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La propriété c’est le vol…

Posté par erwandekeramoal dans ANARCHISME

Amis de la démocratie participative et du cochon de lait réunis, bonjour ! Figuartichautrez vous, chers lecteurs, que ce Mardi 30 juin 2020 n’est rien moins que l’équivalent du 12 Messidor, dédié à l’artichaut. Quand on réside dans le Léon comme votre serviteur, le jour de l’artichaut c’est un peu la fête nationale. Je parle du camus de Bretagne, pas le violet de Provence, ni même l’épineux de Sicile. Non, il s’agit bien de ce bon gros chardon qui, comme disait le regretté Coluche : « …est un vrai plat de pauvres. C’est le seul plat que quand t’as fini de manger, t’en as plus dans ton assiette que quand tu as commencé ! ». Dois-je vous rappeler que c’est aussi l’anniversaire de la disparition de Bakounine, notre maître à tous… Enfin, façon de parler, il utilisait souvent le fameux ni dieu ni maître, titre du journal de Blanqui.

Le 30 juin 1840, sortie du livre de Proudhon « Qu’est-ce que la propriété ? ou Recherche sur le principe du droit et du gouvernement ». Ce premier mémoire est dédié à l’Académie de Besançon. Cela provoque un scandale; cette dernière exige le retrait de la dédicace, et somme Proudhon de venir s’expliquer devant elle. « Sachant qu’il existe une quantité finie d’objets appropriables. Un droit de propriété sur ces objets va développer un nombre fini de propriétaires possédants les objets. Plus un propriétaire possède d’objet, plus il est puissant, plus il posséder-Missticpeut posséder d’objets. Nous avons donc ici une boucle de rétroaction positive. De plus, plus un propriétaire posséder possède d’objets, moins les autres en possèdent, moins ils sont puissants, donc moins ils peuvent posséder. Nous avons ici une deuxième boucle de rétroaction positive ( Le terme de rétroaction positive est très souvent employé dans le domaine du changement climatique. Certains facteurs comme l’augmentation des températures vont provoquer des effets sur le climat qui à leur tour vont accentuer l’augmentation des températures. C’est alors un cercle vicieux qui s’enclenche et qui accentue le phénomène.). Par conséquence, l’état stationnaire d’un système économique basé sur le principe de la propriété a pour conséquence directe l’établissement de monopoles, et d’accroître les inégalités. Or l’homme doit pouvoir profiter des objets dont il a besoin, et ce de manière équitable. Le concept de propriété dépossède donc l’homme de ce droit. Donc, la propriété, c’est le vol. »

Voilà, je ramasserai les copies en septembre mais, d’ici là vous pouvez déposer vos commentaires. En attendant, portez vous bien et à bientôt peut-être.

C’est à Hambourg…

Posté par erwandekeramoal dans PORTRAIT

Amis de la quadrature du cercle et du polygone de sustentation réunis, bonjour ! Nous sommes le Lundi 29 Juin 2020, onzième jour de Messidor dédié à la coriandre. C’est une plante aromatique  employée pour de nombreuses préparations culinaires et qui a pour particularité PENTAX DIGITAL CAMERAde me révulser les papilles gustatives. Je déteste la coriandre, je hais la coriandre, je milite pour l’éradication de la coriandre… Bon d’accord, les goûts et les couleurs ne se prêtent pas à débat. Les vieux savoyards se souviennent encore de la recette d’une liqueur appelée Vespetrò: Elle tire son nom de trois verbes : vesser, péter, roter, soit les effets attendus lorsque l’on souhaite nettoyer un appareil digestif encombré. Prenez deux pintes d’eau de vie, ajoutez-y deux graines d’angélique, une once de coriandre, une pincée de fenouil. Rajoutez le jus de deux citrons avec le zeste, une livre de sucre. Faites infuser pendant quatre à cinq jours puis filtrez et mettez en bouteille… J’ai souvenance d’une pharmacie de Quintin(22) qui en proposait il n’y a pas si longtemps. Yec’hed mat !

