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Emile Masson, au pied du mur…

Posté par erwandekeramoal dans PORTRAIT

Amis de la liberté d’expression et de la saucisse de Molène réunies, heatherbonjour ! Nous sommes le Jeudi 12 décembre 2019, 22è jour de frimaire dédié à la Bruyère (Brug en breton). Outre le fait que son rhizome soit essentiellement utilisé pour la confection de fourneau de pipe grâce à la grande résistance à la chaleur et au feu de son bois, elle est réputée pour être dépurative et désintoxicante, et soulager arthrites et goutte; je dis cela pour Jancyves. Mais surtout, la bruyère fait partie de la recette de la bière traditionnelle écossaise Heather Ale, dans laquelle elle joue un rôle d’aromatisation en lieu et place du houblon.

Vous ai-je déjà entretenu de ce brestois, disparu lui aussi dans les oubliettes de l’histoire: Emile Masson ? On lui doit la création de la revue « Bmassonrug » (bruyère), revue anarchiste en langue bretonne. A Paris il fréquente les mouvements dreyfusard, anarchistes, antimilitaristes et se lie d’amitié avec Élisée Reclus, Kropotkine et Romain Rolland. Il a d’ailleurs traduit une brochure d’Élisée Reclus « à mon frère paysan » en dialectes Léonard et vannetais. Son œuvre est toute axée sur la libération de l’homme, il accorde une place essentielle à l’éducation et se réfère sans cesse aux concepts de pédagogie, humanisme, tolérance, non violence… Il y a du Gandhi chez Émile Masson. On peut se demander pourquoi cet écologiste avant l’heure, antimilitariste en pleine boucherie de 14/18, féministe déclaré, socialiste ET breton, intellectuel original et prolixe (il faut lire « l’utopie des iles bienheureuses dans le Pacifique ») a disparu des mémoires.

Plus qu’oublié, il semble avoir été refoulé de la mémoire collective des uns et des autres tant ses idées refusaient la simplicité et le manichéisme, le bien et le mal. Parce que il était athée ET tolérant, parce que son nationalisme breton était la voie vers l’internationalisme, parcBrug la revuee que ses idées anarchistes étaient faites d’amour et de fraternité. Bref, Emile Masson emmerdait tout le monde et particulièrement le petit monde de gauche franchouillard et Jacobin. Dans « Brug » en 1914, il écrit ceci: « …Les ouvriers manifestent pour leur langue un mépris de civilisés et les intellectuels bretons, nourris aux lettres françaises et latines, considèrent qu’un honnête homme (un bon français) commence par cesser d’être breton. » Il va mourir à Paris le 9 février 1923. Son fils Michel Masson a été maire de Pontivy (56). Il est intéressant de relire « Les bretons et le socialisme » paru aux éditions Maspero accompagné d’une présentation de Jean-Yves Guiomar. Un recueil de textes et de lettres où la question nationale bretonne se mêle au socialisme libertaire.

Bon et bien, je vous abandonne à vos méditations, mes lapins réclament leurs soins quotidiens et Dieu sait qu’il n’y a pas plus susceptible que le lapin… Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.