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Ellingtonia…

Posté par erwandekeramoal dans JAZZ, PORTRAIT

Amis de la prosopopée et de la polenta réunies, bonjour ! Nous sommes le Dimanche 4 juin correspond au 16è jour de prairial, dédié à l’œillet. L’œillet rouge est un des symboles du mouvement ouvrier.femme à l'oeillet La tradition viendrait du 1er mai 1890, où pour répondre à l’appel de la deuxième Internationale, malgré l’interdiction de manifester, les militants décident de se retrouver dans des parcs en portant un œillet rouge en signe de reconnaissance. Plutôt délaissé en République fédérale d’Allemagne, ce symbole était très utilisé en RDA, entre autres par les organisations de jeunesse. Regardez ce tableau de Mary Cassat « femme à l’œillet rouge », elle est considérée comme la première peintre impressionniste de l’histoire.

Au Portugal, l’œillet était également le signe de ralliement des militaires opposés à la dictature de Salazar, terminée par la révolution steve lacydes œillets en 1974. Mais le 4 juin marque aussi l’anniversaire de la mort d’un maître du saxophone que j’ai eu le bonheur d’entendre jouer en live au caveau de la huchette dans le quartier St Michel à Paris. Steve Lacy est un saxophoniste et un compositeur de jazz. De son vrai nom Steven Norman Lackritz, il est né à New York le 23 juillet 1934 et il est mort à Boston le 4 juin 2004. Steve Lacy est, de mon point de vue, parmi les plus grands joueurs de saxophone soprano avec Bechet et Coltrane. Il a débuté par le jazz traditionnel qu’on nommait le Dixieland, avant de s’engager dans le free jazz avec Cecil Taylor. C’est avec lui qu’il découvre une grande source d’inspiration : Thelonious Monk.

 

Il a longtemps vécu en Europe et en particulier à Paris. Depuis Sidney Bechet, aucun musicien n’a mieux développé l’art du saxophone soprano que lui. Reconnu comme l’héritier prodigue et inventif de Thelonious Monk, Steve Lacy tient son savoir et son inspiration d’Anton Webern, de Duke Ellington, des peintres et des écrivains qu’il a aimés, lus et côtoyés. Il raconte lui même comment tout cela a commencé : « Depuis tout petit, j’étais branché par le jazz. Cette musique était populaire à l’époque. Dans les années 40, le jazz était diffusé partout, il était dans l’air en Amérique. C’était en quelque sorte la musique pop. caveauOn entendait partout des big bands de swing à la radio. Mais j’ai vraiment découvert le jazz quand j’ai acheté Ellingtonia, quatre disques de Duke Ellington datant de 1929. J’avais douze ans. Je les ai achetés sans savoir ce que c’était, intuitivement. A partir de là, j’ai commencé à m’intéresser à l’histoire du jazz, Armstrong et tutti quanti. Finalement quand j’ai entendu Sidney Bechet, cela a déterminé le choix de mon instrument. Surtout parce qu’il jouait un morceau d’Ellington. » Steve Lacy faisait partie de cette génération pour qui la rupture entre jazz traditionnel et jazz d’avant-garde n’a jamais réellement existé : pour eux, le premier ne représentait pas l’histoire mais leur jeunesse, et le second n’était ni un choix de départ, ni une répudiation, mais une évolution naturelle. Steve Lacy, c’était la solution de continuité entre le New Orleans et Monk – un bopper qui jouait du free, un avant-gardiste dont le jeu de soprano renvoyait directement au blues par son phrasé empreint de swing, son timbre riche et varié, son ironie et son lyrisme sardonique.

Allez, à bientôt peut-être.