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Quand le Sâr dine à l’huile…

Posté par erwandekeramoal dans PORTRAIT

Amis de la marine à voile et des pommes vapeur réunies, bonjour ! Nous sommes le Samedi 28 mars 2020, huitième jour de Germinal, dédié à la jonquille dans le calendrier républicain, mais en réalité pour les pataphysiciens, le Vendredi 6 Clinamen 147 – St Ganymède, professionnel – fête suprême quarte. On me dit que c’est la St Gontran; je vais donc en profiter pour vous parler de Joséphin.

A propos de Joséphin Péladan.

Il est né un 28 mars en 1859. Aujourd’hui totalement oublié, ce dandy lettré ferait un malheur sur nos plateaux de télé. (tiens, ça me fait penser à quelqu’un…) Issu d’une famille de cultivateurs et de Péladancommerçants, Joseph-Aimé Péladan, qui se donnera plus tard le prénom de Joséphin, est le fils de Louis-Adrien Péladan, et de Joséphine Vaquier. Il manifeste un esprit indépendant qui lui vaut d’être renvoyé du lycée pour avoir traité un professeur d’athée, puis du petit séminaire de Nîmes. Il voyage beaucoup et  rencontre Léon Bloy et Paul Bourget et enthousiasme Jules Barbey d’Aurevilly qui préface son roman Le Vice suprême (1884), livre pétri de romantisme et d’occultisme, qui met en scène la lutte de forces secrètes qui s’acharnent à détruire l’humanité et prend résolument le contre-pied du naturalisme de Zola. Sâr (c’est le titre qu’il s’est donné, comme dans le sketch de Pierre Dac) est supposé signifier « roi des rois » en assyrien; il fut repris en Perse sous le nom de Shah. Son originalité plaît mais son exaltation fait sourire. Jean Lorrain le surnomme « le pélican blanc ». Plus tard on l’appellera « le Mage d’Épinal », « Platon du Terrail » ou « le Sâr pédalant ».

En 1888, Péladan est le co-fondateur avec Stanislas de Guaita de l’ Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix. Parmi les membres de l’Ordre, on peut relever quelques noms passés à la posterité : Papus, F.-Ch. Barlet. Prétextant un refus de la magie opérative, il se sépare du groupe enrose-croix 1891 pour fonder l’ Ordre de la Rose-Croix Catholique et esthétique du Temple et du Graal. C’est à son frère Adrien, l’un des premiers homéopathes français, que Joséphin Peladan devrait son entrée dans une branche toulousaine de la Rose-Croix L’année suivante, il organise le premier Salon de la Rose-Croix du 10 mars au 10 avril 1892 à la célèbre galerie parisienne Durand-Ruel. C’est un très grand succès. Soixante artistes y participent parmi lesquels nombre de peintres et sculpteurs de talent (Hodler, Khnopff, Delville, Schwabe, Bourdelle etc.) et vingt mille Parisiens dont le Tout-Paris mondain et artistique (Mallarmé, Zola, Verlaine, Gustave Moreau etc.), viennent le visiter, au son du prélude de Parsifal et des Sonneries composées par Erik Satie (en vidéo ci-dessus). Voici, à droite, copie d’une page de « Rose+Croix » organe trimestriel publié par J. Peladan en 1893. Si Péladan utilise un ton souvent polémique ou lyrique, c’est au service de convictions sincères et d’une défense de la grandeur de l’art qu’il estime prostitué sous une troisième République souvent mercantile. Il produit d’innombrables plaquettes de critique d’art, contribuant à faire connaître en France l’œuvre de Léonard de Vinci. En définitive, le contexte de la fin de siècle s’éloignant, Joséphin Péladan renonce à ses outrances et vit dans la vénération de sa seconde femme; Christiane Taylor, En 1908, il reçoit le prix Charles Blanc de l’Académie française. Il meurt en 1918 presque oublié. Curieux personnage, non? Mais j’ai pensé qu’il avait sa place dans notre galerie de portraits.

Allez, le bonjour vous va, merci d’avoir bravé le couvre-feu pour venir jusqu’ici et à bientôt peut-être.

