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L’anarplume…

Posté par erwandekeramoal dans PORTRAIT

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Amis de la métalinguistique et du catalogue de la Redoute réunis, bonjour ! Nous sommes le Lundi 13 juillet 2020, 25è jour de Messidor dédié à la pintade, décrite par Jules Renard comme la « bossue de la cour au crâne chauve et à la queue basse » qui « ne rêve que plaies à cause de sa bosse ». Cela vous évoque quelqu’un ? On dit que la pintade cacabe ou qu’elle criaille. Par contre, mon encyclopédie ne précise pas si elle occupa un poste en vue à la (basse)cour de Macron 1er…

Le 13 juillet 1949, naissance de Clifford Harper à Chiswick (Ouest de Londres). Illustre illustrateur et militant anarchiste. Expulsé de l’école à 13 ans, il est placé à 14 ans et effectue divers travaux qu’il qualifie lui-même de serviles. Activiste dans les squats de Londres durant les années soixante, il devient progressivement un artiste illustrateur Illustration-by-Clifford-D-autodidacte engagé qui va s’imposer par la qualité et la quantité de ses réalisations, qui vont illustrer la presse radicale alternative et en particulier la presse anarchiste anglaise et internationale. Il est alors fortement influencé par les dessinateurs et illustrateurs comme Eric Gill et Frans Masereel. En 1974, il publie l’anthologie d’affiches et dessins « Radical Technologie » puis en 1978, le livre « Class War Comix ». En 1984 est publié « The Education Of Desire » puis en 1987 « Anarchy, A Grafic Guide », ce qui ne l’empêche par de poursuivre son militantisme en travaillant à l’organisation du « Anarchist Bookfair » salon annuel du livre anarchiste.

Remarqué pour la qualité de son œuvre, il va alors travailler pour la Sochardpresse nationale et en particulier « The Guardian » et éditera en 2003 une anthologie des dessins parus « Country Diary ». A citer également « Visions of Poesy – an Anthology of Anarchist Poetry » édité par Dennis Gould et Freedom Press en 1990. Une exposition de ses dessins « Graphic Anarchy » a eu lieu au Newsroom Gallery de Londres en avril mai 2003. En avril 2006, il est victime d’une attaque cardiaque et depuis, il se ménage et apparaît moins souvent en public. J’ai parfois l’impression de retrouver son trait de plume dans certains dessins de Fred Sochard , autre illustrateur talentueux. (j’espère que ça ne va pas le fâcher.)

Allez, bel été à tous, rendez-vous au bal des pompiers, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Dansons la ravachole…

Posté par erwandekeramoal dans PORTRAIT

Amis de l’art lyrique et du gigot d’agneau réunis, bonjour ! Nous sommes (déjà) le Samedi 11 juillet de l’an 2020, Vingt troisième jour de Messidor. Les républicains chargés du calendrier, dans leur immense sagesse et leur infinie ruralité, avait dédié ce jour au Haricot…

En règle générale, en particulier non plus d’ailleurs, je ne suis guère zélateur de ces agités du bocal qui sont porté sur la dynamite comme d’autres sur le Picon-bière. Mais celui-ci est emblématique de ce que fut l’anarchisme à une certaine époque. Le 11 juillet 1892, mort de François Koenigstein, dit Ravachol (du nom de sa mère), guillotiné à Montbrison. RavacholEtGendarmes-221x300Anarchiste expropriateur et vengeur dynamiteur. Il est né le 11 (14?) octobre 1859 à Saint-Chamond (Loire). Son enfance est misérable et il est contraint de travailler dès l’âge de 8 ans. Il devient antireligieux à la lecture du « Juif errant », puis anarchiste par révolte contre l’injustice de la société. Refusant son sort, il décide de voler ce qui lui est nécessaire. Le 15 mai 1891, il pille une tombe, mais ne trouve pas les bijoux escomptées. Le 18 juin 1891, à Chambles, il vole un vieil ermite très riche ; ce dernier se rebiffe et Ravachol le tue. Il sera par la suite soupçonné d’autres meurtres dans la région. Arrêté par la police, il parvient néanmoins à lui échapper et se rend à Paris après avoir fait croire à son suicide.

