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Stéphane Mallarmé…

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE, PORTRAIT

Amis de l’antanaclase* et de la Bière de Groix réunies, bonjour ! Nous sommes le mercredi 09 septembre 2020, 23è jour de Fructidor, jour béni entre tous puisqu’il est dédié au houblonhoublon dans notre calendrier républicain. *Pour les amoureux de la langue française je rappelle que l’antanaclase est la répétition d’un mot ou d’une expression avec un sens différent, en exploitant sa polysémie. Elle est proche de la paranomase et de la syllepse de sens. Ex : « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas. » (Blaise Pascal, Pensées) C’est pas littéraire ça mes body boys ?

L’homme du jour est Étienne Mallarmé dit Stéphane Mallarmé. Il est à mes yeux l’un de nos plus grands mallarmé1poètes. Il est décédé à Valvin le 09 septembre 1898 et, avec Apollinaire, Baudelaire, Verlaine, Rimbaud ou Desnos, il a marqué mes jeunes années. Auteur d’une œuvre poétique ambitieuse et difficile, Stéphane Mallarmé a été l’initiateur, dans la seconde moitié du 19è siècle, d’un renouveau de la poésie dont l’influence se mesure encore aujourd’hui. Mallarmé est alors considéré comme le Maître du symbolisme, puisque son entreprise poétique joue de la suggestion, et autorise par la superposition de différents sens, la recherche d’un langage poétique. En médaillon ici à gauche, son portrait signé Nadar.

 DON DU POÈME.

Je t’apporte l’enfant d’une nuit d’Idumée!
Noire, à l’aile saignante et pâle, déplumée,
Par le verre brûlé d’aromates et d’or,
Par les carreaux glacés, hélas! mornes encor,
L’aurore se jeta sur la lampe angélique.
Palmes! et quand elle a montré cette relique
À ce père essayant un sourire ennemi,
La solitude bleue et stérile a frémi.
O la berceuse, avec ta fille et l’innocence
De vos pieds froids, accueille une horrible naissance:
Et ta voix rappelant viole et clavecin,
Avec le doigt fané presseras-tu le sein
Par qui coule en blancheur sibylline la femme
Pour les lèvres que l’air du vierge azur affame?

Voilà pour aujourd’hui, passez une bonne journée, portez vous bien et à demain peut-être.

A l’aise Blaise !

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE, PORTRAIT

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Amis de l’éternelle poésie et de la saucisse de Molène réunies, bonjour ! cendrars par ModiEn ce Mardi, premier jour de Septembre 2020 (Miz Gwengolo en breton), saluons le quinzième jour de Fructidor dédié à la truite. Ceci aurait du m’emmener à vous parler de Schubert… Et bien non, j’évoque aujourd’hui un poète, romancier, soldat, aventurier et grand bourlingueur: Blaise Cendrars. Adolescents, on se refilait ses bouquins avec ceux d’Apollinaire et les disques de Boris Vian. Ah, c’était pas du Lamartine. A gauche, son portrait par Modigliani.

Blaise Cendrars, de son vrai nom Frédéric-Louis Sauser naît à La Chaux-de-Fonds, dans le canton de Neuchâtel, en Suisse, dans une famille bourgeoise francophone. Pendant l’enfance, il suit ses parents en Égypte, à Naples, à Bâle, puis est envoyé en pensionnat en Allemagne, d’où il s’enfuit. À seize ans, poussé par la soif de l’aventure, il s’enfuitCendrars-D- de nouveau. Cette fois en compagnie d’un trafiquant, Rogovine. Il traverse l’Allemagne et découvre Moscou, en pleine effervescence révolutionnaire, puis il part sur le transsibérien faire du commerce avec l’Asie. Ensuite il s’installe à Saint-Pétersbourg et y travaille jusqu’en 1907, chez un joailler suisse. A cette époque il commence à noter ses lectures et ses pensées, une habitude qu’il gardera sa vie durant. La lecture de Schopenhauer exerce une influence déterminante sur son rapport à la réalité : « le monde est ma représentation », retient Cendrars. Il fait alors de sa vie un poème, et dans les poèmes, il met sa vie.

