Le bal des trépassés…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

Amis de la prétérition et du filet de cabillaud réunis, bonjour ! Nous sommes le Lundi 02 novembre 2020, 12è jour de brumaire, habituellement dédié à la Mâcre, plante aquatique autrement appelée la-baie-des-trepasseschâtaigne d’eau, on dit que les chinois en sont friands (Ah, le pangolin à la châtaigne d’eau…) En Bretagne c’était un grand jour que celui-là. Il était consacré aux trépassés, ici on dit Anaon. Peut-être connaissez vous ce recoin de côte entre la pointe du Van et celle du Raz, au bout du bout du Finistère, c’est la baie des trépassés, bae an anaon. Mon aïeule, admiratrice d’Anatole le Braz, m’a souvent conté l’histoire du Treizour (le passeur) chargé de mener les âmes vers l’autre monde et qui accostait la nuit venue sur ses rivages. Il faudra que je lui consacre un billet. Au treizour, pas à mon aïeule…

Cette antique curiosité des Celtes pour les problèmes de la mort s’est conservée jusqu’au siècle dernier, et avant dernier, en Bretagne où l’on a vu apparaître de somptueux monuments funéraires avec des ossuaires souvent plus beaux que les églises, agrémentés de motifs sculpturaux parmi lesquels figure en bonne place le valet de la mort,kathryn-jacobi-14-224x300 l’Ankou. Alors qu’on s’efforçait ailleurs, par mesure d’hygiène, d’éloigner des villages les cimetières, en Bretagne, cela était regardé comme des profanations et ceux-ci occupaient en général le centre de la bourgade, au milieu des vivants. Ce qui brouille la perception de cette filiation, c’est la grande prédication, intensifiée à la suite de la révolte « du Papier timbré » en 1675 (les fameux bonnets rouges), en vue d’arrêter la révolte et de prêcher la soumission à Dieu et au roi, à un pays peu ou mal christianisé. Elle fut menée à bien par des Jésuites, principalement le Père Maunoir et Michel le Nobletz, et vit l’introduction de nouvelles pratiques: grandes processions, cantiques, culte de nouveaux saints et de la Sainte Famille avec Sainte Anne, qui ont continué de marquer la Bretagne.

Venez chanter pour moi la complainte des trépassés,
ma parentèle, mes preux, mes freux, mes chevaliers,
mes aveugles, mes mal-chaussés, mes forestiers !
(Hubert Juin) illustration de Kathryn Jacobi

Le sort des âmes trépassées est marqué désormais par la terreur de l’enfer, les descriptions sadiques des supplices qu’on y enduraient et dont le « cantique » du P. Maunoir, l’Enfer,  est un saisissant condensé. En 1641, il publie un premier recueil de cantiques bretons, qu’il utilise Taolennou1lors d’une mission à Douarnenez. Maunoir utilisa au départ les « Taolennou » que le père Le Nobletz avait développés : ce sont des cartes ou tableaux représentant des thèmes illustrant son enseignement (ici à gauche). Il pouvait ainsi marquer visuellement ses fidèles qui ne savaient pas lire. C’est ainsi qu’il utilisa le cantique en raison de l’illettrisme d’une grande partie des fidèles. On choisissait un air à la mode qui était donc connu des fidèles et l’on y adaptait des paroles religieuses qui reprenaient l’abrégé du catéchisme. Cette fête qui est célébrée chez les Catholiques, le lendemain de la Toussaint, le 02 novembre donc, est fondée sur l’idée que les âmes mortes en état de péché véniel voient leurs souffrances allégées par la prière des vivants et le sacrifice de la messe. Elle remonte à St Odilon, abbé de Cluny mort traverser-le-Styx-300x230en 1048. L’ « argument » rédigé par La Villemarqué en introduction de ce chant(dans le Barzaz Breiz) peut se résumer ainsi: « C’est le mois noir (miz du= novembre) que l’Eglise a choisi pour songer aux morts et prier pour eux. Le soir de la Toussaint, on venait s’agenouiller sur la tombe de ses parents défunts, remplir d’eau bénite le creux de leur pierre funèbre et dans quelques localités, y faire des libations de lait. Puis avait lieu un office religieux. Les cloches ne cessaient de tinter durant toute la nuit et parfois, à l’issue des vêpres, avait lieu une procession aux flambeaux autour du cimetière au cours de laquelle le recteur bénissait chaque tombe. Dans chaque maison le repas restait servi pour les défunts et le feu du foyer restait allumé pour qu’ils puissent s’y réchauffer. » On le préservait jusqu’au lendemain en couvrant les braises; d’où l’expression: couvre-feu…

Allez, confinez en paix et à bientôt peut-être.

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