Littérature potentielle…

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE, PORTRAIT

Amis de la Pataphysique et de la raie au beurre noir réunies, bonjour ! père UbuNous sommes le Mercredi 25 mars 2020, 5è jour de germinal que nos amis républicains avaient décidé de dédier à la poule… Allez savoir ce qui se passait dans la tête de Fabre d’Églantine ! En vérité Nous sommes aujourd’hui le Mardi 3 Clinamen 147 la Mandragore, solanée androïde fête suprême quarte et nous sommes toujours confinés. Je vous invite donc à la lecture. Voici un grand poète qui mériterait mieux que les obscurs rayonnages des bibliothèques municipales. Il est né un 25 mars 1931 dans le Vaucluse.

Jacques Bens fut l’un des fondateurs de l’OuLiPo. Dataire au Collège de Pataphysique, gendre de Célestin Freinet (dont j’ai longuement parlé dans ces colonnes), il a travaillé avec Raymond Queneau chez Gallimard réunion-oulipoà l’Encyclopédie de la Pléiade, de 1960 à 1963. Il a été durant les trois premiers siècles de l’OuliPo son « secrétaire provisoire » chargé des comptes-rendus de séances, rassemblés aujourd’hui chez Bourgois. Poète, romancier, et nouvelliste (il a reçu en 1990 le Goncourt de la Nouvelle pour ses Nouvelles désenchantées.) Je vous recommande Cinq châteaux de cartes chez Nathan en 1983, il fut également un éminent cruciverbiste, et collabora avec Perec pour les jeux du journal Télérama. A droite, réunion de l’OuLiPo en 1975 dans les jardins de François Le Lionnais.

Or donc, notre ami Bens a été membre fondateur de l’Oulipopo, Ouvroir oulipode littérature policière potentielle mais aussi, de l’OuCuiPo (ouvroir de cuisine potentielle). On lui doit notamment, la cuisine en jeux paru chez Zulma en 1999, ouvrage dans lequel il organise une visite ludique et gourmande à travers les provinces françaises. Comment concilier des activités d’écrivain, d’oulipien chevronné et de cruciverbiste avec une passion pour l’art culinaire ? En imaginant un petit livre où alternent recettes, grilles de mots croisés, acrostiches et autres anagrammes. De quoi faire patienter vos invités pendant que le kig-ha-farz mijote. Voici un extrait de son œuvre:

Pas facile toujours de réduire au silence
Le phonographe obscur de nos ronronnements :
L’aiguille grince au creux de sombres bégaiements
Quand on croyait réinventer la truculence
Jacques Bens

Allez, merci pour la visite. Par les temps qui courent c’est pas gagné…

Circulez !

Posté par erwandekeramoal dans HISTOIRE, PORTRAIT

Amis du Paris-Nice et de la cuisine batave réunis, bonjour ! Nous sommes le Mardi 10 mars 2020, vingtième jour de ventôse et c’est le jour du Cordeau. Avant-hier on célébrait la journée internationale pour le droit des femmes et bien, le 10 mars 1966, à Amsterdam, à circulez.jpg_ml’occasion du mariage controversé de la princesse Beatrix (future reine de Hollande) avec un ancien diplomate allemand soupçonné d’avoir eu des sympathies nazies, le mouvement « Provo » (né un an plus tôt) appelle à faire de cette journée un jour d’anarchie (dag van de anarchie). Je crois que l’auteur du graphisme n’est autre que Willem. Ce jour là des bombes fumigènes sont jetées sur le trajet de la cérémonie, la police est sur les dents (celles des autres évidemment comme disait Boris Vian qui aurait eu cent ans aujourd’hui) elle intervient brutalement (pléonasme) et provoque une émeute. Tiens, mêmes réactions policières soixante ans plus tard dans les rues de Paris.

Tout à fait autre chose, quoique…

Le 10 mars 1972, mort de Stephen MAC SAY (de son vrai nom Stanislas Alcide MASSET) militant anarchiste né le 15 octobre 1884 dans le nord de la France. Il s’oppose très vite à l’enseignement « officiel ». En 1906 il rejoint, avec sa compagne Marie-Adèle Anciaux, l’école libertaire de Sébastien Faure dont j’ai parlé ici « La Ruche », où ils enseigneront tous les deux jusqu’en 1910. Mac Say quittera alors Stephen-Mac-Saydéfinitivement l’enseignement et deviendra forain, puis apiculteur. Pendant la guerre de 14-18, bien que réformé, il se réfugie dans la Creuse avec sa compagne, craignant quelques ennuis à cause de son engagement antimilitariste. Après la guerre, Mac Say reprend ses activités militantes, et particulièrement sa collaboration régulière aux journaux anarchistes « L’en dehors », « Le libertaire » « Les temps nouveaux » etc., ainsi qu’à l’Encyclopédie Anarchiste de Sébastien Faure. Dénoncé comme juif pendant la 2e guerre mondiale (ce qui, soit-dit en passant, était faux) il est à nouveau contraint de quitter sa maison avec Mary. Humaniste et amoureux de la nature, Mac Say écrira de nombreux livres et brochures contre la vivisection, ainsi que sur l’éducation des enfants et la santé : « L’école laïque contre l’enfant », « De Fourier à Godin », » Les bêtes proches de l’homme », « Propos sans égards », etc.

