Vous lisez actuellement la catégorieHISTOIRE

Page 1 de 30

Des canuts aux gilets jaunes…

Posté par erwandekeramoal dans HISTOIRE

Amis de la rôtisserie française et du Saint-Pourçain réunis, bonjour! Nous sommes le Mardi 09 avril 2019, 20è jour de germinal dédié à la ruche.

Le 9 avril 1834, à Lyon les ouvriers de la soie, les canuts, se soulèvent après que des meneurs aient été traduits en justice pour avoir dénoncé des baisses de salaires et fait grève. Le ministre de l’Intérieur Adolphe Thiers laisse les manifestants ériger des barricades puis fait donner la troupe. Celle-ci va méthodiquement reconquérir la ville. Que s’était-il passé ? Après l’échec des grèves de février puis le vote de la loi contre les associations ouvrières, le jugement des meneurs de février, ce 9 Drapeau-canuts-300x225avril, met le feu aux poudre. L’armée occupe la ville et les ponts, mais déjà les premières fusillades éclatent avec la troupe, qui tire sur la foule désarmée. Aussitôt, les rues se couvrent de barricades. Les ouvriers organisés prennent d’assaut la caserne du Bon-Pasteur, et se barricadent dans les quartiers en en faisant de véritables camps retranchés, comme à la Croix Rousse. C’est le début de la « Sanglante semaine ». Trois ans plus tôt, Le 21 novembre 1831, éclatait sur la colline de la Croix-Rousse, au nord de Lyon, la révolte des canuts. Elle allait se propager dans tous les quartiers ouvriers de la métropole. Les insurgés prennent pour emblème le drapeau noir et la devise: « Vivre en travaillant ou mourir en combattant ». Cinquante ans plus tard, Aristide Bruant en fera cette chanson magnifique, interprétée ici par Marc Ogeret.

Ce mouvement social est exemplaire à plus d’un titre ainsi que nous l’allons voir. Les canuts dont le nom vient de du mot canette ou bobine, sont des artisans qui tissent la soie à domicile sur leur propre métier à bras. Ils travaillent pour le compte des soyeux (les patrons) qui leurcanuts_revolte_p-300x197 fournissent la matière première et récupèrent le produit fini. Il sont environ 6000 artisans qui emploient 30 000 compagnons. Tout cela pour 18 sous par jour et 15 heures de travail. Après un accord arraché au préfet du département sur un tarif minimum que les soyeux refusent d’appliquer prétextant de la concurrence internationale et des contraintes du marché (cela ne vous rappelle rien ?), la colère éclate. Les canuts descendent de leur colline, drapeau noir en tête, et occupent le centre de Lyon. Après de nombreux combats, on compte une centaine de morts.

Le maréchal Soult débarque à Lyon à la tête de 20 000 soldats, la ville est reprise, la garde nationale qui avait pactisé avec les ouvriers est dissoute,canuts-gauche le tarif minimum abrogé et le préfet révoqué. En 1834, les canuts vont remettre le couvert et cette fois ci, c’est Thiers, celui là même qui quelques années plus tard écrasera la Commune dans le sang, qui va se charger de la sale besogne. 600 morts et 10 000 arrestations. A la chambre des députés, Casimir Perier, président du Conseil, s’exclame: « Il faut que les ouvriers sachent qu’il n’y a de remède pour eux que la patience et la résignation. ». Et alors, 180 ans plus tard, où en sommes nous… A vous de juger ! A lire, le livre de Jacques Perdu aux éditions Spartacus.

Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.

L’an dix mille…

Posté par erwandekeramoal dans HISTOIRE, LECTURE

, , ,

Amis de l’Uchronie et des regrets affectés réunis, bonjour ! Nous sommes le Lundi 08 avril 2019, 19è jour de Germinal dédié au radis dans notre calendrier républicain, mais en réalité, en pataphysique, ce jour est le Samedi 14 Clinamen 146 Sortie d’A. Dürer, hermétiste fête suprême quarte.