Son séjour aux États-Unis lui montre la voie, nouvelle et moderne, pleine de vitesse, dans laquelle le monde s’engage. À la poursuite d’une L-orforme d’expression adéquate, il rédige son premier long poème, Les Pâques à New York qui reste « sa plus belle nuit d’écriture ». En 1912, il est de retour à Paris et fonde une revue, Les Hommes Nouveaux, avec Emil Szyttya, un anarchiste. Il se lie d’amitié avec des personnalités artistiques et littéraires: Apollinaire, Chagall, Fernand Léger, Survage, Modigliani, Csasky, Archipenko, Robert et Sonia Delaunay, avec qui il édite en 1913 sa Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France. En 1914, la guerre éclate, et il s’engage dans la Légion Étrangère. Il perd son bras droit en Champagne et est naturalisé français en 1916. Les années qui suivent, il va à Rome, puis au Brésil, et s’intéresse à l’Afrique. En 1925, il décide d’arrêter la poésie et d’écrire des romans. Il écrit L’OR qui bouleverse les règles du genre romanesque. Ce texte, grand succès public, est semmène moiuivi par Moravagine, Le plan de l’aiguille et Les Confessions de Dan Yack . En 1939, la seconde guerre mondiale éclate ; Cendrars s’engage comme correspondant de guerre pour l’armée britannique. En 1956, il écrit sa dernière œuvre, un roman, Emmène-moi au bout du monde ! La truculence de cette chronique théâtrale qui doit beaucoup à la vie de la comédienne marguerite Moreno fait scandale. Je dois dire que c’est à travers ce livre que j’ai découvert Cendrars mais, je conseille aux plus jeunes de commencer par Bourlinguer ou L’Or… Malade, il est fait Commandeur de la Légion d’honneur en 1960 par Malraux. Il meurt le 21 janvier 1961, juste après avoir reçu in-extremis la seule récompense littéraire officielle qu’il obtiendra jamais de son vivant : le Grand Prix littéraire de la Ville de Paris.

Puisque, décidément, la rentrée littéraire n’a pas l’air décidé à nous révéler une pépite, relisez un de ses bouquins. Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Passent les jours et…

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE, PORTRAIT

Amis de la liberté (sans adjectif) et de la réglisse (sans adjuvant) réglisse-150x150réunies, bonjour ! Oui, je vous rappelle que nous sommes le mercredi 26 août 2020, neuvième jour de fructidor, journée consacrée à la réglisse qui est comme chacun le sait tout à fait indiquée dans la lutte contre le mauvais cholestérol; ça c’est pour ceux qui aurait fait quelques excès durant l’été. Je connais des pataphysiciens pour qui en réalité nous sommes le Lundi 16 Phalle 147 Nativité de St Vibescu, pohète et Commémoration de Ste Cuculine d’Ancône…

C’est aussi l’anniversaire de la naissance d’un immense poète qui accompagna mes errances adolescentes et au delà. Je veux parler de Guillaume Apollinaire (à droite, son portrait par Vlaminck). De son vrai nom: Guglielmo Alberto Wladimiro Alessandro Apollinare de Kostrowitzky.  En 1901, il est engagé comme précepteur en Allemagne et tombe amoureux de la gouvernante, qui refuse ses avances. Ses apollinaire_by_vlaminck_1903-236x300premiers poèmes portent la trace de sa douleur d’homme éconduit. Il rentre à Paris en 1902 et publie dans « La Revue blanche » son premier conte, « L’Hérésiarque », en signant « Guillaume Apollinaire ». Il publie alors de nombreux contes et poèmes dans des revues et commence à se faire connaître. Le poète pénètre dans les milieux artistiques, se lie d’amitié avec Pablo Picasso et devient un hôte assidu du Bateau-Lavoir où il fait la connaissance de Max Jacob. Il suit de très près l’évolution du mouvement cubiste et publie en 1913 « Peintres cubistes ». Cette même année est publié son premier recueil, « Alcools », sélection de poèmes rédigés depuis ses débuts.

Il veut s’engager dans l’armée française dès 1914, mais ne possède pas Onze1-189x300la nationalité et doit être naturalisé. Il est tout de même affecté en décembre 1914 dans l’artillerie et continue d’écrire. Transféré dans l’infanterie en 1915, il est naturalisé en début d’année 1916. Il est blessé quelques jours plus tard par un éclat d’obus et est trépané à Paris. Après des mois de convalescence, il se remet à écrire et crée le terme de « surréalisme » dans une lettre à un poète. Il publie en 1918 son second grand recueil poétique, « Calligrammes », quelques mois avant de mourir de la grippe espagnole. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise à Paris. Outre ses poèmes, on lui doit des romans érotiques pour ne pas dire pornographiques comme le fameux « Les onze mille verges » ou encore « les exploits d’un jeune Don Juan ».

