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L’ésotérisme de mon aïeule…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

Amis des gymnopédies et de la trois-fromages réunies, bonjour! Nous sommes le Lundi 04 décembre 2017, 14è jour de frimaire dédié au sapin et, si j’en crois le calendrier des postes, c’est la Ste Barbe qui aurait vécu au milieu du IIIe siècle à Nicomédie en Asie Mineure, aujourd’hui Izmit. Son père, un satrape du nom de Dioscore, voulut protéger sa virginité (ou la protéger du prosélytisme chrétien). Il sainte-barbeGravure-167x300l’enferma dans une tour à deux fenêtres. Mais un prêtre, déguisé en médecin, s’introduisit dans la tour et la baptisa (de quoi j’me mêle ! ndlr). Son père la tortura jusqu’à qu’elle abjure mais elle ne céda pas; il la décapita illico. Allez savoir pourquoi Barbe était un prénom très usité en Bretagne et que portait mon arrière grand-mère. Elle est honorée au Faouët, dans le Morbihan ( pas mon arrière grand-mère mais la sainte).  La Chapelle Sainte-Barbe, lieu célèbre de pèlerinage est accrochée aux flancs de la montagne, à 1.500 mètres du bourg. Elle est enfouie dans la forêt, à pic au dessus de l’ Ellé et c’est un vrai bijou d’architecture élégante et fine comme on n’en voit pas souvent en Bretagne. Oyez son histoire.

Vincent, seigneur de Toulboudou, en Locmalo, chassant un jour de l’année 1489 dans la vallée de l’ Ellé, fut surpris par un orage formidable. Un bloc de rocher, détaché par la foudre, roulait sur la pente de la montagne et allait l’écraser. Il n’eut que le temps d’invoquer sainte Barbe et le roc s’arrêta, comme cloué sur le sol. A chapelle-300x200la place même où il avait été si miraculeusement épargné, le seigneur fit élever une chapelle par son architecte du génie. Sainte Barbe est, bien évidemment la patronne des pompiers mais aussi des alchimistes.Nombre d’occultistes se sont penché sur les similitudes entre l’iconographie qui la concerne et la seizième lame du tarot de Marseille, la maison Dieu à cause de la tour. D’aucun y voit la colonne, le pilier, l’axe, l’Unité de l’être qui se manifeste par les trois plans symbolisés par les trois fenêtres de la tour : à l’instar d’Hermès le Trismégiste. Ici, la pierre dressée est la matière à transmuter en corps de Gloire, alors seulement, dit le sage, la mort sera abolie, et l’on possédera les « clés du royaume des ciels. ». Car curieusement, ces clés de saint Pierre, qui se trouvent sur le lambris Porte-de-la-chapelle-sainte-Barbe-Sainte-Barbe-Morbihan--225x300situé à côté de la statue de sainte Barbe sur la grande place alchimique de Bruxelles, se retrouvent également sur la porte de la chapelle de sainte Barbe au Faouët.  De part et d’autre du portail du beffroi se dressent les statues des quatre Vertus cardinales : Prudentia (la Prudence) et Justitia (la Justice) à gauche, Fortitudo (la Force) et Temperantia (la Tempérance) à droite, autres arcanes du Tarot et vertus cardinales dont Fulcanelli nous donne une description alchimique dans ses « Demeures Philosophales », au chapitre « Les gardes du corps de François II duc de Bretagne ». On pourrait en parler des heures mais…

Allez, c’est pas tout, j’ai du pain sur la planche et du lait sur le feu. Portez vous bien et à demain peut-être.

Danse, danse, Katel Gollet…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

Amis des confessions de St Augustin et des praires farcies réunies, bonjour ! Nous sommes le Samedi 25 novembre 2017, 5è jour de brumaire, et dans le calendrier républicain, c’est le jour du cochon… Dans celui des postes, c’est la Sainte Catherine là où tout bois prend racine. Et comme le disait mon aïeule qui n’en ratait pas une: pour la Ste Catherine, le porc couine! J’en profite donc pour souhaiter une bonne fête à ma filleule Katel. Oui, à l’Ouest du Couesnon, on dit Katell (aujourd’hui on met deux L, ça fait plus riche) plutôt que Catherine. Il sont comme cela les bretons, il faut toujours qu’ils se singularisent; non contents de porter des chapeaux ronds, ils ne peuvent pas appeler un chat un chat et une Catherine une Catherine… Ma doue benniget!