Tiens, je m’aperçois que c’est aussi le jour anniversaire de la disparition d’une grande dame de la chanson: Germaine Montero. Germaine Heygel naît à Paris le 22 octobre 1909, d’un père alsacien et d’une mère normande. Elle passe les premières années de sa vie à Montrouge en banlieue parisienne. Après des études au lycée de Versailles et un Germaine-D-séjour en Grande-Bretagne, elle se rend en Espagne au début des années trente et suit des cours à l’université de Valladolid. À Madrid, où elle habite par la suite, elle rencontre le poète et dramaturge Federico Garcia Lorca. Il la fait débuter au théâtre en 1932-1933 dans l’interprétation des grands classiques espagnols. De retour à Paris après le coup d’État franquiste de 1936, elle prend le pseudonyme de Montero. En 1938, elle se révèle au public parisien dans la pièce Font- aux- Cabres de Lope de Vega. Elle joue ensuite dans Noces de sang de Garcia Lorca et dans Divines Paroles de Valle Inclan.

En 1939, elle débute en tant que chanteuse dans le cabaret d’Agnès Capri en y interprétant un florilège de chansons populaires espagnoles. Germaine Montero mènera toujours de front et avec un égal succès ses carrières de comédienne et de chanteuse. Au théâtre, elle joue Pirandello, Cocteau, Brecht (Mère Courage), Anouilh, Claudel, Montherlant… En 1947, elle participe à la création du festival d’Avignon aux côtés de Jean Vilar. Elle entre par la suite au TNP qu’il dirige. Au cinéma, elle tourne dans de nombreux films, dont Le soleil a toujours raison (1943, de Pierre Billon, adaptation et dialogues de Jacques Prévert), Lady Paname (1950, Henri Jeanson), Monsieur Ripois (1954, René Clément), Mélodie en sous-sol (1963, Henri Verneuil). En dehors Germaine -G-des chansons espagnoles qui firent son succès, Germaine Montero mit sa voix au service des grands auteurs français. Elle est l’interprète fétiche de Pierre Mac Orlan : Je peux vous raconter, Ça n’a pas d’importance, La Chanson de Margaret, La Fille de Londres (titre repris par Juliette Gréco et Catherine Sauvage). Comme Yves Montand, Patachou, Cora Vaucaire, Mouloudji et d’autres chanteurs de la Rive gauche, elle a interprété les chansons de Jacques Prévert et Joseph Kosma (Barbara, Les Enfants qui s’aiment, Les Feuilles mortes, En sortant de l’école, Et puis après – Je suis comme je suis). Elle a aussi chanté Léo Ferré (Paris Canaille, Le Piano du pauvre), Mouloudji et Georges Van Parys (Un jour tu verras) et Léon Xanrof. Son répertoire contient par ailleurs des chansons plus anciennes : La Semaine sanglante Jean-Baptiste Clément, 1871, Nini peau de chien (Aristide Bruant, 1904), Du gris (Benech et Dumont, 1920), La Butte rouge (Montéhus, 1922), La Java Bleue (Vincent Scotto et Geo Koger, 1938).

Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Les escaliers d’Odessa…

Posté par erwandekeramoal dans HISTOIRE

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Amis du septième art et de la sole meunière réunis, bonjour ! Nous voicPicasso-bleue-blue-period-buveuse-dabsinthe-150x150i le Samedi 27 juin 2020, hé oui, que le temps passe vite. C’est le 9è jour de messidor dédié à l’absinthe; la fée verte dont le consommateur a souvent été représenté; ici à droite par Picasso lui même durant sa période bleue. et c’est le moment ou jamais de souhaiter un bon anniversaire à Stéphanie, éminente collègue de la blogosphère qui atteint l’âge canonique de…Naan, j’déconne! Sinon, vous pouvez toujours célébrer les Fernand ou encore Maelvon qui fut évêque d’Aleth (Saint-Malo) mais, bon, il y a prescription.

Le 27 juin 1905, une mutinerie éclate à bord du Potemkine, le principal cuirassé de la flotte de guerre russe. Il devait son nom à un dignitaire potemkinetrès proche de la grande Catherine qui finit sa carrière comme généralissime des armées russes. C’est lui qui inventa les villages en carton, pour satisfaire la Tsarine au cours de son fameux voyage dans le midi de l’Empire (1787). Tout le long du Dniepr, pays aride et inhabité, des villas et des jardins furent installés afin de charmer les yeux de l’auguste visiteuse. Des masses populaires furent amenées des coins les plus éloignés de l’empire, des troupes furent échelonnées le long de la route avec mission d’acclamer la souveraine et d’exprimer l’enthousiasme des peuples nouvellement conquis.

