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Quand il est mort, le poète…

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE, PORTRAIT

Amis de la poésie et du soufflé au fromage réunis, bonjour! Nous briquet a meche amadou-1sommes le Vendredi 26 janvier 2018, 7è jour de pluviôse dédié à l’Amadouvier. C’est une espèce de champignon dont on tirait le fameux amadou. Les plus anciens se souviennent des lampes et briquets à amadou que l’on appelait les briquets tempête et qui faisaient partie du barda militaire à une époque. J’en possédais un mais c’était surtout pour jouer le personnage du vieux breizhou…

Si j’évoque la poésie c’est parce que un 26 janvier (1855) vit la disparition de Gérard Labrunie, plus connu sous son nom de poète, Gérard de Nerval, l’une des figures les plus émouvantes de la poésie de-nerval-253x300française. Naviguant entre réalité et rêve, il a évoqué en des mots immortels les troubles de l’adolescence… et les charmes du Valois. Mais il souffrait de troubles mentaux et, à l’aube du 26 janvier 1855, on l’a retrouvé pendu dans la rue de la Vieille-Lanterne, dans le quartier du Châtelet, à Paris. Il avait 46 ans. La plus belle part du romantisme s’est éteinte avec lui. Il faut relire Sylvie, une nouvelle parue dans le recueil Les filles de feu et qui dépeint merveilleusement les affres d’un amour chimérique.

 

Il a vécu tantôt gai comme un sansonnet,
Tour à tour amoureux insouciant et tendre,
Tantôt sombre et rêveur comme un triste Clitandre.
Un jour il entendit qu’à sa porte on sonnait.
C’était la Mort ! Alors il la pria d’attendre
Qu’il eût posé le point à son dernier sonnet ;
Et puis sans s’émouvoir, il s’en alla s’étendre
Au fond du coffre froid où son corps frissonnait.
Il était paresseux, à ce que dit l’histoire,
Il laissait trop sécher l’encre dans l’écritoire.
Il voulait tout savoir mais il n’a rien connu.
Et quand vint le moment où, las de cette vie,
Un soir d’hiver, enfin l’âme lui fut ravie,
Il s’en alla disant : «Pourquoi suis-je venu ?»
(Gérard de Nerval, Épitaphe)

Un jour, dans le jardin du Palais-Royal, on vit Gérard traînant un homard vivant au bout d’un ruban bleu. L’histoire circula dans Paris et comme ses ami180px-Père-Lachaise_-_Division_49_-_Nerval_01-140x300s s’étonnaient, il répondit : En quoi un homard est-il plus ridicule qu’un chien, qu’un chat, qu’une gazelle, qu’un lion ou toute autre bête dont on se fait suivre ? J’ai le goût des homards, qui sont tranquilles, sérieux, savent les secrets de la mer, n’aboient pas… Il y avait du surréalisme avant l’heure chez ce grand romantique. Il affirmait  avoir été initié aux mystères druzes lors de son passage en Syrie, où il aurait atteint le grade de « refit », l’un des plus élevés de cette confrérie. Toute son œuvre est fortement teintée d’ésotérisme et de symboles alchimiques. Alors qu’on l’accusait d’être impie, il s’exclama : « Moi, pas de religion ? J’en ai dix-sept… au moins. » Ici à gauche, sa tombe au cimetière du Père Lachaise.

Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.