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Poètes, vos papiers !

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE, PORTRAIT

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Amis de la poésie érotique et du riz pilaf réunis, bonjour ! Nous sommes le Jeudi 11 juin 2020, 23è jour de Prairial dédié au chèvrefeuille… Pendant que les gougnafiers qui nous gouvernent s’emploient à nous faire avaler leurs couleuvres en clamant haut et fort: on va voir c’qu’on va voir, à partir de maintenant et jusqu’à dorénavant, la police sera policée, le gendarme débonnaire, le CRS affable et la B.A.C. attentionnée; le cénobite se retourne plein de zénitude vers les chemins de la poésie…

Vous ai-je déjà parlé de cette merveilleuse poétesse, enlevée à l’affection de ses admirateurs bien trop tôt, Renée Vivien ? Née Pauline Mary Tarn le 11 juin 1877 à Londres et morte le 18 novembre 1909 à Paris, surnommée « Sapho 1900 », c’est une poétesse britannique de langue française du courant parnassien de la Belle Époque. Elle était la Vivienfille d’une mère américaine et d’un père britannique fortuné qui mourut en 1886, lui laissant un héritage qui la mettait à l’abri du besoin. Après sa scolarité (au cours de laquelle elle se fait remarquer par son attachement pour son amie Violet Shillito) effectuée d’abord à Paris, ensuite à Londres, elle retourne, à sa majorité s’établir à Paris dans un luxueux appartement avenue du Bois de Boulogne donnant sur un jardin japonais. Elle eut, plus tard, une liaison avec la richissime baronne Hélène de Zuylen. Celle-ci lui apporta un équilibre émotif et une stabilité bénéfiques à sa création littéraire, rédigeant même quatre ouvrages en collaboration avec elle sous le pseudonyme collectif de Paule Riversdale. Alors qu’elle était toujours avec Zuylen, Vivien reçut une lettre d’une mystérieuse admiratrice stambouliote, Kérimé Turkhan Pacha, l’épouse d’un diplomate turc d’où s’ensuivit, quatre ans durant, une correspondance intense, passionnée, suivie de brèves rencontres clandestines.

En 1907, la baronne la quitta brusquement pour une autre femme, donnant lieu à toutes sortes de commérages dans la coterie lesbienne de Paris. Profondément choquée et humiliée, Vivien s’enfuit avec sa Saphomère au Japon et à Hawaï, tombant sérieusement malade au cours du  voyage. Le départ en 1908 de Kérimé pour Saint-Pétersbourg, pour suivre son mari en poste, mettant un terme à leur liaison, fut un nouveau coup dur pour Renée. Elle se tourna de plus en plus vers l’alcool, la drogue et les fantasmes sadomasochistes. De mystérieuses frasques sexuelles la laissant des jours entiers sans repos, elle recevait à des dîners au champagne des invités qu’elle abandonnait aussitôt qu’une amante exigeante la faisait demander. « À l’instar de Natalie Barney, plus connue parce que plus mondaine, Renée Vivien a radicalement rejeté les valeurs machistes de son temps pour créer un univers exclusivement féminin, organiser des soirées littéraires et tenter de recréer un cénacle de poétesses à l’image de celui qu’à animé Sappho au VIe siècle avant J.C.

Lors de son séjour à Londres en 1908, elle tente de se suicider au laudanum après s’être allongée sur son canapé en tenant un bouquet de violettes sur son cœur. Souffrant de gastrite chronique, due à des Renéeannées d’abus d’alcool et d’hydrate de chloral, elle avait également commencé à refuser de s’alimenter. Au moment de sa mort, elle pesait à peine plus de 30 kilos. Morte au matin du 18 novembre, âgée de 32 ans, le décès fut attribuée, à l’époque, à une « congestion pulmonaire », mais sans doute attribuable à une pneumonie compliquée par l’alcoolisme, la toxicomanie et l’anorexie mentale.
« Dans mon âme a fleuri le miracle des roses.
Pour le mettre à l’abri, tenons les portes closes.
Je défends mon bonheur, comme on fait des trésors,
Contre les regards durs et les bruits du dehors. »

Voilà pour aujourd’hui, désolé c’est un peu long, en attendant la suite, portez vous bien et à bientôt peut-être.