Et voilà, passent les jours et passent les semaines; le cénobite continue son bonhomme de chemin. Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Le noir est une couleur…

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE

Amis de la mécanique des fluides et du far aux pruneaux réunis, bonjour ! Nous sommes le Mardi 11 Août 2020, vingt-quatrième jour de Thermidor dédié à l‘herbe aux mouches, qui se fait appeler aussi inule squalleuse, herbe aux punaises, œil de cheval, chasse puces mais qui n’a rien d’extraordinaire, malgré toutes ces appellations peu l'aunéeflatteuses. Autrefois, on lui prêtait des pouvoirs insecticides d’où ces noms qui font référence aux insectes; du reste, son odeur n’est pas très agréable, mais elle est  appréciée des abeilles. On peut très bien passer près d’elle sans y faire attention. Elle affectionne particulièrement les terrains secs; le sable du platier semble lui convenir. De ce fait on en trouve fréquemment sur nos dunes. Autrefois, on lui attribuait des vertus curatives et elle a été fréquemment utilisée en décoction pour soigner les contusions, les hernies, les blessures internes, etc…

Ce 11 août est aussi le jour anniversaire de la naissance d’une sacrée bonne femme (je devrai écrire grande dame) dont je voulais vous dire deux mots pour vous inciter à vous jeter sur ses livres. Grisélidis Réal Grisélidisest donc née à Lausanne en 1929 dans une famille qui lui donnera une éducation des plus rigides, ceci explique peut-être cela… Mariée à 20 ans, elle a un premier fils puis se sépare de son mari et a une fille avec un autre homme. Elle aura à nouveau un fils puis un divorce et en 59 un quatrième enfant. A ce moment là de sa vie elle part pour l’Allemagne et se retrouve sans papiers, sans argent… Elle décide de se prostituer dans un bordel clandestin. Emprisonnée pour avoir vendu de la marijuana à des soldats américains, elle commence à écrire en prison. Son premier livre, le noir est une couleur, est paru chez Balland en 74.

Au cours des années 70 Grisélidis Réal devient véritablement une activiste et conduit la « révolution des prostituées » à Paris, occupant la chapelle Saint-Bernard. Son recueil La passe imaginaire est l’ouvrage qui m’a permis de la découvrir. Il s’agit d’une collection de lettres qu’elle a adressées à son ami le journaliste Jean-Luc Hennig. Chaque lettre débute par la description du gueuleton qu’elle est en train de faire, la musique qu’elle écoute, le vin qu’elle boit… Elle témoigne de la misère sexuelle des ouvriers immigrés, mais aussi des ravages de la morale plaque de ruereligieuse faux-cul qui lui envoie tant de maris frustrés: « …Ne jouissez pas! N’ayez pas d’orgasme! Ne sentez rien: Bloquez vous, crispez vous, serrez les dents et les fesses, détestez, haïssez, soyez froids, glacés, paralysés, honteux et frustrés!« . Et plus loin, à propos du Pape: « …Il faudrait pour lui faire rendre gorge, enfoncer tous les clochers d’église et les minarets en y ajoutant la tour Eiffel, la tour de Pise et l’Obélisque dans le cul du Pape pour réduire au silence ses préceptes meurtriers… Je vous embrasse très cher. » Voila le style du personnage qui nous a quitté en Mai 2005. Certains de ses livres sont épuisés mais, en cherchant bien vous trouverez peut-être: Le noir est une couleurLa passe imaginaireCarnet de bal d’une courtisane et, le carnet de Grisélidis sur une musique de Bashung… Ne vous privez pas de ce bonheur.

Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Poètes, vos papiers !