Révolté par le jugement qui frappe les anarchistes, Decamps et Dardare, il décide de les venger. Aidé par des compagnons, il vole de la dynamite sur un chantier et le 11 mars 1892, il fait sauter le domicile du juge Benoît. Le 27 mars, l’immeuble où habite le substitut Bulot est gravement endommagé par une explosion qui fait quelques blessés mais aucun mort. Dînant au restaurant Very, Ravachol se trahi par sesravachol de Maurin propos tenus au garçon Lhérot, qui le fera arrêter 3 jours plus tard. Jugé dès le 26 avril 1892, à Paris pour ses attentats, il est condamné au bagne à perpétuité. Il passe ensuite devant la Cour d’Assises de la Loire le 21 juin pour ses meurtres où il accueille sa condamnation à mort au cri de « Vive l’anarchie ». Ici à droite, un bois gravé de Maurin. Guillotiné, Ravachol devient un mythe de la révolte. « Messieurs, j’ai l’habitude, partout où je me trouve de faire de la propagande. Savez-vous ce que c’est que l’anarchie? »: Ravachol s’adressant à ses gardiens. Des chansons lui sont consacrées (La Ravachole, sur l’air de la Carmagnole). En vérité, un drôle de zig… Consacrons lui une petite place dans notre galerie de portraits.  

Et bien voilà, après cela vous pouvez participer à « questions pour un champion ». En attendant, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Y’à qu’des honnêtes gens dans l’gouvernement…

Posté par erwandekeramoal dans PORTRAIT

Amis de la musique baroque et de la flûte boulangère réunies, bonjour ! Nous sommes le Jeudi 09 juillet de l’an de grâce 2020 et vous êtes encore devant votre ordinateur. Ce jour est le 21è de messidor dédié à chapelle-Kiriola menthe. En Bretagne on fête les Kirio. Petit saint local compagnon de Efflam (la grève de St Efflam est aujourd’hui malheureusement célèbre pour ses algues vertes) qui évangélisa la Cornouaille. Il existe à Trédrez-Locquémeau (22) une chapelle dédiée à Kirio et qui est d’ordinaire pleine de clous. Le bonhomme est en effet censé favoriser la guérison des furoncles.  Les origines de la paroisse de Trédrez demeurent obscures. Formé à partir du vieux breton treb, « village », auquel est associé le terme traez, « grève », le nom de ce bourg atteste d’une création du haut Moyen-Âge.

Tout à fait autre chose.

Connaissez vous Gaston Mardochée Brunswick? Si je vous dis Montéhus, ça vous aide? Non plus ! Et si je vous dis « la butte rouge »… Ah, vous voyez. Montéhus est un chansonnier de la belle époque, on lui doit notamment gloire au 17ème – la butte rouge – il est né peu après la Commune un 9 juillet 1872, il est mort en 1952.

Il publie sa première chanson en 1897 et choisit son pseudonyme plus facile à porter que son nom dans un contexte de fort antisémitisme. A cette époque, la chanson a une place importante dans la culture populaire. Le temps des cerises, l’internationale, les anarchistes de Chicago, le chant du vote… On les doit à des auteurs comme Pottier, Gaston Couté ou Jean-Baptiste Clément dont je vous parle de temps à autre. Dans ses chansons, Montéhus s’oppose à la guerre, à l’exploitation capitaliste, à l’hypocrisie religieuse: « au lieu d’imposer l’travailleur qui enrichit l’gouvernement imposez plutôt les noceurs qui gaspillent tant d’argent. » C’est d’une actualité déconcertante. Il a aussi défendu la cause des femmes de façon remarquable. La grève des mères fut interdite par décision de justice en octobre 1905. Ce n’est qu’en 1923 qu’il composera La butte rouge qui fait référence à la butte de Bapaume dans le Pas-de-Calais (et non pas à la Commune), théâtre de violents combats sur le front de la Somme.

C’est un gars comme celui-la qui aurait du hériter du ministère de la culture. Bon allez, ça suffit pour aujourd’hui. En attendant la suite, portez vous bien et à bientôt peut-être.

May, la réfractaire…

Posté par erwandekeramoal dans PORTRAIT

Amis de la tiédeur estivale et du crabe mayo réunis, bonjour ! Nous sommes le mercredi 08 juillet 2020, 20è jour de Messidor, dédié au parc.

A propos de May Picqueray.