On the road…

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE, PORTRAIT

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Amis de l’Amérique profonde et du Breizh Cola light réunis, bonjour ! Nous sommes le jeudi 3Docteur-Sax0 avril 2020, onzième jour de Floréal dédié à la rhubarbe. Autant dire que c’est la fin du mois. C’est donc en ce mercredi 11 Palotin – 147 – Explosion du Palotin qu’apparaît aux yeux du monde, béat d’admiration, cela va sans dire même si ça va mieux en l’écrivant, ce 4694è billet des « cénobites tranquilles » que l’univers blogosphérique dans son entier nous envie… Or, il y a un demi-siècle de cela, le 30 avril 1959, paraissait ce merveilleux livre de Jack Kerouac, Docteur sax. Et c’est bien parce que mon aïeule, dans sa stricte éducation, a su m’inculquer l’ immense modestie qui me caractérise, que je ne tracerai aucun parallèle entre ces deux chefs-d’œuvre; mais il me fallait trouver une intro.

Docteur Sax, c’est l’histoire d’un jeune garçon qui s’éveille à la vie dans une ville ouvrière grise et morne de la Nouvelle-Angleterre. C’est l’histoire de Jack Duluoz, canadien français comme Jack Kerouac lui-même, qui grandit sous les porches obscurs et parmi les immeubles Kerouac-G-bruns de Lowell, Massachusetts. C’est l’aventure empreinte de terreur vécue avec intensité par un adolescent. Toujours tapie dans un repli de l’âme de Jack, se trouve l’ombre du Docteur Sax, avec sa cape qui flotte au vent et son chapeau mou dissimulant à demi un regard chargé de haine. Il fait partie d’une horde de fantômes, de monstres et de démons qui peuplent ce monde fantastique. Souvenir et rêve se mêlent dans un univers démentiel qui occupe une place grandissante dans l’esprit de Jack jusqu’au point de s’imposer avec une violence effroyable dans une véritable vision d’apocalypse. Mais la réincarnation du mal sera finalement anéantie et, avec elle, les fantômes et les démons qui hantaient l’âme du héros.

https://youtu.be/QsUa2pDKXNg

Un critique américain, J. Donald Adams, a dit de Kerouac qu’« il était capable de décrire le monde de l’expérience physique beaucoup mieux que quiconque depuis Hemingway », relisez le soleil se lève aussi. La description des odeurs, des bruits dans la petite ville de Lowell est parfois empreinte d’une telle fantaisie bouffonne qu’elle témoigne d’une invention verbale inépuisable. L’auteur a transcrit des passages entiers en canadien français, ce patois savoureux que parlent Jack et ses Jack K.-G-parents ainsi que la joyeuse bande qui gravite autour d’eux et dont la verve truculente anime des scènes d’une vigueur rabelaisienne. Le 24 octobre 1969, on enterrait au cimetière catholique de Lowell, morne petite ville industrielle du Massachusetts, le corps de Jack Kerouac, mort d’une hémorragie abdominale à l’âge de 47 ans. Il avait 91 dollars sur son compte en banque… Quelques années plus tôt, il avait fait le voyage jusqu’à Brest (Finistère – France) et s’était présenté sous le nom de Jean-Louis Le Bris de Kerouac, à la recherche de ses ancêtres bretons. Depuis quelque temps, il n’était plus que l’ombre de lui-même, revenu auprès de sa mère. Il resta sourd à la musique de Woodstock dont il aurait pu y reconnaître, comme Ginsberg, la moisson de ce que lui et ses amis avaient semé. Un chapitre était clos. Kerouac le clochard céleste, lampant sa gnôle à même le goulot et scandant ses blues à l’escale de la grande-route avait été la star numéro un du mouvement Beat qu’une Amérique un peu effarouchée avait vu exploser en 1955-57.

Ainsi va la vie; allez, confinez vous gaiement et à bientôt peut-être.

