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Le blues du confiné…

Posté par erwandekeramoal dans LES BEAUX SAINTS

Amis de la comedia dell’arte et des farfalle al dente réunis, bonjour ! Nous sommes le Mardi 24 mars 2020, quatrième jour de germinal dédié à la tulipe mais, malgré cela, je vous surprends devant votre écrantulipes-à-la-torche-300x199 alors que la nature s’éveille. Narcisses, primevères et jonquilles décorent les talus, le merle moqueur s’égosille et la bière de mars est en bouteille… Le nom tulipe provient du turc tülbend, c’est-à-dire « plante-turban » ce qui, j’en suis convaincu vous fait une belle jambe… Ici à gauche, ce sont des tulipes en Bretagne et plus précisément à la pointe de la Torche.

En Bretagne précisément on fête les Kristell. Cette dernière n’était autre que la cousine de Houarneau (Hervé), fils d’Houarvian et de Riwanon au 6e siècle, aveugle et dompteur de loups, né dans une famille de bardes vers 520 au manoir de Lanrioull, en Plouzévédé eHervé dans la valléet mort à Lanhouarneau (29). A part saint Yves de Tréguier, il n’est pas de saint aussi populaire que lui en Bretagne. Aveugle depuis son jeune âge, guidé par un loup, selon la légende, il mena une vie de pèlerin. Un jour cependant, il se fixa à Plouvien, puis à Lan-Houarneau où il fonda un monastère pour y vivre confiné (déjà !). Hervé est le patron des chanteurs et musiciens bretons. Ici à droite sa statue par Jacques Dumas dans la vallée des saints à Carnoët (22). L’histoire raconte que Kristell soigna son dompteur de loups de cousin dans ses derniers instants et qu’elle mourut aux pieds de sa couche. Quand à notre prénom Kristell, il puise son origine dans le grec Kristos soit Krist en breton, ce prénom couramment attribué de nos jours est l’équivalent des prénoms français Christelle ou Christine.

 

Certains d’entre vous se souviennent peut-être de Annkrist et de son bleu cobalt, artiste d’origine brestoise, qui interprète ci-dessus Prison 101. Ce disque a été enregistré en 1975 je crois, c’est du blues à la mode bretonne. Allez, merci d’être passé malgré le couvre feu, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Budoc, je suis ton père…

Posté par erwandekeramoal dans LES BEAUX SAINTS

Amis de la tradition et de la bouillie d’avoine réunies, bonjour ! Nous sommes le Jeudi 12 mars 2020, 22è jour de ventôse dédié au persil. Aujourd’hui, en Bretagne armoricaine on célèbre (ou pas) Budoc. Oyez donc son histoire au lieu de vous inquiéter pour l’avenir de la retraite des vieux ou le prix du flacon de solution hydro alcoolique.

A Brest, en ces temps-là, au V° ou VI° siècle de notre ère, se dressait le château d’Even, prince de Léon, seigneur de Brest. Sa fille, la princesse Azénor, était – comme (presque) toutes les princesses – azenor-204x300blonde aux yeux bleus. Albert Le Grand écrivit même à son sujet qu’elle était  » de riche taille, droite comme une palme, belle comme un astre, et cette beauté extérieure n’était rien en comparaison de son âme. «  Le comte Chunaire de Goëllo, ayant ouï une telle renommée, demande la main de la belle Azénor, en envoyant au roi Even de riches émissaires. Les noces sont célébrées durant quinze jours, avant qu’Azénor ne rejoigne le château du comte de Goëllo, le Castel-Audren (aujourd’hui Châtelaudren dans le 22). Las ! Quelques mois après, la mère d’Azénor meurt, et le roi Even se remarie alors avec une marâtre peu recommandable, une  « dame de grande maison qui avait l’esprit malicieux, noir, sombre et malin, bref, une femme aussi mauvaise que la mer par un jour de tempête …»  .

