Vous lisez actuellement la catégorieLECTURE

Page 1 de 15

De la méthode, gast !

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE

Amis de la Zététique et du mignon de porc réunis, bonjour ! Nous sommes le Mercredi 31 Mars 2021, onzième jour depervenche Germinal dédié à la pervenche. Le mot « pervenche » vient de la formule latine vinca pervinca, une formule « magique » crée à partir de vincere (vaincre) car la pervenche aurait des vertus médicinales permettant de vaincre de nombreux maux (en tous cas si l’on en croit Pline l’ancien).

Le 8 juin 1637, un opuscule mystérieux paraît en français à La Haye. Il est intitulé Discours de la Méthode pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences. L’auteur est un homme discret, quoique déjà célèbre dans tous les cercles cultivés d’Europe : René Descartes. Il n’a descartespas signé son ouvrage pour éviter les tracasseries de toutes sortes et surtout les foudres du Saint-Siège (quatre ans plus tôt, celui-ci a jugé Galilée)… Ne s’est-il pas donné pour devise : Larvatus prodeo « Je m’avance masqué » ? Il était né le 31 mars 1596 en Touraine, dans un village qui porte le nom de… La Haye (comme la ville où paraîtra son ouvrage le plus célèbre, ça ne s’invente pas ! Premier livre de philosophie écrit non en latin mais en français, le livre débute par une formule célèbre (et ironique) : « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n’ont point coutume d’enDescartes-le-scandaleux-173x300 désirer plus qu’ils en ont ». Je vous invite à lire (ou relire) Descartes le scandaleux de Dimitri Davidenko chez Robert Laffont. (1987 ou 88 si ma mémoire est juste) Descartes, tel qu’on ne l’a jamais raconté. Descartes, tel qu’il fut. Une révélation ! Philosophe, oui, mais libre, hors des systèmes – aujourd’hui, on dirait : marginal. Et mathématicien, et physicien, de même. Surtout un homme plein de sève, qui aimait le jeu, la ripaille, le vin et l’amour. Un libertin, un aventurier sans cesse sur les routes d’Europe. Un amant redouté des hommes, aimé des femmes, des plus humbles aux plus célèbres : la princesse Palatine, la reine Christine de Suède l’invita à ses côtés. Ce Descartes-là, le vrai, on nous l’avait caché. Belle et bonne lecture pour l’été qui s’annonce.

Allez, merci d’être passé, portez vous bien et à bientôt peut-être.

La chair est triste hélas…

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE, PORTRAIT

Amis de l’utopie rafraîchissante et du lapin au cidre réunis, bonjour! Nous voici déjà (pourquoi déjà ?) le Jeudi 18 mars 2021, c’est à dire le 28ème jour de Ventôse qui, comme vous le savez, est consacré au capillaire-300x225capillaire dans le fameux et désormais célèbre calendrier républicain. Moi qui fut, comme Fabrice Lucchini, apprenti  coiffeur pour dames (la comparaison s’arrête là) je ne pouvais pas ne pas en parler. Mon aïeule, à qui je fais souvent référence ici, avait l’habitude de nous répéter: « On ne dit pas: Je vais au coiffeur mais… Je vais au capilliculteur. » Oui, mon aïeule était une dame très distinguée. En fait, il s’agit d’une fougère (pas mon aïeule, la plante) que l’on nomme aussi: Cheveux de Vénus et que vous avez souventes fois rencontrée.

L’homme du jour est Stéphane Mallarmé.

Etienne Mallarme dit Stéphane Mallarmé est à mon sens l’un de nos plus grands poètes. Il est né un 18 mars à Valvins en 1842. Avec mallarméApollinaire, Baudelaire, Verlaine, Rimbaud ou Desnos, il a marqué mes jeunes années. Auteur d’une œuvre poétique ambitieuse et difficile, Stéphane Mallarmé a été l’initiateur, dans la seconde moitié du 19è siècle, d’un renouveau de la poésie dont l’influence se mesure encore aujourd’hui. En médaillon, un portrait de Mallarmé signé Nadar. Parmi ses œuvres, J’ai choisi celle là qui est un peu ma Proustienne madeleine.