Allons voir si la rose…

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE, PORTRAIT

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Amis de l’économie Keynésienne et de la foire à Neuneu réunies, bonjour ! Nous sommes le Mardi 21 Avril 2020, deuxième jour de Floréal dédié au chêne dans notre calendrier républicain. J’ai pourtant rencontré un fieffé Floréalpataphysicien qui m’a affirmé sans honte qu’en vérité nous étions le Lundi 2 Palotin 147 Fête des Écluses. Et quand je vous aurais dit que mes voisins fêtent benoitement la saint Hamon, dont la légende nous dit qu’il s’agit d’un chevalier qui revint de Palestine porteur de la lèpre et que les paroissiens laissèrent sans  soins; (mal leur en pris car les pis des vaches se tarirent aussi sec, si j’ose dire). Enfin si vous consultez le calendrier du facteur vous verrez que c’est la St Anselme et, vous serez en mesure de vous faire une petite idée de la diversité calendaire de notre joyeuse humanité confinée, poil au nez.

21 avril 1545: Ronsard rencontre Cassandre.

Pierre de Ronsard, clerc et aumônier ordinaire du roi François 1er, a 20 ans quand il rencontre le 21 avril 1545, à Blois, lors d’un bal, la fille du banquier italien Bernardronsard Salviatti, heureux propriétaire du château voisin de Talcy. Née en 1531, la jeune fille a 14 ans et se prénomme Cassandre. Le jeune homme se prend d’amour pour elle mais ne peut rien en attendre car il est déjà tonsuré et ne peut se marier. Au demeurant, il est aussi passablement sourd; ceci explique peut-être cela… Plus tard il lui dédiera le recueil Les Amours de Cassandre (paru en 1552) et son ode célèbre :

« Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avait déclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu cette vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vôtre pareil… »

Le poète, apprécié à la cour des Valois, se console de ses déboires amoureux en constituant deux ans plus tard, avec son ami Joachim du Bellay et quelques autres poètes, un cercle littéraire, la Pléiade dont l’objectif est de promouvoir la langue française face à l’omnipotence du latin et de l’italien.

Ainsi que vous l’avez remarqué, et sur les conseils de ma secrétaire particulière, je fais plus court. Allez, merci à vous, soyez prudent, soyez patient comme dit le poète (l’autre)  et à bientôt peut-être.

Une pensée pour un poète…

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE, PORTRAIT

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Amis de la géométrie et du carré d’agneau réunis, bonjour ! Nous sommes le Vendredi 17 avril 2020. Le 28è jour de germinal (c’est aujourd’hui) est généralement dédié à la pensée (la fleur). Dans la penséesmythologie, la nymphe Io, fut aimée de Jupiter; mais les amours de celui-ci furent une fois de plus contrariées par son épouse Junon, qui se vengea en changeant sa rivale en blanche génisse. Ainsi métamorphosée, Io errait tristement, comme une confinée dans son douze mètres carrés, lorsqu’elle vit sortir de terre de petites fleurs qui tournèrent leurs corolles vers elle. Elle reconnut en elles les pensées de ses amis venus la consoler. C’est pas mignon ça, madame Michu ?

Le 17 avril 1989 Eugène BIZEAU, anarchiste, athée, pacifiste, jardinier, apiculteur, vigneron et poète, nous quittait à près de 106 ans. 15 ans plus tôt, j’avais accompagné un ami, poète et journaliste au « Courrier Bizeau-D-de l’Ouest », pour une interview du vieil anarchiste. Je me souviens de la petite maison aux volets vert et de la bouteille de Vouvray qu’il avait des difficultés à ouvrir. N’eut été sa fraicheur d’esprit et sa liberté de langage, il avait un côté professeur Tournesol indéniablement. Issue d’une famille de vignerons socialistes et anticléricaux, il découvre très tôt les idées libertaires. Abonné dès 14 ans à la presse anarchiste, c’est tout naturellement qu’il y donnera ses premiers poèmes, qui seront publiés dans le journal « L’anarchie » fondé par Libertad. Sa poésie sociale et révolutionnaire fera les beaux jours des chansonniers de « La Muse Rouge ».

En 1914, Eugène est réformé pour « faiblesse de constitution », il n’en poursuivra pas moins sa dénonciation du militarisme, rusant avec la censure et collaborant à la presse anarchiste dont « La Mêlée ». En Bizeau-G-1921 pour sauver Sacco et Vanzetti, il exhorte dans « Le Libertaire » : « Il faut que notre voix, grondant vers l’Amérique, aille exiger pour eux justice et liberté ». En 1929 puis 1934 ses poèmes sont mis en musique et enregistrés, ils passeront même, durant la révolution espagnole, sur les ondes de Radio Barcelone. En 1980-81 le cinéaste libertaire Bernard Baissat lui à consacré un film émouvant : « Ecoutez Eugène Bizeau ». On peut par ailleurs trouver certains de ses textes sur un disque de 1985 « Les Cent Printemps des Poètes » Gérard Pierron, Alain Meilland et Michel Grange sont les interprètes des textes et chansons des Cent Printemps des Poètes, spectacle créé le 30 mars 1985 au Printemps de Bourges.