Cette femme, convoitant le futur héritage d’Azénor, décide alors de se débarrasser de sa belle-fille. A force d’insinuations et de mensonges, s’aidant de faux témoins, elle persuade le roi Even, son mari, et le comte Chunaire, son gendre, qu’Azénor n’avait pas réservé sa couche à chateau-brestson mari, et l’accuse d’adultère, d’impudicité et d’abandonnement. Déshonoré, Chunaire fait reconduire séance tenante Azénor à Brest, où son père l’enferme dans la tour la plus sombre du château (qui porte encore aujourd’hui son nom, photo de gauche) Apprenant qu’elle est enceinte, les juges décident alors de lui faire grâce de la vie, mais  tout de même de l’enfermer dans un tonneau, et de les jeter à la mer, elle et son enfant. Mais la cruelle belle-mère meurt à son tour (je raccourci), et, dans ses derniers moments,  avoue ses mensonges. Le prince de Léon et le comte de Goëllo se mettent alors à rechercher Azénor, sans repos.  Un jour enfin, en Irlande, le père se retrouve face à un garçonnet blond comme les blés, aux yeux bleus, identiques à ceux qui illuminaient le doux visage d’Azénor. Budoc, son fils, était en face de lui. D’où la célèbre phrase reprise dans Star Wars: « Budoc, je suis ton père… »

Plus tard, Budoc décide de partir au-delà des mers, mais, n’ayant point de navire, s’allonge dans une grande auge de pierre, comme Conogan avant lui. Il retourne ainsi en Armorique où il fut confié à Samson, 1200px-Saint-Budoc_à_Trégarvanévêque de Dol. Toujours est-il que notre petit Budoc, en grandissant ainsi pieusement, devient abbé de Dol, puis évêque de Dol lorsque Magloire abandonna cette charge. la chronique veut qu’il ait établi une école monastique sur l’Île Lavrec (Lavret), dans l’archipel de Bréhat dans la deuxième moitié du Ve siècle où il eut comme disciple un certain Gwenolé. Il est aujourd’hui le saint patron (pour une fois qu’un patron est saint) de Ploudalmézeau, Beuzec et Porspoder. A droite la statue de Budoc à Trégarvan (29). Tout le reste n’est que billevesées et fantaisies, mais bon… La naïveté populaire est sans limite. J’ai connu des gens qui avaient voté socialiste en croyant voter à gauche…

Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.

J’entends le loup, le renard…

Posté par erwandekeramoal dans LES BEAUX SAINTS

Amis de la divine comédie et de la poule-au-pot réunies, bonjour ! Nous sommes le Jeudi 05 mars 2020, 15è jour de ventôse dédié à la chèvre. Je dois absolument profiter de ce miracle de la météorologie moderne qui offre au pabis repetitays d’Iroise un jour sans pluie pour terminer les travaux agricoles que requièrent les jardins de mon ermitage. En conséquence de quoi, bis repetita placent pour ce billet; car, si l’on en croit Horace, les choses répétées plaisent…

Or donc, en Cornouailles et en Léon, on célèbre (ou pas) Piran, ou Péran qui serait selon certains historiens le Kiéran de Saighir évêque d’Ossory à qui on attribue l’introduction du christianisme en Irlande en compagnie de son pote  Patrick… Beaucoup de légendes parlent de Kieran de Saighir comme ayant ressuscité plusieurs personnes. Il avait dit-on apprivoisé un loup, un blaireau et un renard. Le loup et le nolwenblaireau étaient devenus très obéissant mais le renard était resté espiègle. Il dérobait les chaussures de saint Kiéran et les cachait dans sa tanière. Pour un peu on l’entendrait chanter « j’entends le loup, le renard et la belette » mais, pour notre bonheur, il a refusé d’intervenir en faveur de Nolwenn Leroy aux victoires de la musique… Ci-dessous une version des plus emballantes par le groupe Blue railroad train. Saint Kieran de Saighir serait décédé en 530 de cause naturelle et non pas du Coronavirus comme l’affirment certaines gazettes.