Allez, bonne semaine à tous, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Posté par erwandekeramoal dans ANARCHISME, PORTRAIT

Amis des frères Morvan et des sœurs Tatin réunis, bonjour ! Pourquoi donc est-ce que parle de Tatin ? Ah oui, à la radio ce matin un journaliste affirmait qu’à propos du Coronavirus à Wuhan, je cite: « le pic de l’épidémie est Tatin… » franchement, je vois pas le rapport. Nous sommes le Vendredi 06 Mars 2020, correspondant au 16è jour de ventôse, dédié à l’épinard. Et, comme disait Coluche: L’épinard… Ça devrait être obligatoire ! Trêve de calembour à la petite semaine et, place à l’homme du jour.

Voici un petit mot sur une figure remarquable de l’anarchie dont j’ai déjà parlé mais, abondance de biens ne nuit pas… Le 6 mars 1992, mort de Léo Campion. Anarchiste, libre penseur, pacifiste et franc-maçon. A dix-huit ans, il part habiter Bruxelles, où il se lie d’amitié avec le bouquiniste anarchiste Marcel Dieu (dit Hem Day), qui l’initiera à la franc-maçonnerie. Il devient secrétaire de la libre pensée de Bruxelles. En 1933, secrétaire de la section belge de « l’Internationale des Léo-C.Résistants à la Guerre »( W.R.I), il renvoie, avec Hem Day, son livret militaire. Cela leur vaut un procès retentissant et ubuesque, le 19 juillet 1933, où Léo Campion ridiculisera les autorités judiciaires et militaires. Bruxelles devient un refuge pour de nombreux proscrits, dont Durruti et Ascaso (avec lequel Léo lie une solide amitié). Pendant l’occupation, il retourne en France mais, fiché comme objecteur de conscience, il est interné avec d’autres antifascistes au camps d’Argelès. A la libération, il poursuit sa carrière de chansonnier puis de comédien, en France. Il fera plusieurs galas de soutien en faveur de la Fédération Anarchiste et apportera souvent aide et solidarité aux libertaires. Il est aussi l’auteur de quelques ouvrages d’humour comme Le petit Campion illustré, Libres Pensées , ainsi que des ouvrages sur la franc-maçonnerie : Le drapeau noir, l’équerre et le compas , etc.

On lui doit, entre autres, la fameuse définition:  « Enfant: Fruit qu’on fit. » et puis, celle-ci que j’aime beaucoup:  « Dès qu’on dit feu Untel, équerre-et-compasc’est qu’ Untel s’est éteint. » Il était aussi régent de pygologie du collège de pataphysique, grand maitre de la confrérie des chevaliers du taste fesses (c’est lui qui intronisa le Mannekenpiss en 1983) et on se souvient de sa participation au fameux feuilleton radiophonique de Pierre Dac: Signé Furax. Parallèlement, son ascension en maçonnerie continue, il gravira successivement tous les degrés jusqu’au 33e et siégera au Consistoire d’Ile-de-France. Dans son livre « le drapeau noir… » on peut lire ceci: « Si les Maçons anarchistes sont une infime minorité, la vocation libertaire de la Maçonnerie est indéniable … elle est la seule association à laquelle puisse adhérer celui qui n’adhère à rien.»

Un fameux bonhomme qui portait haut et fort la devise de ce blog: Humeur et humour. Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Le piéton de Paris…

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE, PORTRAIT

Amis de la poésie et du fromage de chèvre réunis, bonjour ! Nous sommes le Mercredi 04 mars 2020, 14è jour de ventôse dédié au Vélar encore nommée fausse giroflée.