Décidément je suis de plus en plus fan des éditions Goater. Je suivais déjà la collection Goater noir où sévissent entre autres, pour notre plus grand plaisir, Stéphane Grangier, Paulin, Flageul et quelques autres. Voici que je découvre la collection Mémoires immédiates et particulièrement le nous-ferons-la-greve-generalep’tit dernier; Nous ferons la grève générale de Jean-yves Guengant. Ancien prof et proviseur de lycée devenu historien qui avait déjà retracé l’histoire du mouvement Fouriériste en Bretagne et qui nous livre ici l’histoire des anarchistes brestois au travers de quelques personnages clés : Jules Le Gall (le livre est une biographie de ce militant), Victor Pengam, Paul Gourmelon, Jean Tréguer, René Lochu, Coatmeur de 1900 à 1950. Un récit passionnant qui nous permet de retrouver aussi, Durruti, Makhno, Ascaso, Sébastien Faure, Emile Armand et plein d’autres figures de l’anarchisme qui, de près ou de loin ont eu un lien avec les compagnons finistériens. 

La petite librairie à Brest organisait ce jeudi une soirée de présentation en présence de l’auteur et agrémentée de quelques chansons anarcho-libertaires: Craonne, la butte rouge, le triomphe de l’anarchie… Tout cela à la-petite-librairie-brest-150966543956déguster sans modération aucune. Jules Le Gall avait rêvé toute sa vie du jour où éclaterait la grève générale fut-ce dans dix mille ans. Léo Ferré après une mémorable tournée en Bretagne, en 1968, écrira Les étrangers dédiée à René Lochu et ses amis libertaires: L’an dix mille… Lochu ? Tu t’rappelles ? Quasiment tous ces personnages ont fait l’objet d’un portrait dans les colonnes de ce blog qui tente à sa façon de lutter contre l’oubli où l’histoire et le politiquement correct tentent de les maintenir.

Allez, merci de passer par ici de temps en temps, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Chacun est rentré chez son automobile…

Posté par erwandekeramoal dans HISTOIRE

Amis du pendule de Foucault et de « qui veut gagner des millions » réunis, bonjour !

Le 22 mars est le deuxième jour de Germinal et c’est le jour du platane alors, soyez prudent si vous prenez la route. Tiens, à propos d’élections, le 22 mars 1871, la Commune de Paris énonce que les membres de l’assemblée municipale sont  contrôlés, révocables, comptables et responsables et que leur mandat est impératif. C’est pas interdit de rêver. On l’oublie souvent mais, mai 68 a en fait débuté au benditmois de mars. Certains disent même que cela a commencé en Bretagne un an plus tôt. Laissons aux historiens le soin de trancher. Le 22 mars 1968, à la cité Universitaire de Nanterre (région parisienne), le mouvement contestataire étudiant qui va prendre le nom de « mouvement du 22 mars », occupe les locaux de l’Université. Il est l’aboutissement d’une contestation grandissante emmenée par des groupes d’extrême-gauche, des anarchistes et des situationnistes. Né d’abord de revendications solidaires, comme la libération des manifestants arrêtés lors des actions contre la guerre du Vietnam, il déborde rapidement sur des questions de société comme la remise en cause du puritanisme social (avec la revendication du droit d’accéder à la résidence universitaire des filles). Le mouvement est conduit par Daniel COHN-BENDIT qui se réclame de l’anarchisme alors qu’aujourd’hui il s’est rapproché du Macronisme… La vieillesse est un naufrage !

