Vous lisez actuellement les articles publié le avril 9th, 2018

Page 1 de 1

Avec le temps…

Posté par erwandekeramoal dans Non classé

Amis de la rôtisserie française et du Saint-Pourçain réunis, bonjour! Nous sommes le Lundi 09 avril 2018, 20è jour de germinal dédié à la ruche. Mais en réalité le Mercredi 18 Clinamen 145 Les 27 Êtres Issus des Livres Pairs si l’on en croit les pataphysiciens. Les brittophones du pays vannetais vont célébrer les Meldreg: ce nom moderne procède vraisemblablement de Meldeoc, figurant dans la liste des évêques de l’ancien évêché de Vannes. Il a été rapproché de celui d’un saint irlandais, Melteoc (VIIème siècle) . Bon, maintenant moi je vous raconte cela mais, c’est vous qui voyez…

- Papy Erwan, encore une histoire s’teuplait…
- Bon, d’accord, tu l’auras voulu. Celle-ci me revient en mémoire en apprenant la disparition de Jacques Higelin. Ecoute petit scarabée…

C’était au début des années soixante dix, les seventies comme on dit de nos jours, et déjà la grande peur du noir était utilisée. Les méchants qui nous gouvernaient eurent l’éblouissante idée de vouloir implanter une centrale nucléaire à Plogoff, autant dire à la pointe du Raz. J’ai souvenir d’avoir trainé du côté du Loc’h, d’Esquibien, de Goulien et même d’avoir assisté à un immense concert (Mai 1980), donné en plein air dans le Plogoff-02-cor-de6bf-300x196cadre de la baie des trépassés (baez an anaon) avec notamment un jeune chanteur plein d’énergie qui s’appelait Jacques Higelin. Un Higelin période hard-rock, un peu perdu dans ses brumes et improvisant sur scène un salut à la lutte de Plogoff. Plus tard, dans la tente qui sert de loge aux musiciens, on le verra échanger sa chemise d’un rouge écarlate contre la casquette d’un marin pêcheur quelque peu perplexe.(source: http://plogoff-chronique-de-la-lutte.over-blog.com/)

La nuit était tombée, les deux versants de la baie étaient occupés par des milliers de personnes et chacune d’allumer un briquet; c’était magique. Comme si tous les korriganed de Bretagne et d’ailleurs s’étaient donné rendez vous dans ce lieu mythique où le Treizour (le passeur) vient chercher l’âme des défunts, pour crier ensemble: Nann, trugarez ! (non merci). La baie des trépassés ! Pourtant, au départ, elle _thb_affichese nommait tout simplement Baez An Aon, la « baie du ruisseau ». Elle servait d’estuaire à un large fleuve côtier, venant de la région de Bannalec, devenu au fil du temps et des bouleversements géologiques ce petit cours d’eau qui serpente dans la vallée séparant Cléden et Plogoff, et qui entretient l’étang de Laoual avant de terminer sa course vers la mer en s’infiltrant sous les dunes de la plage. Depuis toujours, les corps des marins dont les bateaux s’étaient fracassés sur les récifs de la pointe du Raz, pris par les forts courants de marée et les vents dominants, venaient s’échouer sur cette plage, ce qui alimenta les histoires et les contes bretons (raz en breton signifie « courant rapide »).  Baez an Aon se transforma en Baez an Anaon, la « baie des âmes en peine », celles des trépassés.

Avions nous l’âme en peine en écoutant Higelin et Manu Lan Huel, Glenmor et Gilles Servat ? Que nenni ! Il n’y aurait pas de centrale à la pointe du raz, pas de camp militaire au Larzac; on fumait, on buvait, on baisait, le monde nous appartenait, c’était l’an 01.

-Mais papy, pourquoi t’es triste ?

Allez, merci d’être passé, portez vous bien et à bientôt peut-être.