L’homme du jour est un immense poète. Léon-Paul Fargue est né le 04 mars 1876 à Paris. Il fait de bonnes études au collège Rollin, au lycée Janson-de-Sailly, puis brièvement au lycée Henri IV où il se lie avec Alfred Jarry. Étudiant, il hésite entre la littérature, la musique et laléon-paul peinture. Après quelques essais à Pont-Aven sur les traces de Gauguin, il choisit finalement d’écrire et publie en 1895 sa première œuvre : Tancrède. Il traîne avec la bohème de Montmartre dans l’ombre de Verlaine et du Cabaret du Chat Noir, puis il rencontre Mallarmé, Valéry, Gide ou Vuillard. Dès 1902, il est introduit dans la sphère musicale, aux côtés de Ricardo Viñes et Maurice Ravel, avec qui il formera la fameuse bande des « Apaches d’Auteuil ». Il ne publie presque rien durant cette période, cependant il participe aux débuts de La Nouvelle Revue Française. En 1909, il rencontre Valéry Larbaud et ce sera le début d’une amitié importante. Enfin en 1912 paraît Poèmes son second livre, fondateur par son utilisation des mots et de la langue, qui fera des émules et qui lui assurera la notoriété auprès de gens très divers, d’Apollinaire à Claudel, d’Alain Fournier à Proust.

Mobilisé en 1914 à Laon, il sera rapidement réformé et retrouvera, autour de la libraire Adrienne Monnier, ses amis Jean Cocteau et Erik Satie. Les années 30 sont marquées par une nouvelle activité, très prolixe, la chronique journalistique, qui donnera des essais sur des sujets très divers, de la critique littéraire à des thèmes beaucoup plus haute solitudelégers comme les aléas de la mode, mais où l’art, la poésie et l’homme sont omniprésents. Peu avant la seconde guerre mondiale, Fargue rencontre sa future femme, le (la) peintre Chériane, chez qui il s’installe boulevard Montparnasse. En 1941 il publie Haute solitude parfois considéré comme son chef d’œuvre poétique. En 1943, au cours d’un repas avec Picasso, il est frappé d’hémiplégie et restera paralysé. Il n’en continue pas moins à écrire et reçoit en 1946 le grand Prix de la Ville de Paris. Paul Valéry saluait l’originalité de son art, et Rilke écrivait en 1926 «Fargue est un de nos plus grands poètes. » Il meurt à 71 ans, le 24 novembre 1947, chez lui à Paris. Il est enterré au cimetière du Montparnasse cher à Brassens. On lui doit cette fameuse pensée: Le travail est une chose élevée, digne, excellente et morale, mais assez fastidieuse à la longue. comment ne pas être d’accord !
 
Allez, voila pour aujourd’hui, merci encore une fois d’avoir fait le détour par ici portez vous bien et à bientôt peut-être.

Le point sur Godwin…

Posté par erwandekeramoal dans PORTRAIT

Amis de la réforme fiscale et de la potée bretonne réunies, bonjour ! Ce Mardi 03 Mars 2020 correspond au 13è jour de ventôse dans notre calendrier républicain. C’est, parait-il la saint Gwenolé: un des sept saints fondateurs de la Bretagne. Venu de Bretagne insulaire, neveu du légendaire fumeterre-3roi de Bretagne Conan Mériadec, il est venu s’établir dans l’archipel de Bréhat. Il a fondé l’abbaye de Landévennec. Il prévient et sauve le roi Gradlon de la perdition et de l’engloutissement de la ville d’Ys. Populaire parmi les Bretons, il était invoqué contre la stérilité des femmes (de quoi je me mêle !). On dit aussi qu’il aurait introduit le pommier en Bretagne et donc, le cidre. Du coup on lui pardonne ses bondieuseries… C’est le jour de la Fumeterre; jolie plante sauvage que les apothicaires utilisaient pour soigner l’eczéma. Dépêchez vous de l’utiliser car avec un nom comme celui-la elle risque bientôt d’être interdite à la cueillette.