 

Je t’apporte l’enfant d’une nuit d’Idumée!
Noire, à l’aile saignante et pâle, déplumée,
Par le verre brûlé d’aromates et d’or,
Par les carreaux glacés, hélas! mornes encor,         
L’aurore se jeta sur la lampe angélique.
Palmes! et quand elle a montré cette relique
À ce père essayant un sourire ennemi,
La solitude bleue et stérile a frémi.
O la berceuse, avec ta fille et l’innocence
De vos pieds froids, accueille une horrible naissance:
Et ta voix rappelant viole et clavecin,
Avec le doigt fané presseras-tu le sein
Par qui coule en blancheur sibylline la femme
Pour les lèvres que l’air du vierge azur affame?

Voila pour aujourd’hui, passez une bonne journée, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Le festin nu…

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE, PORTRAIT

Amis de la philosophie des lumières et de la pile Mazda réunies, bonjour ! Nous sommes le Vendredi 05 février 2021, 17è jour de pluviôse dédié au lichen. En Bretagne on célèbre les Merin, un saint gallois qui a laissé son nom à la commune de Plomelin en Finistère.

Si je vous dis; Kerouac, Ginsberg, beat génération, je vous connais, vous pensez bien sur à William Seward Burroughs. Préférant les aléas de l’errance à la vie bourgeoise qui lui est destinée, il choisit de partager la destinée des drogués et des marginaux. Des années 1940 aux années 1960, il vit le plus souvent dans les bas-fonds de New York, de Mexico, de Tanger, de Londres et de Paris, exerçant pour survivre tous les métiers possibles: employé d’une agence de publicité, détective privé Williamspécialisé dans les affaires de divorce, destructeur de parasites à Chicago. Refusé par tous les éditeurs américains, son second roman, Le Festin Nu, sera publié à Paris en 1959 (grâce à l’entregent de J. Kerouac), traduit par Éric Kahane à qui l’on doit la traduction du « Lolita » de Nabokov.. Le procès pour « obscénité » qui accompagne sa publication quatre ans plus tard aux États-Unis contribuera paradoxalement à parfaire sa notoriété d’écrivain et à l’imposer comme l’une des figures majeures de la littérature contemporaine. La cour suprême finira par reconnaître sa valeur littéraire et le caractère non obscène du texte. (Cette décision va ouvrir la voie à de nombreuses autres publications, notamment celles de Henry Miller). On lui doit notamment la technique du cut-up qui consiste à créer un texte à partir de fragments déjà existants.

En 1944 le poète Allen Ginsberg lui présente l’écrivain Jack Kerouac. Ils resteront intimement liés, créant ensemble un mouvement artistique basé sur le refus de l’American Way of Life des sixties, la fameuse Beat Generation, contre-culture qui influencera le mouvement hippies des kerouac-Burroughsixties et jusqu’aux punks des années 70. Il épouse Joan Vollmer Adams en 1946. En 1953, un soir de beuverie à Mexico, [où il a émigré pour fuir ses ennuis avec la police New-new-yorkaise] tel Guillaume Tell, il vise le verre que sa femme tient sur la tête, le rate mais pas elle et la tue accidentellement. (sur la photo ici, avec Kerouac). « Le Festin nu » a été adapté au cinéma par David Cronenberg en 1992. Bon d’accord, c’est pas la bibliothèque rose, tout ce petit monde sent un peu le soufre, mais Burroughs reste à mes yeux un auteur « majuscule » du XXe siècle. Il apparaît également dans le film « Drugstore cowboys » de Gus Van Sant.

 

Bon, voila, ça c’est fait et à classer dans la catégorie littérature. Allez, encore merci de consacrer un peu de votre temps à visiter « les Cénobites tranquilles », portez vous bien et à bientôt peut-être.

Les yeux d’Elsa et de Ristat…

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE, PORTRAIT

Amis de la beauté poétique et du canard à l’orange réunis, bonjour! Nous sommes le Jeudi 24 décembre 2020, quatrième jour de Nivôse dédié au soufre, et on me dit que ce soir c’est la nuit de Noël. Bon, j’ai sabots-dans-la-chemineeposé mes boutou-coat (sabots de bois) devant la cheminée, on ne sait jamais… Écrire c’est une façon de parler sans être interrompu disait Jules Renard, du coup le blogueur s’en donne à cœur joie. Je poursuis donc ma galerie de portraits à l’occasion de l’anniversaire de la mort de Louis Aragon qui, au delà de ses engagements politiques et de sa trop longue cécité vis à vis du stalinisme, nous lègue des textes d’une telle beauté, surtout quand ils sont portés par des interprètes comme Ferré ou Ogeret qu’il mérite bien ce petit hommage. P’tin, on se croirait sur France-culture…