Née le 8 juillet 1898 à Savenay (Loire-Inférieure), morte le 3 novembre 1983 à Paris. Marie-Jeanne Picqueray passa son enfance avec ses frères et sa sœur en Bretagne et fréquenta une école privée que dirigeaient des sœurs. Son père était convoyeur postal ; sa mère, couturière en chambre, qui avait failli mourir en la mettant au monde, la détestait et l’éleva très durement. L’enfant travaillait assidûment à l’école et fut le réfractairereçue à dix ans et demi au Certificat d’études avec mention Très bien. Placée chez un négociant à Penhoët, elle y resta peu et fut engagée par une institutrice pour s’occuper d’un de ses deux fils épileptique. Considérée comme l’enfant de la maison, Marie-Jeanne partit avec ses employeurs et leurs deux fils pour le Canada. Venue à Paris en 1918, elle se lia à Dragui, étudiant en médecine qui l’initia aux doctrines anarchistes auxquelles elle adhéra. Elle participa aux sorties champêtres collectives que pratiquaient volontiers les compagnons, elle connut Sébastien Faure, Lecoin… Elle devint en 1922 secrétaire administrative de la Fédération des Métaux et assista au premier congrès de la CGTU, et fut déléguée pour accompagner Louis Chevalier, secrétaire fédéral, au IIe congrès de l’Internationale syndicale rouge à Moscou. Elle profita de son séjour pour demander une entrevue à Trotsky au cours de laquelle elle obtint la libération de deux jeunes anarchistes russo-américains, Mollie Steiner et Sonya Flechine, condamnés à la déportation aux îles Solovietsky.

Bloquée à Moscou par défaut de passeport, elle put revenir grâce à de faux papiers remis par les autorités russes ; arrêtée à la frontière franco-belge, elle fut écrouée à Avesnes-sur-Helpe et condamnée pour usage de faux. Elle fut également, pendant trois ans (jusqu’en juillet 1926), la secrétaire particulière d’Emma Goldman qui résidait alors à Saint-Tropez. Elle revint à Paris pendant la guerre d’Espagne et travailla picqueray-D-pour diverses œuvres de bienfaisance. A partir de juin 1940, à Toulouse, elle s’occupa des camps de concentration français de la zone libre, en particulier des camps de Noé et du Vernet. Elle favorisa alors plusieurs évasions, puis se sentant suspectée, elle dut quitter la région. Elle n’en continua pas moins, de manière indépendante, à fabriquer de faux papiers pour des évadés ou des résistants de divers groupements. May Picqueray fonda l’association les Amis de Louis Lecoin pour continuer sa propagande et apporter une aide pratique aux insoumis, réfractaires et autres objecteurs de conscience. Elle fit paraître le mensuel Le Réfractaire (premier numéro le 1er avril 1974) jusqu’à son décès en 1983.  A Plogoff en 1980, aux côtés des femmes de marin et des grands-mères, elle jouait encore du lance-pierres contre la maréchaussée.

Et nous, on choisit Bachelot & Moretti pour diriger le pays; ma doue beniget ! Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.

L’ortografe selon Anna Mahé…

Posté par erwandekeramoal dans PORTRAIT

Amis de l’émancipation féminine et de la potée bretonne réunies, bonjour ! Nous sommes le Lundi 06 juillet 2020, 18è jour de Messidor dédié à la Gesse… Et, chacun le sait, c’est la gesse qui compte !

J‘essaye souvent d’alimenter ma galerie de portraits avec des personnages ayant eu un rapport avec la Bretagne. Voici une militante que tout un chacun s’est empressé d’oublier et qui fut pourtant pionnière en son domaine. Anna Mahé est née à Bourgneuf-en-Retz (qui se trouvait en Bretagne aux temps anciens) le pays de Retz est 220px-Libertad et L'anarchiecélèbre pour son Grolleau gris, vin de pays que m’a fait découvrir Jean-yves ) on appelait cela à l’époque, la Loire inférieure.  Longtemps institutrice, elle sera la compagne de Albert Libertad, de son vrai nom Albert Joseph dont voici la photo (à droite), tout comme sa sœur Armandine. Elle assure avec lui la direction de la revue l’anarchie tandis que sa sœur, institutrice comme elle, se charge de la trésorerie. Elles partagent toutes les deux la vie de Libertad, dont elles ont chacune un enfant; forcément, ça fait jaser; d’autant qu’elles s’engagent bientôt dans des relations affectives avec d’autres compagnons qui, comme elles, vivent au 22, rue du Chevalier-de-la-Barre, communauté d’habitat qui est aussi le siège du journal, et qui est surnommé le « Nid rouge » par la police et les journalistes.