Mais c’est aussi l’anniversaire de la naissance (03 Mars 1756) de William Godwin à Wisbeach, comté de William-200x300Cambridge. Penseur et théoricien anglais, précurseur de l’anarchisme. Pasteur dissident, il abandonne la religion et publie, en 1793, « Enquête sur la justice politique », œuvre philosophique qui contient les principales bases politiques et économiques de l’idéal libertaire. Considérant que « Tout gouvernement est un mal » car il est une « abdication de notre propre Frankeinsteinjugement et de notre conscience », un frein dans la recherche de l’harmonie entre les hommes, celle-ci devant se réaliser par l’éducation libre ; seul moyen de se débarrasser des superstitions de la religion et de la tentation totalitaire. Sa première femme, Mary Wollstonecraft publie quant à elle, en 1792, « Revendication des droits des femmes », mais meurt en donnant naissance à sa fille, Mary, qui deviendra la compagne du poète Percy Bysshe Shelley, à son tour conquis par les idées de Godwin (Mary Shelley est en outre l’auteur du célèbre « Frankenstein »). Quelle famille !

Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Sapeur & sans reproche…

Posté par erwandekeramoal dans PORTRAIT

Amis de la transversalité et de la saucisse de Strasbourg réunies, bonjour ! Nous sommes le Samedi 29 Février 2020 (bissextile), onzième jour de Ventose (sans accent) dédié au Narcisse (autant dire que c’est la fête des blogueurs et autres youtubeurs). C’est aussi le jour de bougie N° 9parution de La Bougie du Sapeur: Son nom a été choisi en hommage au héros de bande dessinée créé par Christophe, le sapeur Camember, personnage né un 29 février, dont on souffle donc les bougies d’anniversaire à cette date. Depuis le quatrième numéro, en 1992, « est sans reproche… » est le slogan de La Bougie du sapeur (jeu de mots entre « sapeur » et « sans peur »). En 2004, en supplément du numéro 7, paraissait le numéro 1 de La Bougie du Sapeur – Dimanche, destiné à ne paraître que les 29 février qui sont aussi des dimanches (soit quasiment1 tous les 28 ans). Le prochain supplément accompagnera donc l’édition du dimanche 29 février 2032. Etonnant, non !

Vers la fin du XIXè siècle, il y avait du côté de La Roche-Derrien, département des Côtes du nord, un certain Narcisse Quellien à qui l’on doit une œuvre considérable en matière de collecte des textes bretons. Poète et ethnographe, il recueillait surtout les chansons populaires. Il est moins célèbre que françois-Marie Luzel dont il fut l’ami, ou De La Villemarqué (Barzaz Breiz) il nous a laissé un livre surprenant sur le la-roche-derrien-quellien-portrait-258x300langage argotique des chiffonniers et couvreurs de La Roche-Derrien et des environs, le « Tunodo »,c’était en 1885. Le pauvre homme perdit la vie à Paris au mois de mars 1902, renversé par une voiture automobile. C’est-y pas pitié ! Le corps du Barde, inhumé provisoirement à Paris, fut ensuite, selon son vœu, transféré à La Roche-Derrien. C’est dans le petit cimetière de sa paroisse natale que, le 8 septembre 1912, on inaugura, sur la tombe du Barde trégorrois, un monument dû à la collaboration de deux artistes bretons, MM. Paul Le Goff et Yves Hernot. Des discours et des poèmes, en breton et en français, furent prononcés ou lus par MM. Charles Le Goffic, Anatole Le Braz, Théodore Botrel, François Jaffrennou, directeur d’Ar Bobl, Léon Durocher, directeur du Fureteur Breton, Yves Berthou, Eugène Le Mouël, Jahan, etc. »  Notre barde avait fait savoir qu’il souhaitait qu’un if fut planté près de sa tombe. Un siècle plus tard, l’if a été arraché, la stèle a été déplacée, sa maison a été détruite, mais…
Longtemps, longtemps, longtemps
Après que les poètes ont disparu
Leurs chansons courent encore dans les rues…

Merci encore de vos fréquentes visites, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Autour du chat noir…

Posté par erwandekeramoal dans PORTRAIT

Amis de la peinture à l’eau et des sardines à l’huile réunies, bonjour! Nous sommes le Vendredi 28 février 2019, autant dire que c’est la fin du mois ! Quoique, l’année étant bissextile, on hérite d’un jour ceres-6-tete-beche-300x179supplémentaire. Ce jour correspond au 10 de ventôse dédié à la Bêche, ce qui n’est pas une raison pour se prendre la tête (tête-bêche). Pour en revenir à l’expression « tête-bêche », Il s’agit d’un emprunt au vieux français Beschevet terme de charpenterie qui par extension a désigné toutes les positions qui consistaient à mettre la tête de l’un aux pieds de l’autre, comme celle de Jean-Baptiste à ceux de Salomée. Ainsi, bescheveter est devenu tête-bêche. Étonnant, non ! En illustration, le fameux France Cérès 1849, 1f. carmin paire tête-bêche, vendu 130.000 €.