NOratoire-de-saint-peran-trezilideotre bonhomme a laissé de nombreuses traces en Bretagne : Il est le patron de la paroisse de Trézélidé (à gauche en photo, son oratoire) en Léon, non loin de Morlaix. Dans l’Est de la Bretagne il est l’éponyme de Saint-Peran, une trêve de Paimpont, jadis un prieuré , et de Lopéran dans la paroisse de Saint-Malo-des-Trois-Fontaines; et dans le Sud nous trouvons Loperan au Port-Louis près de Lorient; au Nord il y a un Saint-Peran en Plédran (22) et une forteresse “vitrifiée” toute proche, appelée Camp de Peran (sans doute une forteresse Viking) un Prat-sant-Peran en Paule, et un bois, un château, et une lande, de Saint-Peran en Glomel, avoisinant Paule ainsi que le manoir.

Voilà pour la petite histoire du jeudi, en attendant les prochaines, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Quand les migrants venaient du Nord…

Posté par erwandekeramoal dans LES BEAUX SAINTS

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Amis des sciences occultes et des coups de pied du même nom réunis, bonjour ! Nous sommes le Samedi 15 février 2020, 27è jour de Pluviôse dédié au noisetier. En ce jour de la saint Claude (Glaoda -Glaudan en breton), nous fêtons Goulven qui a laissé son nom à une charmante petite commune non loin d’ici. Oyez son histoire.

La légende qui l’entoure mérite réflexion. Voici comment Albert Le Grand présente la chose:« Du Temps du Pape Vigilius & de l’Empereur Justinian I, l’an de salut 540, regnant en la Bretagne Armorique le Roy Hoël, dit le Faineant, II du nom, un certain personnage, nommé Glaudan, passa la Mer, migrants&, quittant la grande Bretagne (qu’à present on appelle Angleterre), vint, avec sa femme Gologuenn, aborder la coste de Leon, en la Bretagne Armorique : étans sortis du vaisseau, ils prirent leur chemin le long du rivage, & arriverent en la Paroisse de Ploüider, distant de deux lieuës de la ville de Lesneven, &, voulant passer outre, la nuit les surprit en la greve qui est entre ledit Ploüider & Plou-neour-trez, de façon qu’ils furent contraints de chercher à loger, cette nuit, en un Village situé és paluds de Brengorut, mais le Païsan à qui ils s’adresserent, voyant que c’estoient des étrangers pauvres & necessiteux, les refusa, de sorte qu’ils furent contraints de loger en un lieu, nommé alors Odena, où Gologuenn accoucha dun Fils Goulven.» Vous constatez comme moi que le refus de l’autre, la xénophobie, la peur du migrant, tout cela n’a rien de nouveau et Goulven et sa petite famille en firent les frais comme aujourd’hui Mohamed ou Mamadou.

Bon, je vous fait grâce de la suite car, c’est long, très long, très très long… Le bon père Albert le Grand aurait fait fortune dans l’écriture de Goulvenscénarios pour les séries télévisées. Personnages, suspense, rebondissements, tout y est. Dès qu’un paroissien lui parlait de l’existence d’une source sacrée, d’un menhir ou d’un arbre liés à la très vieille et très ancienne tradition celtique et peut-être même plus ancienne encore; il sortait son petit calepin et inventait illico une histoire de saint garanti grand teint, fervent chrétien et si possible catholique. Voilà pourquoi il y a davantage de saints en Bretagne que de jours dans les calendriers. Néanmoins, si vos pas vous conduisent dans le secteur, prenez le temps de visiter l’anse de Goulven, la baie de Kernic, les dunes de Keremma…

Un millénaire s’est écoulé et, mêmes causes, mêmes effets. L’humanité est indécrottable ! Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Une paire de beaux saints…

Posté par erwandekeramoal dans LES BEAUX SAINTS, TRADITION

Amis des froidures hivernales et du lait d’poule réunis, bonjour ! Nous sommes le Mercredi 12 février 2020 c’est à dire le 24 de pluviôse, oui bon, ben, faut suivre aussi. Or donc, dans le calendrier républicain, c’est renouée-300x224le jour de la « traînasse » ; et n’allez pas imaginer que Fabre d’Eglantine pensait à quelqu’une en particulier. Il s’agit d’une plante herbacée de la famille des polygonacéés dont les graines sont particulièrement appréciées des petits oiseaux et des merles moqueurs en particulier. On la connait aussi sous le nom de « renouée des oiseaux ». Si vous en avez dans votre jardin, il paraît que c’est très joli mais très envahissant ; d’où le nom peut-être. Mon aïeule, qui se piquait de quelques connaissances médicinales, affirmait qu’en décoction c’est très efficace contre la goutte…

