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Un paysan bas-breton…

Posté par erwandekeramoal dans PORTRAIT

Amis de l’ornithologie et de l’ortolan braisé réunis, bonjour ! Nous sommes bien le Vendredi 19 juillet 2019 qui correspond au 1er jour de Thermidor dédié à l’épeautre. Dans la première mouture du calendrier républicain ce mois là avait été nommé fervidor, du latin fervidus, homard Goutalbrûlant. Mais, allez savoir pourquoi, Fabre d’Églantine décida de le débaptiser sans autre forme de procès et sans même en informer la Convention. Thermidor a l’inconvénient d’introduire une expression d’origine grecque dans une nomenclature dont tous les autres termes sont latins. Ça c’est pour les puristes. Néanmoins, je retiens que c’est thermidor qui a vu la fin de Robespierre et du même coup de la terreur. La fièvre révolutionnaire eut-elle été moins sanguinaire si Fabre avait conservé le nom de fervidor ? Et si le nez de Cléopâtre, et si ma tante… Oui bon, on finirait par chercher l’épeautre dans l’œil du voisin. Vous, je ne sais pas mais, personnellement, ce que j’apprécie dans thermidor, c’est le homard, un peu comme de Rugy…

Un peu de lecture pour l’été…

Voici l’histoire d’un drôle de  paroissien qui nous a laissé des textes époustouflants sur la condition paysanne de ce 19ème siècle. Jean-Marie Déguignet, né le 19 juillet 1834 à Guengat (29), est issu d’une famille de condition très modeste. Celle-ci subit de plein fouet la misère Memoires_paysan_bas_breton-Deguignet-203x300engendrée par l’épidémie de mildiou des années 1845 et 46 – celle qui provoqua l’émigration des Irlandais. Il devint donc mendiant. Après cette crise, il parvint à se faire engager dans plusieurs fermes comme vacher, notamment à la ferme-école d’agriculture de Kermahonnet en Kerfeunteun. Récupérant des feuilles oubliées par des élèves, il apprend à écrire et lire le français par lui-même. En 1854, il s’engagea dans l’armée de Napoléon III. Il y restera 14 ans. Il participa à la guerre de Crimée, à la campagne d’Italie, à la soumission de la Kabylie en Algérie, ainsi qu’à l’expédition du Mexique. Lors de ces campagnes il apprit l’italien et l’espagnol, aidé en cela par ses connaissances en latin acquises au catéchisme.

Revenu en Bretagne, il sera tenancier d’un débit de boisson. Sa femme mourut alors dans un delirium tremens, et il abandonna ce commerce. Il obtint ensuite une licence pour être débitant de tabac à Pluguffan. Mais en butte à l’opposition du curé qui incitait depuis sa chaire au boycott 220px-Deguignetde son commerce, car Déguignet était ouvertement anticlérical, il dut quitter la commune au bout de quelques années. Retombé dans la misère, il passera ses dernières années à Quimper où il fréquentait la bibliothèque municipale pour y lire les journaux républicains. Il rédigea même sa vie par deux fois, car il en avait vendu le premier manuscrit à Anatole Le Braz et cru que ce dernier avait voulu faire disparaître son témoignage. Il fut retrouvé mort à la porte de l’hospice de Quimper, le matin du 29 août 1905. Si l’occasion vous en est donnée, jetez vous sur un de ses textes, vous ne regretterez pas le voyage.

Allez, bonne lecture, portez vous bien et à bientôt peut-être.