Allez, haut les cœurs les amis, continuez à turluter, hasta la victoria siempre et à bientôt peut-être.

Le poète a (souvent) raison…

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE, PORTRAIT

Amis de l’octuple sentier et du riz basmati réunis, bonjour ! Nous sommes le mardi 14 avril 2015, 25è jour de Germinal dédié au pigeon. Certains, cependant, vous diront que ce jour est en réalité le Lundi 23 Clinamen 147 Locus Solus; soyez sûr que ce sont là des pataphysiciens. Or donc, voici la mi-avril et Pâques est derrière nous. Comme disait mon aïeule: Pâques à la maison, Noêl au balcon… 

Le 14 avril 1930, fin de l’aventure pour Vladimir Maïakovski, il vient de se tirer une balle en plein cœur. Poète, dramaturge, acteur, théoricien, peintre, affichiste et scénariste, Maïakovski est né à Bagdadi (Géorgie) en 1893. Issu d’une famille modeste, il s’installe à Moscou en 1906110px-1918_vmayakovsky-lbrik_retouched, après la mort de son père. Il adhère au Parti social démocrate (bolchévique) à 15 ans et participe aux manifestations révolutionnaires de 1905. Il devient rapidement un des meneurs du mouvement futuriste après sa rencontre avec le poète et peintre David Bourliouk qu’il a connu en 1911 et qui lui a mis « le pied à l’étrier ». Tout en exploitant cette nouvelle poésie, il atteint des sommets de lyrisme dans son Nuage en pantalon (1914), véritable manifeste du futurisme, qui est le fruit de sa relation troublée avec Lili Brik qu’il a rencontrée en 1910 alors qu’il entretient une relation avec sa jeune sœur qui elle, deviendra célèbre, Elsa Triolet. Comme disait Jabiru dans son blog « c’était en quelque sorte le beauf d’Aragon ». Voici, à droite une photo de Maïakovski en compagnie de Lili Brik, revue et corrigée par la censure stalinienne… Il lui écrira et lui dédiera sa vie durant ses plus belles poésies. Lili est déjà mariée avec Ossip Brik qui devient l’ami et l’éditeur du poète.

De retour à Moscou et après la révolution d’Octobre de 1917, qu’il accueille d’abord favorablement, il utilise, sincèrement, son talent au service du pouvoir politique, poésie Maïanotamment dans le poème « Lénine » mais il se heurte rapidement au conformisme des critiques et du Parti. Il sillonne pourtant l’Europe en ambassadeur et visite Londres et Paris. Partout on écoute ce géant à la voix de stentor célébrer la révolution dont il est le chantre. Il se met au service de l’agence télégraphique russe et conçoit les images et les textes des posters satiriques Agitprop. Après une série de ruptures et de réconciliations, il se sépare définitivement de Lili en 1924. Il part pour une tournée de conférences à New York et il y rencontre Elly Jones, une jeune émigrée russe et de leur passion brève, trois mois, naît une fille Patricia Jones Thompson.

Le 14 avril 1930 à 10 h 15, le poète harassé, qui, par défi, jouait aussi à la roulette russe, se tire une balle dans le cœur. Le dernier acte de la vMaïa-D-ie de Maïakovski s’est déroulé à Moscou, au numéro 3 du Loubianskyi Prospekt, appartement 12. La thèse du suicide semble évidente. Le poète qui exhortait la jeunesse à vivre est lui aussi « reparti vers les étoiles ». On trouvera ce mot : « Maman, mes sœurs, mes amis pardonnez-moi – ce n’est pas la voie ( je ne la recommande à personne ) mais il n’y a pas d’autre chemin possible pour moi. Lily aime-moi ! ». Staline ordonne des funérailles nationales pour celui qu’il qualifiera plus tard de « poète de la Révolution ». « Ils l’ont tué une seconde fois » dira Pasternak.

