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Les yeux d’Elsa et de Ristat…

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE, PORTRAIT

Amis de la beauté poétique et du canard à l’orange réunis, bonjour! Nous sommes le Jeudi 24 décembre 2020, quatrième jour de Nivôse dédié au soufre, et on me dit que ce soir c’est la nuit de Noël. Bon, j’ai sabots-dans-la-chemineeposé mes boutou-coat (sabots de bois) devant la cheminée, on ne sait jamais… Écrire c’est une façon de parler sans être interrompu disait Jules Renard, du coup le blogueur s’en donne à cœur joie. Je poursuis donc ma galerie de portraits à l’occasion de l’anniversaire de la mort de Louis Aragon qui, au delà de ses engagements politiques et de sa trop longue cécité vis à vis du stalinisme, nous lègue des textes d’une telle beauté, surtout quand ils sont portés par des interprètes comme Ferré ou Ogeret qu’il mérite bien ce petit hommage. P’tin, on se croirait sur France-culture…

Fils illégitime d’une liaison entre Marguerite Toucas et un homme politique célèbre (Louis Andrieux, procureur de la République, Préfet de police, député puis ambassadeur), Louis Aragon naît le 3 octobre 1897, à Paris. Son enfance toute entière se trouve du coup marquée par le mensonge et la dissimulation: pour sauver les apparences, sa mère se Aragon-G-fait en effet passer pour sa sœur et sa grand-mère, pour sa mère adoptive, tandis que ses tantes deviennent ses sœurs et que son père devient un vague parrain, qui ne lui apprendra la vérité de sa naissance qu’avant son départ pour la guerre. Il est incorporé en 1917 et part pour le front où il rencontrera par hasard André Breton. Trois fois enseveli sous les bombes, Aragon survit cependant au conflit et se consacre avec une énergie décuplée à l’écriture, sous toutes ses formes. Et, quand cette écriture est mise en musique par Hélène Martin, ça donne ce joyau…

https://youtu.be/7t4zeBU_f18

Il rencontre en 1928 une jeune écrivain(e) russe, Elsa Triolet (belle-sœur de Maïakovski), dont il ne se séparera plus. C’est à elle que l’on doit cette superbe citation: « J’ai appris que pour être prophète, il aragon-et-ristat-300x225suffisait d’être pessimiste. » (c’est tiré de: Mille regrets). Aragon devient simple journaliste à L’Humanité et entame une nouvelle carrière de romancier avec Les Cloches de Bâle (1934). Après la mort d’Elsa Triolet (1970), il poursuit comme il le peut ses activités politiques auprès de l’union de la gauche (il sera décoré par F. Mitterrand) et survit en changeant radicalement de style de vie et en affichant dans les médias ses relations homosexuelles, notamment avec Jean Ristat, lui-même écrivain et poète qui lui fermera les yeux le 24 décembre 1982. Sa mort sera suivie d’un concert étonnant de louanges et de cris de haine qui ne s’est guère estompé depuis.

Allez, bonnes fêtes à tous, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Le grillon du foyer…

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE, PORTRAIT

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Amis de la litote et du baeckeoffe réunis, bonjour ! Nous sommes le Mardi 15 décembre 2020, il vous reste 15 jours pour préparer le réveillon des confinés, et c’est le 25è jour de frimaire dédié au grillon…

Vous vous souvenez de ce conte de Dickens le grillon du foyer; moi, oui ! J’ai en mémoire un maître d’école, oui, le grillonc’est comme cela que l’on disait à l’époque, qui ne jurait que par cet auteur. Je crois bien avoir fait des dictées de tous les contes de Noël que Dickens écrivait chaque année pour ses enfants.Charles Dickens naquit le 7 février 1812, à Portsmouth en Angleterre. Jusqu’à 12 ans, il eut une enfance heureuse nous dit son biographe. Quand il eut 12 ans, il subit un traumatisme qui devait le hanter pour le reste de sa vie. Son père fut jeté en prison pour dettes, Charles connut l’horreur de la pauvreté, découvrit le sort terrible des enfants qui travaillaient dans les fabriques en devenant lui même ouvrier dans une usine de cirage.