https://youtu.be/IN6iSxm4TO8

Aujourd’hui donc, on fête les Rioc. On trouve son nom dans les communes de Lanriec, Riec et Saint-Rieux. La légende dit que Riog fut sauvé de la mort, alors que son père allait le sacrifier dans la rivière au dragon qui hantait la région. L’Elorn porte aujourd’hui son nom. Fils d’un seigneur païen de la région de Landerneau, il devait être sacrifié à un dragon. Sauvé par Derrien et Néventer, il se convertit et se retira roche-mauriceprès de Camaret où il vécut en ermite pendant 41 ans.  Mais, il semble bien que les personnages de  Néventer et de  Derrien soient nés de l’imagination d’un recteur ennuyé de n’avoir aucune légende à raconter à ses paroissiens ce qui était fort dommageable lorsqu’il s’agissait d’évangéliser tous ces mécréants de basse-Bretagne… Il suivit saint Guénolé à Landévennec et ressuscita sa mère avec de l’eau bénite que ce dernier lui avait confiée. Quand à Rioc, le seigneur du patelin, sauvé des griffes du dragon, il a laissé son nom à la jolie petite commune de Riec-sur-Belon. Ah, une douzaine de Belon et une bonne bouteille de muscadet de chez Cherreau et Carré. Je vous conseille le « vieilles vignes »  le comte de Chasseloir, c’est un vrai délice qui donne au Muscadet ses lettres de noblesse. A droite: le château de La-Roche-Maurice.

Ah, la belle époque où existaient des chevaliers errants pour chasser les malfaisants… Aujourd’hui, ils (les malfaisants) se retrouvent à l’Assemblée pour jouer au bridge. Allez, portez vous bien et à demain peut-être.

Din arz, la colline de l’ours…

Posté par erwandekeramoal dans LES BEAUX SAINTS

Amis de la Bretagne historique et du kig-ha-farz réunis, bonjour ! Nous sommes le Lundi 13 Janvier 2020, 24è jour de nivôse dédié au cuivre. Nous célébrons (ou pas) Saint Enogat; patron de Dinard, on retrouve sa trace au monastère de Saint-Méen, où il fut abbé, comme à Alet, où il fut évêque au VIIe siècle. Il a donné son nom à la commune de Saint-Enogat.

La paroisse de Saint-Énogat était jusqu’en 1858 le centre de la commune actuelle de Dinard. Saint-Énogat est un démembrement de la paroisse primitive de Pleurtuit et dépendait jadis de l’ancien évêché de Saint-Malo. DinaHitchkock-D-rd, simple village de pêcheurs jusqu’à l’arrivée des Britanniques, tire son origine mythique du légendaire Roi Arthur: Din (colline / fort) – Arz/Ar (ours / Arthur) ; l’ours, dans la mythologie celtique, symbolise la souveraineté. Les Acta Sanctorum prétendent que « Saint Énogat était le cinquième successeur de saint Malo : il fut sacré au commencement de l’année 628, sous le règne d’Hoël III et le pontificat d’Honorius Ier, il mourut le 13 janvier 631, et l’article qui lui est consacré se termine par cette phrase « Nihil de eo aliud comperimus » (Nous ne savons rien de plus à son sujet). Dont acte…

Originellement, Dinard faisait partie de la paroisse de Saint-Énogat. Puis, à la fin du XIXe siècle, les Britanniques commencèrent à y venir en villégiature et y firent bâtir de somptueuses villas sur la côte. Dinard se développa alors roches-brunes21rapidement et devint la station de bord de mer la plus prisée d’Europe. Mais elle connut une désaffection à partir des années 1930, lorsque la haute société partit plutôt sur la Côte d’Azur. Aujourd’hui, Dinard est, sans nul doute, la station balnéaire la plus « british » de France avec ses 407 villas classées. A l’époque où j’y résidais il y avait même un Consul de sa très gracieuse majesté qui y tenait salon. La commune est aussi connue pour son célèbre festival du film britannique.Voilà pour la petite histoire.