Minuit, accourant, un couteau à la main,
a rattrapé
et égorgé
la douzième heure,
Dehors !
La douzième heure est tombée,
comme du billot la tête d’un condamné.

Et voila pour ce jour; en attendant une suite, confinez vous avec modération et à bientôt peut-être.

Dessine moi un bouton…

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE, PORTRAIT

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Amis de la concorde universelle et du pâté en croûte réunis, bonjour ! Nous somme le Jeudi 02 avril 2020,13è jour de germinal dédié à la morille. Ah, le filet de bœuf et sa sauce aux morilles… Un vrai péché surtout si vous avez les moyens de l’accompagner d’un Margaux. Sinon, un Corbières fera parfaitement l’affaire.

 L’homme du jour est un dessinateur.

De son vrai nom Frédéric Othon Théodore Aristidès, Fred fait partie des géants de la bande dessinée et a influencé toute une génération d’auteurs. Dans chacune de ses œuvres – de Philémon au Petit cirque – l’auteur accomplit un numéro de funambule dans lequel son génie éblouit. Son langage résolument novateur, son invention permanente, fredson imagination foisonnante ont ouvert une nouvelle voie à la bande dessinée. Fred naît le 05 mars 1931 à Paris. Tout môme, il remplit des cahiers entiers de bandes dessinées bourrés de fôtes d’ortografe et publie son premier dessin humoristique dans le courrier des lecteurs d’un journal pour enfants. Un peu plus tard, il fait ses premiers pas vers l’absurde, l’envers du décor et le dérapage contrôlé en dévorant Edgar Poe, Dickens et Oscar Wilde. Vers 18 ans, il fait timidement le tour des rédactions et finit, à sa grande fierté, par placer un dessin à Ici Paris. À sa grande déception, la signature a été coupée…

À son retour de l’armée, il dessine pour France Dimanche, Paris Match, Le Hérisson et Quartier Latin, un journal extrêmement modeste vendu au colportage par Georges Bernier, plus connu ultérieurement sous le nom du Professeur Choron. C’est avec Georges Bernier et Cavanna o-FRED-MORT-facebook(rencontré à Ici Paris) que Fred, promu  directeur artistique, crée Hara-Kiri en septembre 1960. Il exécute les 60 premières couvertures, touche un peu à tout, s’aperçoit qu’il aime bien écrire et revient à la bande dessinée avec Les Petits Métiers, Le Manu Manu, Tarsinge l’homme Zan et Le Petit Cirque. En 66, après six mois de labeur, il propose 15 planches d’une nouvelle histoire à Spirou, qui les refuse : le dessin ne va pas, l’histoire non plus… À la lecture des mêmes planches, Goscinny s’enthousiasme et publie La Clairière des trois hiboux, premier épisode des aventures de Philémon. Mais cette fois-ci, ce sont les lecteurs qui n’apprécient pas le dessin.

 

Et puis il commence à ruminer dans ses moustaches l’idée d’envoyer Philémon sur les lettres de l’Océan Atlantique – idée qui lui est venue dans son bain : où va-t-on quand on se laisse aspirer par le tourbillon de la baignoire qui se vide ? (Fred trouve toujours ses idées dans son bain. Quand l’idée ne vient pas, il prend cinq bains par jour, il est donc très propre…) Dans les années 70, tout le monde s’arrache Pilote, y compris Jacques Dutronc, qui propose à Fred de lui écrire des Le-Petit-Cirquechansons. Fred tente le coup avec une totale fraîcheur, à l’instinct : Le Fond de l’air est frais entrera très vite au hit-parade. Après Philémon, réédité en trois gros volumes dans une édition millésimée en mars 2011, Fred explore d’autres univers et signe plusieurs albums considérés (à juste titre) comme des chefs d’œuvre : L’Histoire du corbac aux baskets, L’Histoire de la dernière image et L’Histoire du conteur électrique. Fin 2010, Dargaud regroupe d’ailleurs ces trois albums dans un coffret en y ajoutant L’Histoire du Magic palace hôtel pour la première fois mis en couleur ! En janvier 2012, il est présent au Festival d’Angoulême, où il visite l’exposition qui lui est consacrée et donne une interview publique, où il avoue avoir envie de terminer le dernier album de Philémon, dont les premières pages sont déjà dessinées. Cet album intitulé Le Train où vont les choses sort le 22 février 2013, et est annoncé comme le dernier de la série. Fred meurt le 2 avril suivant à Eaubonne. Il est inhumé dans le cimetière parisien de Pantin. Sources: https://www.bedetheque.com/auteur-930-BD-Fred.html – Wikipedia.