https://youtu.be/kzjqafGu7j0

Au risque de passer pour un attardé rédhibitoire, je ne peux m’empêcher de penser à mai 68 en observant les cortèges qui envahissent nos rues ces jours ci. Je sais bien que l’histoire ne se répète pas et que l’expérience n’est guère transmissible. Néanmoins, j’ai retrouvé dans mes cartons quelques traces de l’époque qui ne sont pas sans similitude avec la situation actuelle. Déjà à cette époque, la l'enragébonne vieille droite réactionnaire usait d’un argument qui voulait que les jeunes n’étaient pas à leur place dans la rue. On infantilisait l’étudiant comme l’ouvrier et on soupçonnait l’un comme l’autre d’être manipulés. Déjà, « les casseurs » s’avéraient souvent être des sbires à la solde du pouvoir qui pouvait ainsi légitimer sa répression et faire donner ses troupes. Les gardes mobiles ne ressemblaient pas encore à des robotcops encarapaçonnés mais le résultat d’un coup de matraque n’a guère évolué. Déjà les médias et la télévision en particulier prenaient leurs ordres à Matignon ou au château (l’Elysée). Et déjà SINE dans l’Enragé s’en donnait à cœur joie. Déjà les réformistes n’avaient de cesse de répéter qu’il fallait raison garder et qu’il fallait savoir arrêter une grève.

Déjà la France éternelle ressemblait étrangement à celle d’aujourd’hui, celle des jardiniers joviaux, des notaires véreux, des professeurs émérites, des alcooliques anonymes, des Nous-ne-céderons-pas, des Nous-irons-jusqu’au-bout… Et le retour à la normale pointe déjà le bout de son nez. Le troupeau bêlant va retrouver son PMU, sa foire aux vins au Carrefour du coin et, ainsi que le chantait Nougaro dans « Mai mai Paris »:

Le casque des pavés ne bouge plus d’un cil
La Seine de nouveau ruisselle d’eau bénite
Le vent a dispersé les cendres de Bendit
Et chacun est rentré chez son automobile…

Allez, merci d’être passé, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Le condamné à mort…

Posté par erwandekeramoal dans HISTOIRE

Amis de l’Espagne éternelle et de la tortilla réunies, bonjour ! Nous sommes le Samedi 02 mars 2019, douzième jour de ventôse dédié à l’orme.

Triste anniversaire que ce jour du 02 mars.

En effet, le 2 mars 1974, mort de Salvador PUIG ANTICH, garrotté dans les geôles du sinistre Franco à la prison Modelo de Barcelone, à l’âge de 24 ans. Il était militant et activiste anarchiste du M.I.L. Le M.I.L (Mouvement Ibérique de Libération), né dans les années 70, pratiquait -entre autre- l’expropriation politique, dans une Espagne étouffée sous le joug du franquisme. Ce mouvement libertaire de guérilla urbaine ne fit jamais couler le sang. Salvador Puig Antich est salvadorarrêté le 25 septembre 1973, quelques mois après l’auto-dissolution du M.I.L, et grièvement blessé à la tête. Un sous-inspecteur de police est tué dans la confusion (sans doute par un autre policier). Le 7 janvier 1974, la peine de mort est néanmoins requise contre le jeune militant, malgré d’évidents vices de forme. Partout en Europe (et jusqu’en Argentine) on se mobilise pour demander sa libération. A Toulouse, des affrontements ont lieu devant le consulat Espagnol avec la police, à Rennes, il ne se passait pas une semaine sans que nous soyons dans la rue. A cette époque là, les raisons de s’indigner étaient peut-être plus évidentes qu’aujourd’hui; quoique… Puig Antich sera malgré tout garrotté. Je crois que c’est le dernier à avoir été exécuté selon la technique du « garrot vil ».

Pour ne pas rester sur une note amère, je pense à Francesca Solleville éblouissante interprète qui a eu la bonne idée de naître un 02 mars. Outre ses reprises des chansons de la Commune, on lui doit l’interprétation des textes de Mac Orlan et Aragon notamment. Toujours engagée, contre le nazisme, le franquisme, la guerre au Viet-Nam elle chante les poèmes d’Apollinaire et de Genet comme ce formidable « condamné à mort » sur une merveilleuse musique d’Hélène Martin, que je ne peux m’empêcher de rapprocher de la fin tragique de Puig Antich.