Tiens, petite pensée pour un des derniers grands chansonniers paillettemontmartrois, Paul Ambroise Paillette. Il nait à Paris un 16 Avril en 1844. Ouvrier ciseleur, il fréquente les réunions anarchistes dès 1887 et fait partie de divers groupes parisiens. En 1888, il prend part au mouvement entrepris contre les bureaux de placement et, selon la police, se déclare partisan d’actions violentes contre ces établissements. Paul Paillette devient par la suite chansonnier à Montmartre, auteur de poésies où il exprime ses idées libertaires, appelant de ses vœux une société plus juste comme dans Temps d’anarchie ou Heureux Temps, chanté sur l’air du Temps des cerises. Tiens, cadeau: la version originale de A Montmartre le soir.

Il publie et vend lui-même ses vers sous forme de brochures qu’il réunira ensuite dans l’ouvrage Les Tablettes d’un lézard et anime par ses chansons révolutionnaires de nombreuses fêtes libertaires. Végétarien et partisan de l’amour libre, l’idée lui vient d’organiser en 1891 des déjeuners végétariens dans la salle d’un restaurant parisien qui devient tablettes_palors un lieu de rencontres pour les amour-libristes, sous la devise : « Ton bonheur a son nid dans le bonheur commun. Femme libre, amour libre. » Il collabore durant la Première Guerre mondiale aux journaux d’ E. Armand, Pendant la mêlée puis Par-delà la mêlée (son poème Civilisation est censuré par les autorités). Sans ressources, vivant dans un foyer depuis 1910, plusieurs fêtes sont organisées à son profit, notamment le 9 novembre 1913 par l’Université populaire, ou encore en novembre 1916 avec le concours de Xavier Privas et la participation de Sébastien Faure. Il est alors considéré comme le doyen des chansonniers montmartrois. Sa mort est annoncée dans Le Libertaire du 29 février 1920. Paul Paillette fait partie de ces illustres inconnus qui ont contribué à semer la graine d’ananar chez de nombreux libres penseurs. On lui réserve une place dans notre galerie de portraits.

Allez, merci d’être passé, portez vous bien et à bientôt peut-être.

L’oeuvre au noir…

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE, PORTRAIT

Amis du trot attelé et du pendule de Foucault réunis, bonjour ! Nous sommes, qui l’eut cru, le Lundi 24 février 2020, sixième jour de Ventôse asaretdédié à l’Asaret qui est, chacun le sait, une plante herbacée de la famille des Aristolochiacées (rien à voir avec Jésus de l’asaret !). L’Asaret du Canada est une plante désignée vulnérable à la récolte par le gouvernement, il est interdit de la cueillir ou d’en faire le commerce. Sa fleur est petite et de forme particulière. Le rhizome de l’Asaret du Canada a une odeur et une saveur de gingembre c’est pourquoi on l’appelle aussi gingembre sauvage. Voilà, vous savez tout.

Tiens, à propos de gens qui savent tout…

Relisez, si l’occasion vous  est donnée, Jean Pic de la Mirandole. Troisième fils d’une vieille famille comtale, Jean Pic naquit le 24 février 1463 au château de Mirandole. Suite à la mort prématurée de sa mère, il hérita très jeune d’une fortune considérable qui allait lui permettre bienPico1-228x300 des voyages, bien des libertés et bien des extravagances. D’abord inscrit à l’Université de Bologne pour des études en Droit canon (sa mère le destinait à la prêtrise) il renonça bien vite aux diplômes universitaires pour devenir autodidacte. Il séjourna aussi à Ferrare avant de s’établir à Florence. À 23 ans, il publie 900 thèses sous le titre : Conclusions philosophiques, cabalistiques et théologiques, et, grand seigneur, invite tous les érudits à en débattre avec lui à Rome, quitte à ce qu’il leur paie les frais de déplacement ! L’initiative déplaît en haut lieu et le 31 mars 1487, Pic de la Mirandole doit renoncer à plusieurs de ses conclusions, jugées hérétiques par une commission papale.

