête,
c’est ainsi que je le dis »
Extrait du livre de: Christian-J. Guyonvarc’h et Françoise Le Roux, La Civilisation celtique, Ouest-France Université, Rennes, 1990


 

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Avec Beltaine, Lugnasad et Samain, c’est une des dates marquantes de druide-275x300la tradition Celtique et plus particulièrement druidique. Même si cette fête à été remplacée très tôt par la célébration chrétienne qu’est la Sainte Brigitte (elle même se substituant à la Brigit pré chrétienne) suivie de la chandeleur. L’église Catholique, apostolique et Romaine avait grand besoin de récupérer toutes traces des rites anciens. J’ai repris en titre la devise du mouvement druidique: Ar gwir enep ar bed – La vérité face au monde ou, « à la face du monde » quelque chose comme cela.

Allez, portez vous bien, n’oubliez pas la petite laine et, à bientôt peut-être.

Le roitelet, l’oiseau des druides…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

Amis du jazz manouche et du ragout de hérisson réunis, bonjour ! Nous sommes le Samedi 23 janvier 2021, quatrième jour de pluviôse, dédié au Perce-neige, les puristes de l’orthographe ne manqueront pas de relever qu’il faudrait dire la perce-neige; et je ne vous parle même pas du pluriel, un truc à épater maître Capello lui même. Entre ceux qui en font un invariable et ceux qui mettent un S à neige… Personnellement je m’en soucie comme de ma première pipe en terre.

Fêtons dignement les Laouenan: Laouenan vient de « Laouen » qui signifie gai, joyeux, rieur comme dans l’expression Nedeleg laouenn (joyeux Noël): c’est ainsi que l’on nomme le roitelet en Bretagne. A ce propos, le lendemain de Noël chez nos cousins d’Irlande, du Pays de la-an-dreolinGalles ou de l’île de Man subsiste encore la tradition de « la Chasse au Wran » ou le « Roitelet ». Faut-il rappeler que le roitelet est l’oiseau sacré des druides avec qui il partage le nom d’origine Dryw en Gallois et Drew en breton. Les irlandais lui ont donné le nom de « druide des oiseaux » Dreoilin; d’où le nom de cette fête: là an dreoilin. Les gens se déguisent avec des vieux vêtements et se peignent le visage, portent des chapeaux de paille et voyagent de maison en maison avec des chants, de la musique et en dansant. Naguère en Irlande, les jeunes garçons et les hommes connus sous le nom de «The Boys Wren» allaient dans les bois. Ils chassaient et tuaient un roitelet, puis faisaient un défilé avec l’oiseau mort à travers la ville au sommet d’un mât décoré. C’était d’une délicatesse désarmante, non ?

 

Cette tradition, quoique en voie de disparition et surtout, de folklorisation, peut encore être vue dans certaines villes et villages en boys-wrenIrlande. Les garçons Wren marchent dans les rues vêtus de costumes traditionnels (généralement quelque chose fabriqué à partir de paille) au rythme des tambours et ils s’arrêtent devant les bars en jouant de la musique traditionnelle. (cela me rappelle le Mardi Gras à Douarnenez; sauf que nous on s’arrête dans les bars même quand c’est pas la fête…). L’argent qui est perçu est reversé aux œuvres de charité et bien sûr le roitelet n’est plus tué, les garçons Wren marchent avec un oiseau factice.

Et voilà pour ce jour. Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Le solstice de Strasbourg…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

Amis de la nature naturante et du riz pilaf réunis, bonjour ! Nous sommes le Mardi 22 décembre 2020, deuxième jour de Nivôse dédié à la druidehouille. Lors du solstice d’hiver (c’était hier à 5h 02), les druides contemporains ne fêtent pas Yule comme dans les pays nordiques, mais Alban Arthan (la lumière de l’ours). L’année celto-druidique commence en effet au solstice d’hiver avec la cérémonie de la Modra Necht, fête qui est marquée par la « cueillette du gui ». A chaque fois que le druide officiant coupe une touffe de gui, il s’écrie : « O Gehl an Heu ! » qui signifie « Le blé lève ! ». Cet usage maintenu tout le Moyen-âge fut mal compris de la foule qui traduisit par « Au Gui l’An neuf ! », amusant, non ?