Fils illégitime d’une liaison entre Marguerite Toucas et un homme politique célèbre (Louis Andrieux, procureur de la République, Préfet de police, député puis ambassadeur), Louis Aragon naît le 3 octobre 1897, à Paris. Son enfance toute entière se trouve du coup marquée par le mensonge et la dissimulation: pour sauver les apparences, sa mère se Aragon-G-fait en effet passer pour sa sœur et sa grand-mère, pour sa mère adoptive, tandis que ses tantes deviennent ses sœurs et que son père devient un vague parrain, qui ne lui apprendra la vérité de sa naissance qu’avant son départ pour la guerre. Il est incorporé en 1917 et part pour le front où il rencontrera par hasard André Breton. Trois fois enseveli sous les bombes, Aragon survit cependant au conflit et se consacre avec une énergie décuplée à l’écriture, sous toutes ses formes. Et, quand cette écriture est mise en musique par Hélène Martin, ça donne ce joyau…

https://youtu.be/7t4zeBU_f18

Il rencontre en 1928 une jeune écrivain(e) russe, Elsa Triolet (belle-sœur de Maïakovski), dont il ne se séparera plus. C’est à elle que l’on doit cette superbe citation: « J’ai appris que pour être prophète, il aragon-et-ristat-300x225suffisait d’être pessimiste. » (c’est tiré de: Mille regrets). Aragon devient simple journaliste à L’Humanité et entame une nouvelle carrière de romancier avec Les Cloches de Bâle (1934). Après la mort d’Elsa Triolet (1970), il poursuit comme il le peut ses activités politiques auprès de l’union de la gauche (il sera décoré par F. Mitterrand) et survit en changeant radicalement de style de vie et en affichant dans les médias ses relations homosexuelles, notamment avec Jean Ristat, lui-même écrivain et poète qui lui fermera les yeux le 24 décembre 1982. Sa mort sera suivie d’un concert étonnant de louanges et de cris de haine qui ne s’est guère estompé depuis.

Allez, bonnes fêtes à tous, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Le grillon du foyer…

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE, PORTRAIT

,

Amis de la litote et du baeckeoffe réunis, bonjour ! Nous sommes le Mardi 15 décembre 2020, il vous reste 15 jours pour préparer le réveillon des confinés, et c’est le 25è jour de frimaire dédié au grillon…

Vous vous souvenez de ce conte de Dickens le grillon du foyer; moi, oui ! J’ai en mémoire un maître d’école, oui, le grillonc’est comme cela que l’on disait à l’époque, qui ne jurait que par cet auteur. Je crois bien avoir fait des dictées de tous les contes de Noël que Dickens écrivait chaque année pour ses enfants.Charles Dickens naquit le 7 février 1812, à Portsmouth en Angleterre. Jusqu’à 12 ans, il eut une enfance heureuse nous dit son biographe. Quand il eut 12 ans, il subit un traumatisme qui devait le hanter pour le reste de sa vie. Son père fut jeté en prison pour dettes, Charles connut l’horreur de la pauvreté, découvrit le sort terrible des enfants qui travaillaient dans les fabriques en devenant lui même ouvrier dans une usine de cirage.

Cette expérience personnelle lui permit d’écrire sur les pauvres et les malheureux avec tant de vérité que ses récits dramatiques touchèrent le cœur de millions de lecteurs. Grâce à cela, Dickens, le romancier le plus populaire de son temps, eu une influence déterminante sur les réformes sociales qui furent accomplies dans Dickens_Gurney_headl’Angleterre victorienne. On l’oublie souvent mais, Charles Dickens a été un infatigable défenseur du droit des enfants, de l’éducation pour tous, de la condition féminine et de nombreuses autres causes, dont celle des prostituées. De 1846 à 1858, en collaboration avec Angela Burdett-Coutts, il crée Urania Cottage, établissement destiné à recueillir les femmes dites « perdues », réalisation qui, au cours des douze années de sa gestion, permet à une centaine de pensionnaires de se réinsérer dans la société. Contrairement aux autres institutions de ce type fondées sur la répression, il choisit d’éduquer par la lecture, l’écriture, la gestion du foyer et surtout un métier.

C’est pas magnifique ça, mes body boys ? Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.