Mais revenons à notre cuirassé. Le drame survient à Odessa, sur la mer Noire. Un marin est tué par un officier pour s’être plaint de la viande avariée. Aussitôt, l’équipage se soulève à l’instigation d’un meneur révolutionnaire, Afanasy Matiouchenko. Tandis que huit officiers rejoignent les mutins, le commandant et plusieurs autres officiers sont tués et jetés la mer. C’est que, depuis la défaite de Tsushima, un mois plus tôt, face à la flotte japonaise, les officiers de la marine tsariste ont le plus grand mal à se faire respecter par leurs hommes. Les marins du Potemkinles-escalierse s’emparent du navire et hissent les drapeaux rouge et noir de la révolution. Deux autres navires se joignent à la sédition. Le surlendemain, l’insurrection s’étend au port d’Odessa et à d’autres ports de l’Empire. L’état de siège est déclaré et la répression fera plusieurs centaines de morts. Après une longue errance dans la mer Noire, la plupart des mutins finiront par obtenir l’asile politique en Roumanie, dans le port de Constantza. La mutinerie s’inscrit dans la série de troubles sociaux, politiques et militaires, qui empoisonnent le régime tsariste en cette année 1905. Sa célébrité vient surtout du film qu’en tirera le réalisateur soviétique Serge Eisenstein en 1925 : «Le cuirassé Potemkine». Chacun se souvient de la scène du landau qui dévale les marches du fameux escalier d’Odessa, un travelling de six minutes. Cette scène mythique a été reprise aussi bien par Brian de Palma dans les incorruptibles que par Terry Gilliam dans Brazil.

Allez, merci d’être passé, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Embraceable you…

Posté par erwandekeramoal dans Non classé

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Amis de la propédeutique et des œufs mollets réunis, bonjour ! Nous sommes le Vendredi 26 juin 2020, huitième jour de Messidor dédié à l’échalote. Parce que c’est après avoir enlevé Jérusalem aux musulmans; que le chef des croisés Godefroy de Bouillon complète son succès en écrasant l’armée égyptienne à Ashkelon (ou Ascalon). De cette ville, les croisés ramèneront en Occident… l’échalote (du latin ascolonia cepa, qui signifie oignon d’Ascalon). Ascalon, au pays des Phillistins, aujourd’hui Israël. Autant vous dire qu’ici, dans le Léon (Nord-Finistère, 60% de la les-johnniesproduction française) où réside votre serviteur, on en connait un rayon sur l’échalote… Je me souviens des fameux Johnnies qui s’en allaient vendre leur production outre-Manche. J’ai retrouvé, pour illustré ce billet, cette jolie expression: War pont Landerne e vezer ar penn e Leon hag ar revr e Kerne. Sur le pont de Landerneau, on a la tête en Léon et le cul en Cornouaille. Or donc, nous fêtons les Gwenvred; ce prénom féminin breton nous vient tout droit… du pays gallois. Gwenvred était une jeune fille vierge vivant au Pays de Galles et qui comme bon nombre de ses consœurs féminines et martyres, s’était refusée à un homme, un prince nommé Karadog qui lui fit alors trancher la tête. Encore couramment employé au 15ème siècle, ce prénom porte en lui une valeur toute particulière car il fut le prénom de la dernière reine de Bretagne, épouse du Roi Salaun qui régna sur la région, de l’an de Grâce 857 à  874. Issu des mots bretons Gwenn, qui signifie blanc et Bred qui pourrait être traduit par esprit.

Tiens, c’est l’anniversaire de la disparition de Brownie: Clifford Benjamin Brown est un trompettiste de jazz et compositeur américain né à Wilmington dans l’ État de Delaware le 30 octobre 1930 et mort lors d’un accident de la route le 26 juin 1956. Clifford Brown était apprécié clifford-brown-300x300pour son jeu lyrique, fait de longues phrases mélodieuses et d’une virtuosité extrême. On peut rapprocher son jeu de celui de Fats Navarro. Il jouait à l’oreille, comme le lui avait appris son mentor Robert Lowery. Il a inspiré de nombreux disciples, lets Freddie Hubbard, Lee Morgan ou Wynton Marsalis. Il ne reste malheureusement que peu de traces de ses nombreuses représentations (concerts, jams, studios…), Clifford Brown étant tellement modeste qu’il a cherché tout au long de sa courte carrière à se faire oublier. Dans la vidéo, il interprète embraceable you mis à l’honneur aussi bien par Sinatra que par Ella Fitzgerald. Il est évoqué dans le 187e des 480 souvenirs cités par Georges Perec, dans son texte Je me souviens.