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE, PORTRAIT

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Amis de la poésie érotique et du riz pilaf réunis, bonjour ! Nous sommes le Jeudi 11 juin 2020, 23è jour de Prairial dédié au chèvrefeuille… Pendant que les gougnafiers qui nous gouvernent s’emploient à nous faire avaler leurs couleuvres en clamant haut et fort: on va voir c’qu’on va voir, à partir de maintenant et jusqu’à dorénavant, la police sera policée, le gendarme débonnaire, le CRS affable et la B.A.C. attentionnée; le cénobite se retourne plein de zénitude vers les chemins de la poésie…

Vous ai-je déjà parlé de cette merveilleuse poétesse, enlevée à l’affection de ses admirateurs bien trop tôt, Renée Vivien ? Née Pauline Mary Tarn le 11 juin 1877 à Londres et morte le 18 novembre 1909 à Paris, surnommée « Sapho 1900 », c’est une poétesse britannique de langue française du courant parnassien de la Belle Époque. Elle était la Vivienfille d’une mère américaine et d’un père britannique fortuné qui mourut en 1886, lui laissant un héritage qui la mettait à l’abri du besoin. Après sa scolarité (au cours de laquelle elle se fait remarquer par son attachement pour son amie Violet Shillito) effectuée d’abord à Paris, ensuite à Londres, elle retourne, à sa majorité s’établir à Paris dans un luxueux appartement avenue du Bois de Boulogne donnant sur un jardin japonais. Elle eut, plus tard, une liaison avec la richissime baronne Hélène de Zuylen. Celle-ci lui apporta un équilibre émotif et une stabilité bénéfiques à sa création littéraire, rédigeant même quatre ouvrages en collaboration avec elle sous le pseudonyme collectif de Paule Riversdale. Alors qu’elle était toujours avec Zuylen, Vivien reçut une lettre d’une mystérieuse admiratrice stambouliote, Kérimé Turkhan Pacha, l’épouse d’un diplomate turc d’où s’ensuivit, quatre ans durant, une correspondance intense, passionnée, suivie de brèves rencontres clandestines.

En 1907, la baronne la quitta brusquement pour une autre femme, donnant lieu à toutes sortes de commérages dans la coterie lesbienne de Paris. Profondément choquée et humiliée, Vivien s’enfuit avec sa Saphomère au Japon et à Hawaï, tombant sérieusement malade au cours du  voyage. Le départ en 1908 de Kérimé pour Saint-Pétersbourg, pour suivre son mari en poste, mettant un terme à leur liaison, fut un nouveau coup dur pour Renée. Elle se tourna de plus en plus vers l’alcool, la drogue et les fantasmes sadomasochistes. De mystérieuses frasques sexuelles la laissant des jours entiers sans repos, elle recevait à des dîners au champagne des invités qu’elle abandonnait aussitôt qu’une amante exigeante la faisait demander. « À l’instar de Natalie Barney, plus connue parce que plus mondaine, Renée Vivien a radicalement rejeté les valeurs machistes de son temps pour créer un univers exclusivement féminin, organiser des soirées littéraires et tenter de recréer un cénacle de poétesses à l’image de celui qu’à animé Sappho au VIe siècle avant J.C.

Lors de son séjour à Londres en 1908, elle tente de se suicider au laudanum après s’être allongée sur son canapé en tenant un bouquet de violettes sur son cœur. Souffrant de gastrite chronique, due à des Renéeannées d’abus d’alcool et d’hydrate de chloral, elle avait également commencé à refuser de s’alimenter. Au moment de sa mort, elle pesait à peine plus de 30 kilos. Morte au matin du 18 novembre, âgée de 32 ans, le décès fut attribuée, à l’époque, à une « congestion pulmonaire », mais sans doute attribuable à une pneumonie compliquée par l’alcoolisme, la toxicomanie et l’anorexie mentale.
« Dans mon âme a fleuri le miracle des roses.
Pour le mettre à l’abri, tenons les portes closes.
Je défends mon bonheur, comme on fait des trésors,
Contre les regards durs et les bruits du dehors. »

Voilà pour aujourd’hui, désolé c’est un peu long, en attendant la suite, portez vous bien et à bientôt peut-être.