Voila pour aujourd’hui, merci d’être passé, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Littérature potentielle…

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE, PORTRAIT

Amis de la Pataphysique et de la raie au beurre noir réunies, bonjour ! père UbuNous sommes le Mercredi 25 mars 2020, 5è jour de germinal que nos amis républicains avaient décidé de dédier à la poule… Allez savoir ce qui se passait dans la tête de Fabre d’Églantine ! En vérité Nous sommes aujourd’hui le Mardi 3 Clinamen 147 la Mandragore, solanée androïde fête suprême quarte et nous sommes toujours confinés. Je vous invite donc à la lecture. Voici un grand poète qui mériterait mieux que les obscurs rayonnages des bibliothèques municipales. Il est né un 25 mars 1931 dans le Vaucluse.

Jacques Bens fut l’un des fondateurs de l’OuLiPo. Dataire au Collège de Pataphysique, gendre de Célestin Freinet (dont j’ai longuement parlé dans ces colonnes), il a travaillé avec Raymond Queneau chez Gallimard réunion-oulipoà l’Encyclopédie de la Pléiade, de 1960 à 1963. Il a été durant les trois premiers siècles de l’OuliPo son « secrétaire provisoire » chargé des comptes-rendus de séances, rassemblés aujourd’hui chez Bourgois. Poète, romancier, et nouvelliste (il a reçu en 1990 le Goncourt de la Nouvelle pour ses Nouvelles désenchantées.) Je vous recommande Cinq châteaux de cartes chez Nathan en 1983, il fut également un éminent cruciverbiste, et collabora avec Perec pour les jeux du journal Télérama. A droite, réunion de l’OuLiPo en 1975 dans les jardins de François Le Lionnais.

Or donc, notre ami Bens a été membre fondateur de l’Oulipopo, Ouvroir oulipode littérature policière potentielle mais aussi, de l’OuCuiPo (ouvroir de cuisine potentielle). On lui doit notamment, la cuisine en jeux paru chez Zulma en 1999, ouvrage dans lequel il organise une visite ludique et gourmande à travers les provinces françaises. Comment concilier des activités d’écrivain, d’oulipien chevronné et de cruciverbiste avec une passion pour l’art culinaire ? En imaginant un petit livre où alternent recettes, grilles de mots croisés, acrostiches et autres anagrammes. De quoi faire patienter vos invités pendant que le kig-ha-farz mijote. Voici un extrait de son œuvre:

Pas facile toujours de réduire au silence
Le phonographe obscur de nos ronronnements :
L’aiguille grince au creux de sombres bégaiements
Quand on croyait réinventer la truculence
Jacques Bens

Allez, merci pour la visite. Par les temps qui courent c’est pas gagné…

Le piéton de Paris…

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE, PORTRAIT

Amis de la poésie et du fromage de chèvre réunis, bonjour ! Nous sommes le Mercredi 04 mars 2020, 14è jour de ventôse dédié au Vélar encore nommée fausse giroflée.

L’homme du jour est un immense poète. Léon-Paul Fargue est né le 04 mars 1876 à Paris. Il fait de bonnes études au collège Rollin, au lycée Janson-de-Sailly, puis brièvement au lycée Henri IV où il se lie avec Alfred Jarry. Étudiant, il hésite entre la littérature, la musique et laléon-paul peinture. Après quelques essais à Pont-Aven sur les traces de Gauguin, il choisit finalement d’écrire et publie en 1895 sa première œuvre : Tancrède. Il traîne avec la bohème de Montmartre dans l’ombre de Verlaine et du Cabaret du Chat Noir, puis il rencontre Mallarmé, Valéry, Gide ou Vuillard. Dès 1902, il est introduit dans la sphère musicale, aux côtés de Ricardo Viñes et Maurice Ravel, avec qui il formera la fameuse bande des « Apaches d’Auteuil ». Il ne publie presque rien durant cette période, cependant il participe aux débuts de La Nouvelle Revue Française. En 1909, il rencontre Valéry Larbaud et ce sera le début d’une amitié importante. Enfin en 1912 paraît Poèmes son second livre, fondateur par son utilisation des mots et de la langue, qui fera des émules et qui lui assurera la notoriété auprès de gens très divers, d’Apollinaire à Claudel, d’Alain Fournier à Proust.