Bon, c’est pas tout, je dois encore faire les courses et trouver un bel onglet de bœuf pour accompagner mes échalotes. Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Adieu l’Emile…

Posté par erwandekeramoal dans PORTRAIT

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Amis de ma vieille Bretagne et du lait ribot réunis, bonjour ! En ce Jeudi 25 juin 2020, septième jour de Messidor dédié au concombre, je voulais vous inviter à vous souvenir de cet éveilleur de conscience que fut Émile le Skanv dit Milig et plus connu sous son nom de scène : Glenmor.
dessin-Glenmor« Plaise à tous les saints de noble compagnie, noter que l’ivresse, chez lui, engendrait la bonté et qu’en somme tous les ferments conjugués le délivraient de ses tendresses. » C’est extrait d’une plaquette tirée à quelques exemplaires par Martial Pézennec et que Milig avait eu la gentillesse de me dédicacer à la fin des années 70 au cours d’une soirée en sa demeure de Mellionnec (22). Magnifique plaquette dotée d’une typographie et bois gravés de Claude Huart. La dédicace est à l’adresse de mes garçons dont l’un se prénomme Glenn en hommage à ce rebelle né un 25 juin 1931 à Mael-Carhaix. Et c’est encore au mois de juin (1996), qu’il nous a quitté.

Je l’ai connu et fréquenté à une époque où la « bretonnitude » n’était pas encore au goût du jour et il n’était guère de bon ton d’afficher son penchant pour la désuète culture bretonne. Les gens de gauche nous traitaient de « Breiz atao » en nous assimilant tout en vrac à l’Abbé Perrot et ses milices, à Debeauvais et son parti nationaliste, tandis que les Gaullistes nous présentaient comme les indignes héritiers de l’infimeGlenmor-D- minorité qui avait choisi la voie de la collaboration durant l’occupation. Glenmor c’est levé, solide comme un menhir sous les rafales, voix de stentor, et son chant a fait trembler la République une et indivisible et ses petits hussards centralisateurs. Derrière lui sont venus Styvell, Servat, Kirjuel, Ducos, Dan ar Bras… On a redécouvert les sœurs Goadec et les frères Morvan, le Plinn et le khost-ar-c’hoat et les festou-noz qui avaient cédé la place aux bals popu ont repris force et vigueur. Il était très croyant (il a fait le petit séminaire et poursuivit ses études chez les pères blancs) mais bouffait du curé à tous les repas, une soirée en sa compagnie était souvent aussi arrosée que la pointe St Mathieu par gros temps de Sud-Ouest et il fallait quelquefois le coucher à l’arrière de son « tube » Citroën qui lui tenait lieu de carrosse.

Il émigre plusieurs mois à Bruxelles en 1961 où il connaît un petit succès. Il y croise Jacques Brel (qui dit dans la chanson Le Moribond : « Adieu l’Émile, je vais mourir ») et rencontre sa future femme qui, arrivée en Bretagne, se renomme Katell. En 1965, il donne son premier grand concert public, c’était à Paris, salle de la Mutualité et, lorsqu’il entonne « Kan Bale Nevenoe », nous étions manoirnombreux à frissonner… Glenmor,  glen  comme la douce terre du Kreiz-Breizh , mor comme l’indomptable mer d’Iroise . « Suis né barde de petite Bretagne / de moindre pays / Personne ne me tint conseil / Seuls les chemins / et les vents me furent maîtres. » Ainsi allait Milig, croyant et libertaire, attaché à une Nation disparue, conservateur mais visionnaire, pétri de contradiction comme cette terre bretonne qu’il n’a jamais renié lui, le fils de paysan. A gauche, le manoir du Poul en Mellionnec, la demeure aujourd’hui est devenue chambre d’hôtes tenue par des sujets de sa très gracieuse majesté.