 

Oyez la légende de Katel Gollet, elle m’a été contée par un soir d’hiver et par un vieux colporteur dans une auberge des monts d’Arrée aujourd’hui disparue. Il affirmait la détenir de son grand-père qui lui même l’avait recueilli de la bouche d’un mourant alors qu’il croupissait dans la boue du camp de Conlie; là où l’armée bretonne du général de Keratry était censée se préparer à bouter le prussien katel_goll_guim-272x300hors des frontières:  Katel était une belle jeune fille de 16 ans qui vivait dans le château de son oncle, à la Roche- Maurice, près de Landerneau. Sa beauté dit-on, n’avait d’égale que son goût pour le plaisir et la danse. Le tonton, voulant se décharger de cette lourde tutelle, voudrait bien lui trouver un mari qui prendrait soin de la raisonner. Mais la belle entêtée préférait se livrer aux plaisirs de la danse et de la fête plutôt que de songer au mariage. Pour faire patienter son oncle, elle déclara qu’elle épouserait tout homme capable de la faire danser douze heures d’affilée. Nombreux furent les jeunes gens du canton à tenter leur chance. Mais elle les épuisait tant que certains, morts de fatigue, ne voyaient pas le jour suivant.

L‘hécatombe était telle que son oncle l’enferma dans une des tours du château. Mais Katel s’en échappa et se rendit au pardon de la plougastel_d_katell-168x300Martyre accompagné d’un nouveau cavalier. Gavottes, plinns, jabadaos s’enchaînèrent, les deux danseurs s’en donnant à cœur joie. Mais le jeune homme non plus ne résista pas à l’infatigable Katel qui, prise dans le feu de la danse et de l’alcool, invoqua les puissances de l’enfer demandant de nouveaux musiciens. C’est ainsi que le diable l’entraîna dans une gigue infernale et lui fit franchir les portes du royaume des damnés (le Yeun ellez). La scène est représentée sur le calvaire de Guimiliau (29) ainsi que sur celui de Plougastel-Daoulas (29). Vous pouvez par ailleurs voir le film « Non ma fille tu n’iras pas danser » de Christophe Honoré (2009) et qui reprend le thème de la légende de Katel Gollet, Catherine, fille damnée.

Allez, à raconter aux petits nenfants le soir à la veillée. En attendant portez vous bien et à demain peut-être.

Que la Crique me croque…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

Amis Républicains, bonjour ! Nous voici donc le Mardi 21 Novembre 2017, 1er jour de Frimaire et, il est vrai que les frimas font leur apparition. Oui je sais, il se trouve encore quelques pataphysiciens pour affirmer que Le 21 Novembre 2017 est en réalité le Jeudi 19 As 145 St Courtial des Péreires, aérostier et inventeur. Les initiateurs du calendrier qui nous intéresse, en ont fait le jour de la raiponce, jolie fleur qui a la chance d’appartenir à la famille des campulacées, raiponce orbiculairece qui, vous en conviendrez, n’est pas l’apanage de n’importe quelle jolie fleur même… Dans une peau de vache! Je me suis souvent demandé d’où venait cette imagination débordante. L’un des auteurs, si ce n’est le seul, s’appelait Fabre d’Eglantine, écrivain, poète, théâtreux et, moins révolutionnaire qu’opportuniste. Forcément, quand on porte le nom d’ Eglantine, on ne va pas donner aux jours des noms d’oiseaux… Il présenta ce calendrier à la Convention Nationale en octobre 1793… Il perdit la tête un an plus tard, au sens propre, en compagnie de Danton. C’est à lui que nous devons la célèbre ritournelle: « Il pleut, il pleut, bergère ». C’est sans doute ce côté poète qui le conduisit à doter les jours de noms champêtres et bucoliques aussi improbables que ceux la. En photo, Raiponce orbiculaire, encore appelée herbe d’amour, plante de la famille des campanulacées mais ça, je suppose que c’est le cadet (de Gascogne) de vos soucis.