Bon et bien, cela devrait suffire pour aujourd’hui car, comme le disait mon aïeule, qui collectionnait les poncifs comme d’autres les boites de camembert: A chaque jour suffit sa peine. Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Un saint peut en cacher un autre…

Posté par erwandekeramoal dans LES BEAUX SAINTS

Amis de la solidarité internationale et du carpaccio parmesan réunis, bonjour ! Nous sommes le Vendredi 20 Décembre 2019, trentième et dernier jour de frimaire qui était, dans le calendrier républicain, dédié à la pelle. Tant pis pour ceux qui pensaient que le jour de la pelle était le 18 juin. Tandis qu’en Bretagne on célèbre saint Alar. Enfin, c’est pas une obligation non plus, hein !

Nous ne savons pas grand chose de la vie du bonhomme dont le culte était pourtant si répandu en Finistère. (pourquoi en faire un billet alors ? Oui, bon, soyez pas désagréable n220px-StAlar-134x300on plus…) Je poursuis, or donc, il aurait été le troisième évêque de Quimper succédant à Corentin et Connogan. Il a laissé son nom à la très jolie vallée du Stangala près de Quimper ainsi qu’à un petit val qui accueille le magnifique jardin botanique de Brest: le Stang-Alar. Il fut très populaire comme protecteur des chevaux quand bien même le nom laisse supposer qu’il s’agissait à l’origine d’un saint protecteur des alevins et des alevineurs (an alaer signifie « l’alevineur » en breton) . Ce n’est que par la suite qu’il est devenu le saint patron des poulains, et par extension, des chevaux. Mais il fut invoqué aussi pour obtenir de la pluie… Non mais vous imaginez cela… Prier pour qu’il pleuve en Finistère !

On rapporte que le saint homme, poursuivit par des brigands arriva à la pointe du Griffonez qui surplombAloueAloue-1-129x300e l’Odet d’une grande hauteur. Sur le point d’être rejoint, il fit un signe de croix et s’élança dans le vide et, d’un bond prodigieux il atterrit sur l’autre rive en kerfeunteun. Étonnant, non ! Peu à peu Alar s’éclipsa au profit de Éloi pour se confondre avec ce dernier dans la croyance populaire. Rappelons que le bon Saint Éloi, en mission de paix pour le roi Dagobert rencontra le roi breton Judicaël, deux siècles après la mort de Saint Alar; mais bon, on va pas chipoter. Alar, Eloi, Aloue, c’est sous ce dernier nom qu’il est représenté dans la fameuse vallée des saints grâce au burin de Olivier lévêque (ça ne s’invente pas !)

Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.

A qui profite le crime ?

Posté par erwandekeramoal dans LES BEAUX SAINTS

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Amis de l’histoire ancienne et de la galette de Pleyben réunies, bonjour inhalation! Nous somme le Lundi 02 décembre 2019, 12è jour de frimaire dédié au Raifort. Mon aïeule, pour qui la pharmacopée n’avait aucun secret, en faisait une mixture qu’elle nous imposait en inhalation en cas de gros rhume. Le nez au dessus d’un bol de cette préparation improbable, un linge par dessus la tête… Je vous assure que ça vous dégageait les canalisations en deux temps trois mouvements.

Chez nous, on célèbre (ou pas) les Tadeg. On peut dire aussi, Tudeg, en tout cas, cela vient du vieux breton « tad » le père… Mon arrière grand-père se faisait appeler Tadig, petit-père. Tudeg a laissé son nom à la commune de Landudec en pays bigouden où il est invoqué contob_b59a7e_2014-07-23-01-043-tudecre la surdité (hein?). Mais l’histoire de ce saint, plus ou moins légendaire, se déroule plus haut en Cornouaille du côté du Faou. En effet, le seigneur du coin le fit assassiner en compagnie de son compagnon Jud alors qu’ils célébraient la messe. Le seigneur du Faou donc, voyant sa cote diminuer dans les sondages, imaginât de mener campagne en stigmatisant ces étranges étrangers qui débarquaient avec leur religion sans oublier le bruit et l’odeur… Il se répandait dans tout le canton en haranguant la foule : avec tous ces immigrés, la délinquance augmente ! A cette allure là, bientôt l’Armorique sera chrétienne. L’Armorique aux gaulois. Halte aux flux migratoires… Bref, autant de slogans qui flattaient les bas instincts de la populace. (C’est pas aujourd’hui qu’on verrait des choses pareilles, madame Michu).

