Un paysan pas comme les autres.

Posté par erwandekeramoal dans Non classé

Amis de la bretonitude et du kig-sal aux lentilles réunis, bonjour ! Nous sommes le Mardi 29 Août 2017, douzième jour de Fructidor dédié au fenouil, ce qui prouve, si besoin était, qu’il ne faut douter de rien… Voici l’histoire d’un drôle de  paroissien qui nous a laissé des textes époustouflants sur la condition paysanne de ce 19ème siècle. Lorsque j’ai lu « mémoires d’un paysan bas-breton » publié aux éditions an here il y a une dizaine d’années, j’ai d’abord cru à une imposture tant la force du texte était présente.

Jean-Marie Déguignet, né le 19 juillet 1834 à Guengat (29), est issu d’une famille de condition très modeste. Son père était fermier à sa naissance, mais au bord de la ruine, il perdit son bail deux mois plus tard. Il dut louer un vieux taudis rue Vily à Quimper. Deux ans après, il emménagea avec sa famille dans un penn-ty au village de Guelenec à Memoires_paysan_bas_breton-Deguignet-203x300Ergué-Gabéric où il vendit ses services chez des fermiers pour huit à douze sous par jour. Sa famille subit de plein fouet la misère engendrée par l’épidémie de mildiou des années 1845 et 46 – celle qui provoqua l’émigration des Irlandais. Il devint donc mendiant. Après cette crise, il parvint à se faire engager dans plusieurs fermes comme vacher, notamment à la ferme-école d’agriculture de Kermahonnet en Kerfeunteun. Récupérant des feuilles oubliées par des élèves, il apprend à écrire et lire le français par lui-même. En 1854, il s’engagea dans l’armée de Napoléon III. Il y restera 14 ans. Il participa à la guerre de Crimée, à la campagne d’Italie, à la soumission de la Kabylie en Algérie, ainsi qu’à l’expédition du Mexique. Lors de ces campagnes il apprit l’italien et l’espagnol, aidé en cela par ses connaissances en latin acquises au catéchisme.

Revenu en Bretagne, il se maria et devint fermier à Ergué-Armel pendant 15 ans. Il sera ensuite tenancier d’un débit de boisson, puis agent d’assurances. Sa femme mourut alors dans un delirium tremens, et il abandonna ce commerce. Il obtint ensuite une licence pour être débitant de tabac à Pluguffan. Mais en butte à l’opposition du curé qui incitait depuis sa chaire au boycott de son commerce, car Déguignet anticléricalétait ouvertement anticlérical, il dut quitter la commune au bout de quelques années. Retombé dans la misère, il passera ses dernières années à Quimper où il fréquentait la bibliothèque municipale pour y lire les journaux républicains. Il rédigea même sa vie par deux fois, car il en avait vendu le premier manuscrit à Anatole Le Braz et cru que ce dernier avait voulu faire disparaître son témoignage. Il fut retrouvé mort à la porte de l’hospice de Quimper, le matin du 29 août 1905. Si l’occasion vous en est donnée, jetez vous sur un de ses textes, vous ne regretterez pas le voyage.Vous pouvez aussi voir le site grandterrier.net

Allez, bonne lecture, portez vous bien et à demain peut-être.

6 commentaires

  1. Rém*

    Oui, j’ai lu cet autobiographie EXTRAORDINAIRE il y a une dizaine d’années et la relirai volontiers… mais je l’ai « prêté » apparemment pour l’éternité à un ami ou un autre ! Si jamais il lit ces lignes et qu’il a quelque remords, il peut me le « prêter » à son tour !

    • erwandekeramoal

      Ah, qui dira l’angoissante question de ces bouquins que l’on prête et que l’on ne revoit jamais…

    • erwandekeramoal

      Ah, qui dira l’angoissante question de ces bouquins que l’on prête et que l’on ne revoit jamais…

  2. Robert Spire

    Vous me donnez l’envie de lire ce livre de mémoires.

  3. Sceptique

    L’humanité n’a pas vraiment changé depuis cette époque. Attristant!

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