La poésie de Norge…

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE, PORTRAIT

Amis du club des poètes disparus et du Waterzoï de poulet réunis, bonjour ! Nous sommes le Lundi 26 Octobre 2020, 5è jour de brumaire stang-Alardédié à l’oie…Tandis qu’en Bretagne on célèbre saint Alar qui a laissé son nom au magnifique vallon de Stang-Alar. C’est un vallon à cheval sur les communes de Brest et de Guipavas. En fait, un parc public de 22 hectares qui abrite en son sein le conservatoire botanique de Brest. Son action consiste à cultiver en priorité, en serre ou dans le jardin, les espèces menacées originaires du massif armoricain, de France, d’Europe, et des îles du monde entier; lieu de promenade, non loin des pages du Moulin blanc et bien connu des brestois.

Pour agrémenter notre galerie de portraits, aujourd’hui quelques mots à propos de Norge, décédé un 26 octobre, pseudo de Georges Mogin, grand poète belge dont de très beaux textes furent interprétés par Jeanne Moreau. C’est à lui que l’on doit cette merveilleuse pensée:

«Je mets beaucoup d’ordre dans mes idées.
Ça ne va pas tout seul:
Il y a des idées qui ne supportent pas l’ordre
Et qui préfèrent crever.
À la fin j’arrive à avoir beaucoup d’ordre,
Et presque plus d’idées.»
Géo Norge

En compagnie de Raymond Rouleau, il fonde, en 1925, le théâtre du Groupe libre, un groupe avant-gardiste et éphémère qui mettra en scène Cocteau, entre autres. Norge meurt à Mougins, en 1990, précédé de quelques années par sa femme. Il est enterré dans le cimetière du Grand Jas à Cannes. Écoutons ce qu’en disait Piers Tenniel: «Avec Henri Michaux, Geo Norge est le poète contemporain belge qui a le plus  norge2-b05d2contribué à la vitalité de la poésie francophone. Comme il ne se prenait pas beaucoup au sérieux, on a souvent tendance à ne pas le prendre au sérieux. C’est un tort : sa poésie, pour légère qu’elle puisse paraître (dans le sens où la poésie de Charles Cros, de Germain Nouveau ou de Jules Laforgue est légère) n’en rend pas moins compte d’une palette étendue de bouleversements intérieurs, où, entre autres, la foi et le désespoir ont chacun leur tour. Comme René Depestre, Max Jacob, Desnos, il ne joue pas au poète, il Norgeest « le plus naturellement du monde poète » et plutôt que d’essayer de nous impressionner par des acrobaties verbales, il voudrait bien nous parler et nous rejoindre. Sa langue colorée, charnelle, vivante, joueuse, sa « langue verte » pour emprunter le titre d’un de ses livres publiés à la NRF, y parvient le plus souvent.» La vie et l’œuvre de Norge ont été évoquées par son ami Marc Alyn dans la collection « Poète d’Aujourd’hui » de Pierre Seghers. C’est donc une poésie très neuve qui caractérise Norge, elle a pour modèles la chanson populaire et les fables, s’attache à décrire, à force d’argot, des anecdotes de la vie des gens simples, ceux d’en-bas, et se moque continuellement de la poésie « noble », c’est-à-dire de presque toute la poésie.

Et bien voila pour aujourd’hui, en attendant le re-confinement, portez vous bien et à bientôt peut-être.

A la St Séverin, chauffe tes reins…

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE, PORTRAIT

Comme le disait mon aïeule, adepte de la ceinture Gibaud: A la saint Séverin, chauffe tes reins. Nous sommes le Vendredi 23 octobre 2020, deuxième jour de brumaire qui Restif-gaucheest, qui l’eut cru, dédié au céleri. Aujourd’hui nous célébrons (ou pas) le jour anniversaire de la naissance de Nicolas Edme Restif plus connu sous le nom de Restif de la Bretonne, encore un mal-élevé. Il a eu la bonne idée de naître un 23 octobre en 1734 à Sacy, près d’Auxerre. Fils de paysan aisé il va se consacrer à la typographie. Il s’installe à Paris et va faire paraître de nombreux ouvrages dans les domaines de l’érotisme mais aussi des guides de la vie parisienne et des biographies. Cependant l’œuvre majeure de Restif de la Bretonne est sa vaste autobiographie « Monsieur Nicolas » en huit volumes échelonnés entre 1794 et 1797.

