Sur les dunes de Keremma…

Posté par erwandekeramoal dans Non classé

Amis du marais poitevin et du p’tit salé aux lentilles réunis, bonjour ! Nous sommes le Samedi 23 juin 2018, cinquième jour de Messidor, habituellement dédié au mulet. Attention, pas le poisson hein. Non non, cette bonne vieille mule issue d’une jument trait mulassier poitevin et d’un baudet du Poitou, c’est la plus grande et la plus forte des mules. la mule du Poitou. Autrefois fleuron de la production mulassière française et reconnue dans le monde entier, elle a failli disparaître. Il y avait la mule du pape, voici celle du Poitou.

Chez nous en Bretagne armoricaine on fête les Gwentroc, sainte patronne de Tréflez (29), l’eau de sa chapelle guérit les rhumatismes me dit-on. La commune de Tréflez est située sur le littoral de la Manche, dans le Léon, dans la partie nord du département du Finistère. Son littoral plat borde la partie sud-est de la Baie de Goulven  anciennement dénommée aod sant C’houevrog en breton,  et est partiellement recouvert par les dunes de Keremma dont j’ai 220px-Goémonier_Keremmadéjà parlé ici. Le ramassage du goémon était très répandu par ici et donnait lieu à moult querelles de clochers. En effet, la collecte du goémon a suscité pendant des siècles de nombreuses querelles entre les habitants des paroisses littorales, comme l’écrit Antoine Favé : « Du Corréjou à l’anse de Kernic, nous sommes sur les lignes d’un littoral aussi fertile en discussions héroïques, en batteries classiques, en procès interminables, qu’en gros temps et mauvais temps. Les administrateurs, les juges, les agents vigilants de la douane et de la maréchaussée, furent bien souvent mis sur les dents par les disputes, maintes fois meurtrières, de Plounéour-Trez, Goulven, Tréflez, Plounévez-Lochrist, Cléder, au sujet des délimitations de territoires et de questions de propriété touchant cette question vitale de la récolte du goémon.

C’est bien connu, le léonard est querelleur et, le développement de l’idée républicaine va lui en fournir l’occasion. En 1850, le maire de Tréflez, Corre, un républicain, donna un grand coup de pied au recteur. L’Évêque jeta l’interdit sur l’église paroissiale et les fidèles 300px-SteGwentrogdurent se rendre dans les paroisses voisines pour assister aux offices religieux. En 1892 à Tréflez des hommes furent privés d’absolution, ayant commis un péché mortel selon le recteur, car ils avaient voté pour les républicains. Et la guéguerre va se prolonger: Le 9 janvier 1903, Segalen, vicaire à Tréflez, fait partie des 31 prêtres du diocèse de Quimper dont les traitements sont retenus par décision du gouvernement Combes « tant qu’ils ne feront pas emploi de la langue française dans leurs instructions et l’enseignement du catéchisme » car ils utilisaient le breton. Ma doue benniget ! Mais aussi, et cela est moins connuemma2, il y eut ici une tentative de Phalanstère sur les dunes de Treflez  en bordure de l’anse du Goulven. Un certain Louis Rousseau dans les années 1820 y créa une communauté, « la société rurale de Lannevez », sur un terrain sablonneux. Il y fit construire un manoir qu’il baptisa du nom de son épouse « Emma » que l’on voit ici à droite. Ainsi sont nées les dunes de Keremma. 300 hectares qui, exceptionnellement, sont restés en indivision depuis lors et qui voient chaque été, les descendants de la famille Rousseau se retrouver dans ces magnifiques maisons bourgeoises qu’ils ont fait fait ériger tout au long de la route entre Plouescat et Treflez et qui n’existent nulle part ailleurs.

Allez, on va en rester là pour aujourd’hui. En attendant un prochain billet, portez vous bien et à bientôt peut-être.

2 commentaires

  1. Mildred

    Tout cela est fort intéressant. Ainsi, ne dirait-on pas que le gouvernement Combes était beaucoup plus sévère avec les prêtres prêchant en breton que ne le sont nos gouvernements modernes avec les imams prêchant en arabe ?

    • erwandekeramoal

      Hélas, pour ces hussards de la République,une & indivisible, le danger était davantage la langue bretonne que l’obscurantisme catho…

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