Allez, merci encore pour votre fidélité à ce petit blog sans prétention, portez vous bien et à bientôt peut-être.

A la saint Jean, le cénobite s’détend…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

Amis de la mécanique des fluides et de l’entrecôte marchand de vin réunies, bonjour ! Nous sommes le Mercredi 24 juin 2020, sixième jour de Messidor dédié au romarin.

Or donc, c’est la Saint-Jean qui était une fête chômée en France, avant le Concordat de 1801. Très populaire, cette fête donnait lieu en maints endroits à des feux de joie et il était de tradition que les jeunes gens sautent par-dessus les flammes. Lecroix-de-st-jean-300x225s feux de joie ont à peu près disparu en France mais leur fonction de réjouissance s’est reportée sur les feux d’artifice… On prêtait aussi des vertus magiques aux « herbes de la Saint-Jean » (millepertuis, armoise, fougère,…) cueillies ce jour avant le lever du soleil par des jeunes vierges ou de vieilles femmes ! Dans certaines régions on continue de confectionner des croix de St-Jean censées protéger les étables et les granges tout comme ailleurs on réalise des croix de Brigit pour Imbolc.

Je me souviens qu’enfant, le feu de St Jean mobilisait tout le quartier. Jeunes et moins jeunes se démenaient des jours et des jours avant l’événement pour réaliser le tas de bois le plus grand qui soit. Et puis il fallait assurer sa surveillance car, une tradition tenace voulait que les tantadbandes des autres quartiers tentent de s’emparer du butin ainsi stocké. Il y avait une expression intraduisible, on disait; faire « an hi erez », c’est du parler breton/douarneniste qui vient du verbe « jalouser » je crois. Le quartier du Port-Rhu qui était le théâtre de nos exploits voyait s’affronter les bandes de l’Enfer, du Treiz et de l’usine à gaz (la seule à revendiquer l’appellation d’origine port-Rhu). Jusqu’au jour où la chose s’est institutionnalisée, principe de précaution aidant, plus question d allumer des feux aux quatre coins de la ville… Une fois de plus, les tenants de l’ordre avaient gagné.

De quelqu’un qui se couchait tard, on disait jadis : « Il est allé ramasser un charbon de Saint-Jean ». Le fait est que ces charbons passaient en Bretagne pour avoir toutes sortes de propriétés merveilleuses. Il en danse-10suffit d’un recueilli dans les cendres du tantad (les feux) et dévotement placé, au retour, dans un coin du foyer, pour préserver la maison de l’incendie et de la foudre. On disait encore qu’en balançant les nouveau-nés devant la flamme de trois tantad, on les gardait à tout jamais contre le mal de la peur… En quelques paroisses de la Haute-Cornouaille, la cérémonie avait d’ailleurs une conclusion assez funèbre : quand les danses avaient cessé et que le feu était près de s’éteindre, on l’entourait de grandes pierres plates destinées, à servir de siège aux anaon, aux esprits grelottants des pauvres morts de l’année, avides de se reposer quelques heures en se rapprochant des cendres… Oui, car l’au-delà est froid, très froid.

Aujourd’hui, le Port-Rhu s’est transformé en marina et les cendres de nos feux sont à jamais dispersées. Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.

J’voudrai pas crever…

Posté par erwandekeramoal dans PORTRAIT

Amis du marais poitevin et du p’tit salé aux lentilles réunis, bonjour ! Nous sommes le Mardi 23 juin 2020, cinquième jour de Messidor, Mulet-150x150habituellement dédié au mulet. Attention, pas le poisson hein. Non non, cette bonne vieille mule issue d’une jument trait mulassier poitevin et d’un baudet du Poitou, c’est la plus grande et la plus forte des mules. la mule du Poitou. Autrefois fleuron de la production mulassière française et reconnue dans le monde entier, elle a failli disparaître. Il y avait la mule du pape, voici celle du Poitou.