Les bretons vont célébrer (ou pas) St Koulman. En fait il s’agit sans doute de St Colomban qui débarqua de son curragh du côté de St Malo après avoir traversé le Channel. Grand voyageur, il évangélisa l’Europe et du coup, le Vatican a accepté d’en faire le Saint patron des motocyclistes ! Nous sommes au milieu du VIè siècle, Clovis réunifie la Gaule et en Bretagne Armoricaine règne Judicaël; Fils aîné koulmande Judhaël, roi de Domnonée et de la reine Pritelle, fille aînée d’Ausoche, prince au Comté de Léon. Je vous fais grâce de la liste de ses quinze frères et sœurs dont la plupart refusèrent de faire l’ENA pour se consacrer à la carrière de saint (Judoc,Winoc…). Allez, passons à autre chose avant que le grand Cric ne nous croque (jusqu’au dix neuvième siècle, on utilisait l’expression: que la Crique me croque – ainsi A. Daudet: « et quand vous rencontrerez, çà ou là, quelque tarasconnade par trop extravagante, que la crique me croque si elle est de mon invention! » A. Daudet, Port-Tarascon,1890, p. 11 ). à droite La représentation de Colomban dans la vallée des saints et que l’on doit à Didier Hardellet, sculpteur de Huelgoat.

Portez vous bien et à bientôt peut-être.

Lundi mardi tralala…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

Amis du panthéon nordique et des chaussettes à clous réunis, bonjour ! Nous sommes le Mercredi 15 novembre 2017, 25è jour de Brumaire dédié au faisan.

Je suis tellement en retard que l’on pourrait se méprendre et penser qui je suis en avance sur les tâches du lendemain car, à l’heure où j’enregistre ce billet nous sommes Mardi soir et donc, le lendemain c’est Mercredi, moment où vous lirez (merci à vous) cette petite fantaisie qui m’a été inspirée par les jours du calendrier républicain. Aujourd’hui donc, c’est Mardi et le Mardi pour les ultra-manchots c’est Tuesday à cause de TIW, équivalent germanique du dieu romain Mars. Tout comme Sunday pour les sujets de la très gracieuse c’est le jour du Soleil, mais alors, chuchotez vous: Monday c’est le jour de la Lune qui, soit dit en passant, ce soir se montre sous ses plus beaux atours. Le Mercredi pour nous Italian_-_Bracelet_-_Walters_41269correspond à Mercure et en breton on dit Merc’her, au pays de Galles Dydd Mercher et les anglais, qui tiennent toujours à se singulariser, Wednesday en référence à Woden (du proto germanique Wotan ou si vous préférez Odin) et ainsi de suite Thursday, signifiant le jour de Thor; alors que pour nous latins, Thor est l’équivalent de Jupiter alors on dit Jeudi. Pour le Vendredi on ne s’est pas cassé la tête et on a choisi Vénus, alors que les britanniques ont opté pour Friday en référence à Frigga déesse de la beauté et de l’amour et Saturday pour Saturne, même si quelquefois, saturne pas rond… Les bretons vont utiliser le même système: Disul-Dilun-Dimeurzh-Dimercher Diriaou-Digwener-Disadorn et continuer à danser le Rond de St Vincent comme nous le montrent les Tri Yann du temps de leur jeunesse (même Jean-Yves ne va pas les reconnaître).

Allez, merci encore de passer par ici de temps en temps, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Tremeur, l’homme sans tête…

Posté par erwandekeramoal dans LES BEAUX SAINTS, TRADITION

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Amis des contes et légendes et du lait ribot réunis, bonjour! Nous sommes le Mercredi 08 novembre 2017, 18è jour de brumaire dédié à dentelairela dentelaire… J’en ferai bien une décoction car elle est censée soigner les rhumatismes. J’imagine que peu vous chaut l’état de santé de l’auteur, il n’empêche qu’il souffre le martyre à cause d’une vieille douleur rhumatismale entre les doigts de pieds. Pour un retraité qui rêvait de les avoir en éventail, avouez que c’est un comble!

C‘est aujourd’hui la Saint Tremeur; encore un drôle de paroissien que la ferveur populaire a fait saint… Ernest du Laurens de la Barre lui a consacré un conte, Tremeur l’homme sans tête, que l’on retrouve dans un de ses écrits publié en 1879 Les fantômes Bretons et qui débute comme ceci :