Cette expérience personnelle lui permit d’écrire sur les pauvres et les malheureux avec tant de vérité que ses récits dramatiques touchèrent le cœur de millions de lecteurs. Grâce à cela, Dickens, le romancier le plus populaire de son temps, eu une influence déterminante sur les réformes sociales qui furent accomplies dans Dickens_Gurney_headl’Angleterre victorienne. On l’oublie souvent mais, Charles Dickens a été un infatigable défenseur du droit des enfants, de l’éducation pour tous, de la condition féminine et de nombreuses autres causes, dont celle des prostituées. De 1846 à 1858, en collaboration avec Angela Burdett-Coutts, il crée Urania Cottage, établissement destiné à recueillir les femmes dites « perdues », réalisation qui, au cours des douze années de sa gestion, permet à une centaine de pensionnaires de se réinsérer dans la société. Contrairement aux autres institutions de ce type fondées sur la répression, il choisit d’éduquer par la lecture, l’écriture, la gestion du foyer et surtout un métier.

C’est pas magnifique ça, mes body boys ? Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.

La poésie de Norge…

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE, PORTRAIT

Amis du club des poètes disparus et du Waterzoï de poulet réunis, bonjour ! Nous sommes le Lundi 26 Octobre 2020, 5è jour de brumaire stang-Alardédié à l’oie…Tandis qu’en Bretagne on célèbre saint Alar qui a laissé son nom au magnifique vallon de Stang-Alar. C’est un vallon à cheval sur les communes de Brest et de Guipavas. En fait, un parc public de 22 hectares qui abrite en son sein le conservatoire botanique de Brest. Son action consiste à cultiver en priorité, en serre ou dans le jardin, les espèces menacées originaires du massif armoricain, de France, d’Europe, et des îles du monde entier; lieu de promenade, non loin des pages du Moulin blanc et bien connu des brestois.

Pour agrémenter notre galerie de portraits, aujourd’hui quelques mots à propos de Norge, décédé un 26 octobre, pseudo de Georges Mogin, grand poète belge dont de très beaux textes furent interprétés par Jeanne Moreau. C’est à lui que l’on doit cette merveilleuse pensée:

«Je mets beaucoup d’ordre dans mes idées.
Ça ne va pas tout seul:
Il y a des idées qui ne supportent pas l’ordre
Et qui préfèrent crever.
À la fin j’arrive à avoir beaucoup d’ordre,
Et presque plus d’idées.»
Géo Norge

En compagnie de Raymond Rouleau, il fonde, en 1925, le théâtre du Groupe libre, un groupe avant-gardiste et éphémère qui mettra en scène Cocteau, entre autres. Norge meurt à Mougins, en 1990, précédé de quelques années par sa femme. Il est enterré dans le cimetière du Grand Jas à Cannes. Écoutons ce qu’en disait Piers Tenniel: «Avec Henri Michaux, Geo Norge est le poète contemporain belge qui a le plus  norge2-b05d2contribué à la vitalité de la poésie francophone. Comme il ne se prenait pas beaucoup au sérieux, on a souvent tendance à ne pas le prendre au sérieux. C’est un tort : sa poésie, pour légère qu’elle puisse paraître (dans le sens où la poésie de Charles Cros, de Germain Nouveau ou de Jules Laforgue est légère) n’en rend pas moins compte d’une palette étendue de bouleversements intérieurs, où, entre autres, la foi et le désespoir ont chacun leur tour. Comme René Depestre, Max Jacob, Desnos, il ne joue pas au poète, il Norgeest « le plus naturellement du monde poète » et plutôt que d’essayer de nous impressionner par des acrobaties verbales, il voudrait bien nous parler et nous rejoindre. Sa langue colorée, charnelle, vivante, joueuse, sa « langue verte » pour emprunter le titre d’un de ses livres publiés à la NRF, y parvient le plus souvent.» La vie et l’œuvre de Norge ont été évoquées par son ami Marc Alyn dans la collection « Poète d’Aujourd’hui » de Pierre Seghers. C’est donc une poésie très neuve qui caractérise Norge, elle a pour modèles la chanson populaire et les fables, s’attache à décrire, à force d’argot, des anecdotes de la vie des gens simples, ceux d’en-bas, et se moque continuellement de la poésie « noble », c’est-à-dire de presque toute la poésie.

