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Ar korn-butun…

Posté par erwandekeramoal dans Non classé

Amis de l’addictologie et du pétard mouillé réunis, bonjour ! Nous sommes le Mercredi 04 juillet 2018, 16è jour de Messidor dédié au tabac. Cette plante, que l’on prend dans ses doigts et qu’on roule fut introduite en France par André THEVET et non par Nicot comme on le pense souvent. Voici ce qu’il en dit dans son compte-rendu d’un voyage aux Amériques (1558): « Autre singularité d’une herbe qu’ils nomment en leur langue pétun, laquelle il porte ordinairement avec eux, pource THEVETqu’ils l’estiment merveilleusement profitable à plusieurs choses. Elle ressemble à notre buglosse. Or ils cueillent soigneusement ceste herbe et la font sécher à l’ombre dans leur petites cabanes. La manière d’en user est telle : ils l’enveloppent, estant seiche, quelque quantité de ceste herbe en une feuille de palmier qui est fort grande, et la roulent comme de la longueur d’une chandelle, puis mettent le feu par un bout, et en reçoivent la fumée par le nez et par la bouche. Elle est fort salubre, disent-ils, pour faire distiller et consummer les humeurs superflues du cerveau. Davantage, prise en cette façon, fait passer la faim et la soif pour quelque temps. Parquoi ils en usent ordinairement, même quand ils tiennent quelque propos entre eux, ils tirent cette fumée, et puis ils parlent…Vrai que si on en prend trop cette fumée ou parfum, elle entête et enivre, comme le fumet d’un fort vin. » Je m’en vais donc pétuner ma vieille pipe d’écume sans craindre qu’un voisin ne s’exclame comme dans Cyrano:  » Ca Monsieur, lorsque vous pétuner, la vapeur du tabac vous sort-elle du nez sans qu’un voisin ne crie au feu de cheminée ? ».

Thevet en ramènera des graines en France qu’il sèmera dans sa région natale d’Angoulême et baptisera la plante « herbe angoulmoisine ». Mais le terme aura moins de succès que « pétun », mot venant du tupi « petyma, petyn » qui sera largement indiensemployé en France et aux Antilles jusqu’au début du XVIIe siècle, époque où il sera évincé par « tabac », terme qui lui vient à travers l’espagnol, d’un mot haïtien, tabaco. Il est amusant de noter qu’en breton, tabac se dit butun et la pipe ar korn-butun. Quelques années plus tard, en 1560, Jean Nicot, ambassadeur de France au Portugal, envoie de la poudre de tabac à la reine Catherine de Médicis pour soigner les migraines de son fils. Le traitement a du succès et pour honorer Jean Nicot, le botaniste Delachamps donne officiellement à la plante le nom de « Nicotiana tabacum ». Cette usurpation rendra furieux Thevet « Depuis un qidam, qui ne fit jamais le voyage, quelque dix ans après que je fus de retour de ce pays, lui donna son nom ». Si Thevet fut indéniablement le premier à introduire le tabac en France, il ne fut pas le premier en Europe, puisque Hernandez l’avait introduit en Espagne dès 1520.

Je m’en vais donc pétuner bien qu’il soit un peu tôt et malgré les tarifs prohibitifs pratiquer par l’ État français. Allez, portez vous bien (si j’ose) et à bientôt peut-être.