« C’est le conteur lui-même qui va parler devant vous. Je l’ai connu jadis à Poullaouen, où il cumulait les emplois fort disparates de tailleur et de bedeau ; de plus on le disait lettré pour un sonneur de cloches, vu que, dans ses récits, il aimait à citer des noms mythologiques. Il racontait, tout en réparant des soutanes, et, comme bedeau, se donnait des airs de sermonneur. Puis, mettant la bride sur le cou à sa verve comique, le tailleur risquait des détails saint tremeurque le pieux bedeau eût pu désavouer. C’était un conteur en partie double. Son excuse est dans la naïve morale qu’il essayait de répandre au milieu de ses tableaux fantastiques. … Il y avait autrefois, du côté de Plouguer, là-bas, sur le bord de l’Aulne, au-dessous de Carhaix, un village habité par des païens qui adoraient des dieux, des demi-dieux, des déesses, des diablesses, et un tas de vilaines choses. J’ai entendu dire par des savants que leurs chefs s’appelaient Druides. C’étaient des magiciens ou sorciers qui, pour savoir l’avenir, coupaient du gui sur les chênes avec des faucilles d’or. » vous trouverez la suite sur Laurens de la Barre.  

Avec Souvestre, Sébillot et Luzel, laurens de la Barre fut l’un des précurseurs de la collecte de la matière bretonne. Les contes et légendes qu’il rassembla, notamment dans les monts d’Arrée, eurent menhirautant de succès que ceux d’Anatole le Braz quelques décennies plus tard. La plupart de ces auteurs, à l’instar de De la Villemarqué, et son Barzaz-Breiz, vont contribuer à ancrer dans l’esprit du petit peuple, l’image d’une Bretagne soumise, chrétienne et réactionnaire. Déguignet, auteur des mémoires d’un paysan bas-breton, dont je vous ai parlé ici, les traitera de « monarchisto-nationalisto-cléricafards bretons » et ajoutera: « Les conteurs se sont moqué des savants… pour un verre d’eau-de-vie, conteurs et conteuses inventaient des légendes issues de leur seule imagination ».

Et voila pourquoi votre sœur est muette et notre saint a perdu la tête ! Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.

La nuit de la Samain…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

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Amis des mathématiques modernes et du pigeonneau laqué réunis, bonjour ! Nous sommes le Mercredi 1er novembre 2017, onzième jour de Brumaire dédié au salsifis.

Voici donc venir novembre, Miz du (e Brezhoneg evel just). qui ouvre le chemin de l’hiver par la grande fête de la Samain. On rit, on chante, on boit beaucoup, on célèbre la mort du roi soleil. Bien sur, vallée-300x226c’était avant ! Avant que que les « pisse-vinaigre » de la papauté (  Grégoire IV, 8ème siècle environ) n’en décident autrement. Il faut dire qu’ils furent bien aidé par Louis le Pieux qui instaura sur toute la Carolingie Chrétienne cette obligation de fêter tous les saints. Voila pourquoi au lieu de faire la fiesta, on se traine dans les cimetières les bras chargés de chrysanthèmes ridicules. Notons au passage, qu’en ce sens nous commettons une grossière erreur car la fête des morts, elle, ce n’est que le lendemain. A Carnoët, quand tous les saints seront bien installés dans leur vallée, c’est par camion qu’on va voir débarquer les chrysanthèmes, à tous les coups, ils vont remporter la palme des villages fleuris.

Et voila, c’est reparti pour un tour. Les marchands du temple ne désespèrent pas de nous refiler leur camelote. Messieurs les vendeurs de citrouilles, nous n’avons que faire de vos zombis de pacotille, vos Freddys ensanglantés et autres fantômes hollywoodiens… Nous, nous arrivons en ligne droite des Thuatha De Danann, nos épopées sont celles de Cûchulain et nous avançons vers Avalon. Chez nous, la Samain est celle des druides, bardes et ovates. La Celtie n’a pas attendu l’évangélisation, fusse celle de St Patrick, pour ouvrir, une fois l’an, la porte entre la saison claire et la Tombesaison noire, entre le jour et la nuit, entre le monde des vivants et celui des morts. Si vous passez du coté de l’ile de Sein, le mercredi après midi, vous y verrez peut-être de vieilles sénanes, tout de noir vêtues, penchées sur la tombe de leurs disparus et, si vous approchez avec discrétion, vous les entendrez parler. Elles racontent aux défunts les évènements de la semaine. Pourquoi ne pas profiter de cette période de l’année et de cette tradition que les immigrants Irlandais et Ecossais ont emporté dans leurs bagages vers le nouveau monde (all hallow even: le soir de tous les saints et la légende de Jack o lantern) pour raconter aux enfants la très vieille et très ancienne tradition Celtique. Son panthéon n’a pas à rougir de celui des Grecs ou des Egyptiens. Ses sagas n’ont rien à envier à l’Illiade, à l’Odyssée, aux milles et une nuits ni même à la bible. Alors, de grâce, épargnez nous vos orgies de cucurbitacées.