Allez, merci de passer par ici, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Pluviôse: le cénobite se r’pose…

Posté par erwandekeramoal dans HISTOIRE

Amis du stoïcisme et de la médecine par les plantes réunis, bonjour ! Nous sommes le Mardi vingt-deux Janvier 2019 c’est à dire le 3è jour de Pluviôse cinquième moisFragon du calendrier républicain français. Pour les puristes, je précise que Le décret du 4 frimaire an II orthographiait le nom du mois « pluviose », sans accent circonflexe. Ce jour était dédié au fragon, bien connu dans nos campagnes sous le nom de Petit-houx. Certains l’appellent la fragonnette et on l’utilisait autrefois pour fabriquer des balais. Pluviôse évoque toujours pour moi ce proverbe qu’utilisait mon aïeule: Glav da Sul, glav da Lun, Ha glav e-pad ar sizhun ( Pluie le dimanche, pluie le lundi, et pluie toute la semaine.) Cela ne devait pas s’appliquer à la Bretagne…

Tiens, à propos de Bretagne; dans l’histoire, la date du 22 janvier 1871, nous renvoie à un épisode peu glorieux pour les bretons. C’est le jour d’un Trochu-200x300soulèvement populaire parisien ( prémisses de la Commune) pour empêcher le gouvernement de défense nationale de signer la capitulation devant les prussiens. une délégation des manifestants est reçue par Gustave Chaudey, adjoint du maire (Jules Ferry). Soudain, un coup de feu est tiré par un provocateur. Les Gardes mobiles bretons, commandés par le Bouëdec et dont fait partie le lieutenant James Marie Antoine Monjaret de Kerjégu,(du célèbre château de Trévarez) installés dans l’hôtel de ville tirent sur la foule qui s’éparpille tandis que des gardes nationaux ripostent. C’est ce jour où Louise Michel prendra pour la première fois les armes. Et c’est encore un 22 Janvier, en 1905, qu’eurent lieu enterrement de Louiseses funérailles (ici à gauche, une eau- forte de Albert Peters-Desteract) elle vient de découvrir que ces gens là ne se défendent pas contre les prussiens mais contre les travailleurs parisiens. Le pouvoir était alors entre les mains du trop célèbre général breton TROCHU.  Il fut vite remplacé par THIERS le massacreur des communards. Victor Hugo l’a marqué d’une définition cinglante : « Trochu, participe passé du verbe Trop Choir. » . Pour Trochu : « la fin, c’est l’ordre, l’ordre seul, qui se résume en trois mots: Famille, Propriété, Religion. Deux mois plus tard démarrait la Commune de Paris.

Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.

La complainte de la butte…

Posté par erwandekeramoal dans HISTOIRE

Amis de la géologie et du rougail saucisse réunis, bonjour! Nous sommes le Jeudi 10 janvier 2019, 21è jour de nivôse dédié à la pierre à plâtre, autrement dit le Gypse. On l’a extrait pendant fort longtemps des fameuses carrières de Montmartre, dont le gypse fut exploité depuis l’époque gallo-romaine et transformé par les nombreux fours à chaux de la butte carrièreMontmartre. Ils ont longtemps servi à confectionner le plâtre le plus fin et le plus réputé, tant pour la construction que pour les moulages : le « plâtre de Paris » ou « blanc parisien ». En Bretagne, histoire de ne point faire comme tout un chacun, on fête les Ratian. Disciple de saint Guénolé, saint Ratian aurait protégé Elliant, Tourc’h, Langolen et les localités avoisinantes lors d’une épidémie de peste. Un chant du Barzaz Breiz transcrit par Théodore Hersart de La Villemarqué, mais qui daterait du VIe siècle l’évoque:

Tre Langolen hag ar Faouet
Eur Barz santel a zo kavet ;
Hag hen Tad Rasian hanvet.

