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De l’Asaret à l’oeuvre au noir…

Posté par erwandekeramoal dans PORTRAIT

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Amis du trot attelé et du pendule de Foucault réunis, bonjour ! Nous sommes, qui l’eut cru, le Mercredi 24 février 2016, sixième jour de Ventôse dédié à l’Asaret qui est, chacun le sait, une plante herbacée de Trille-rouge-fleur-01la famille des Aristolochiacées. L’Asaret du Canada est une plante désignée vulnérable à la récolte par le gouvernement, il est interdit de la cueillir ou d’en faire le commerce. Sa fleur est petite et de forme particulière. Le rhizome de l’Asaret du Canada a une odeur et une saveur de gingembre c’est pourquoi on l’appelle aussi gingembre sauvage. Voilà, vous savez tout. Tiens, à propos de gens qui savent tout…

Il y a quelques jours nous apprenions le décès de Umberto Eco et, comme le dit fort justement Martin Lessard, «la disparition d’Umberto Eco fait baisser à lui tout seul la moyenne du QI planétaire». Ce Piémontais d’origine me fait penser à un autre italien, Florentin lui, par leur capacité à emmagasiner les savoirs. Je veux parler de Jean Pic de la Mirandole. Troisième fils d’une vieille famille comtale, Jean Pic naquit le 24 février 1463 au château de Mirandole. Suite à la mort prématurée Pico1de sa mère, il hérita très jeune d’une fortune considérable qui allait lui permettre bien des voyages, bien des libertés et bien des extravagances. D’abord inscrit à l’Université de Bologne pour des études en Droit canon (sa mère le destinait à la prêtrise) il renonça bien vite aux diplômes universitaires pour devenir autodidacte. Il séjourna aussi à Ferrare avant de s’établir à Florence. À 23 ans, il publie 900 thèses sous le titre : Conclusions philosophiques, cabalistiques et théologiques, et, grand seigneur, invite tous les érudits à en débattre avec lui à Rome, quitte à ce qu’il leur paie les frais de déplacement ! L’initiative déplaît en haut lieu et le 31 mars 1487, Pic de la Mirandole doit renoncer à plusieurs de ses conclusions, jugées hérétiques par une commission papale.

Il mourut le 17 novembre 1494, alors que le roi de France entrait à Florence. Jean Pic de la Mirandole décéda, assisté en ses derniers instants par Savonarole qui voyait dans la victoire des troupes françaises la réalisation de ses prophéties… Cette mort mystérieuse, emportant en moins de deux semaines un homme dans la force de l’âge, a fait croire à un empoisonnement dont le secrétaire de Pic aurait Ludwig-von-Langenmantel-Savonarola-preaching-against-luxury-and-preparing-the-bonfire-of-the-vanities-1881-détailété l’auteur. Ce personnage, cupide et fort louche au demeurant, aurait été soudoyé par Pierre de Médicis, qui n’aurait jamais pardonné au protégé de son père d’avoir pris le parti de Savonarole ou, du moins, de s’en être ostensiblement rapproché. Certains voient dans Le discours la quintessence même de la pensée de Pic de la Mirandole et cet extrait a maintes fois été repris; on le retrouve dans L’œuvre au noir de Marguerite Yourcenar. Ce sont les paroles par lesquelles le Créateur, s’adressant au premier homme, lui confère le privilège de la liberté: « Je ne t’ai donné ni visage, ni place qui te soit propre, ni aucun don qui te soit particulier, ô Adam, afin que ton visage, ta place, et tes dons, tu les veuilles, les conquières et les possèdes par toi-même. Nature enferme d’autres espèces en des lois par moi établies. Mais toi, que ne limite aucune borne, par ton propre arbitre, entre les mains duquel je t’ai placé, tu te définisses toi-même. Je t’ai placé au milieu du monde, afin que tu pusses mieux contempler ce que contient le monde. Je ne t’ai fait ni céleste ni terrestre, mortel ou immortel, afin que de toi-même, librement, à la façon d’un bon peintre ou d’un sculpteur habile, tu achèves ta propre forme.» et d’aucun d’y lire l’œuvre du prototype même de l’humaniste du Quattrocento. Savonarole, L’œuvre au noir, Le nom de la rose… Brrrrr !

Allez, merci de votre visite, portez vous bien et à demain peut-être.