On the road…

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE, PORTRAIT

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Amis de l’Amérique profonde et du Breizh Cola light réunis, bonjour ! Nous sommes le jeudi 3Docteur-Sax0 avril 2020, onzième jour de Floréal dédié à la rhubarbe. Autant dire que c’est la fin du mois. C’est donc en ce mercredi 11 Palotin – 147 – Explosion du Palotin qu’apparaît aux yeux du monde, béat d’admiration, cela va sans dire même si ça va mieux en l’écrivant, ce 4694è billet des « cénobites tranquilles » que l’univers blogosphérique dans son entier nous envie… Or, il y a un demi-siècle de cela, le 30 avril 1959, paraissait ce merveilleux livre de Jack Kerouac, Docteur sax. Et c’est bien parce que mon aïeule, dans sa stricte éducation, a su m’inculquer l’ immense modestie qui me caractérise, que je ne tracerai aucun parallèle entre ces deux chefs-d’œuvre; mais il me fallait trouver une intro.

Docteur Sax, c’est l’histoire d’un jeune garçon qui s’éveille à la vie dans une ville ouvrière grise et morne de la Nouvelle-Angleterre. C’est l’histoire de Jack Duluoz, canadien français comme Jack Kerouac lui-même, qui grandit sous les porches obscurs et parmi les immeubles Kerouac-G-bruns de Lowell, Massachusetts. C’est l’aventure empreinte de terreur vécue avec intensité par un adolescent. Toujours tapie dans un repli de l’âme de Jack, se trouve l’ombre du Docteur Sax, avec sa cape qui flotte au vent et son chapeau mou dissimulant à demi un regard chargé de haine. Il fait partie d’une horde de fantômes, de monstres et de démons qui peuplent ce monde fantastique. Souvenir et rêve se mêlent dans un univers démentiel qui occupe une place grandissante dans l’esprit de Jack jusqu’au point de s’imposer avec une violence effroyable dans une véritable vision d’apocalypse. Mais la réincarnation du mal sera finalement anéantie et, avec elle, les fantômes et les démons qui hantaient l’âme du héros.

https://youtu.be/QsUa2pDKXNg

Un critique américain, J. Donald Adams, a dit de Kerouac qu’« il était capable de décrire le monde de l’expérience physique beaucoup mieux que quiconque depuis Hemingway », relisez le soleil se lève aussi. La description des odeurs, des bruits dans la petite ville de Lowell est parfois empreinte d’une telle fantaisie bouffonne qu’elle témoigne d’une invention verbale inépuisable. L’auteur a transcrit des passages entiers en canadien français, ce patois savoureux que parlent Jack et ses Jack K.-G-parents ainsi que la joyeuse bande qui gravite autour d’eux et dont la verve truculente anime des scènes d’une vigueur rabelaisienne. Le 24 octobre 1969, on enterrait au cimetière catholique de Lowell, morne petite ville industrielle du Massachusetts, le corps de Jack Kerouac, mort d’une hémorragie abdominale à l’âge de 47 ans. Il avait 91 dollars sur son compte en banque… Quelques années plus tôt, il avait fait le voyage jusqu’à Brest (Finistère – France) et s’était présenté sous le nom de Jean-Louis Le Bris de Kerouac, à la recherche de ses ancêtres bretons. Depuis quelque temps, il n’était plus que l’ombre de lui-même, revenu auprès de sa mère. Il resta sourd à la musique de Woodstock dont il aurait pu y reconnaître, comme Ginsberg, la moisson de ce que lui et ses amis avaient semé. Un chapitre était clos. Kerouac le clochard céleste, lampant sa gnôle à même le goulot et scandant ses blues à l’escale de la grande-route avait été la star numéro un du mouvement Beat qu’une Amérique un peu effarouchée avait vu exploser en 1955-57.

Ainsi va la vie; allez, confinez vous gaiement et à bientôt peut-être.

Allons voir si la rose…

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE, PORTRAIT

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Amis de l’économie Keynésienne et de la foire à Neuneu réunies, bonjour ! Nous sommes le Mardi 21 Avril 2020, deuxième jour de Floréal dédié au chêne dans notre calendrier républicain. J’ai pourtant rencontré un fieffé Floréalpataphysicien qui m’a affirmé sans honte qu’en vérité nous étions le Lundi 2 Palotin 147 Fête des Écluses. Et quand je vous aurais dit que mes voisins fêtent benoitement la saint Hamon, dont la légende nous dit qu’il s’agit d’un chevalier qui revint de Palestine porteur de la lèpre et que les paroissiens laissèrent sans  soins; (mal leur en pris car les pis des vaches se tarirent aussi sec, si j’ose dire). Enfin si vous consultez le calendrier du facteur vous verrez que c’est la St Anselme et, vous serez en mesure de vous faire une petite idée de la diversité calendaire de notre joyeuse humanité confinée, poil au nez.