Et bien voila pour aujourd’hui, en attendant le re-confinement, portez vous bien et à bientôt peut-être.

A la St Séverin, chauffe tes reins…

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE, PORTRAIT

Comme le disait mon aïeule, adepte de la ceinture Gibaud: A la saint Séverin, chauffe tes reins. Nous sommes le Vendredi 23 octobre 2020, deuxième jour de brumaire qui Restif-gaucheest, qui l’eut cru, dédié au céleri. Aujourd’hui nous célébrons (ou pas) le jour anniversaire de la naissance de Nicolas Edme Restif plus connu sous le nom de Restif de la Bretonne, encore un mal-élevé. Il a eu la bonne idée de naître un 23 octobre en 1734 à Sacy, près d’Auxerre. Fils de paysan aisé il va se consacrer à la typographie. Il s’installe à Paris et va faire paraître de nombreux ouvrages dans les domaines de l’érotisme mais aussi des guides de la vie parisienne et des biographies. Cependant l’œuvre majeure de Restif de la Bretonne est sa vaste autobiographie « Monsieur Nicolas » en huit volumes échelonnés entre 1794 et 1797.

Admirateur des idées de Rousseau, dont il estimait du reste assez peu le talent, Restif voulut, à son exemple, émettre des projets de réforme sociale, et montra dans ce qu’il écrivit sur le gouvernement, sur l’éducation, sur les femmes, le théâtre, etc., de la singularité et de la anti-justinebizarrerie, mais également de la hardiesse, de l’originalité, quelquefois de la justesse. Le Marquis de Sade et Restif, dont les points de vue sont quasi opposés, se détestaient ; le premier a dit du second qu’il dormait avec une presse au pied de son lit tandis que Restif a traité Sade de « monstre », terme qu’il affectionne particulièrement et qu’on retrouve fréquemment sous sa plume. En revanche, il était apprécié notamment de Benjamin Constant, et de Schiller. Très critiqué par les puristes (on lui donna comme sobriquet « le Voltaire des femmes de chambre » ou « le Rousseau du ruisseau » mais Lavater l’appela « le Richardson français »), et Gérard de Nerval lui consacre une biographie dans Les Illuminés, et il fera l’objet tardif de l’admiration des surréalistes. Dans « l’anti-Justine« , il débute ses propos comme ceci: « Personne n’est plus outré que moi des sales ouvrages de l’infâme de Sade… ».  

Allez, vive le libertinage et à bas la calotte (si j’ose dire) portez vous bien et à bientôt peut-être.

les voyages de Jonathan Swift…

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE

Amis de la poésie et de la bouillie d’avoine réunies, bonjour ! Nous sommes le Mardi 20 octobre 2020, 29è jour de vendémiaire dédié à l’orge. L’orge fait partie de l’alimentation humaine depuis plusieurs milliers d’années, bien qu’elle soit relativement peu consommée dans ORGE-300x199notre quotidien. Céréale aux multiples usages, elle entre dans la fabrication du malt, qui compose la bière et le whisky. On connaît également la confiserie nommée « sucre d’orge » : sa fabrication traditionnelle se faisait en mélangeant du sucre avec de la tisane d’orge. A propos de la théorie des genres, il faut savoir que selon les usages, l’orge est féminine… ou pas. Nature, elle est féminine : de l’orge hâtive; décortiqué, il est masculin : de l’orge mondé ou perlé; étonnant, non !.

Hier j’avais prévu d’évoquer l’auteur célébrissime des Voyages de JonathanSwift-176x300Gulliver (Jonathan Swift) mais j’ai préféré dire toute mon horreur pour tous les intégrismes. Or donc, reprenons une activité normale et, va pour Swift. Très tôt, il met son talent de satiriste au service de ses opinions politiques libérales. En 1704, Le conte du tonneau a l’heur de déplaire à la reine Anne et son auteur doit dès lors se cantonner en Irlande. Là, il ne tarde pas à souffrir des discriminations qui frappent les habitants de l’île, tant catholiques qu’anglicans. Il est l’un des premiers Irlandais à se révolter contre cet état de fait. C’est ainsi qu’il publie en 1720 un Appel pour la consommation exclusive de produits irlandais d’où est tiré l’ironique formule : «Brûlez tout ce qui vient d’Angleterre, hors le charbon».