Mobilisé en 1914 à Laon, il sera rapidement réformé et retrouvera, autour de la libraire Adrienne Monnier, ses amis Jean Cocteau et Erik Satie. Les années 30 sont marquées par une nouvelle activité, très prolixe, la chronique journalistique, qui donnera des essais sur des sujets très divers, de la critique littéraire à des thèmes beaucoup plus haute solitudelégers comme les aléas de la mode, mais où l’art, la poésie et l’homme sont omniprésents. Peu avant la seconde guerre mondiale, Fargue rencontre sa future femme, le (la) peintre Chériane, chez qui il s’installe boulevard Montparnasse. En 1941 il publie Haute solitude parfois considéré comme son chef d’œuvre poétique. En 1943, au cours d’un repas avec Picasso, il est frappé d’hémiplégie et restera paralysé. Il n’en continue pas moins à écrire et reçoit en 1946 le grand Prix de la Ville de Paris. Paul Valéry saluait l’originalité de son art, et Rilke écrivait en 1926 «Fargue est un de nos plus grands poètes. » Il meurt à 71 ans, le 24 novembre 1947, chez lui à Paris. Il est enterré au cimetière du Montparnasse cher à Brassens. On lui doit cette fameuse pensée: Le travail est une chose élevée, digne, excellente et morale, mais assez fastidieuse à la longue. comment ne pas être d’accord !
 
Allez, voila pour aujourd’hui, merci encore une fois d’avoir fait le détour par ici portez vous bien et à bientôt peut-être.

L’oeuvre au noir…

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE, PORTRAIT

Amis du trot attelé et du pendule de Foucault réunis, bonjour ! Nous sommes, qui l’eut cru, le Lundi 24 février 2020, sixième jour de Ventôse asaretdédié à l’Asaret qui est, chacun le sait, une plante herbacée de la famille des Aristolochiacées (rien à voir avec Jésus de l’asaret !). L’Asaret du Canada est une plante désignée vulnérable à la récolte par le gouvernement, il est interdit de la cueillir ou d’en faire le commerce. Sa fleur est petite et de forme particulière. Le rhizome de l’Asaret du Canada a une odeur et une saveur de gingembre c’est pourquoi on l’appelle aussi gingembre sauvage. Voilà, vous savez tout.

Tiens, à propos de gens qui savent tout…

Relisez, si l’occasion vous  est donnée, Jean Pic de la Mirandole. Troisième fils d’une vieille famille comtale, Jean Pic naquit le 24 février 1463 au château de Mirandole. Suite à la mort prématurée de sa mère, il hérita très jeune d’une fortune considérable qui allait lui permettre bienPico1-228x300 des voyages, bien des libertés et bien des extravagances. D’abord inscrit à l’Université de Bologne pour des études en Droit canon (sa mère le destinait à la prêtrise) il renonça bien vite aux diplômes universitaires pour devenir autodidacte. Il séjourna aussi à Ferrare avant de s’établir à Florence. À 23 ans, il publie 900 thèses sous le titre : Conclusions philosophiques, cabalistiques et théologiques, et, grand seigneur, invite tous les érudits à en débattre avec lui à Rome, quitte à ce qu’il leur paie les frais de déplacement ! L’initiative déplaît en haut lieu et le 31 mars 1487, Pic de la Mirandole doit renoncer à plusieurs de ses conclusions, jugées hérétiques par une commission papale.