21 avril 1545: Ronsard rencontre Cassandre.

Pierre de Ronsard, clerc et aumônier ordinaire du roi François 1er, a 20 ans quand il rencontre le 21 avril 1545, à Blois, lors d’un bal, la fille du banquier italien Bernardronsard Salviatti, heureux propriétaire du château voisin de Talcy. Née en 1531, la jeune fille a 14 ans et se prénomme Cassandre. Le jeune homme se prend d’amour pour elle mais ne peut rien en attendre car il est déjà tonsuré et ne peut se marier. Au demeurant, il est aussi passablement sourd; ceci explique peut-être cela… Plus tard il lui dédiera le recueil Les Amours de Cassandre (paru en 1552) et son ode célèbre :

« Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avait déclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu cette vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vôtre pareil… »

Le poète, apprécié à la cour des Valois, se console de ses déboires amoureux en constituant deux ans plus tard, avec son ami Joachim du Bellay et quelques autres poètes, un cercle littéraire, la Pléiade dont l’objectif est de promouvoir la langue française face à l’omnipotence du latin et de l’italien.

Ainsi que vous l’avez remarqué, et sur les conseils de ma secrétaire particulière, je fais plus court. Allez, merci à vous, soyez prudent, soyez patient comme dit le poète (l’autre)  et à bientôt peut-être.

Une pensée pour un poète…

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE, PORTRAIT

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Amis de la géométrie et du carré d’agneau réunis, bonjour ! Nous sommes le Vendredi 17 avril 2020. Le 28è jour de germinal (c’est aujourd’hui) est généralement dédié à la pensée (la fleur). Dans la penséesmythologie, la nymphe Io, fut aimée de Jupiter; mais les amours de celui-ci furent une fois de plus contrariées par son épouse Junon, qui se vengea en changeant sa rivale en blanche génisse. Ainsi métamorphosée, Io errait tristement, comme une confinée dans son douze mètres carrés, lorsqu’elle vit sortir de terre de petites fleurs qui tournèrent leurs corolles vers elle. Elle reconnut en elles les pensées de ses amis venus la consoler. C’est pas mignon ça, madame Michu ?

Le 17 avril 1989 Eugène BIZEAU, anarchiste, athée, pacifiste, jardinier, apiculteur, vigneron et poète, nous quittait à près de 106 ans. 15 ans plus tôt, j’avais accompagné un ami, poète et journaliste au « Courrier Bizeau-D-de l’Ouest », pour une interview du vieil anarchiste. Je me souviens de la petite maison aux volets vert et de la bouteille de Vouvray qu’il avait des difficultés à ouvrir. N’eut été sa fraicheur d’esprit et sa liberté de langage, il avait un côté professeur Tournesol indéniablement. Issue d’une famille de vignerons socialistes et anticléricaux, il découvre très tôt les idées libertaires. Abonné dès 14 ans à la presse anarchiste, c’est tout naturellement qu’il y donnera ses premiers poèmes, qui seront publiés dans le journal « L’anarchie » fondé par Libertad. Sa poésie sociale et révolutionnaire fera les beaux jours des chansonniers de « La Muse Rouge ».

En 1914, Eugène est réformé pour « faiblesse de constitution », il n’en poursuivra pas moins sa dénonciation du militarisme, rusant avec la censure et collaborant à la presse anarchiste dont « La Mêlée ». En Bizeau-G-1921 pour sauver Sacco et Vanzetti, il exhorte dans « Le Libertaire » : « Il faut que notre voix, grondant vers l’Amérique, aille exiger pour eux justice et liberté ». En 1929 puis 1934 ses poèmes sont mis en musique et enregistrés, ils passeront même, durant la révolution espagnole, sur les ondes de Radio Barcelone. En 1980-81 le cinéaste libertaire Bernard Baissat lui à consacré un film émouvant : « Ecoutez Eugène Bizeau ». On peut par ailleurs trouver certains de ses textes sur un disque de 1985 « Les Cent Printemps des Poètes » Gérard Pierron, Alain Meilland et Michel Grange sont les interprètes des textes et chansons des Cent Printemps des Poètes, spectacle créé le 30 mars 1985 au Printemps de Bourges.

