Chacun est rentré chez son automobile…

Posté par erwandekeramoal dans HISTOIRE

Amis du pendule de Foucault et de « qui veut gagner des millions » réunis, bonjour !

Le 22 mars est le deuxième jour de Germinal et c’est le jour du platane alors, soyez prudent si vous prenez la route. Tiens, à propos d’élections, le 22 mars 1871, la Commune de Paris énonce que les membres de l’assemblée municipale sont  contrôlés, révocables, comptables et responsables et que leur mandat est impératif. C’est pas interdit de rêver. On l’oublie souvent mais, mai 68 a en fait débuté au benditmois de mars. Certains disent même que cela a commencé en Bretagne un an plus tôt. Laissons aux historiens le soin de trancher. Le 22 mars 1968, à la cité Universitaire de Nanterre (région parisienne), le mouvement contestataire étudiant qui va prendre le nom de « mouvement du 22 mars », occupe les locaux de l’Université. Il est l’aboutissement d’une contestation grandissante emmenée par des groupes d’extrême-gauche, des anarchistes et des situationnistes. Né d’abord de revendications solidaires, comme la libération des manifestants arrêtés lors des actions contre la guerre du Vietnam, il déborde rapidement sur des questions de société comme la remise en cause du puritanisme social (avec la revendication du droit d’accéder à la résidence universitaire des filles). Le mouvement est conduit par Daniel COHN-BENDIT qui se réclame de l’anarchisme alors qu’aujourd’hui il s’est rapproché du Macronisme… La vieillesse est un naufrage !

https://youtu.be/kzjqafGu7j0

Au risque de passer pour un attardé rédhibitoire, je ne peux m’empêcher de penser à mai 68 en observant les cortèges qui envahissent nos rues ces jours ci. Je sais bien que l’histoire ne se répète pas et que l’expérience n’est guère transmissible. Néanmoins, j’ai retrouvé dans mes cartons quelques traces de l’époque qui ne sont pas sans similitude avec la situation actuelle. Déjà à cette époque, la l'enragébonne vieille droite réactionnaire usait d’un argument qui voulait que les jeunes n’étaient pas à leur place dans la rue. On infantilisait l’étudiant comme l’ouvrier et on soupçonnait l’un comme l’autre d’être manipulés. Déjà, « les casseurs » s’avéraient souvent être des sbires à la solde du pouvoir qui pouvait ainsi légitimer sa répression et faire donner ses troupes. Les gardes mobiles ne ressemblaient pas encore à des robotcops encarapaçonnés mais le résultat d’un coup de matraque n’a guère évolué. Déjà les médias et la télévision en particulier prenaient leurs ordres à Matignon ou au château (l’Elysée). Et déjà SINE dans l’Enragé s’en donnait à cœur joie. Déjà les réformistes n’avaient de cesse de répéter qu’il fallait raison garder et qu’il fallait savoir arrêter une grève.

Déjà la France éternelle ressemblait étrangement à celle d’aujourd’hui, celle des jardiniers joviaux, des notaires véreux, des professeurs émérites, des alcooliques anonymes, des Nous-ne-céderons-pas, des Nous-irons-jusqu’au-bout… Et le retour à la normale pointe déjà le bout de son nez. Le troupeau bêlant va retrouver son PMU, sa foire aux vins au Carrefour du coin et, ainsi que le chantait Nougaro dans « Mai mai Paris »:

Le casque des pavés ne bouge plus d’un cil
La Seine de nouveau ruisselle d’eau bénite
Le vent a dispersé les cendres de Bendit
Et chacun est rentré chez son automobile…

Allez, merci d’être passé, portez vous bien et à bientôt peut-être.

2 commentaires

  1. Écrivouilleur

    Ah « L’Enragé ! » Quelle violence, quel humour ! Je suis bien trop jeune pour l’avoir eu entre les mains à l’époque de sa parution, mais j’ai trouvé une reliure des douze numéros chez un bouquiniste il y a quelques années.

    D’ailleurs, et à tout hasard, tu ne posséderais pas un exemplaire du numéro de « Le Fou Parle » dont Siné avait fait la couverture ? J’ai perdu le mien et je cherche désespérément à retrouver l’édito de celui-ci qui était fantastique.

    D’ailleurs (bis), mon amie m’a offert les « Mémoires de Siné » chez Les Cahiers Dessinés à leur sortie. Un peu cher, mais c’est un régal. Je te les conseille très fortement.

    Sinon, l’histoire ne se répète pas et l’expérience n’est guère transmissible, peut-être, faut voir. Mais certains nous ont quand même légué de beaux journaux qui nous interdisent de nous étonner tout à fait devant les évènements actuels. Sans doute ne pensaient-ils pas aux générations futures, les Siné, les Cavanna, les Delfeil, mais grâce à eux même des petits gars nés dans les années 80 comme moi peuvent aujourd’hui constater comme les Marcelins, les Poniatowski et les Castaners se suivent et se ressemblent. Reconnaître dans le présent un discours servi cent fois par le passé par des crapules, c’est déjà un bon point de départ pour ne plus se laisser abuser.

    Merci à toi aussi, donc, pour ces petits billets quotidiens sur lesquels beaucoup de jeunots continueront, je l’espère, de tomber au hasard de leurs recherches, et qui contribueront sans doute à aiguiser chez ces derniers une certaine forme d’esprit critique et révolté.

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