Quand aux carrières de Montmertre (comme disait Bruant), on dit qu’à la fin du XIXe siècle, elles s’étendaient sur plus de 300 km de galeries. Le plâtre fut utilisé à grande échelle dans la capitale, d’où le dicton Montmartrois : « Il y a bien plus square Louise M.de Montmartre dans Paris que de Paris dans Montmartre ! » Hélas, lors de la Commune de Paris, les carrières furent transformées en lieu d’exécution et en fosses communes. D’ailleurs, lors de votre prochaine visite, cheminez donc jusqu’au bout de la rue Ronsard, vous y trouverez le square Louise Michel ; c’était l’entrée des carrières. C’est au gypse que l’on doit ces merveilleuses concrétions sédimentaires que sont les roses des sables. Et puisque l’on parle de Montmartre, prenez deux minutes pour écouter « la complainte… »

Et voila, maintenant vous l’avez dans la tête pour toute la journée. En attendant le prochain billet, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Le grand St Eloi lui dit O mon roi…

Posté par erwandekeramoal dans HISTOIRE

, , ,

Amis de la neige en hiver et du Picon-bière réunis, bonjour ! Nous sommes le Vendredi 04 Janvier 2019 qui correspond au quinzième800px-René_Madec-235x300 jour de Nivôse dédié au lapin. J’en connais qui vont fêter les Madeg. Madeg était un compagnon de Gwenneg. On suppose qu’il était l’un des nombreux frères du roi Judikael (roi des bretons qui fut soumis à l’allégeance par le bon roi Dagobert), et qu’il fit partie de ceux qui suivirent leur aîné Josse dans son voyage dans le Nord, qui se termina par la fondation d’une abbaye à Wormhoudt (59), non loin de Dunkerque.

C‘est justement un 04 Janvier en 629 qui vit l’avènement de Dagobert 1er à la mort de son père Clothaire II. Or donc, Dagobert qui, jusque-là, régnait sur l’Austrasie, se fait reconnaître roi de Neustrie par les évêques et les leudes (les hommes qui entourent le souverain). Son frère cadet Charibert (ou Caribert) obtient en compensation le gouvernement de l’Aquitaine. Deux ans plus tard, sa mort permet à Dagobert de reconstituer temporairement l’unité du Regnum Francorum de son ancêtre Clovis. Le roi, à Paris, s’entoure d’une cour relativement fastueuse et de conseillers émérites, comme le « bon saint Éloi » de la dagobert-1st-king-of-france-from-628-to-638-history-of-france-by-jhenry-dc60ynchanson, son argentier, qui ne manque pas de lui reprocher sa débauche. Il soumet les Gascons et le chef breton Judicaël, signe même un traité d’amitié avec l’empereur byzantin Héraclius. Mais en 634, cédant à la pression des nobles d’Austrasie, il a la faiblesse de leur donner un roi en la personne de son fils de 10 ans, Sigebert III…

 

C’est le début de la fin pour les Mérovingiens, inexorablement, ses souverains perdent le pouvoir effectif au profit de leur maire du palais (conseillers du Prince). Cela leur vaudra la réputation de « rois fainéants ». Oui, bon, d’accord mais, quel rapport avec Madec ? Aucun ! Ce prénom est encore porté; mais est aussi devenu un patronyme, illustré par le nabab René Madec, de Quimper, qui créa une armée privée qu’il mit au service du grand Moghol, Shah Alam II, qui le fit Nabab de première classe. Plus tard il deviendra roi des Indes; il faudra que je vous conte ses aventures un de ces jours. En attendant, portez vous bien et à bientôt peut-être.

J’ai la mémoire qui flanche…

Posté par erwandekeramoal dans HISTOIRE

Amis du spleen et du p’tit maquereau à la bretonne réunis, bonjour! Nous sommes le Mercredi 19 décembre 2018 et c’est le 29è jour de frimaire dédié à l’Olive. Le 19 décembre 1915 à vu mourir Aloïs Alzheimer; il est très connu mais je ne me souviens plus pourquoi, j’ai la mémoire qui flanche.