La chronique nous apprend que c’est Jaoua, un autre saint homme, qui fit rendre grâce au puissant seigneur du Faou qui avait massacré Tadec et Jud en le condamnant à ériger une abbaye qu’il devrait financer pour c3a9pc3a9e-jaoua-199x300expier son double crime. D’où l’expression daou laz (double meurtre en breton). Aujourd’hui, l’abbaye de Daoulas est devenue un haut lieu de l’expression culturelle en Bretagne. Mais si l’on en croit les experts de l’expertise, L’abbaye de Daoulas ne fut créée qu’au XIIè siècle soit cinq ou six cent ans après l’existence présumée de Tadeg. Personnellement je pense que Daoulas vient plutôt de Daou glaz que l’on pourrait traduire par deux ruisseaux, comme la « Mignonne » et le « Lézuzan » qui confluent sur cette commune. Jaoua, qu’est-ce que tu fais là ? est-on tenté de murmurer en le rencontrant dans la vallée des saints réalisée par Goulven Jaouen, dans un granit de Louvigné-du-Désert.

Un millénaire s’est écoulé et, mêmes causes, mêmes effets… Allez, portez vous bien et à demain peut-être.

A en perdre la tête…

Posté par erwandekeramoal dans LES BEAUX SAINTS, TRADITION

Amis de la vérité historique et du chouchen chaud réunis, bonjour! Eodez.jpegNous voici le Jeudi 28 novembre 2019 qui correspond au 8è jour de frimaire habituellement dédié au miel. Aujourd’hui en Bretagne armoricaine nous célébrons Eodez. Celle-là même qui perdit la tête sous l’épée de son propre frère, Tangi, qui n’en finit pas moins saint lui même. Tous deux étaient enfants du seigneur de Trémazan. Comme disait mon aïeule qui maîtrisait le subjonctif comme d’autres la pêche à pied: « Plût au ciel que ces choses là ne fussent point advenues.» Des légendes comme celle là, il y en a plein par chez nous. Elles sont toutes plus gore que n’importe quel film de Brian de Palma et font passer La nuit des morts vivants pour une aimable bluette. Je vous la fait courte.

Or vint à trépasser la mère de nos deux héros. Passé le temps du veuvage, leur père prit en seconde noce une femme qui haïssait plus que tout Eodez (mauvais choix). Voici la façon dont Albert le Grand nous présente la chose:  « Cette nouvelle dame ne fut gueres en son ménage, qu’elle commença à regarder de travers nos jeunes Saints & Haude-Tanguy-248x300se montrer vraye marastre en leur endroit ; elle les rudoyoit & maltraitoit de parole & de fait & leur tint ces rigueurs huit ans durant ; lesquels expirez, Gurguy, déja grand, & à qui le sang commençoit à boilillonner dans les veines, ennuyé d’estre si mal-traité par cette femme, dans la maison de son pere, se résolut de quitter le pays pour quelque temps, & en obtint congé de son Pere, lequel luy donna une bonne somme d’argent & train honorable. » Et notre Tangi fut envoyé à la cour du roi des francs Childebert. Revenant de France et face aux faux-propos qui lui avaient été rapportés, Tangi décapita sa sœur afin de laver l’affront fait à l’honneur de la famille (un coup à faire passer les Talibans pour d’aimables polissons…). Celle-ci prit ses jambes à son cou et sa tête sous le bras et s’en retourna à la maison familiale affronter la méchante belle-mère… Il existe encore dans le Léon une gwerz (complainte) qui raconte la légende.     
A Castel Tremazan, e parrez Landunvez
Galon, eun digentil euz ar c’haëra lignez,
zeuas da eureugi, evit quenta pried,
Merc’h ar Prins euz a Vrest Florence voa hanvet,
Bugale o dévoé, mez oll n’hon hanvon quet :
Unan eo sant Tanguy, eun ail santez Eodet.
On me demande souvent ce qu’est une gwerz, en voici une:

https://youtu.be/w5-g4Bt7z_s

Vous voyez que la violence n’a pas attendu les films hollywoodiens pour déferler sur les écrans de l’histoire (tiens, c’est pas mal ça !). Tout au long de la vie des saints, on s’étripe et on se décapite joyeusement, on se démembre en famille, on s’assassine pieusement et tout cela était raconté aux petits n’enfants le soir à la veillée…Les évangélisateurs avaient compris, bien avant Paris-Match, l’importance du poids des mots et du choc des photos… Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Savez vous planter les choux ?

Posté par erwandekeramoal dans LES BEAUX SAINTS

Amis du positivisme et du lapin de garenne réunis, bonjour ! Nous sommes le Mercredi 27 novembre 2019 et en ce 7è jour de frimaire, nous saluons le chou-fleur qui est un peu le légume emblématique du Léon (Finistère nord). Choux Cabu, Chou-fleur, Chou de Milan , Chou à grosses côtes, petit Chou cœur de bœuf, etc. Cette crucifère comporte pas moins de deux cent variétés, certaines locales, toutes cependant étaient travaillées en cuisine, car ce légume a permis depuis la plus FILLE-D-OUVIER-AGRICOLE-JAMES-GUTRIE-1859-1930-ÉCOSSAIS-253x300haute antiquité aux citoyens de ce monde de manger et quelques fois survivre aux famines, facile à cultiver dans pratiquement tous les types de terres, et dans les climats les plus rudes , se conservant longtemps après la cueillette, il fut presque déifié par les Égyptiens et par les peuples de toutes les religions et origines du bassin méditerranéen. Chanté par Caton, couronné de toutes les vertus, il n’y a qu’ Apicius pour lui trouver des défauts. Oui, osons le dire, le chou-fleur est au Léon ce que la bêtise est à Cambrai, Tristan à Iseult, Castor à Pollux et la Dedion-Bouton à la bande à Bonnot. Mon aïeule, qui ne manquait jamais une occasion d’étaler sa culture, s’empressait de traiter de Pav kaol skornet ! (traduire par: pied de chou gelé) le gougnafier qui s’autorisait à manquer de savoir vivre devant elle. (joli tableau de James Guthrie – peintre écossais)

C’est aussi, le jour ou jamais de célébrer les Goustan, tous les Goustan, et pas seulement les gros des Goustan (humour). Le saint homme est né en Cornouailles britannique en 974. Sant Sten, en breton, tient son nom de l’étain et il a laissé son nom à Saint-Goustan, le très joli petit port d’Auray (56).  A 18 ans, Goustan ou Gulstan est enlevé par des pirates et au cours d’un de leurs voyages, se blesse au pied. Abandonné sur l’île d’Ossa ( peut-être Ouessant, enez saint-goustanEussa, mais plus probablement l’île d’Hoëdic), il doit son salut, d’abord à la Providence qui lui fournit des poissons, ensuite à Saint Félix qui le soigne puis le convertit au christianisme et le v’la radicalisé. Saint-Goustan est souvent représenté avec un poisson à la main; c’est l’illustration de la légende qui l’entoure. Blessé sur son île, il se serait contenté seulement d’une portion d’un gros poisson, en gardant pour le lendemain. Et chaque jour, le poisson se recomposait totalement. Mon aïeule, qui connaissait autant les cantiques que les chansons à boire, me récitait cette ronde chantée par les femmes des marins du Croisic : « Saint Goustan, notre ami, ramenez nos maris. Saint Goustan, notre amant, ramenez nos parents » étonnant, non ! Bien évidemment il est visible dans la vallée des saints (Carnoët) grâce aux burins de Kito.

Allez, merci d’être passé par ici, portez vous bien et à bientôt peut-être…