Tiens,  le 23 juin 1959 à Paris décès de Boris Vian, écrivain, poète, parolier, chanteur, critique et musicien de jazz (trompettiste), né le 10 mars 1920, à Ville-d’Avray, Il fut aussi ingénieur de l’École centrale, inventeur, scénariste, traducteur (anglo-américain), conférencier, acteur d’occasion et peintre. À douze ans, Boris est victime d’un rhumatisme articulaire aigu, qui lui occasionne une insuffisance aortique. Cette Vian-Sartremaladie du cœur, dont ses œuvres porteront la trace, en fera la cible de l’affection trop étouffante de sa mère. Il en parlera dans L’Herbe rouge, et plus encore dans L’Arrache-cœur. Il fréquentera les cafés de Saint-Germain-des-Prés : café de Flore ou des Deux Magots, à l’époque où ceux-ci rassemblent intellectuels et artistes de la rive gauche : Jean-Paul Sartre (le Jean Sol Partre de L’Écume des jours), Raymond Queneau, Simone de Beauvoir, Juliette Gréco, Marcel Mouloudji ou Miles Davis. Son premier roman célèbre est J’irai cracher sur vos tombes, signé Vernon Sullivan l’un des nombreux pseudos qu’il utilisera, écrit en 1946. Le roman est très controversé, notamment parce qu’il est retrouvé sur les lieux d’un crime passionnel.

Passionné de jazz, il joue de la trompette de poche (rebaptisée « trompinette-c’est une petite trompette ») au Tabou, club de Saint-Germain-des-Prés. Il est aussi directeur artistique chez Philips et chroniqueur dans Jazz Hot de décembre 1947 à juillet 1958, où il tient une « revue de la presse » explosive et extravagante. Henri Salvador Viandisait de lui : « Il était un amoureux du jazz, ne vivait que pour le jazz, n’entendait, ne s’exprimait qu’en jazz ». Son esprit fécond l’amène à collaborer au Collège de ‘Pataphysique (la science des solutions imaginaires), fondé en 1948. Il y retrouve Raymond Queneau et est nommé Équarrisseur de première classe en 1952, puis satrape en mai 1953. Le matin du 23 juin 1959, Boris Vian assiste à la première de J’irai cracher sur vos tombes, film inspiré de son roman, au cinéma Le Marbœuf. Il a déjà combattu les producteurs, sûrs de leur interprétation de son travail, et publiquement dénoncé le film, annonçant qu’il souhaitait faire enlever son nom du générique. Quelques minutes après le début du film, il s’effondre dans son siège et, avant d’arriver à l’hôpital, meurt d’une crise cardiaque. Le Collège de ‘Pataphysique annonce la mort apparente du « Transcendant Satrape ». 

 

Bon, des « comme ça » on n’en fait plus, le moule est cassé. C’est bien simple, de Boris Vian, j’aime tout, sans modération, sans condition… Rappelez Lavilliersvous « le déserteur », longtemps interdite à cause du dernier couplet litigieux: « si vous me poursuivez, prévenez vos gendarmes que je possède une arme et que je sais tirer ». Couplet qui fut tardivement transformé par Vian à la demande de Mouloudji: « …Prévenez vos gendarmes que je n’aurai pas d’armes et qu’ils pourront tirer ». En hiver 1970, alors que j’avais la chance de réveillonner en compagnie de Bernard Lavilliers (pas encore célèbre) il nous avait interprété « je voudrai pas crever » (je voudrai pas crever avant d’avoir connu les singes à culs nus dévoreurs de tropiques…)  un des poèmes de Vian. J’en garde un souvenir impérissable et ému. Voici, à droite, une photo de l’époque.

Allez, merci de vos visites fréquentes, revenez quand vous voulez, c’est ouvert tous les jours. Portez vous bien et à bientôt peut-être.

Veronique, nique, nique…

Posté par erwandekeramoal dans PORTRAIT

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Amis de la vérité historique et du homard à l’armoricaine, bonjour ! véroniqueNous sommes le Lundi 22 Juin 2020, quatrième jour de Messidor dédié à la véronique, jolie petite fleur qui doit son nom à sainte Véronique bien connue dans son immeuble et qui aurait recueilli un linge portant les traits du Christ et aurait, grâce à ce linge, guéri l’empereur Tibère de la lèpre. On dit que la véronique officinale était utilisée autrefois en application sur les plaies des lépreux d’où son nom familier d’herbe-aux-ladres. Les anciens pensaient que la véronique possédait des vertus aussi nombreuses qu’infaillibles

Tout à fait autre chose.