En 1729, quelques années après la publication de son chef-d’œuvre, Les voyages de Gulliver (à la fois conte pour enfants et satire de la société moderne), il récidive avec une Modeste proposition pour empêcher les enfants des pauvres d’être à la charge de leurs parents ou de leur pays et pour les rendre utiles au public. Dans ce pamphlet inspiré par la profondeManara misère qui sévit en Irlande, il propose rien moins que de rôtir et manger les enfants en surnombre : « Quand à notre ville de Dublin, on pourrait y aménager des abattoirs, dans les quartiers les plus appropriés, et qu’on en soit assuré, les bouchers ne manqueront pas, bien que je recommande d’acheter plutôt les nourrissons vivants et de les préparer « au sang » comme les cochons à rôtir »… En 1721, il commence « Les Voyages de Gulliver ». Cette œuvre, écrite à la première personne et divisée en quatre parties, marque un sommet de la satire sociale et politique au travers d’éléments mêlant, sur le mode du pamphlet ou de la description narrative, de la philosophie, de la logique, du fantastique et de la science-fiction. Ceci étant, et toute chose égale par ailleurs comme disait mon aïeule, j’ai une faiblesse pour la version de Manara (illustration ci-dessus).

Allez, voila pour aujourd’hui, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Et Buzzati fit le buzz…

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE, PORTRAIT

Amis du dandysme éclairé et de la crevette rose réunis, bonjour ! Nous sommes le Vendredi 16 octobre 2020, 25è jour de vendémiaire, aimablement dédié au bœuf. C’est aussi l’anniversaire de la naissance de Oscar Fingal O’Flaherty Wills Wilde, plus connu sous le nom de Oscar Wilde.

Mais, à vrai dire, aujourd’hui je voulais évoquer un écrivain qui a eu la bonne idée de naître un 16 octobre en 1906 en Italie, à San Pellegrino (ça ne s’invente pas) et, ipso facto, de se retrouver dans les colonnes des « cénobites tranquilles » – j’ai nommé Dino Buzzati. Que vous lisiez le désert des Tartares ou une nouvelle fantastique comme le K ou les sebuzzati-dessin-300x196pt messagers, vous êtes frappés par l’influence de Kafka mais aussi celle des surréalistes et des existentialistes comme Sartre ou Camus. Par ailleurs, le désert des tartares, œuvre majeure de Buzzati n’est pas sans rapport avec Les choses de Georges Perec. Buzzati y traite de la fuite du temps, de l’attente et de l’échec, dans le cadre d’un vieux fort isolé à la frontière où le lieutenant Drogo attend la gloire. Et les jours s’écoulent au rythme lent de la routine. Lorsque l’ennemi est il-deserto-dei-tartarienfin là, il est trop tard, le lieutenant ne peut participer au combat et se trouve rendu, au seuil de sa mort, à la vacuité pathétique de sa vie. Buzzati entre en 1928 à Il Corriere della sera, il a 22 ans. Pendant plus de dix ans, il s’y ennuie à mourir, d’abord à collecter de maigres faits divers, puis à classer le courrier des lecteurs en fonction de leur intérêt, supposé proportionnel à leur éloge du fascisme. De cet ennui mortel il tirera son chef-d’œuvre, Le désert des tartares, qui paraît le 9 juin 1940, roman de la lenteur du temps, de l’apathie de la routine, de l’entêtement à espérer, à espérer la guerre, et de la faillite de cette espérance. Trois jours avant la parution du roman, l’Italie est entrée en guerre aux côtés de l’Allemagne. Et l’immense Jacques Brel en a fait cette merveilleuse chanson, ici dans une version surréaliste de Dick Annegarn.