Admirateur des idées de Rousseau, dont il estimait du reste assez peu le talent, Restif voulut, à son exemple, émettre des projets de réforme sociale, et montra dans ce qu’il écrivit sur le gouvernement, sur l’éducation, sur les femmes, le théâtre, etc., de la singularité et de la anti-justinebizarrerie, mais également de la hardiesse, de l’originalité, quelquefois de la justesse. Le Marquis de Sade et Restif, dont les points de vue sont quasi opposés, se détestaient ; le premier a dit du second qu’il dormait avec une presse au pied de son lit tandis que Restif a traité Sade de « monstre », terme qu’il affectionne particulièrement et qu’on retrouve fréquemment sous sa plume. En revanche, il était apprécié notamment de Benjamin Constant, et de Schiller. Très critiqué par les puristes (on lui donna comme sobriquet « le Voltaire des femmes de chambre » ou « le Rousseau du ruisseau » mais Lavater l’appela « le Richardson français »), et Gérard de Nerval lui consacre une biographie dans Les Illuminés, et il fera l’objet tardif de l’admiration des surréalistes. Dans « l’anti-Justine« , il débute ses propos comme ceci: « Personne n’est plus outré que moi des sales ouvrages de l’infâme de Sade… ».  

Allez, vive le libertinage et à bas la calotte (si j’ose dire) portez vous bien et à bientôt peut-être.

les voyages de Jonathan Swift…

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE

Amis de la poésie et de la bouillie d’avoine réunies, bonjour ! Nous sommes le Mardi 20 octobre 2020, 29è jour de vendémiaire dédié à l’orge. L’orge fait partie de l’alimentation humaine depuis plusieurs milliers d’années, bien qu’elle soit relativement peu consommée dans ORGE-300x199notre quotidien. Céréale aux multiples usages, elle entre dans la fabrication du malt, qui compose la bière et le whisky. On connaît également la confiserie nommée « sucre d’orge » : sa fabrication traditionnelle se faisait en mélangeant du sucre avec de la tisane d’orge. A propos de la théorie des genres, il faut savoir que selon les usages, l’orge est féminine… ou pas. Nature, elle est féminine : de l’orge hâtive; décortiqué, il est masculin : de l’orge mondé ou perlé; étonnant, non !.

Hier j’avais prévu d’évoquer l’auteur célébrissime des Voyages de JonathanSwift-176x300Gulliver (Jonathan Swift) mais j’ai préféré dire toute mon horreur pour tous les intégrismes. Or donc, reprenons une activité normale et, va pour Swift. Très tôt, il met son talent de satiriste au service de ses opinions politiques libérales. En 1704, Le conte du tonneau a l’heur de déplaire à la reine Anne et son auteur doit dès lors se cantonner en Irlande. Là, il ne tarde pas à souffrir des discriminations qui frappent les habitants de l’île, tant catholiques qu’anglicans. Il est l’un des premiers Irlandais à se révolter contre cet état de fait. C’est ainsi qu’il publie en 1720 un Appel pour la consommation exclusive de produits irlandais d’où est tiré l’ironique formule : «Brûlez tout ce qui vient d’Angleterre, hors le charbon».

En 1729, quelques années après la publication de son chef-d’œuvre, Les voyages de Gulliver (à la fois conte pour enfants et satire de la société moderne), il récidive avec une Modeste proposition pour empêcher les enfants des pauvres d’être à la charge de leurs parents ou de leur pays et pour les rendre utiles au public. Dans ce pamphlet inspiré par la profondeManara misère qui sévit en Irlande, il propose rien moins que de rôtir et manger les enfants en surnombre : « Quand à notre ville de Dublin, on pourrait y aménager des abattoirs, dans les quartiers les plus appropriés, et qu’on en soit assuré, les bouchers ne manqueront pas, bien que je recommande d’acheter plutôt les nourrissons vivants et de les préparer « au sang » comme les cochons à rôtir »… En 1721, il commence « Les Voyages de Gulliver ». Cette œuvre, écrite à la première personne et divisée en quatre parties, marque un sommet de la satire sociale et politique au travers d’éléments mêlant, sur le mode du pamphlet ou de la description narrative, de la philosophie, de la logique, du fantastique et de la science-fiction. Ceci étant, et toute chose égale par ailleurs comme disait mon aïeule, j’ai une faiblesse pour la version de Manara (illustration ci-dessus).

Allez, voila pour aujourd’hui, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Et Buzzati fit le buzz…

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE, PORTRAIT

Amis du dandysme éclairé et de la crevette rose réunis, bonjour ! Nous sommes le Vendredi 16 octobre 2020, 25è jour de vendémiaire, aimablement dédié au bœuf. C’est aussi l’anniversaire de la naissance de Oscar Fingal O’Flaherty Wills Wilde, plus connu sous le nom de Oscar Wilde.