Allez, haut les cœurs les amis, continuez à turluter, hasta la victoria siempre et à bientôt peut-être.

Le poète a (souvent) raison…

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE, PORTRAIT

Amis de l’octuple sentier et du riz basmati réunis, bonjour ! Nous sommes le mardi 14 avril 2015, 25è jour de Germinal dédié au pigeon. Certains, cependant, vous diront que ce jour est en réalité le Lundi 23 Clinamen 147 Locus Solus; soyez sûr que ce sont là des pataphysiciens. Or donc, voici la mi-avril et Pâques est derrière nous. Comme disait mon aïeule: Pâques à la maison, Noêl au balcon… 

Le 14 avril 1930, fin de l’aventure pour Vladimir Maïakovski, il vient de se tirer une balle en plein cœur. Poète, dramaturge, acteur, théoricien, peintre, affichiste et scénariste, Maïakovski est né à Bagdadi (Géorgie) en 1893. Issu d’une famille modeste, il s’installe à Moscou en 1906110px-1918_vmayakovsky-lbrik_retouched, après la mort de son père. Il adhère au Parti social démocrate (bolchévique) à 15 ans et participe aux manifestations révolutionnaires de 1905. Il devient rapidement un des meneurs du mouvement futuriste après sa rencontre avec le poète et peintre David Bourliouk qu’il a connu en 1911 et qui lui a mis « le pied à l’étrier ». Tout en exploitant cette nouvelle poésie, il atteint des sommets de lyrisme dans son Nuage en pantalon (1914), véritable manifeste du futurisme, qui est le fruit de sa relation troublée avec Lili Brik qu’il a rencontrée en 1910 alors qu’il entretient une relation avec sa jeune sœur qui elle, deviendra célèbre, Elsa Triolet. Comme disait Jabiru dans son blog « c’était en quelque sorte le beauf d’Aragon ». Voici, à droite une photo de Maïakovski en compagnie de Lili Brik, revue et corrigée par la censure stalinienne… Il lui écrira et lui dédiera sa vie durant ses plus belles poésies. Lili est déjà mariée avec Ossip Brik qui devient l’ami et l’éditeur du poète.

De retour à Moscou et après la révolution d’Octobre de 1917, qu’il accueille d’abord favorablement, il utilise, sincèrement, son talent au service du pouvoir politique, poésie Maïanotamment dans le poème « Lénine » mais il se heurte rapidement au conformisme des critiques et du Parti. Il sillonne pourtant l’Europe en ambassadeur et visite Londres et Paris. Partout on écoute ce géant à la voix de stentor célébrer la révolution dont il est le chantre. Il se met au service de l’agence télégraphique russe et conçoit les images et les textes des posters satiriques Agitprop. Après une série de ruptures et de réconciliations, il se sépare définitivement de Lili en 1924. Il part pour une tournée de conférences à New York et il y rencontre Elly Jones, une jeune émigrée russe et de leur passion brève, trois mois, naît une fille Patricia Jones Thompson.

Le 14 avril 1930 à 10 h 15, le poète harassé, qui, par défi, jouait aussi à la roulette russe, se tire une balle dans le cœur. Le dernier acte de la vMaïa-D-ie de Maïakovski s’est déroulé à Moscou, au numéro 3 du Loubianskyi Prospekt, appartement 12. La thèse du suicide semble évidente. Le poète qui exhortait la jeunesse à vivre est lui aussi « reparti vers les étoiles ». On trouvera ce mot : « Maman, mes sœurs, mes amis pardonnez-moi – ce n’est pas la voie ( je ne la recommande à personne ) mais il n’y a pas d’autre chemin possible pour moi. Lily aime-moi ! ». Staline ordonne des funérailles nationales pour celui qu’il qualifiera plus tard de « poète de la Révolution ». « Ils l’ont tué une seconde fois » dira Pasternak.

Minuit, accourant, un couteau à la main,
a rattrapé
et égorgé
la douzième heure,
Dehors !
La douzième heure est tombée,
comme du billot la tête d’un condamné.

Et voila pour ce jour; en attendant une suite, confinez vous avec modération et à bientôt peut-être.