Le groupe invente les sorties en musique à la campagne où au bord de la mer (voir photo en dessous à gauche). Anna est l’auteur de nombreux articles parus dans l’anarchie ainsi que dans la presse libertaire régionale et de quelques brochures. Elle écrit en « ortografe simplifiée », estimant que les « préjugés grammaticaux et orthographiques » constituent une source de ralentissement pour Libertaire-Plagel’apprentissage de la langue écrite et sont au service d’une entreprise de « distinction » des classes dominantes. Elle accuse « ces absurdités de la langue » sanctionnées par l’Académie de casser l’élan spontané de l’enfant vers le savoir et d’encombrer inutilement son esprit. Elle estime d’ailleurs trop précoce l’apprentissage de la lecture et de l’écriture ; l’initiation scientifique qui fait davantage appel à l’observation et à l’expérimentation devrait selon elle le précéder car il pourrait être un puissant stimulant pour le développement intellectuel de l’enfant. Anna se réfère aux pédagogues libertaires Madeleine Vernet et hérédité & éducationSébastien Faure, qui appliquent des méthodes de pédagogie active dans le cadre des internats qu’ils ont créés et animés. Elle a le projet de fonder à Montmartre un externat fonctionnant selon les mêmesprincipes pour les enfants du quartier, mais la réalisation de ce projet, longtemps différée pour des raisons financières, ne verra jamais le jour. Les rapports de police la décrivent comme une femme de caractère qui possède un fort ascendant sur Libertad, même après la fin de leur liaison. Pourtant, elle ne jouera plus qu’un rôle effacé après la mort de ce dernier et laissera la direction du journal à d’autres militants. Comme quoi, la Vendée n’a pas produit que des Chouans, des contre révolutionnaires, des Puy du Fou et des brioches.

Allez, si vous êtes dans le coin demain, n’hésitez pas à pousser la porte, c’est ouvert tous les jours. En attendant portez vous bien et à bientôt peut-être.

O bella ciao…

Posté par erwandekeramoal dans PORTRAIT

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Amis de la pensée libre et des tagliatelles carbonara réunies, bonjour ! Nous sommes le Samedi 04 Juillet 2020, seizième jour de messidor consacré au tabac. Par ici on fête les Balae: disciple de Gwenolé au VIe siècle, à l’abbaye de Landévennec. Il a laissé son nom aux communes de Ploubalay & Lanvallay.  « Lann Balae » deviendra « Lann Valay » par évolution du langage courant avec notamment la prononciation des « B » en « V » derrière une consonne, transformation caractéristique de la langue bretonne.

Vous ai-je déjà parlé de Leda Rafanelli ? Cette Toscane, on l’appelait « la gitane anarchiste », a marqué de son empreinte le mouvement libertaire. Elle fut même l’amie de Mussolini à l’époque où celui-ci se réclamait encore du socialisme révolutionnaire. Les gens l’ont oublié, mais notre cher Bénito n’a pas toujours été un dictateur fasciste mais bon, parlons de la belle Léda. Elle est née un 4 juillet en 1880 à Pistoia Leda Rafaen Italie. Militante et propagandiste anarchiste individualiste, féministe, antimilitariste, et aussi écrivaine. Elle s’intéresse très jeune à la question sociale. En 1903, elle est à Alexandrie, en Egypte. Se passionnant pour l’islam, elle se convertie et apprend l’arabe. Elle y fait la connaissance d’un jeune anarchiste toscan Luigi Polli qu’elle épousera. De retour en Italie, elle créé à Florence, avec Luigi, une maison d’édition et collabore à : « La Blouse » (1906-1910); « La Donna Libertaria » (Parme, 1912-1913). En 1907, elle rencontre le typographe anarchiste individualiste Giuseppe Monanni avec qui elle va désormais vivre à Milan. En 1908, elle fait partie avec Ettore Molinari et Nella Giacomelli du comité de rédaction de « La Protesta umana » (1906-1909), et poursuit sa collaboration aux publications libertaires : « Il Pensiero » de Pietro Gori et Luigi Fabbri; « Il Libertario »; « Grido della folla »; « Volontà »; etc. Elle crée ensuite, avec son compagnon, une revue de littérature anarchiste individualiste « Vir » puis « La Sciarpa nera », et s’investit dans la création d’une nouvelle maison d’édition. En 1910, elle donne naissance à un fils, Marsilio. Durant la guerre, fidèle à l’antimilitarisme, elle s’oppose aux interventionnistes. Laissons les « Mondines » (repiqueuses de riz) lui dédier Bella ciao.