Sommes nous tous des lieutenants Drogo dans cette vie qui ressemble de plus en plus au désert des Tartares ? En attendant de devenir héros en bravant le couvre-feu, continuez de fréquenter ce blogue, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Stéphane Mallarmé…

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE, PORTRAIT

Amis de l’antanaclase* et de la Bière de Groix réunies, bonjour ! Nous sommes le mercredi 09 septembre 2020, 23è jour de Fructidor, jour béni entre tous puisqu’il est dédié au houblonhoublon dans notre calendrier républicain. *Pour les amoureux de la langue française je rappelle que l’antanaclase est la répétition d’un mot ou d’une expression avec un sens différent, en exploitant sa polysémie. Elle est proche de la paranomase et de la syllepse de sens. Ex : « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas. » (Blaise Pascal, Pensées) C’est pas littéraire ça mes body boys ?

L’homme du jour est Étienne Mallarmé dit Stéphane Mallarmé. Il est à mes yeux l’un de nos plus grands mallarmé1poètes. Il est décédé à Valvin le 09 septembre 1898 et, avec Apollinaire, Baudelaire, Verlaine, Rimbaud ou Desnos, il a marqué mes jeunes années. Auteur d’une œuvre poétique ambitieuse et difficile, Stéphane Mallarmé a été l’initiateur, dans la seconde moitié du 19è siècle, d’un renouveau de la poésie dont l’influence se mesure encore aujourd’hui. Mallarmé est alors considéré comme le Maître du symbolisme, puisque son entreprise poétique joue de la suggestion, et autorise par la superposition de différents sens, la recherche d’un langage poétique. En médaillon ici à gauche, son portrait signé Nadar.

 DON DU POÈME.

Je t’apporte l’enfant d’une nuit d’Idumée!
Noire, à l’aile saignante et pâle, déplumée,
Par le verre brûlé d’aromates et d’or,
Par les carreaux glacés, hélas! mornes encor,
L’aurore se jeta sur la lampe angélique.
Palmes! et quand elle a montré cette relique
À ce père essayant un sourire ennemi,
La solitude bleue et stérile a frémi.
O la berceuse, avec ta fille et l’innocence
De vos pieds froids, accueille une horrible naissance:
Et ta voix rappelant viole et clavecin,
Avec le doigt fané presseras-tu le sein
Par qui coule en blancheur sibylline la femme
Pour les lèvres que l’air du vierge azur affame?

Voilà pour aujourd’hui, passez une bonne journée, portez vous bien et à demain peut-être.

A l’aise Blaise !

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE, PORTRAIT

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Amis de l’éternelle poésie et de la saucisse de Molène réunies, bonjour ! cendrars par ModiEn ce Mardi, premier jour de Septembre 2020 (Miz Gwengolo en breton), saluons le quinzième jour de Fructidor dédié à la truite. Ceci aurait du m’emmener à vous parler de Schubert… Et bien non, j’évoque aujourd’hui un poète, romancier, soldat, aventurier et grand bourlingueur: Blaise Cendrars. Adolescents, on se refilait ses bouquins avec ceux d’Apollinaire et les disques de Boris Vian. Ah, c’était pas du Lamartine. A gauche, son portrait par Modigliani.

Blaise Cendrars, de son vrai nom Frédéric-Louis Sauser naît à La Chaux-de-Fonds, dans le canton de Neuchâtel, en Suisse, dans une famille bourgeoise francophone. Pendant l’enfance, il suit ses parents en Égypte, à Naples, à Bâle, puis est envoyé en pensionnat en Allemagne, d’où il s’enfuit. À seize ans, poussé par la soif de l’aventure, il s’enfuitCendrars-D- de nouveau. Cette fois en compagnie d’un trafiquant, Rogovine. Il traverse l’Allemagne et découvre Moscou, en pleine effervescence révolutionnaire, puis il part sur le transsibérien faire du commerce avec l’Asie. Ensuite il s’installe à Saint-Pétersbourg et y travaille jusqu’en 1907, chez un joailler suisse. A cette époque il commence à noter ses lectures et ses pensées, une habitude qu’il gardera sa vie durant. La lecture de Schopenhauer exerce une influence déterminante sur son rapport à la réalité : « le monde est ma représentation », retient Cendrars. Il fait alors de sa vie un poème, et dans les poèmes, il met sa vie.