Mais, à vrai dire, aujourd’hui je voulais évoquer un écrivain qui a eu la bonne idée de naître un 16 octobre en 1906 en Italie, à San Pellegrino (ça ne s’invente pas) et, ipso facto, de se retrouver dans les colonnes des « cénobites tranquilles » – j’ai nommé Dino Buzzati. Que vous lisiez le désert des Tartares ou une nouvelle fantastique comme le K ou les sebuzzati-dessin-300x196pt messagers, vous êtes frappés par l’influence de Kafka mais aussi celle des surréalistes et des existentialistes comme Sartre ou Camus. Par ailleurs, le désert des tartares, œuvre majeure de Buzzati n’est pas sans rapport avec Les choses de Georges Perec. Buzzati y traite de la fuite du temps, de l’attente et de l’échec, dans le cadre d’un vieux fort isolé à la frontière où le lieutenant Drogo attend la gloire. Et les jours s’écoulent au rythme lent de la routine. Lorsque l’ennemi est il-deserto-dei-tartarienfin là, il est trop tard, le lieutenant ne peut participer au combat et se trouve rendu, au seuil de sa mort, à la vacuité pathétique de sa vie. Buzzati entre en 1928 à Il Corriere della sera, il a 22 ans. Pendant plus de dix ans, il s’y ennuie à mourir, d’abord à collecter de maigres faits divers, puis à classer le courrier des lecteurs en fonction de leur intérêt, supposé proportionnel à leur éloge du fascisme. De cet ennui mortel il tirera son chef-d’œuvre, Le désert des tartares, qui paraît le 9 juin 1940, roman de la lenteur du temps, de l’apathie de la routine, de l’entêtement à espérer, à espérer la guerre, et de la faillite de cette espérance. Trois jours avant la parution du roman, l’Italie est entrée en guerre aux côtés de l’Allemagne. Et l’immense Jacques Brel en a fait cette merveilleuse chanson, ici dans une version surréaliste de Dick Annegarn.

Sommes nous tous des lieutenants Drogo dans cette vie qui ressemble de plus en plus au désert des Tartares ? En attendant de devenir héros en bravant le couvre-feu, continuez de fréquenter ce blogue, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Stéphane Mallarmé…

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE, PORTRAIT

Amis de l’antanaclase* et de la Bière de Groix réunies, bonjour ! Nous sommes le mercredi 09 septembre 2020, 23è jour de Fructidor, jour béni entre tous puisqu’il est dédié au houblonhoublon dans notre calendrier républicain. *Pour les amoureux de la langue française je rappelle que l’antanaclase est la répétition d’un mot ou d’une expression avec un sens différent, en exploitant sa polysémie. Elle est proche de la paranomase et de la syllepse de sens. Ex : « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas. » (Blaise Pascal, Pensées) C’est pas littéraire ça mes body boys ?

L’homme du jour est Étienne Mallarmé dit Stéphane Mallarmé. Il est à mes yeux l’un de nos plus grands mallarmé1poètes. Il est décédé à Valvin le 09 septembre 1898 et, avec Apollinaire, Baudelaire, Verlaine, Rimbaud ou Desnos, il a marqué mes jeunes années. Auteur d’une œuvre poétique ambitieuse et difficile, Stéphane Mallarmé a été l’initiateur, dans la seconde moitié du 19è siècle, d’un renouveau de la poésie dont l’influence se mesure encore aujourd’hui. Mallarmé est alors considéré comme le Maître du symbolisme, puisque son entreprise poétique joue de la suggestion, et autorise par la superposition de différents sens, la recherche d’un langage poétique. En médaillon ici à gauche, son portrait signé Nadar.

 DON DU POÈME.

Je t’apporte l’enfant d’une nuit d’Idumée!
Noire, à l’aile saignante et pâle, déplumée,
Par le verre brûlé d’aromates et d’or,
Par les carreaux glacés, hélas! mornes encor,
L’aurore se jeta sur la lampe angélique.
Palmes! et quand elle a montré cette relique
À ce père essayant un sourire ennemi,
La solitude bleue et stérile a frémi.
O la berceuse, avec ta fille et l’innocence
De vos pieds froids, accueille une horrible naissance:
Et ta voix rappelant viole et clavecin,
Avec le doigt fané presseras-tu le sein
Par qui coule en blancheur sibylline la femme
Pour les lèvres que l’air du vierge azur affame?

Voilà pour aujourd’hui, passez une bonne journée, portez vous bien et à demain peut-être.