Parallèlement à son action de propagandiste, elle construit une œuvre d’écrivaine et de poète. Mais avec l’arrivée de Mussolini, toute propagande anarchiste et travail éditorial devient très difficile. Le 7 février 1923, sa maison d’édition est perquisitionnée et la revue « Pagine Libertarie » est supprimée. Leda est arrêtée avec Monanni et d’autres compagnons comme Carlo Molaschi, Fioravante Meniconi, etc. ob_43a1a1_rafanelli-leda02-300x228La maison d’édition « Casa Editrice Monanni » s’arrêtera en 1933. Vers la fin de sa vie, Leda donne des cours d’arabe et collabore à « Umanità Nova ». Elle est l’auteure, sous divers pseudonymes, de nombreux romans : « L’eroe della folla »(1910); « Seme nuvo » (fresque historique relatant les luttes sociales); « Donne e femmine » (24 nouvelles relatives à des vies de femmes); « Verso la Siberia »; « L’Oasi » (qui critique l’exploitation coloniale); etc. Intéressante contradiction que cet amour de l’Islam et de l’Anarchie, on dit qu’à la fin de sa vie elle pratiquait beaucoup la cartomancie… Sources: Les travaux de Christiane Guidoni. Elle est morte à Gênes, le 13 septembre 1971. Etrange parcours n’est-ce pas !

Voici donc une « lutteuse » de plus qui va rejoindre notre galerie de portraits. En attendant les prochains, portez vous bien et à bientôt peut-être.

C’est à Hambourg…

Posté par erwandekeramoal dans PORTRAIT

Amis de la quadrature du cercle et du polygone de sustentation réunis, bonjour ! Nous sommes le Lundi 29 Juin 2020, onzième jour de Messidor dédié à la coriandre. C’est une plante aromatique  employée pour de nombreuses préparations culinaires et qui a pour particularité PENTAX DIGITAL CAMERAde me révulser les papilles gustatives. Je déteste la coriandre, je hais la coriandre, je milite pour l’éradication de la coriandre… Bon d’accord, les goûts et les couleurs ne se prêtent pas à débat. Les vieux savoyards se souviennent encore de la recette d’une liqueur appelée Vespetrò: Elle tire son nom de trois verbes : vesser, péter, roter, soit les effets attendus lorsque l’on souhaite nettoyer un appareil digestif encombré. Prenez deux pintes d’eau de vie, ajoutez-y deux graines d’angélique, une once de coriandre, une pincée de fenouil. Rajoutez le jus de deux citrons avec le zeste, une livre de sucre. Faites infuser pendant quatre à cinq jours puis filtrez et mettez en bouteille… J’ai souvenance d’une pharmacie de Quintin(22) qui en proposait il n’y a pas si longtemps. Yec’hed mat !

Tiens, je m’aperçois que c’est aussi le jour anniversaire de la disparition d’une grande dame de la chanson: Germaine Montero. Germaine Heygel naît à Paris le 22 octobre 1909, d’un père alsacien et d’une mère normande. Elle passe les premières années de sa vie à Montrouge en banlieue parisienne. Après des études au lycée de Versailles et un Germaine-D-séjour en Grande-Bretagne, elle se rend en Espagne au début des années trente et suit des cours à l’université de Valladolid. À Madrid, où elle habite par la suite, elle rencontre le poète et dramaturge Federico Garcia Lorca. Il la fait débuter au théâtre en 1932-1933 dans l’interprétation des grands classiques espagnols. De retour à Paris après le coup d’État franquiste de 1936, elle prend le pseudonyme de Montero. En 1938, elle se révèle au public parisien dans la pièce Font- aux- Cabres de Lope de Vega. Elle joue ensuite dans Noces de sang de Garcia Lorca et dans Divines Paroles de Valle Inclan.

