Emile Masson, professeur de liberté…

Posté par erwandekeramoal dans PORTRAIT

Amis de la raison pure et des causes perdues réunies, bonjour ! En ce Mardi 28 juillet 2020, dixième jour de Thermidor dédié à l’arrosoir; je voulais vous entretenir d’un brestois, disparu lui aussi dans les oubliettes de l’histoire: Emile Masson, né un 28 juillet en 1869.

Né à Brest, il n’est pas élevé en breton et n’apprendra la langue que emile massonplus tard non sans avoir obtenu deux licences, en philosophie et en anglais. A Paris il fréquente les mouvements dreyfusard, anarchistes, antimilitaristes et se lie d’amitié avec Elisée Reclus, Kropotkine et Romain Rolland. Il deviendra professeur d’anglais au lycée de Pontivy entre 1904 et 1921. On lui doit la création de la revue « Brug » (bruyère), revue mensuelle bilingue en 1913 pour faire pénétrer les idées libertaires dans le milieu paysan. J‘avoue que les illustrations de couverture n’incitaient pas franchement à la rigolade; la plupart étaient signées du peintre Jean-Julien Lemordant. Ne pas confondre avec Bleun-brug (fleur de bruyère) mouvement créé par l’abbé Perrot dès 1905; curé réactionnaire, nationaliste et notoirementBrug collabo. Emile Masson a traduit une brochure d’Elisée Reclus « à mon frère paysan » en dialectes Léonard et Vannetais. Son œuvre est toute axée sur la libération de l’homme, il accorde une place essentielle à l’éducation et se réfère sans cesse aux concepts de pédagogie, humanisme, tolérance, non violence… Il y a du Gandhi chez Emile Masson. On peut se demander pourquoi cet écologiste avant l’heure, antimilitariste en pleine boucherie de 14/18, féministe déclaré, socialiste ET breton, intellectuel original et prolixe (il faut lire « l’utopie des iles bienheureuses dans le Pacifique ») a disparu des mémoires.

Plus qu’oublié, il semble avoir été refoulé de la mémoire collective des uns et des autres tant ses idées refusaient la simplicité et le manichéisme, le bien et le mal. Parce que il était athée ET tolérant, parce que son nationalisme breton était la voie vers l’internationalisme, parcebretons-socialismeque ses idées anarchistes étaient faites d’amour et de fraternité. Bref, Emile Masson emmerdait tout le monde et particulièrement le petit monde de gauche franchouillard et Jacobin. Dans « Brug » en 1914, il écrit ceci: « …Les ouvriers manifestent pour leur langue un mépris de civilisés et les intellectuels bretons, nourris aux lettres françaises et latines, considèrent qu’un honnête homme (un bon français) commence par cesser d’être breton. » Il va mourir à Paris le 9 février 1923. Son fils Michel Masson a été maire de Pontivy. Il est intéressant de relire « Les bretons et le socialisme » paru aux éditions Maspero accompagné d’une présentation de Jean-Yves Guiomar. Un recueil de textes et de lettres où la question nationale bretonne se mêle au socialisme libertaire.

Bon et bien, je vous abandonne à vos méditations, mes tomates réclament leurs soins quotidiens et Dieu sait qu’il n’y a pas plus susceptible que la tomate… Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.

4 commentaires

  1. lolobobo

    oserais-je te dire qu’on peut aussi lire un peu du bonhomme en ligne ici
    http://bibliotheque.idbe-bzh.org/auteur.php?id=154&l=fr

  2. Anne-Marie

    Le monde se porterait sans doute un peu mieux si les » Emile Masson » étaient plus nombreux.

    • erwandekeramoal

      Nous sommes bien d’accord. Bon été malgré cette saleté de virus.

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