Vous lisez actuellement les articles publié le juin 25th, 2020

Page 1 de 1

Adieu l’Emile…

Posté par erwandekeramoal dans PORTRAIT

, ,

Amis de ma vieille Bretagne et du lait ribot réunis, bonjour ! En ce Jeudi 25 juin 2020, septième jour de Messidor dédié au concombre, je voulais vous inviter à vous souvenir de cet éveilleur de conscience que fut Émile le Skanv dit Milig et plus connu sous son nom de scène : Glenmor.
dessin-Glenmor« Plaise à tous les saints de noble compagnie, noter que l’ivresse, chez lui, engendrait la bonté et qu’en somme tous les ferments conjugués le délivraient de ses tendresses. » C’est extrait d’une plaquette tirée à quelques exemplaires par Martial Pézennec et que Milig avait eu la gentillesse de me dédicacer à la fin des années 70 au cours d’une soirée en sa demeure de Mellionnec (22). Magnifique plaquette dotée d’une typographie et bois gravés de Claude Huart. La dédicace est à l’adresse de mes garçons dont l’un se prénomme Glenn en hommage à ce rebelle né un 25 juin 1931 à Mael-Carhaix. Et c’est encore au mois de juin (1996), qu’il nous a quitté.

Je l’ai connu et fréquenté à une époque où la « bretonnitude » n’était pas encore au goût du jour et il n’était guère de bon ton d’afficher son penchant pour la désuète culture bretonne. Les gens de gauche nous traitaient de « Breiz atao » en nous assimilant tout en vrac à l’Abbé Perrot et ses milices, à Debeauvais et son parti nationaliste, tandis que les Gaullistes nous présentaient comme les indignes héritiers de l’infimeGlenmor-D- minorité qui avait choisi la voie de la collaboration durant l’occupation. Glenmor c’est levé, solide comme un menhir sous les rafales, voix de stentor, et son chant a fait trembler la République une et indivisible et ses petits hussards centralisateurs. Derrière lui sont venus Styvell, Servat, Kirjuel, Ducos, Dan ar Bras… On a redécouvert les sœurs Goadec et les frères Morvan, le Plinn et le khost-ar-c’hoat et les festou-noz qui avaient cédé la place aux bals popu ont repris force et vigueur. Il était très croyant (il a fait le petit séminaire et poursuivit ses études chez les pères blancs) mais bouffait du curé à tous les repas, une soirée en sa compagnie était souvent aussi arrosée que la pointe St Mathieu par gros temps de Sud-Ouest et il fallait quelquefois le coucher à l’arrière de son « tube » Citroën qui lui tenait lieu de carrosse.

Il émigre plusieurs mois à Bruxelles en 1961 où il connaît un petit succès. Il y croise Jacques Brel (qui dit dans la chanson Le Moribond : « Adieu l’Émile, je vais mourir ») et rencontre sa future femme qui, arrivée en Bretagne, se renomme Katell. En 1965, il donne son premier grand concert public, c’était à Paris, salle de la Mutualité et, lorsqu’il entonne « Kan Bale Nevenoe », nous étions manoirnombreux à frissonner… Glenmor,  glen  comme la douce terre du Kreiz-Breizh , mor comme l’indomptable mer d’Iroise . « Suis né barde de petite Bretagne / de moindre pays / Personne ne me tint conseil / Seuls les chemins / et les vents me furent maîtres. » Ainsi allait Milig, croyant et libertaire, attaché à une Nation disparue, conservateur mais visionnaire, pétri de contradiction comme cette terre bretonne qu’il n’a jamais renié lui, le fils de paysan. A gauche, le manoir du Poul en Mellionnec, la demeure aujourd’hui est devenue chambre d’hôtes tenue par des sujets de sa très gracieuse majesté.

Allez, merci encore pour votre fidélité à ce petit blog sans prétention, portez vous bien et à bientôt peut-être.