En 1939, elle débute en tant que chanteuse dans le cabaret d’Agnès Capri en y interprétant un florilège de chansons populaires espagnoles. Germaine Montero mènera toujours de front et avec un égal succès ses carrières de comédienne et de chanteuse. Au théâtre, elle joue Pirandello, Cocteau, Brecht (Mère Courage), Anouilh, Claudel, Montherlant… En 1947, elle participe à la création du festival d’Avignon aux côtés de Jean Vilar. Elle entre par la suite au TNP qu’il dirige. Au cinéma, elle tourne dans de nombreux films, dont Le soleil a toujours raison (1943, de Pierre Billon, adaptation et dialogues de Jacques Prévert), Lady Paname (1950, Henri Jeanson), Monsieur Ripois (1954, René Clément), Mélodie en sous-sol (1963, Henri Verneuil). En dehors Germaine -G-des chansons espagnoles qui firent son succès, Germaine Montero mit sa voix au service des grands auteurs français. Elle est l’interprète fétiche de Pierre Mac Orlan : Je peux vous raconter, Ça n’a pas d’importance, La Chanson de Margaret, La Fille de Londres (titre repris par Juliette Gréco et Catherine Sauvage). Comme Yves Montand, Patachou, Cora Vaucaire, Mouloudji et d’autres chanteurs de la Rive gauche, elle a interprété les chansons de Jacques Prévert et Joseph Kosma (Barbara, Les Enfants qui s’aiment, Les Feuilles mortes, En sortant de l’école, Et puis après – Je suis comme je suis). Elle a aussi chanté Léo Ferré (Paris Canaille, Le Piano du pauvre), Mouloudji et Georges Van Parys (Un jour tu verras) et Léon Xanrof. Son répertoire contient par ailleurs des chansons plus anciennes : La Semaine sanglante Jean-Baptiste Clément, 1871, Nini peau de chien (Aristide Bruant, 1904), Du gris (Benech et Dumont, 1920), La Butte rouge (Montéhus, 1922), La Java Bleue (Vincent Scotto et Geo Koger, 1938).

Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Adieu l’Emile…

Posté par erwandekeramoal dans PORTRAIT

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Amis de ma vieille Bretagne et du lait ribot réunis, bonjour ! En ce Jeudi 25 juin 2020, septième jour de Messidor dédié au concombre, je voulais vous inviter à vous souvenir de cet éveilleur de conscience que fut Émile le Skanv dit Milig et plus connu sous son nom de scène : Glenmor.
dessin-Glenmor« Plaise à tous les saints de noble compagnie, noter que l’ivresse, chez lui, engendrait la bonté et qu’en somme tous les ferments conjugués le délivraient de ses tendresses. » C’est extrait d’une plaquette tirée à quelques exemplaires par Martial Pézennec et que Milig avait eu la gentillesse de me dédicacer à la fin des années 70 au cours d’une soirée en sa demeure de Mellionnec (22). Magnifique plaquette dotée d’une typographie et bois gravés de Claude Huart. La dédicace est à l’adresse de mes garçons dont l’un se prénomme Glenn en hommage à ce rebelle né un 25 juin 1931 à Mael-Carhaix. Et c’est encore au mois de juin (1996), qu’il nous a quitté.

Je l’ai connu et fréquenté à une époque où la « bretonnitude » n’était pas encore au goût du jour et il n’était guère de bon ton d’afficher son penchant pour la désuète culture bretonne. Les gens de gauche nous traitaient de « Breiz atao » en nous assimilant tout en vrac à l’Abbé Perrot et ses milices, à Debeauvais et son parti nationaliste, tandis que les Gaullistes nous présentaient comme les indignes héritiers de l’infimeGlenmor-D- minorité qui avait choisi la voie de la collaboration durant l’occupation. Glenmor c’est levé, solide comme un menhir sous les rafales, voix de stentor, et son chant a fait trembler la République une et indivisible et ses petits hussards centralisateurs. Derrière lui sont venus Styvell, Servat, Kirjuel, Ducos, Dan ar Bras… On a redécouvert les sœurs Goadec et les frères Morvan, le Plinn et le khost-ar-c’hoat et les festou-noz qui avaient cédé la place aux bals popu ont repris force et vigueur. Il était très croyant (il a fait le petit séminaire et poursuivit ses études chez les pères blancs) mais bouffait du curé à tous les repas, une soirée en sa compagnie était souvent aussi arrosée que la pointe St Mathieu par gros temps de Sud-Ouest et il fallait quelquefois le coucher à l’arrière de son « tube » Citroën qui lui tenait lieu de carrosse.