En attendant, merci de vos visites répétées, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Aie, aie, aie. Vendredi 13 !

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

Amis de la protosynthèse et des p’tits chanteurs à la croix de bois réunis, bonjour ! Nous sommes le vendredi 13 (aie !) Octobre 2017. c’est le 22è jour de Vendémiaire dénommé: jour de la pêche et malgré vos bonnes résolutions, vous êtes encore devant votre ordinateur…

Ah, le vendredi 13… Tout d’abord, le vendredi 13, en faisant abstraction des superstitions, est-il particulier ? La réponse est oui. Car les mathématiques appliquées au calendrier indiquent que le 13 du mois vendredi-13_0006-223x300tombe un tout petit peu plus fréquemment un vendredi que n’importe quel jour de la semaine. Sur 4 000 ans, il y a 6 880 vendredis 13 contre 6 840 jeudis 13 (ou 6 850 lundis ou mardis 13). Il est vrai que notre calendrier grégorien, lancé en 1582 par le pape Grégoire XIII (tiens donc), réserve bien des surprises. Ainsi, toujours grâce aux mathématiques, il a été possible de démontrer qu’il y avait forcément au moins un vendredi 13 par an, et qu’il ne pouvait pas y en avoir plus de trois. Et il y a en trois si, et seulement si, le premier jour de l’année est un jeudi pour une année non bissextile (comme 2015) et un dimanche pour une année bissextile. Les ceusses qui redoutent les vendredis treize sont nommés paraskevidékatriaphobiques…

Il y a mille explications pour la superstition depuis la Cène jusqu’à l’arrestation des templiers en passant par la destruction du temple… Mais moi j’aime bien celle de Frigga la blonde quand elle devint MarFrig1-200x300got. Dans la mythologie nordique, Frigga (ou Freya) était la reine des dieux, déesse de l’amour et de la fertilité. Elle était célébrée par ses adorateurs le vendredi. Le mot « friday », viendrait d’ailleurs de cette célébration et signifierait « Freya’s day ». Mais aux Xe et XIe siècles, les pays du nord sont progressivement convertis au christianisme. On se met alors à raconter que Frigga est en réalité une sorcière et qu’elle a été bannie au sommet d’une montagne. Pour se venger, elle inviterait, tous les vendredis, le diable et 11 sorcières pour maudire les hommes et leur jeter des mauvais sorts. Bon, je ne sais pas pourquoi je vous raconte tout cela d’autant plus que je suis drôlement en retard pour remplir ma grille de Loto.

Allez, merci de votre visite, portez vous bien et à demain peut-être.

Dans la famille Pétard…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

Amis du rêve éveillé et de la potée bretonne réunis, bonjour ! Nous sommes le Mardi 25 juillet de l’an de grâce 2017. Ce jour correspond au 7è de thermidor dédié à l’armoise, plante de la famille des astéracées dites Artémisia du nom de la déesse (remarquez que je vous épargne le jeu de mots sur l’armoise à pharmacie). Les Aztèques et autres indiens des Amériques utilisaient l’armoise pour des rituels et la médecine. armoise-chineDepuis les époques reculées en Europe, l’herbe était un remède contre la fatigue et pour protéger les voyageurs contre les mauvais esprits et les animaux sauvages. Les indiens utilisent l’armoise toujours comme sauge et l’herbe pour la purification spirituelle, pour chasser des mauvais esprits et des énergies négatives. En Chine, des faisceaux de feuilles de Calamus avec l’armoise sont toujours utilisés comme talisman pendant le festival des bateaux dragon. Mon aïeule, que décidément rien n’arrêtait, s’en faisait une ceinture avant de nous emmener caracoler autour du feu de la St Jean. Avant l’extinction du feu il fallait y jeter la ceinture afin de se protéger de tout un tas de ph-Armoise-biolandes-1229957978-300x199tourments durant l’année à venir. D’où son nom d’herbe de la st Jean.
Si l’on en croit Albert le Grand, dans ses conseils aux pèlerins, il convient de s’en faire une ceinture en marchant et ensuite la faire cuire pour s’en laver les pieds. Ainsi on ne se fatigue jamais; il reprend ainsi les conseils déjà prodigué par Pline l’ancien aux voyageurs… Ici à gauche: cueillette d’armoise au Maroc. On dit que les coureurs de marathons enduisaient les semelles de leurs sandales de suc d’armoise pour se donner « des ailes aux talons ».

