Le noir est une couleur…

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE

Amis de la mécanique des fluides et du far aux pruneaux réunis, bonjour ! Nous sommes le Mardi 11 Août 2020, vingt-quatrième jour de Thermidor dédié à l‘herbe aux mouches, qui se fait appeler aussi inule squalleuse, herbe aux punaises, œil de cheval, chasse puces mais qui n’a rien d’extraordinaire, malgré toutes ces appellations peu l'aunéeflatteuses. Autrefois, on lui prêtait des pouvoirs insecticides d’où ces noms qui font référence aux insectes; du reste, son odeur n’est pas très agréable, mais elle est  appréciée des abeilles. On peut très bien passer près d’elle sans y faire attention. Elle affectionne particulièrement les terrains secs; le sable du platier semble lui convenir. De ce fait on en trouve fréquemment sur nos dunes. Autrefois, on lui attribuait des vertus curatives et elle a été fréquemment utilisée en décoction pour soigner les contusions, les hernies, les blessures internes, etc…

Ce 11 août est aussi le jour anniversaire de la naissance d’une sacrée bonne femme (je devrai écrire grande dame) dont je voulais vous dire deux mots pour vous inciter à vous jeter sur ses livres. Grisélidis Réal Grisélidisest donc née à Lausanne en 1929 dans une famille qui lui donnera une éducation des plus rigides, ceci explique peut-être cela… Mariée à 20 ans, elle a un premier fils puis se sépare de son mari et a une fille avec un autre homme. Elle aura à nouveau un fils puis un divorce et en 59 un quatrième enfant. A ce moment là de sa vie elle part pour l’Allemagne et se retrouve sans papiers, sans argent… Elle décide de se prostituer dans un bordel clandestin. Emprisonnée pour avoir vendu de la marijuana à des soldats américains, elle commence à écrire en prison. Son premier livre, le noir est une couleur, est paru chez Balland en 74.

Au cours des années 70 Grisélidis Réal devient véritablement une activiste et conduit la « révolution des prostituées » à Paris, occupant la chapelle Saint-Bernard. Son recueil La passe imaginaire est l’ouvrage qui m’a permis de la découvrir. Il s’agit d’une collection de lettres qu’elle a adressées à son ami le journaliste Jean-Luc Hennig. Chaque lettre débute par la description du gueuleton qu’elle est en train de faire, la musique qu’elle écoute, le vin qu’elle boit… Elle témoigne de la misère sexuelle des ouvriers immigrés, mais aussi des ravages de la morale plaque de ruereligieuse faux-cul qui lui envoie tant de maris frustrés: « …Ne jouissez pas! N’ayez pas d’orgasme! Ne sentez rien: Bloquez vous, crispez vous, serrez les dents et les fesses, détestez, haïssez, soyez froids, glacés, paralysés, honteux et frustrés!« . Et plus loin, à propos du Pape: « …Il faudrait pour lui faire rendre gorge, enfoncer tous les clochers d’église et les minarets en y ajoutant la tour Eiffel, la tour de Pise et l’Obélisque dans le cul du Pape pour réduire au silence ses préceptes meurtriers… Je vous embrasse très cher. » Voila le style du personnage qui nous a quitté en Mai 2005. Certains de ses livres sont épuisés mais, en cherchant bien vous trouverez peut-être: Le noir est une couleurLa passe imaginaireCarnet de bal d’une courtisane et, le carnet de Grisélidis sur une musique de Bashung… Ne vous privez pas de ce bonheur.

Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.

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