Il émigre plusieurs mois à Bruxelles en 1961 où il connaît un petit succès. Il y croise Jacques Brel (qui dit dans la chanson Le Moribond : « Adieu l’Émile, je vais mourir ») et rencontre sa future femme qui, arrivée en Bretagne, se renomme Katell. En 1965, il donne son premier grand concert public, c’était à Paris, salle de la Mutualité et, lorsqu’il entonne « Kan Bale Nevenoe », nous étions manoirnombreux à frissonner… Glenmor,  glen  comme la douce terre du Kreiz-Breizh , mor comme l’indomptable mer d’Iroise . « Suis né barde de petite Bretagne / de moindre pays / Personne ne me tint conseil / Seuls les chemins / et les vents me furent maîtres. » Ainsi allait Milig, croyant et libertaire, attaché à une Nation disparue, conservateur mais visionnaire, pétri de contradiction comme cette terre bretonne qu’il n’a jamais renié lui, le fils de paysan. A gauche, le manoir du Poul en Mellionnec, la demeure aujourd’hui est devenue chambre d’hôtes tenue par des sujets de sa très gracieuse majesté.

Allez, merci encore pour votre fidélité à ce petit blog sans prétention, portez vous bien et à bientôt peut-être.

J’voudrai pas crever…

Posté par erwandekeramoal dans PORTRAIT

Amis du marais poitevin et du p’tit salé aux lentilles réunis, bonjour ! Nous sommes le Mardi 23 juin 2020, cinquième jour de Messidor, Mulet-150x150habituellement dédié au mulet. Attention, pas le poisson hein. Non non, cette bonne vieille mule issue d’une jument trait mulassier poitevin et d’un baudet du Poitou, c’est la plus grande et la plus forte des mules. la mule du Poitou. Autrefois fleuron de la production mulassière française et reconnue dans le monde entier, elle a failli disparaître. Il y avait la mule du pape, voici celle du Poitou.

Tiens,  le 23 juin 1959 à Paris décès de Boris Vian, écrivain, poète, parolier, chanteur, critique et musicien de jazz (trompettiste), né le 10 mars 1920, à Ville-d’Avray, Il fut aussi ingénieur de l’École centrale, inventeur, scénariste, traducteur (anglo-américain), conférencier, acteur d’occasion et peintre. À douze ans, Boris est victime d’un rhumatisme articulaire aigu, qui lui occasionne une insuffisance aortique. Cette Vian-Sartremaladie du cœur, dont ses œuvres porteront la trace, en fera la cible de l’affection trop étouffante de sa mère. Il en parlera dans L’Herbe rouge, et plus encore dans L’Arrache-cœur. Il fréquentera les cafés de Saint-Germain-des-Prés : café de Flore ou des Deux Magots, à l’époque où ceux-ci rassemblent intellectuels et artistes de la rive gauche : Jean-Paul Sartre (le Jean Sol Partre de L’Écume des jours), Raymond Queneau, Simone de Beauvoir, Juliette Gréco, Marcel Mouloudji ou Miles Davis. Son premier roman célèbre est J’irai cracher sur vos tombes, signé Vernon Sullivan l’un des nombreux pseudos qu’il utilisera, écrit en 1946. Le roman est très controversé, notamment parce qu’il est retrouvé sur les lieux d’un crime passionnel.

Passionné de jazz, il joue de la trompette de poche (rebaptisée « trompinette-c’est une petite trompette ») au Tabou, club de Saint-Germain-des-Prés. Il est aussi directeur artistique chez Philips et chroniqueur dans Jazz Hot de décembre 1947 à juillet 1958, où il tient une « revue de la presse » explosive et extravagante. Henri Salvador Viandisait de lui : « Il était un amoureux du jazz, ne vivait que pour le jazz, n’entendait, ne s’exprimait qu’en jazz ». Son esprit fécond l’amène à collaborer au Collège de ‘Pataphysique (la science des solutions imaginaires), fondé en 1948. Il y retrouve Raymond Queneau et est nommé Équarrisseur de première classe en 1952, puis satrape en mai 1953. Le matin du 23 juin 1959, Boris Vian assiste à la première de J’irai cracher sur vos tombes, film inspiré de son roman, au cinéma Le Marbœuf. Il a déjà combattu les producteurs, sûrs de leur interprétation de son travail, et publiquement dénoncé le film, annonçant qu’il souhaitait faire enlever son nom du générique. Quelques minutes après le début du film, il s’effondre dans son siège et, avant d’arriver à l’hôpital, meurt d’une crise cardiaque. Le Collège de ‘Pataphysique annonce la mort apparente du « Transcendant Satrape ». 

