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Quand le Sâr dine à l’huile…

Posté par erwandekeramoal dans PORTRAIT

Amis de la marine à voile et des pommes vapeur réunies, bonjour ! Nous sommes le Samedi 28 mars 2020, huitième jour de Germinal, dédié à la jonquille dans le calendrier républicain, mais en réalité pour les pataphysiciens, le Vendredi 6 Clinamen 147 – St Ganymède, professionnel – fête suprême quarte. On me dit que c’est la St Gontran; je vais donc en profiter pour vous parler de Joséphin.

A propos de Joséphin Péladan.

Il est né un 28 mars en 1859. Aujourd’hui totalement oublié, ce dandy lettré ferait un malheur sur nos plateaux de télé. (tiens, ça me fait penser à quelqu’un…) Issu d’une famille de cultivateurs et de Péladancommerçants, Joseph-Aimé Péladan, qui se donnera plus tard le prénom de Joséphin, est le fils de Louis-Adrien Péladan, et de Joséphine Vaquier. Il manifeste un esprit indépendant qui lui vaut d’être renvoyé du lycée pour avoir traité un professeur d’athée, puis du petit séminaire de Nîmes. Il voyage beaucoup et  rencontre Léon Bloy et Paul Bourget et enthousiasme Jules Barbey d’Aurevilly qui préface son roman Le Vice suprême (1884), livre pétri de romantisme et d’occultisme, qui met en scène la lutte de forces secrètes qui s’acharnent à détruire l’humanité et prend résolument le contre-pied du naturalisme de Zola. Sâr (c’est le titre qu’il s’est donné, comme dans le sketch de Pierre Dac) est supposé signifier « roi des rois » en assyrien; il fut repris en Perse sous le nom de Shah. Son originalité plaît mais son exaltation fait sourire. Jean Lorrain le surnomme « le pélican blanc ». Plus tard on l’appellera « le Mage d’Épinal », « Platon du Terrail » ou « le Sâr pédalant ».

En 1888, Péladan est le co-fondateur avec Stanislas de Guaita de l’ Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix. Parmi les membres de l’Ordre, on peut relever quelques noms passés à la posterité : Papus, F.-Ch. Barlet. Prétextant un refus de la magie opérative, il se sépare du groupe enrose-croix 1891 pour fonder l’ Ordre de la Rose-Croix Catholique et esthétique du Temple et du Graal. C’est à son frère Adrien, l’un des premiers homéopathes français, que Joséphin Peladan devrait son entrée dans une branche toulousaine de la Rose-Croix L’année suivante, il organise le premier Salon de la Rose-Croix du 10 mars au 10 avril 1892 à la célèbre galerie parisienne Durand-Ruel. C’est un très grand succès. Soixante artistes y participent parmi lesquels nombre de peintres et sculpteurs de talent (Hodler, Khnopff, Delville, Schwabe, Bourdelle etc.) et vingt mille Parisiens dont le Tout-Paris mondain et artistique (Mallarmé, Zola, Verlaine, Gustave Moreau etc.), viennent le visiter, au son du prélude de Parsifal et des Sonneries composées par Erik Satie (en vidéo ci-dessus). Voici, à droite, copie d’une page de « Rose+Croix » organe trimestriel publié par J. Peladan en 1893. Si Péladan utilise un ton souvent polémique ou lyrique, c’est au service de convictions sincères et d’une défense de la grandeur de l’art qu’il estime prostitué sous une troisième République souvent mercantile. Il produit d’innombrables plaquettes de critique d’art, contribuant à faire connaître en France l’œuvre de Léonard de Vinci. En définitive, le contexte de la fin de siècle s’éloignant, Joséphin Péladan renonce à ses outrances et vit dans la vénération de sa seconde femme; Christiane Taylor, En 1908, il reçoit le prix Charles Blanc de l’Académie française. Il meurt en 1918 presque oublié. Curieux personnage, non? Mais j’ai pensé qu’il avait sa place dans notre galerie de portraits.

Allez, le bonjour vous va, merci d’avoir bravé le couvre-feu pour venir jusqu’ici et à bientôt peut-être.