Il est des êtres humains auxquels le destin réserve un sort exceptionnel… Pierre Martin est de ceux là, toute sa vie a été consacrée à la paix et à l’amitié entre les peuples. Je l’avais rencontré alors que je Pierre Martin-G-traînais mon sac de couchage sur le plateau du Larzac au début des années 70. Il était un des animateurs infatigables de cette fameuse lutte contre l’extension du camp militaire qui dura une dizaine d’années, préfigurant ce qui allait se passer à Plogoff contre l’implantation d’une centrale nucléaire. Ci-dessous à droite, le Larzac en 1977, bon d’accord, j’étais pas tout seul… Ce grand militant des causes justes qui, pacifiste et libertaire, sa vie durant, refusa avec une conscience exigeante de prendre une arme pour éliminer son semblable, était doté d’une stature exceptionnelle qu’il dissimulait sous une modestie et une totale générosité. Tour à tour et parfois en même temps, il sera sociologue, économiste ou expert en coopération pour le développement, mais le militant pacifiste restera avant tout un vrai citoyen du monde.

Quel destin singulier que celui de Pierre Martin, incarcéré pour objection de conscience : il se retrouve prisonnier de guerre, lorsque les hordes nazies envahissent la France, en 1940. Sa volonté inébranlable de Larzac-2ne pas porter les armes, le conduit à faire du « tourisme pénitentiaire» lui à qui le Mahatma Gandhi avait écrit que, s’il était résolu à agir dans l’esprit de la non-violence, il se devait de la pratiquer, là où il se trouvait : Plus il approfondissait la pratique de la non-violence, plus il souhaitait rencontrer Gandhi. C’est ainsi qu’en 1948, il entreprend de rallier l’Inde et enfourche sa bicyclette. C’est en Libye, qu’il apprend martin03qu’une violence fanatique venait de ravir la vie du Mahatma. En 1962, il assistera Louis Lecoin dans sa grève de la faim, qui a permis de convaincre de Gaulle de la nécessité de reconnaître l’objection de conscience. Ceux qui liront son ouvrage « Candide face au Moloch » (1983), comme ceux qui s’abreuveront aux sources fécondes du pacifisme, découvriront un homme qui n’a jamais abdiqué face à l’histoire. Membre du congrès des Peuples, c’est lui qui crée les mouvements des Citoyens du monde au Sénégal. Grand humaniste laïque, il restera toujours vivant par la constance de son engagement. Voila un salut à un grand bonhomme qui nous a quitté un 22 juin en 1998 et qui méritait bien de figurer en bonne place dans notre galerie de portraits.

Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.

Et voici bien ma terre…

Posté par erwandekeramoal dans PORTRAIT

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Amis de la casuistique et de la bouillie d’avoine réunie, bonjour ! Nous sommes le samedi 20 juin 2020, deuxième jour de Messidor dédié à l’avoine. La bouillie d’avoine, ou yod kerc’h en breton est une bouillie bazh-yod-300x226principalement composée d’avoine, consommé en basse-Bretagne autrefois par les plus pauvres. C’est une bouillie brune, normalement salée, qui se mange trempée dans du lait ribot. En Bretagne, au moins dans le Finistère, on en trouve dans toutes les grandes surfaces, au rayon frais. Mon aïeule, dont les préceptes culinaires m’ont toujours fait rêver, la préparait à partir d’avoine grillée et moulue. On mettait ce mélange de farine et de son à tremper une nuit. Le lendemain, le gros du son flottait à la surface et était retiré (ce surplus s’appelle gwaskin). Le reste du récipient était délayé avec du lait et/ou de l’eau, mis à cuire dans un chaudron et touillé avec un bâton nommé bazh-yod (le bâton à bouillie). Celui-ci a laissé son nom à un jeu de force très populaire et encore pratiqué de nos jours comme le montre cette photo.

L‘homme du jour est un militant anarchiste breton, François Le Levé, né dans le Morbihan, à Locquimélic, en novembre 1882, décédé un 20 Juin au retour de déportation au camp de Neuengamme. En 1900, il entre comme apprenti à l’arsenal de Lorient. Il devient très vite un Le_Leve_francois-150x150militant actif du syndicat des travailleurs du port, animateur du groupe libertaire des « temps nouveaux » et surtout, administrateur de la bourse du travail. En contact avec Emile Masson, il collabore à la revue « Brug » (à ne pas confondre avec le Bleun-Brug mouvement d’obédience catholique et nationaliste créée par l’abbé Perrot). Cette revue qui tente d’implanter les idées libertaires dans le milieu paysan breton vit le jour en Janvier 1913 et s’arrêtera en juillet 1914, avec la déclaration de guerre. Revue mensuelle libertaire, bilingue (Breton – Français).