 

Bon, des « comme ça » on n’en fait plus, le moule est cassé. C’est bien simple, de Boris Vian, j’aime tout, sans modération, sans condition… Rappelez Lavilliersvous « le déserteur », longtemps interdite à cause du dernier couplet litigieux: « si vous me poursuivez, prévenez vos gendarmes que je possède une arme et que je sais tirer ». Couplet qui fut tardivement transformé par Vian à la demande de Mouloudji: « …Prévenez vos gendarmes que je n’aurai pas d’armes et qu’ils pourront tirer ». En hiver 1970, alors que j’avais la chance de réveillonner en compagnie de Bernard Lavilliers (pas encore célèbre) il nous avait interprété « je voudrai pas crever » (je voudrai pas crever avant d’avoir connu les singes à culs nus dévoreurs de tropiques…)  un des poèmes de Vian. J’en garde un souvenir impérissable et ému. Voici, à droite, une photo de l’époque.

Allez, merci de vos visites fréquentes, revenez quand vous voulez, c’est ouvert tous les jours. Portez vous bien et à bientôt peut-être.

Veronique, nique, nique…

Posté par erwandekeramoal dans PORTRAIT

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Amis de la vérité historique et du homard à l’armoricaine, bonjour ! véroniqueNous sommes le Lundi 22 Juin 2020, quatrième jour de Messidor dédié à la véronique, jolie petite fleur qui doit son nom à sainte Véronique bien connue dans son immeuble et qui aurait recueilli un linge portant les traits du Christ et aurait, grâce à ce linge, guéri l’empereur Tibère de la lèpre. On dit que la véronique officinale était utilisée autrefois en application sur les plaies des lépreux d’où son nom familier d’herbe-aux-ladres. Les anciens pensaient que la véronique possédait des vertus aussi nombreuses qu’infaillibles

Tout à fait autre chose.

Il est des êtres humains auxquels le destin réserve un sort exceptionnel… Pierre Martin est de ceux là, toute sa vie a été consacrée à la paix et à l’amitié entre les peuples. Je l’avais rencontré alors que je Pierre Martin-G-traînais mon sac de couchage sur le plateau du Larzac au début des années 70. Il était un des animateurs infatigables de cette fameuse lutte contre l’extension du camp militaire qui dura une dizaine d’années, préfigurant ce qui allait se passer à Plogoff contre l’implantation d’une centrale nucléaire. Ci-dessous à droite, le Larzac en 1977, bon d’accord, j’étais pas tout seul… Ce grand militant des causes justes qui, pacifiste et libertaire, sa vie durant, refusa avec une conscience exigeante de prendre une arme pour éliminer son semblable, était doté d’une stature exceptionnelle qu’il dissimulait sous une modestie et une totale générosité. Tour à tour et parfois en même temps, il sera sociologue, économiste ou expert en coopération pour le développement, mais le militant pacifiste restera avant tout un vrai citoyen du monde.

Quel destin singulier que celui de Pierre Martin, incarcéré pour objection de conscience : il se retrouve prisonnier de guerre, lorsque les hordes nazies envahissent la France, en 1940. Sa volonté inébranlable de Larzac-2ne pas porter les armes, le conduit à faire du « tourisme pénitentiaire» lui à qui le Mahatma Gandhi avait écrit que, s’il était résolu à agir dans l’esprit de la non-violence, il se devait de la pratiquer, là où il se trouvait : Plus il approfondissait la pratique de la non-violence, plus il souhaitait rencontrer Gandhi. C’est ainsi qu’en 1948, il entreprend de rallier l’Inde et enfourche sa bicyclette. C’est en Libye, qu’il apprend martin03qu’une violence fanatique venait de ravir la vie du Mahatma. En 1962, il assistera Louis Lecoin dans sa grève de la faim, qui a permis de convaincre de Gaulle de la nécessité de reconnaître l’objection de conscience. Ceux qui liront son ouvrage « Candide face au Moloch » (1983), comme ceux qui s’abreuveront aux sources fécondes du pacifisme, découvriront un homme qui n’a jamais abdiqué face à l’histoire. Membre du congrès des Peuples, c’est lui qui crée les mouvements des Citoyens du monde au Sénégal. Grand humaniste laïque, il restera toujours vivant par la constance de son engagement. Voila un salut à un grand bonhomme qui nous a quitté un 22 juin en 1998 et qui méritait bien de figurer en bonne place dans notre galerie de portraits.

Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.