J’évoque le solstice d’hiver et la tradition druidique mais, les Francs-Maçons aussi fêtent les Solstices notamment celui d’hiver ou Saint-Jeanjanus1-248x300 d’hiver (l’évangéliste). Dans La franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes, Oswald Wirth note : « Jean l’Évangéliste personnifie la lumière crépusculaire du soir, celle qui embrase le ciel lorsque le soleil vient de disparaître sous l’horizon (…)  On lui attribue l’Apocalypse, qui, sous prétexte de dévoiler les mystères chrétiens, les masque sous des énigmes calculées pour entraîner les esprits perspicaces au delà des étroitesses du dogme. Aussi est-ce de la tradition johannite que se sont prévalues toutes les écoles mystiques, qui, sous le voile de l’ésotérisme, ont visé à l’émancipation de la pensée.

N’oublions pas, enfin, que le quatrième évangile débute par un texte d’une haute portée initiatique, sur lequel s’est longtemps prêté le Yuleserment maçonnique. Au début était le verbe… » Dans sa grande volonté de récupération, l’église chrétienne apostolique et romaine a remplacé le culte romain de Janus par celui des deux Jean en choisissant ces personnages parce qu’ils ont le même nom, et en plaçant leurs fêtes aux dates des solstices. Jean le Baptiste ouvre la porte estivale et annonce le cycle d’obscuration. Jean l’Évangéliste ouvre la porte hivernale et annonce le cycle d’illumination. Et les feux d’Alban Arthan ont été remplacés par les guirlandes de l’union des commerçants et la bûche de Noël… Quelle misère madame Michu.

Bon, c’est l’occasion ou jamais de vous dire joyeuses fêtes, portez vous bien et à bientôt… Peut-être.

Les portes de l’Enfer…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

Amis de la polémique et du waterzoï réunis, bonjour ! Nous sommes le NivôseLundi 21 décembre 2020, si l’on en croit le calendrier républicain, ce jour, premier de Nivôse, est dédié à la tourbe. Nivôse qui nous vient tout droit du latin Nivosus, riche en neige… C’est bien tout ce qu’il reste de riche par les temps qui courent ; mis à part quelques spéculateurs véreux qui se repaissent sur le dos des petites gens et qui regardent en se bidonnant nos acquis sociaux se réduire à peau de chagrin. Ma doué benniget !

La tourbe donc, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, a été pendant longtemps la principale production du Yeun Elez, cette zone marécageuse située au cœur des Monts d’Arrée (Finistère) sous le regard vigilant de nos géants de granite: Roc’h Trevezel, Roc’h Trédudon, Menez Kador. La légende situe ici même, au cœur de ces tourbières, les portes de l’Enfer: Le Youdig. Voici ce qu’en dit Anatole Le Braz dans « La légende de la Mort »:  « On dirait, en été, une steppela-tourbe sans limites, aux nuances aussi changeantes que celles de la mer. On y marche sur un terrain élastique, tressé d’herbes, de bruyères, de jonc. A mesure qu’on avance, le terrain se fait de moins en moins solide sous les pieds : bientôt on enfonce dans l’eau jusqu’à mi-jambes et, lorsqu’on arrive au cœur du Yeun, on se trouve devant une plaque verdâtre, d’un abord dangereux et de mine traîtresse, dont les gens du pays prétendent qu’on n’a jamais pu sonder la profondeur. C’est la porte des ténèbres, le vestibule sinistre de l’inconnu, le trou béant par lequel on précipite les « conjurés ».

https://youtu.be/qWrtUKOQPeo

Cette flaque est appelée le Youdig (la petite bouillie) : parfois son eau se met à bouillir. Malheur à qui s’y pencherait à cet instant : il serait saisi, entraîné, englouti par les puissances invisibles ». Depuis le temps Lankou-210x300que l’on s’échine à démanteler la centrale nucléaire  de Brennilis (à l’arrêt depuis 1985)… Elles sont peut-être là, les invisibles puissances ! « Sant Mikêl vraz a oar an tu d’ampich ioual ar bleizi-du » ( Le grand saint Michel sait la manière d’empêcher de hurler les loups noirs ) allusion à la chapelle Saint-Michel de Braspart qui domine le Yeun Elez. Voila ce que l’on répond à ceux qui ont eu le malheur de s’égarer dans le marais et qui disent avoir entendu hurler les chiens de la mort. Mon aïeule nous contait l’histoire des crieurs de nuits (hoper noz) que sont les enfants morts sans baptême et qui doivent rester errer ainsi jusqu’au jugement dernier. Bref, que des trucs vachement rigolo…

Allez, portez vous bien en attendant le re-reconfinement et à bientôt peut-être.