Chez nous c’est la saint Juzel, ou Judikael, ou même Gicquel… Les historiens ne sont pas d’accord entre eux. Il semble bien qu’il régna sur la Bretagne à partir de Juzel632. En 636, le bon saint Eloi lui dit Ô mon roi et lui fit rencontrer à Clichy, près de Paris, Dagobert qui, ce jour là n’avait pas sa culotte à l’envers pour signer un traité de paix entre Bretons et Francs. Deux ans plus tard, il laissa son trône et se fit moine pour les 20 dernières années de sa vie. Ici à gauche, une statue le représentant à Paimpont en forêt de Brocéliande. « Juzel était le fils de Judhaël, roi de la Domnonée, un royaume qui occupait alors le nord de l’Armorique. A la mort de Judhaël, vers 605, Juzel, pourtant le fils aîné et l’héritier, préféra se retirer au carte-armoriquemonastère Saint-Jean de Gaël que saint Méen venait d’ériger. Il quitta cependant le monastère pour prendre la direction du royaume de Domnonée. Pendant vingt ans, il gouverna le royaume avec autorité et sagesse. Ses qualités de diplomate lui permirent de régler des différends avec le roi Dagobert et de conclure avec lui une alliance (en fait un traité d’allégeance au roi des Francs). Soit quasiment un millénaire avant qu’Anne, ma sœur Anne, ne voyant rien venir, fit de même avec Charles VIII puis louis XII. Cela fait, il décida d’abdiquer de nouveau et de reprendre la vie monacale. »

Et voila, le mercredi il y a ceux qui ont piscine, nous, on a histoire… Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.

A la pointe de la Cornouaille…

Posté par erwandekeramoal dans HISTOIRE

,

Amis de la comedia dell’arte et des discours présidentiels réunis, bonjour ! Aujourd’hui, Vendredi 14 Décembre 2018 c’est le 24ème jour de frimaire dans le calendrier républicain et, figurez vous que c’est le jour de l’oseille… Alors, c’est flouzel’occasion ou jamais de jouer au loto puisque le vendredi treize n’a pas voulu vous sourire, ou alors de vous préparer une bonne soupe (à l’oseille). Pourquoi ont-ils dédié cette journée à l’oseille et pas au blé ou à l’artiche, au flouze, à la fraîche, au pognon, au fric, au grisbi, à la thune, la braise, le pèze, la galette… Les motivations des Républicains (qui avaient pourtant le choix dans la date) pour leur calendrier restent pour moi un grand mystère.

Savez vous qu’aujourd’hui, le prénom qui est à la fête est celui d’ Audierne. Certes il n’est plus guère usité mais, il fut un temps… Notre petit port de pêche du Sud-Finistère tient en effet son nom d’un prénom. Oyez donc son histoire. Il y a fort audierne marché au poissonlongtemps, débarquent les Bretons d’outre-Manche : en témoignent encore les « plou » et les « tre » si nombreux de nos toponymes actuels. Au XI e siècle, la tempête normande passée, un terme nouveau se répand en Bretagne : le « Ker » ou « Kar » venus du Gallois « Kaer », la forteresse. Il désigne une petite agglomération. A la même époque, un prénom féminin fait un véritable succès : Audierne (primitivement Hodierna). En l’an 1050, la première abbesse de Locmaria porte le nom d’ Hodiern (A gauche, le marché aux poissons du temps de mon aïeule). « Kaer Hodiern » apparaît par écrit à Esquibien en 1294.

Désormais le « Treff an Goezien » du VII è siècle affronte la nouvelle appellation « Audierne ». C’est là le signe d’une certaine mésentente entre agriculteurs de la paroisse mère d’ Esquibien et tréviens, tenants de la vie et de l’activité portuaire. En 1410, Dom Morice écrit  « Enquête faite sur les chartes de coutume ou d’imposition du port de Goezian que d’aucuns appellent Odierne ». Dès 1321, on relève avec surprise dans l’Atlas du Vénitien Pétrus Vesconte « Odierna » BIG05et sur une carte hollandaise de 1580 « Odjern ». Les voyageurs étrangers semblent ignorer le terme « Goazien ». La Révolution mettra un terme aux difficultés en 1793 en séparant Audierne de sa mère, Esquibien, comme Tréboul de Poullan ou bien d’autres trêves encore de leur paroisse-mère. Sources: Amédée Guiard. A noter que l’étymologie est la même pour Alderney (Aurigny) ile anglo-normande. A  Audierne s’achèvent les méandres du Goyen qui donna son nom à la ville en breton Gwaien et sa magnifique ria, fameuse pour ses huitres, aussi goûtées que celles du Belon. En breton stêr Gwaien, c’est à dire, la rivière d’Audierne. Photo de droite: la célèbre bigoudène sculptée par René Guillevic à Pors-Poulhan et qui marque la frontière entre Cap-Sizun et pays Bigouden à une encablure d’Audierne.

Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Des Canuts aux gilets jaunes…

Posté par erwandekeramoal dans HISTOIRE

Amis de la méthode Coué et du risotto de praires réunis, bonjour ! Nous sommes le Samedi 24 Novembre 2018, quatrième jour de Frimaire, dédié à la nèfle. Vous n’allez pas me croire mais, dans certains calendriers, ce quatrième jour de frimaire est consacré à Saint Pourçain; moine qui aurait laissé son nom à la commune de St- Pourçain-sur-Sioule dans le Les-Deux-Clochers-Saint-Pourçain-2013-300x300département de l’Allier. J’ai une tendresse particulière pour ce vin de pays qui mériterait une meilleure réputation, notamment le rouge. On le trouve à des prix très raisonnables et son assemblage de Gamay et de Pinot noir, alors que le blanc est vinifié à partir du Tressalier, lui donne cette légèreté agréable. Saint Pourçain fut ermite bien entendu. C’est à partir du VIe siècle que l’on trouve des traces de la ville dans l’histoire lorsque Porcianus ou Purcianus ou encore Portien, un ancien porcher dit-on, devint abbé d’un monastère établi à une date inconnue sur cette petite hauteur dominant la rivière.

Tout à fait autre chose.

Le 21 novembre 1831, éclate sur la colline de la Croix-Rousse, au nord de Lyon, la révolte des canuts. Elle va se propager dans tous les quartiers ouvriers de la métropole. Les insurgés prennent pour emblème le Drapeau-canutsdrapeau noir et la devise: « Vivre en travaillant ou mourir en combattant ». Cinquante ans plus tard, Aristide Bruant en fera cette chanson magnifique. Ce mouvement social est exemplaire à plus d’un titre ainsi que nous l’allons voir. Les canuts dont le nom vient de du mot canette ou bobine, sont des artisans qui tissent la soie à domicile sur leur propre métier à bras. Ils travaillent pour le compte des soyeux (les patrons) qui leur fournissent la matière première et récupèrent le produit fini.

 

Ils sont environ 6000 artisans qui emploient 30 000 compagnons. Tout cela pour 18 sous par jour et 15 heures de travail. Après un accord arraché au préfet du département sur un tarif minimum que les soyeux refusent d’appliquer prétextant de la concurrence canuts_revolte_p-300x197internationale et des contraintes du marché (cela ne vous rappelle rien ?), la colère éclate. Les canuts descendent de leur colline, drapeau noir en tête, et occupent le centre de Lyon. Après de nombreux combats, on compte une centaine de morts. Le maréchal Soult débarque à Lyon à la tête de 20 000 soldats, la ville est reprise, la garde nationale qui avait pactisé avec les ouvriers est dissoute, le tarif minimum abrogé et le préfet révoqué.

En 1834, les canuts vont remettre le couvert et cette canuts-gauchefois ci, c’est Thiers, celui là même qui quelques années plus tard écrasera la Commune dans le sang, qui va se charger de la sale besogne. 600 morts et 10 000 arrestations. A la chambre des députés, Casimir Perier, président du Conseil, s’exclame: « Il faut que les ouvriers sachent qu’il n’y a de remède pour eux que la patience et la résignation.». Et alors, 180 ans plus tard… A vous de juger !

En attendant qu’on prenne les fourches, portez vous bien et à bientôt peut-être.