Le plein de « FIOUL »…

Posté par erwandekeramoal dans Non classé

Amis de l’Eutonologie et du boudin aux pommes réunis, bonjour !  Nous sommes le Vendredi (diryaou e brezonheg) 18 mai 2018, 29è jour 300px-Yellow_mustard_flowerde Floréal et c’est le jour du sénevé. On devrait cultiver bien davantage cette plante en Bretagne car on dit que c’est un excellent piège à nitrates. On voit de plus en plus souvent ses fleurs jaunes en bordure de champ et, sachez qu’on la nomme aussi la moutarde blanche bien qu’ici elle serve surtout de fourrage. Ce sont ses graines qui sont utilisées pour confectionner le condiment qui est à la galette-saucisse ce que le ketchup est au hamburger…

Je m’apprêtais à dire tout le bien que je pense du deuxième roman de Stéphane Grangier lorsque je suis tombé sur cette criticature de Nyctalopes. J’aurais pas dit mieux.

« Du raffinage des matières noires à la base des littératures de même couleur, on extrait des produits de viscosités diverses. Le contenu du gros baril (et la couleur d’icelui) de Stéphane Grangier, intitulé Fioul, ne prendra donc personne par surprise. Il s’agit là du deuxième roman de l’auteur, après Hollywood-Plomodiern paru chez Goater NoirStephane-Grangier en 2014, un road movie foutraque et West Coast, c’est-à-dire terminant en butée dans le Cap-Sizun finistérien (dont l’auteur est bien plus proche sentimentalement) au lieu que dans les canyons qui entourent la Cité des Anges. Quelques-uns des lecteurs de ce blog auront peut-être entendu parler de cette maison d’édition rennaise dont les Nyctalopes ont déjà chroniqué des romans (Thierry Paulin, Marek Corbel) ou un recueil collectif (Sandinista ! Hommage à The Clash), dans lequel Paulin, Corbel et Grangier se côtoient car, à Rennes, on écrit et on publie aussi en camaraderie.

Déjà manifesté dans Hollywood-Plomodiern, le plaisir de Stéphane Grangier à faire clapoter dans la même nappe bitumineuse les méandres de mecs cabossés par la vie, pas glorieux et même fumiers sur les bords, se réitère dans Fioul. S’additionnent, s’embrouillent et s’enfoncent, dans le roman, un auteur en panne fioul_def-270x388d’inspiration et de force pour parcourir le prochain mètre (à moins qu’il ne s’arrose le moral de gnôle et de poudre), pas très heureux dans ses choix féminins, des bandits manchots (du bulbe) lancés à sa poursuite, réveillés d’une congélation barbouze par un coup de fil, des flics à problèmes qui remontent la piste sanglante et, loin au dessus, des pontes noirs salauds de la finance grise. D’une préfecture sur les bords de la Vilaine, nous carburerons jusqu’à un département du Var en prise avec des vilains, proches du FN.  Pour finir, il y aura une mare où les cloques de goudron éclateront et feront sombrer les losers de droit, sinon de destin. Il est d’ailleurs difficile d’étiqueter un roman qui mélange des éléments de polar, de thriller économique et de fibroscopie biographique.

Ecrit avec une langue crue, verte, Fioul est pourtant bien d’un noir hydrocarbure. Epais également car l’auteur est généreux, ce qui parfois fait naître l’idée d’un découennage de bon aloi. Au risque de nous faire perdre les saillies de l’auteur ou les épices de poésie sale dont il a le secret, capable par exemple de ressortir un doigt d’un rectum enrobé d’effluves « sylvestres ».

Un texte noir et visqueux qui se répand inexorablement. On fait confiance à l’étanchéité de sa combinaison ou on fait demi-tour. »

Allez, bonne lecture, portez vous bien et à bientôt peut-être.

 

2 commentaires

  1. SG

    Ah, merci Erwan ! J’aurais adoré tes propres mots (et donc ton propre avis) mais je prends. Merci encore, à la prochaine ! (À Brest ou ailleurs)

    • erwandekeramoal

      Oui, ce n’est que partie remise mais je me retrouvais dans le texte des Nyctalopes…

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