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Insoumis & réfractaire…

Posté par erwandekeramoal dans ANARCHISME, PORTRAIT

Amis de la presse satirique et (forcément) du canard laqué réunis, bonjour ! Ce Mercredi 29 janvier 2020 ressemble comme deux gouttes d’eau à un 10 de Pluviôse, jour dédié à la cognée. Rassurez vous, je Cognee 05n’évoque pas ici les violences conjugales mais ce bel outil qui, nous dit-on, ne doit pas être jeté ni avant ni après le manche. Allusion à l’apologue du bûcheron qui, ayant laissé tomber dans un gouffre le fer de sa cognée, et désespérant de l’en retirer, y jeta le manche dont il pouvait encore faire usage. Comme disait mon aïeule en plagiant le grand Sénèque: Et post malam segetem serendum est, ce qui signifie : Après mauvaise récolte, il faut semer encore. En clair, mieux vaut lever la jambe que baisser les bras.

Comment ne pas évoquer ce 29 janvier 1910 qui vit la naissance de Maurice Joyeux, à Paris.  Figure marquante de l’anarchisme français, on le voyait rarement sans qu’il ait à la bouche, une remarque cinglante Joyeuxet/ou une de ses célèbres pipes. Il milite très jeune et s’engage au Comité des Chômeurs dont il deviendra le secrétaire. Il raconte leurs premières actions dans le livre « Consulat Polonais ». L’attaque de ce Consulat lui vaut un an de prison. En 1936, il participe aux occupations d’usines et anime le Front Révolutionnaire. 1938 : encore six mois de prison pour violences. Réfractaire à la guerre, il est arrêté en 1940 et condamné à 5 ans de prison. Incarcéré à Montluc, il s’évade après avoir fomenté une mutinerie (sujet du livre « Mutinerie à Montluc, édité en 1971), mais il sera repris et finalement libéré en 1944.

Dès la libération, il s’emploie à la reconstruction de la Fédération Anarchiste et à l’édition du « Libertaire ». Il milite aussi activement dans le syndicat (CGT-FO) et ouvre une librairie à Paris « Le Château des brouillards » (dans une petite rue du vieux Montmartre). Enradio-lib-300x205 décembre1953, c’est la scission. Mais Maurice joyeux reconstruit la F.A autour du nouveau journal « Le Monde Libertaire » et de sa librairie qui verront le regain des idées libertaires, suscité par mai 68. Le nom du journal avait changé pour des nécessités administratives mais chacun avait reconnu le vieux journal de Sébastien Faure et Louise Michel. Avec sa compagne, Suzy Chevet, et le « Groupe Louise Michel », il crée « La Rue », revue d’expression culturelle libertaire. En 1981, il est le premier invité de Radio Libertaire (radio libre de la F.A, à Paris). Il meurt le 9 décembre 1991. Il nous laisse, outre divers ouvrages théoriques, deux livres de souvenirs « Sous les plis du drapeau noir », et « Souvenirs d’un anarchiste ». on peut imaginer (avec beaucoup d’imagination…) que dans le dernier refrain de sa chanson Les Anarchistes, Léo Ferré rend un discret hommage à Maurice Joyeux :

« Qu’y’en a pas un sur cent et pourtant ils existent
Et qu’ils se tiennent bien bras dessus bras dessous
Joyeux, et c’est pour ça qu’ils sont toujours debout
Les anarchistes…  »

Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.