Le bal des trépassés…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

Amis de la prétérition et du filet de cabillaud réunis, bonjour ! Nous sommes le Lundi 02 novembre 2020, 12è jour de brumaire, habituellement dédié à la Mâcre, plante aquatique autrement appelée la-baie-des-trepasseschâtaigne d’eau, on dit que les chinois en sont friands (Ah, le pangolin à la châtaigne d’eau…) En Bretagne c’était un grand jour que celui-là. Il était consacré aux trépassés, ici on dit Anaon. Peut-être connaissez vous ce recoin de côte entre la pointe du Van et celle du Raz, au bout du bout du Finistère, c’est la baie des trépassés, bae an anaon. Mon aïeule, admiratrice d’Anatole le Braz, m’a souvent conté l’histoire du Treizour (le passeur) chargé de mener les âmes vers l’autre monde et qui accostait la nuit venue sur ses rivages. Il faudra que je lui consacre un billet. Au treizour, pas à mon aïeule…

Cette antique curiosité des Celtes pour les problèmes de la mort s’est conservée jusqu’au siècle dernier, et avant dernier, en Bretagne où l’on a vu apparaître de somptueux monuments funéraires avec des ossuaires souvent plus beaux que les églises, agrémentés de motifs sculpturaux parmi lesquels figure en bonne place le valet de la mort,kathryn-jacobi-14-224x300 l’Ankou. Alors qu’on s’efforçait ailleurs, par mesure d’hygiène, d’éloigner des villages les cimetières, en Bretagne, cela était regardé comme des profanations et ceux-ci occupaient en général le centre de la bourgade, au milieu des vivants. Ce qui brouille la perception de cette filiation, c’est la grande prédication, intensifiée à la suite de la révolte « du Papier timbré » en 1675 (les fameux bonnets rouges), en vue d’arrêter la révolte et de prêcher la soumission à Dieu et au roi, à un pays peu ou mal christianisé. Elle fut menée à bien par des Jésuites, principalement le Père Maunoir et Michel le Nobletz, et vit l’introduction de nouvelles pratiques: grandes processions, cantiques, culte de nouveaux saints et de la Sainte Famille avec Sainte Anne, qui ont continué de marquer la Bretagne.

Venez chanter pour moi la complainte des trépassés,
ma parentèle, mes preux, mes freux, mes chevaliers,
mes aveugles, mes mal-chaussés, mes forestiers !
(Hubert Juin) illustration de Kathryn Jacobi

Le sort des âmes trépassées est marqué désormais par la terreur de l’enfer, les descriptions sadiques des supplices qu’on y enduraient et dont le « cantique » du P. Maunoir, l’Enfer,  est un saisissant condensé. En 1641, il publie un premier recueil de cantiques bretons, qu’il utilise Taolennou1lors d’une mission à Douarnenez. Maunoir utilisa au départ les « Taolennou » que le père Le Nobletz avait développés : ce sont des cartes ou tableaux représentant des thèmes illustrant son enseignement (ici à gauche). Il pouvait ainsi marquer visuellement ses fidèles qui ne savaient pas lire. C’est ainsi qu’il utilisa le cantique en raison de l’illettrisme d’une grande partie des fidèles. On choisissait un air à la mode qui était donc connu des fidèles et l’on y adaptait des paroles religieuses qui reprenaient l’abrégé du catéchisme. Cette fête qui est célébrée chez les Catholiques, le lendemain de la Toussaint, le 02 novembre donc, est fondée sur l’idée que les âmes mortes en état de péché véniel voient leurs souffrances allégées par la prière des vivants et le sacrifice de la messe. Elle remonte à St Odilon, abbé de Cluny mort traverser-le-Styx-300x230en 1048. L’ « argument » rédigé par La Villemarqué en introduction de ce chant(dans le Barzaz Breiz) peut se résumer ainsi: « C’est le mois noir (miz du= novembre) que l’Eglise a choisi pour songer aux morts et prier pour eux. Le soir de la Toussaint, on venait s’agenouiller sur la tombe de ses parents défunts, remplir d’eau bénite le creux de leur pierre funèbre et dans quelques localités, y faire des libations de lait. Puis avait lieu un office religieux. Les cloches ne cessaient de tinter durant toute la nuit et parfois, à l’issue des vêpres, avait lieu une procession aux flambeaux autour du cimetière au cours de laquelle le recteur bénissait chaque tombe. Dans chaque maison le repas restait servi pour les défunts et le feu du foyer restait allumé pour qu’ils puissent s’y réchauffer. » On le préservait jusqu’au lendemain en couvrant les braises; d’où l’expression: couvre-feu…

Allez, confinez en paix et à bientôt peut-être.