Des canuts aux gilets jaunes…

Posté par erwandekeramoal dans HISTOIRE

Amis de la rôtisserie française et du Saint-Pourçain réunis, bonjour! Nous sommes le Mardi 09 avril 2019, 20è jour de germinal dédié à la ruche.

Le 9 avril 1834, à Lyon les ouvriers de la soie, les canuts, se soulèvent après que des meneurs aient été traduits en justice pour avoir dénoncé des baisses de salaires et fait grève. Le ministre de l’Intérieur Adolphe Thiers laisse les manifestants ériger des barricades puis fait donner la troupe. Celle-ci va méthodiquement reconquérir la ville. Que s’était-il passé ? Après l’échec des grèves de février puis le vote de la loi contre les associations ouvrières, le jugement des meneurs de février, ce 9 Drapeau-canuts-300x225avril, met le feu aux poudre. L’armée occupe la ville et les ponts, mais déjà les premières fusillades éclatent avec la troupe, qui tire sur la foule désarmée. Aussitôt, les rues se couvrent de barricades. Les ouvriers organisés prennent d’assaut la caserne du Bon-Pasteur, et se barricadent dans les quartiers en en faisant de véritables camps retranchés, comme à la Croix Rousse. C’est le début de la « Sanglante semaine ». Trois ans plus tôt, Le 21 novembre 1831, éclatait sur la colline de la Croix-Rousse, au nord de Lyon, la révolte des canuts. Elle allait se propager dans tous les quartiers ouvriers de la métropole. Les insurgés prennent pour emblème le drapeau noir et la devise: « Vivre en travaillant ou mourir en combattant ». Cinquante ans plus tard, Aristide Bruant en fera cette chanson magnifique, interprétée ici par Marc Ogeret.

Ce mouvement social est exemplaire à plus d’un titre ainsi que nous l’allons voir. Les canuts dont le nom vient de du mot canette ou bobine, sont des artisans qui tissent la soie à domicile sur leur propre métier à bras. Ils travaillent pour le compte des soyeux (les patrons) qui leurcanuts_revolte_p-300x197 fournissent la matière première et récupèrent le produit fini. Il sont environ 6000 artisans qui emploient 30 000 compagnons. Tout cela pour 18 sous par jour et 15 heures de travail. Après un accord arraché au préfet du département sur un tarif minimum que les soyeux refusent d’appliquer prétextant de la concurrence internationale et des contraintes du marché (cela ne vous rappelle rien ?), la colère éclate. Les canuts descendent de leur colline, drapeau noir en tête, et occupent le centre de Lyon. Après de nombreux combats, on compte une centaine de morts.

Le maréchal Soult débarque à Lyon à la tête de 20 000 soldats, la ville est reprise, la garde nationale qui avait pactisé avec les ouvriers est dissoute,canuts-gauche le tarif minimum abrogé et le préfet révoqué. En 1834, les canuts vont remettre le couvert et cette fois ci, c’est Thiers, celui là même qui quelques années plus tard écrasera la Commune dans le sang, qui va se charger de la sale besogne. 600 morts et 10 000 arrestations. A la chambre des députés, Casimir Perier, président du Conseil, s’exclame: « Il faut que les ouvriers sachent qu’il n’y a de remède pour eux que la patience et la résignation. ». Et alors, 180 ans plus tard, où en sommes nous… A vous de juger ! A lire, le livre de Jacques Perdu aux éditions Spartacus.

Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.

6 commentaires

  1. Anne-Marie

    De massacres en massacres pour l’appétit sans fin des actionnaires.
    Cela aura-t-il une fin ?

    • Artiste

      Commentaire pavlovien

  2. Mildred

    Parallèle un peu osé entre les canuts et les gilets jaunes. Mais les gilets jaunes ne sont pas tout nus. Dommage !

  3. Alix

    Savez-vous que c’est grand tout un peuple qui crie !
    Savez-vous que c’est triste une ville meurtrie,

    • erwandekeramoal

      Savez vous que c’est froid le linceul d’une ville… Magnifique poème.

  4. Robert Spire

    Les canuts n’étaient pas des sauvages mais très conscients des réalités de la société dans laquelle ils vivaient péniblement. Le 17 novembre 1833, un article dans leur journal « l’Echo de la Fabrique » faisaient état de leur lucidité : « Ainsi donc, l’homme du peuple n’est pour eux qu’une machine à travail qui a tort de savoir lire les journaux; tort de se mêler des affaires de son pays; tort d’avoir et d’émettre une opinion en matière de gouvernement ; et surtout tort de croire que nous ne vivons pas dans le meilleur des mondes possibles. »
    Quand on entend nos gouvernants et nos médias, voilà une réflexion encore d’actualité, malheureusement.

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