Son séjour aux États-Unis lui montre la voie, nouvelle et moderne, pleine de vitesse, dans laquelle le monde s’engage. À la poursuite d’une L-orforme d’expression adéquate, il rédige son premier long poème, Les Pâques à New York qui reste « sa plus belle nuit d’écriture ». En 1912, il est de retour à Paris et fonde une revue, Les Hommes Nouveaux, avec Emil Szyttya, un anarchiste. Il se lie d’amitié avec des personnalités artistiques et littéraires: Apollinaire, Chagall, Fernand Léger, Survage, Modigliani, Csasky, Archipenko, Robert et Sonia Delaunay, avec qui il édite en 1913 sa Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France. En 1914, la guerre éclate, et il s’engage dans la Légion Étrangère. Il perd son bras droit en Champagne et est naturalisé français en 1916. Les années qui suivent, il va à Rome, puis au Brésil, et s’intéresse à l’Afrique. En 1925, il décide d’arrêter la poésie et d’écrire des romans. Il écrit L’OR qui bouleverse les règles du genre romanesque. Ce texte, grand succès public, est semmène moiuivi par Moravagine, Le plan de l’aiguille et Les Confessions de Dan Yack . En 1939, la seconde guerre mondiale éclate ; Cendrars s’engage comme correspondant de guerre pour l’armée britannique. En 1956, il écrit sa dernière œuvre, un roman, Emmène-moi au bout du monde ! La truculence de cette chronique théâtrale qui doit beaucoup à la vie de la comédienne marguerite Moreno fait scandale. Je dois dire que c’est à travers ce livre que j’ai découvert Cendrars mais, je conseille aux plus jeunes de commencer par Bourlinguer ou L’Or… Malade, il est fait Commandeur de la Légion d’honneur en 1960 par Malraux. Il meurt le 21 janvier 1961, juste après avoir reçu in-extremis la seule récompense littéraire officielle qu’il obtiendra jamais de son vivant : le Grand Prix littéraire de la Ville de Paris.

Puisque, décidément, la rentrée littéraire n’a pas l’air décidé à nous révéler une pépite, relisez un de ses bouquins. Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Passent les jours et…

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE, PORTRAIT

Amis de la liberté (sans adjectif) et de la réglisse (sans adjuvant) réglisse-150x150réunies, bonjour ! Oui, je vous rappelle que nous sommes le mercredi 26 août 2020, neuvième jour de fructidor, journée consacrée à la réglisse qui est comme chacun le sait tout à fait indiquée dans la lutte contre le mauvais cholestérol; ça c’est pour ceux qui aurait fait quelques excès durant l’été. Je connais des pataphysiciens pour qui en réalité nous sommes le Lundi 16 Phalle 147 Nativité de St Vibescu, pohète et Commémoration de Ste Cuculine d’Ancône…

C’est aussi l’anniversaire de la naissance d’un immense poète qui accompagna mes errances adolescentes et au delà. Je veux parler de Guillaume Apollinaire (à droite, son portrait par Vlaminck). De son vrai nom: Guglielmo Alberto Wladimiro Alessandro Apollinare de Kostrowitzky.  En 1901, il est engagé comme précepteur en Allemagne et tombe amoureux de la gouvernante, qui refuse ses avances. Ses apollinaire_by_vlaminck_1903-236x300premiers poèmes portent la trace de sa douleur d’homme éconduit. Il rentre à Paris en 1902 et publie dans « La Revue blanche » son premier conte, « L’Hérésiarque », en signant « Guillaume Apollinaire ». Il publie alors de nombreux contes et poèmes dans des revues et commence à se faire connaître. Le poète pénètre dans les milieux artistiques, se lie d’amitié avec Pablo Picasso et devient un hôte assidu du Bateau-Lavoir où il fait la connaissance de Max Jacob. Il suit de très près l’évolution du mouvement cubiste et publie en 1913 « Peintres cubistes ». Cette même année est publié son premier recueil, « Alcools », sélection de poèmes rédigés depuis ses débuts.