Fiché au fameux « carnet B » des antimilitaristes, il va pourtant rejoindre Jean Grave et Kropotkine et signer le « manifeste des seize » en mars 1916 favorable à l’intervention armée. En 36, il participe aux comités du Front populaire et poursuit son action syndicaliste. En Brug43, sous le feu des bombardements qui frappent la ville de Lorient, il s’enfuit pour Vannes où il retrouve René Lochu (tu t’souviens Lochu ?) et prend part au comité départemental de la résistance. Après guerre, et bien qu’ayant été marginalisé par le mouvement libertaire suite à sa position de 1916, il resta très lié au militant de Brest Jules Le Gall et poursuivit sa collaboration à la nouvelle série de la revue Les Temps Nouveaux.  Il sera arrêté par la police allemande en mars 44 et déporté au camp de Neuengamme près de Hambourg. Libéré, il meurt d’épuisement le 20 juin 1945 durant le voyage de retour en France. Sources: éphéméride anarchiste

Allez merci de votre visite, portez vous bien et à bientôt peut-être.

A l’aise Blaise…

Posté par erwandekeramoal dans HUMEUR

Amis de l’antanaclase* et de la confiture de mirabelles réunies, bonjour ! A force de l’attendre, c’est enfin arrivé, nous sommes le Vendredi 19 Juin 2020, premier jour de messidor dédié au seigle. *Pour les amoureux de la langue française je rappelle que l’antanaclase est la répétition d’un mot ou d’une expression avec un sens différent, en exploitant sa polysémie.Elle est proche de la paranomase et de la messidor1syllepse de sens. Ex : « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas. » (Blaise Pascal, Pensées) C’est pas littéraire ça mes body boys ?
Vous remarquerez au passage que nos amis républicains avaient l’âme autrement plus poétique que les technocrates Onusiens d’aujourd’hui qui nous concoctent la journée de la femme, du braille, des zones humides, de la trisomie, du sommeil, de l’eau, de la tuberculose, j’en passe et des moins drôles. Messidor, tirait son nom « de l’aspect des épis ondoyants & des moissons dorées qui couvrent les champs de juin en juillet », selon les termes du rapport présenté à la Convention nationale le 3 brumaire an II par Fabre d’Eglantine, au nom de la « commission chargée de la confection du calendrier ». Son poème en l’honneur de messidor par contre est d’une nullité rarement égalée :

Quel repos plein d’attraits goûte la Moissonneuse
Quand aux travaux du Jour succède un doux Sommeil
Cérès par tes présens tu rends la vie heureuse
Jamais on ne les voit s’évanouir au réveil…

Voila, je vous avais prévenu. Si j’évoque Blaise Pascal c’est que notre Blaise était né un 19 juin en 1623 du côté de Clermont; aujourd’hui on dit Clermont-Ferrand; mais il est vrai que Ferrand a acquis pas mal de notoriété ces temps ci. Blaise Pascal, fut, comme vous le savez, pascalinel’inventeur de la calculette, la fameuse Pascaline (à gauche en photo) et ses travaux sur le calcul des probabilités ont passionné de nombreux joueurs. Il développera en 1654 une méthode de résolution du « problème des partis » qui, donnant naissance au cours du XVIIIe siècle au calcul des probabilités, influencera fortement les théories économiques modernes et les sciences sociales. C’est encore lui qui, dans Pensées, introduit la notion d’ordre comme « un ensemble homogène et autonome, régi par des lois, se rangeant à un certain modèle, d’où dérive son indépendance par rapport à un ou plusieurs autres ordres ». Aujourd’hui, on s’interroge beaucoup sur l’indépendance des forces de l’ordre… Mais bon, je ne vous invite pas à parier sur l’existence ou non de Dieu car, disait Bakounine: si vraiment Dieu existait; il faudrait s’en débarrasser…

Pour ma part, il y a longtemps que c’est fait. Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.