Il mourut le 17 novembre 1494, alors que le roi de France entrait à Florence. Jean Pic de la Mirandole décéda, assisté en ses derniers instants par Savonarole qui voyait dans la victoire des troupes françaises la réalisation de ses prophéties… Cette mort mystérieuse, emportant en moins de deux semaines un homme dans la force de l’âge, a fait croire à un empoisonnement dont le secrétaire de Pic aurait été l’auteur. Ce personnage, cupide et fort louche au demeurant, aurait savonarole prècheété soudoyé par Pierre de Médicis, qui n’aurait jamais pardonné au protégé de son père d’avoir pris le parti de Savonarole ou, du moins, de s’en être ostensiblement rapproché. Certains voient dans Le discours la quintessence même de la pensée de Pic de la Mirandole et cet extrait a maintes fois été repris; on le retrouve dans L’œuvre au noir de Marguerite Yourcenar. Ce sont les paroles par lesquelles le Créateur, s’adressant au premier homme, lui confère le privilège de la liberté: « Je ne t’ai donné ni visage, ni place qui te soit propre, ni aucun don qui te soit particulier, ô Adam, afin que ton visage, ta place, et tes dons, tu les veuilles, les conquières et les possèdes par toi-même. Nature enferme d’autres espèces en des lois par moi établies. Mais toi, que ne limite aucune borne, par ton propre arbitre, entre les mains duquel je t’ai placé, tu te définisses toi-même. Je t’ai placé au milieu du monde, afin que tu pusses mieux contempler ce que contient le monde. Je ne t’ai fait ni céleste ni terrestre, mortel ou immortel, afin que de toi-même, librement, à la façon d’un bon peintre ou d’un sculpteur habile, tu achèves ta propre forme.» et d’aucun d’y lire l’œuvre du prototype même de l’humaniste du Quattrocento. Savonarole, L’œuvre au noir, Le nom de la rose… Brrrrr !

Allez, merci de votre visite, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Gustave en goguette…

Posté par erwandekeramoal dans PORTRAIT

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Amis de l’érotisme biblique et des muffins aux bananes réunis, bonjour! Nous sommes le Jeudi 20 février 2020, deuxième jour de ventôse dédié au Cornouiller, jolie plante qui a laissé sa trace dans la cornouillerculture Occitane. En effet, En Occitanie la floraison et la fructification du Cornouiller Mâle (Cornu Mas) ont constitué une sorte de convention collective avant la lettre. La floraison indiquait la période à partir de laquelle les servantes des fermières n’étaient plus tenues de ravauder, filer ou tricoter après le repas du soir. Inversement la maturité des fruits imposait cette obligation. En langue occitane la prescription se formulait en ces termes: « comma roja, veilla hoja. Quand la comma a florit la veillada a falit ». Dans certaines régions, la plante est désignée par le joyeux vocable de: « couilles de Suisse » allez savoir pourquoi. Amusant, non !

Galerie de portraits.

En voici un qui mérite bien qu’on lui fasse une petite place. Gustave Nadaud, né à Roubaix le 20 févrierNadaud_BNF_Gallica 1820 et mort à Paris 16e le 28 avril 1893, est un goguettier, poète et chansonnier français. Il est à Paris un membre assidu du Caveau et de la célèbre goguette de la Lice chansonnière. C’est dans cette goguette qu’à l’occasion d’un concours se déroulent en 1883 ses retrouvailles avec Eugène Pottier. Gustave Nadaud l’avait croisé en 1848 et Pottier lui avait alors fait une forte impression. Il admire beaucoup le talent poétique de l’auteur de l’Internationale tout en étant très loin de partager ses opinions politiques. Grâce à ces retrouvailles, l’œuvre de Pottier échappera à l’oubli.

Une cinquantaine de ses chansons sont publiées pour la première fois en 1884 par Nadaud qui paye les frais d’édition. Malgré le succès de ses quelque trois cents morceaux, il finit sa vie dans la pauvreté, ayant goguettetoujours refusé les cachets; le 28 avril 1893, peu de jours avant de recevoir la distinction de la rose d’or décernée par les Rosati; une sorte d’Amy Awards de l’époque. Plusieurs des chansons de Gustave Nadaud ont été mises en musique et chantées par Georges Brassens : Carcassonne, où Brassens a réutilisé la musique du Nombril des femmes d’agent. Un de ses textes Si la Garonne elle avait voulu est chanté par Julos Beaucarne.

Allez, merci pour la visite, portez vous bien et à bientôt peut-être.