Il veut s’engager dans l’armée française dès 1914, mais ne possède pas Onze1-189x300la nationalité et doit être naturalisé. Il est tout de même affecté en décembre 1914 dans l’artillerie et continue d’écrire. Transféré dans l’infanterie en 1915, il est naturalisé en début d’année 1916. Il est blessé quelques jours plus tard par un éclat d’obus et est trépané à Paris. Après des mois de convalescence, il se remet à écrire et crée le terme de « surréalisme » dans une lettre à un poète. Il publie en 1918 son second grand recueil poétique, « Calligrammes », quelques mois avant de mourir de la grippe espagnole. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise à Paris. Outre ses poèmes, on lui doit des romans érotiques pour ne pas dire pornographiques comme le fameux « Les onze mille verges » ou encore « les exploits d’un jeune Don Juan ».

Et voilà, passent les jours et passent les semaines; le cénobite continue son bonhomme de chemin. Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Le noir est une couleur…

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE

Amis de la mécanique des fluides et du far aux pruneaux réunis, bonjour ! Nous sommes le Mardi 11 Août 2020, vingt-quatrième jour de Thermidor dédié à l‘herbe aux mouches, qui se fait appeler aussi inule squalleuse, herbe aux punaises, œil de cheval, chasse puces mais qui n’a rien d’extraordinaire, malgré toutes ces appellations peu l'aunéeflatteuses. Autrefois, on lui prêtait des pouvoirs insecticides d’où ces noms qui font référence aux insectes; du reste, son odeur n’est pas très agréable, mais elle est  appréciée des abeilles. On peut très bien passer près d’elle sans y faire attention. Elle affectionne particulièrement les terrains secs; le sable du platier semble lui convenir. De ce fait on en trouve fréquemment sur nos dunes. Autrefois, on lui attribuait des vertus curatives et elle a été fréquemment utilisée en décoction pour soigner les contusions, les hernies, les blessures internes, etc…

Ce 11 août est aussi le jour anniversaire de la naissance d’une sacrée bonne femme (je devrai écrire grande dame) dont je voulais vous dire deux mots pour vous inciter à vous jeter sur ses livres. Grisélidis Réal Grisélidisest donc née à Lausanne en 1929 dans une famille qui lui donnera une éducation des plus rigides, ceci explique peut-être cela… Mariée à 20 ans, elle a un premier fils puis se sépare de son mari et a une fille avec un autre homme. Elle aura à nouveau un fils puis un divorce et en 59 un quatrième enfant. A ce moment là de sa vie elle part pour l’Allemagne et se retrouve sans papiers, sans argent… Elle décide de se prostituer dans un bordel clandestin. Emprisonnée pour avoir vendu de la marijuana à des soldats américains, elle commence à écrire en prison. Son premier livre, le noir est une couleur, est paru chez Balland en 74.

Au cours des années 70 Grisélidis Réal devient véritablement une activiste et conduit la « révolution des prostituées » à Paris, occupant la chapelle Saint-Bernard. Son recueil La passe imaginaire est l’ouvrage qui m’a permis de la découvrir. Il s’agit d’une collection de lettres qu’elle a adressées à son ami le journaliste Jean-Luc Hennig. Chaque lettre débute par la description du gueuleton qu’elle est en train de faire, la musique qu’elle écoute, le vin qu’elle boit… Elle témoigne de la misère sexuelle des ouvriers immigrés, mais aussi des ravages de la morale plaque de ruereligieuse faux-cul qui lui envoie tant de maris frustrés: « …Ne jouissez pas! N’ayez pas d’orgasme! Ne sentez rien: Bloquez vous, crispez vous, serrez les dents et les fesses, détestez, haïssez, soyez froids, glacés, paralysés, honteux et frustrés!« . Et plus loin, à propos du Pape: « …Il faudrait pour lui faire rendre gorge, enfoncer tous les clochers d’église et les minarets en y ajoutant la tour Eiffel, la tour de Pise et l’Obélisque dans le cul du Pape pour réduire au silence ses préceptes meurtriers… Je vous embrasse très cher. » Voila le style du personnage qui nous a quitté en Mai 2005. Certains de ses livres sont épuisés mais, en cherchant bien vous trouverez peut-être: Le noir est une couleurLa passe imaginaireCarnet de bal d’une courtisane et, le carnet de Grisélidis sur une musique de Bashung… Ne vous privez pas de ce bonheur.

Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.