Il mourut le 17 novembre 1494, alors que le roi de France entrait à Florence. Jean Pic de la Mirandole décéda, assisté en ses derniers instants par Savonarole qui voyait dans la victoire des troupes françaises la réalisation de ses prophéties… Cette mort mystérieuse, emportant en moins de deux semaines un homme dans la force de l’âge, a fait croire à un empoisonnement dont le secrétaire de Pic aurait été l’auteur. Ce personnage, cupide et fort louche au demeurant, aurait savonarole prècheété soudoyé par Pierre de Médicis, qui n’aurait jamais pardonné au protégé de son père d’avoir pris le parti de Savonarole ou, du moins, de s’en être ostensiblement rapproché. Certains voient dans Le discours la quintessence même de la pensée de Pic de la Mirandole et cet extrait a maintes fois été repris; on le retrouve dans L’œuvre au noir de Marguerite Yourcenar. Ce sont les paroles par lesquelles le Créateur, s’adressant au premier homme, lui confère le privilège de la liberté: « Je ne t’ai donné ni visage, ni place qui te soit propre, ni aucun don qui te soit particulier, ô Adam, afin que ton visage, ta place, et tes dons, tu les veuilles, les conquières et les possèdes par toi-même. Nature enferme d’autres espèces en des lois par moi établies. Mais toi, que ne limite aucune borne, par ton propre arbitre, entre les mains duquel je t’ai placé, tu te définisses toi-même. Je t’ai placé au milieu du monde, afin que tu pusses mieux contempler ce que contient le monde. Je ne t’ai fait ni céleste ni terrestre, mortel ou immortel, afin que de toi-même, librement, à la façon d’un bon peintre ou d’un sculpteur habile, tu achèves ta propre forme.» et d’aucun d’y lire l’œuvre du prototype même de l’humaniste du Quattrocento. Savonarole, L’œuvre au noir, Le nom de la rose… Brrrrr !

Allez, merci de votre visite, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Mension spéciale…

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE, PORTRAIT

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Amis du situationnisme et de la crevette rose réunis, bonjour ! Nous sommes le Samedi 30 novembre 2019, dixième jour de Frimaire, officiellement dénommé, jour de la pioche, dans le calendrier républicain français.

Puisque novembre s’achève comme il a débuté, sous la pluie, et devant bon gré mal gré nous rendre à l’évidence, nous constatons que ce fut une année sans trompettes où si peu, sauf peut être celles de la renommée que G. BRASSENS trouvait fort mal embouchées. Je parle des champignons bien entendu ! Nous n’irons plus au bois, d’ici le printemps prochain; par ailleurs ce refrain me fait penser que j’ai mes lauriers à tailler et je ne peux guère compter sur une belle pour aller les debord & vaneigemramasser. Tiens, il y a vingt-cinq ans nous quittait Guy Debord: Ce chantre de l’internationale situationniste nous avait passionnés en 1967 en faisant paraître « la société du spectacle ». L’histoire s’acharne à lui donner raison (ici à gauche avec Vaneigem). Il était de ces gens courageux qui s’étaient insurgés contre la guerre d’Algérie en signant, en 1960, le fameux manifeste des 121. En 68, avec Raoul Vaneigem, ils faisaient figures de véritable références pour tous ceux qui voulaient changer le monde. Il a choisi de mettre fin à ces jours en novembre 1994. Aujourd’hui, ses analyses nous seraient des plus profitables pour décortiquer la société « bling-bling ». Alors, en sa mémoire, juste une citation extraite de « Panégyrique » 1989. « J’ai d’abord aimé, comme tout le monde, l’effet de la légère ivresse, puis très bientôt j’ai aimé ce qui est au-delà de la violente ivresse, quand on a franchi ce stade : une paix magnifique et terrible, le vrai goût du passage du temps. ». Grâce à la alexis-2charmante attention d’une amie (merci Steph.) je viens de terminer la lecture de Le temps gage de Jean-Michel Mension paru aux éditions Noésis dans la collection moisson rouge. Mension fut le premier adhérent de l’Internationale Lettriste fondée par Debord et qui plus tard deviendra l’Internationale Situationniste. C’est lui qui réalisa le fameux tag: ici on noie les algériens sur les bord de la Seine pour dénoncer l’horrible massacre du 17 Octobre 1961 (il nous a quitté en 2006). Je ne sais par quel hasard affreux la sortie de ce bouquin (il y a presque 20 ans) m’avait échappé. J’y ai retrouvé moult situations qui ont ponctuées mon propre cheminement.

Bon, ben, c’est pas tout, je m’en vais vaquer à mes domestiques occupations. Contre sens s’il en est car vaquer signifie justement ne rien faire; emprunté au latin vacare « être libre, inoccupé, vacant, oisif ». Allez, merci d’être passé, portez vous bien et à bientôt peut-être.