Dessine moi un bouton…

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE, PORTRAIT

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Amis de la concorde universelle et du pâté en croûte réunis, bonjour ! Nous somme le Jeudi 02 avril 2020,13è jour de germinal dédié à la morille. Ah, le filet de bœuf et sa sauce aux morilles… Un vrai péché surtout si vous avez les moyens de l’accompagner d’un Margaux. Sinon, un Corbières fera parfaitement l’affaire.

 L’homme du jour est un dessinateur.

De son vrai nom Frédéric Othon Théodore Aristidès, Fred fait partie des géants de la bande dessinée et a influencé toute une génération d’auteurs. Dans chacune de ses œuvres – de Philémon au Petit cirque – l’auteur accomplit un numéro de funambule dans lequel son génie éblouit. Son langage résolument novateur, son invention permanente, fredson imagination foisonnante ont ouvert une nouvelle voie à la bande dessinée. Fred naît le 05 mars 1931 à Paris. Tout môme, il remplit des cahiers entiers de bandes dessinées bourrés de fôtes d’ortografe et publie son premier dessin humoristique dans le courrier des lecteurs d’un journal pour enfants. Un peu plus tard, il fait ses premiers pas vers l’absurde, l’envers du décor et le dérapage contrôlé en dévorant Edgar Poe, Dickens et Oscar Wilde. Vers 18 ans, il fait timidement le tour des rédactions et finit, à sa grande fierté, par placer un dessin à Ici Paris. À sa grande déception, la signature a été coupée…

À son retour de l’armée, il dessine pour France Dimanche, Paris Match, Le Hérisson et Quartier Latin, un journal extrêmement modeste vendu au colportage par Georges Bernier, plus connu ultérieurement sous le nom du Professeur Choron. C’est avec Georges Bernier et Cavanna o-FRED-MORT-facebook(rencontré à Ici Paris) que Fred, promu  directeur artistique, crée Hara-Kiri en septembre 1960. Il exécute les 60 premières couvertures, touche un peu à tout, s’aperçoit qu’il aime bien écrire et revient à la bande dessinée avec Les Petits Métiers, Le Manu Manu, Tarsinge l’homme Zan et Le Petit Cirque. En 66, après six mois de labeur, il propose 15 planches d’une nouvelle histoire à Spirou, qui les refuse : le dessin ne va pas, l’histoire non plus… À la lecture des mêmes planches, Goscinny s’enthousiasme et publie La Clairière des trois hiboux, premier épisode des aventures de Philémon. Mais cette fois-ci, ce sont les lecteurs qui n’apprécient pas le dessin.

 

Et puis il commence à ruminer dans ses moustaches l’idée d’envoyer Philémon sur les lettres de l’Océan Atlantique – idée qui lui est venue dans son bain : où va-t-on quand on se laisse aspirer par le tourbillon de la baignoire qui se vide ? (Fred trouve toujours ses idées dans son bain. Quand l’idée ne vient pas, il prend cinq bains par jour, il est donc très propre…) Dans les années 70, tout le monde s’arrache Pilote, y compris Jacques Dutronc, qui propose à Fred de lui écrire des Le-Petit-Cirquechansons. Fred tente le coup avec une totale fraîcheur, à l’instinct : Le Fond de l’air est frais entrera très vite au hit-parade. Après Philémon, réédité en trois gros volumes dans une édition millésimée en mars 2011, Fred explore d’autres univers et signe plusieurs albums considérés (à juste titre) comme des chefs d’œuvre : L’Histoire du corbac aux baskets, L’Histoire de la dernière image et L’Histoire du conteur électrique. Fin 2010, Dargaud regroupe d’ailleurs ces trois albums dans un coffret en y ajoutant L’Histoire du Magic palace hôtel pour la première fois mis en couleur ! En janvier 2012, il est présent au Festival d’Angoulême, où il visite l’exposition qui lui est consacrée et donne une interview publique, où il avoue avoir envie de terminer le dernier album de Philémon, dont les premières pages sont déjà dessinées. Cet album intitulé Le Train où vont les choses sort le 22 février 2013, et est annoncé comme le dernier de la série. Fred meurt le 2 avril suivant à Eaubonne. Il est inhumé dans le cimetière parisien de Pantin. Sources: https://www.bedetheque.com/auteur-930-BD-Fred.html – Wikipedia.

Voila pour aujourd’hui, merci d’être passé, portez vous bien et à bientôt peut-être.