Et puis tiens, puisqu’on en est aux confidences, savez vous que le nom de la ville de Tchernobyl (de sinistre mémoire) ou plutôt чорнобиль (tchornobylj) en ukrainien, désigne l’armoise, en particulier l’armoise ordinaire (Artemisia vulgaris). Il vient de tchorno = noir et bylj = herbe. Ces « herbes noires » sont très communes dans les steppes, où ellespétard finissent pas se casser et par rouler sur de longues distances. Étonnant, non ! On dit que l’armoise est utile pour l’induction de rêves lucides et du voyage astral. Fumer ou consommer de l’armoise sous forme de plante ou en solution avant de dormir pourrait intensifier les rêves ou leur contrôle et aider à s’en souvenir. Au Mexique, l’herbe est souvent fumée comme substitut de la marijuana. Bon, et bien tout cela m’a l’air très sympathique… A vous d’expliquer aux pandores que vous avez une ordonnance.

Allez, portez vous bien et à demain peut-être.

De Sainte-Sève à lîle Loaven…

Posté par erwandekeramoal dans LES BEAUX SAINTS, TRADITION

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Amis de l’onomastique et du Télégramme de Brest réunis, bonjour ! Nous sommes le Dimanche 23 juillet 2017, 5è jour de Thermidor dédié au bélier (ar maout en breton). C’est aussi, la sainte Sève au nom aussi énigmatique que sa vie. Les experts de l’expertise ne sont même pas d’accord pour affirmer qu’il s’agit d’un saint ou d’une sainte… En effet, on trouve aussi bien: Sev (breton), Sewo (gallois), Sewa, Loève, Loaven (breton), mais aussi Sant Segne (XIè siècle), Sent Seguot manoir(1128), sainte Scevat (1598). On sait très peu de chose sur cette sainte, semi-légendaire du VIè siècle, non reconnue par l’Église de Rome. Et pourtant… Fille de Hoël Ier, roi de Domnonée  et de Koupaia (Pompée), sœur de Tugdual, évêque, l’un des sept fondateurs de la Bretagne christianisé sœur de saint Lunaire (Léonor) et de Hoël II. Albert le Grand, de Morlaix (1637), raconte que son saint frère Tugdual parcourant l’Armorique avec ses disciples, reçut au cours de ses prêches, en dons, plusieurs terres (appelées paroisses dans les textes), où il installa des monastères. Sur le domaine de l’actuelle village de Sainte-Sève, où se trouve le joli manoir du Grand-Plessis, près de Morlaix, il fonda une abbaye pour sa sœur, vers 530; et hop, en v’la une de casée.

Sainte Sève est donc la patronne des paroisses de Sainte-Sève et de Langoat. Elle a donné son nom à l’île de Loaven située à deux encablures dans l’Ouest-Nord-Ouest de Roc’h Skeiviec face à Plougrescant ( je peux assurer par expérience, qu’elle offre un très bon mouillage par gros temps) où est inhumée, dans sa chapelle, sainte Elibouban aussi mystérieuse qu’elle et dont j’ai déjà parlé ici. Voici ce qu’écrivait Louis Thiercelin (1894): Le pardon de sainte Elibouban se déroulait autrefois le lundi des Rogations, le 25 juillet:

 …A la fin du 19ème siècle, les jeunes filles, vêtues de blanc, avec un ruban bleu sur la poitrine, portant la grande coiffe à deux larges cornets de dentelles, forment la procession, accpardonompagnées des petits choristes, du prêtre, des moines, du maire et de son conseil et de la foule des fidèles. Les barques des marins pêcheurs transportent les pavillons, portés par les hommes. la statue de sainte Elibouban est portée par des femmes vêtues de noir. Elles sont une trentaine à se relayer pour ce pieux devoir, faisant une garde d’honneur à la sainte, qui va rendre visite à son fils saint Gonéri en la chapelle de Plougrescant. Le lundi 25 juillet, la statue s’en retourne dans son île, accompagnée par la statue de saint Gonéri et des paroissiens. La statue de la sainte est conduite vers son oratoire, bâti de l’autre côté de l’île, au Nord, à cinquante pas de l’ancienne chapelle (en ruines vers 1890 et reconstruite plus tard). A droite, s’élève le pardon extérieurrocher qui sert d’autel aux rogations. Les porteurs de bannières grimpent au sommet du rocher, d’autres l’entourent ; un des moines adresse quelques paroles aux fidèles, et la sainte qui attendait à la porte de son oratoire, la franchit. On la replace sur son autel. Si la tempête ou quelque fête plus grande empêchent cette visite annuelle du saint à sa mère, sainte Elibouban, suivant les uns, saint Gonéri, suivant les autres, à la nuit, feront seuls le voyage ; mais malheur aux bateaux rencontrés par la barque mystérieuse ; ils sont impitoyablement chavirés.
Koneri ha Liboubana
Ni ho salud bepred gant joa
Abeurz Doue reit d’imp bennoz
Ha gras da vond d’ar baradoz.

Et voilà pour la petite histoire bretonne. Portez vous bien et à demain peut-être.

Au Feu !

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

Amis de la tradition et de la poule au pot réunies, bonjour ! Nous sommes le Samedi 24 juin 2017, sixième jour de Messidor, qui est effectivement le jour de la saint Jean, quand bien même nos amis républicains l’avaient dédié au romarin. Je me souviens qu’enfant, le feu de St Jean mobilisait tout le quartier. Jeunes et moins jeunes se démenaient des jours et des jours tantadavant l’événement pour réaliser le tas de bois le plus grand qui soit. Et puis il fallait assurer sa surveillance car, une tradition tenace voulait que les bandes des autres quartiers tentent de s’emparer du butin ainsi stocké. Il y avait une expression intraduisible, on disait; faire « an hi erez », c’est du parler breton/douarneniste qui vient du verbe « jalouser » je crois. Le quartier du Port Rhu qui était le théâtre de nos exploits voyait s’affronter les bandes de l’Enfer, du Treiz et de l’usine à gaz (la seule à revendiquer l’appellation d’origine port-Rhu). Jusqu’au jour où la chose s’est institutionnalisée, principe de précaution aidant, plus question d allumer des feux aux quatre coins de la ville… Une fois de plus, les tenants de l’ordre avaient gagné.

On n’étonnera personne en déclarant que fêter la Saint Jean n’a pas grand chose de catholique (!) ni même de très chrétien. Une fois de plus, un vernis chrétien est venu s’ajouter à une tradition particulièrement ancienne et qui fleure bon le paganisme. Mais si danses-nocturnespuissant était le culte du feu que l’église se garda bien d’y toucher. Au pire elle tenta de l’apprivoiser et les fêtes du solstice furent dédié à Jean-Baptiste (y-a pas de petit profit). Mais la Saint-Jean n’avait pas que ses feux : elle avait aussi ses herbes, ses fameuses herbes de la Saint-Jean qui, cueillies le matin, pieds nus, en état de grâce et avec un couteau d’or, donnaient pouvoir de chasser les démons et de guérir la fièvre. On sait que, parmi ces fleurs mystérieuses, se trouvait la verveine, la plante sacrée des celtes. On la cueille encore sur les dunes de Saintonge en murmurant une formule ésotérique, nommée la verven-Dieu mais que je ne peux dévoiler…

De quelqu’un qui se couchait tard, on disait jadis : « Il est allé ramasser un charbon de Saint-Jean ». Le fait est que ces charbons passaient en Bretagne pour avoir toutes sortes de propriétés merveilleuses. Il en suffit d’un recueilli dans les cendres du tantad (les feux) et dévotement placé, au retour, dans un coin du foyer, pour danse-10préserver la maison de l’incendie et de la foudre. On disait encore qu’en balançant les nouveau-nés devant la flamme de trois tantad, on les gardait à tout jamais contre le mal de la peur… En quelques paroisses de la Haute-Cornouaille, la cérémonie avait d’ailleurs une conclusion assez funèbre : quand les danses avaient cessé et que le feu était près de s’éteindre, on l’entourait de grandes pierres plates destinées, à servir de siège aux anaon, aux esprits grelottants des pauvres morts de l’année, avides de se reposer quelques heures en se rapprochant des cendres… Oui, car l’au-delà est froid, très froid.

Aujourd’hui, le Port-Rhu s’est transformé en marina et les cendres de nos feux sont à jamais dispersées. Allez, portez vous bien et à demain peut-être.