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pour faire le portrait d’une pédagogue…

Posté par erwandekeramoal dans PORTRAIT

Amis de la mémoire en chantant et du cassoulet réunis, bonjour ! Nous sommes le Mardi 11 octobre 2016, 20è jour de vendémiaire dédié au pressoir. A une époque où les femmes polonaises sont dans la rue pour défendre leurs droits, où Donald Trump s’exprime comme un gros beauf vis à vis de la gent féminine, voici l’histoire d’une militante oubliée. Fille de Zoé de Gamond, pédagogue, féministe et fouriériste et de Jean-Baptiste Gatti, artiste peintre et républicain italien, Isabelle nait à Paris le 28 juillet 1839.

Vers 1861, elle entreprend de suivre les cours publics organisés par la Ville de Bruxelles où elle retrouve comme professeur Henri Bergé, un ami de la famille. Elle se lie également avec Marie Errera. En 1862, Isabelle lance la revue L’éducation de la femme où elle affirme la nécessité d’un enseignement féminin plus poussé. Deux ans plus tard, ses idées vont prendre corps. Grâce à l’entregent d’Henri Bergé, elle obtient l’aide de la Ville de Bruxelles pour créer son école. C’est ainsi isabellequ’en octobre 1864, le premier Cours d’Éducation pour jeunes filles s’ouvre sous son égide rue du Marais à Bruxelles, administrant aux jeunes filles une formation scientifique solide délivrée de toute emprise cléricale. Il s’agit de la première véritable école communale laïque d’enseignement moyen pour filles de Belgique. Malgré l’opposition pugnace des culs-bénis, son ouvrage Cours d’Éducation pour jeunes filles connait un franc succès. L’école s’étend, de nouvelles implantations voient le jour. Isabelle Gatti de Gamond y développe une pédagogie novatrice, rédigeant ses manuels scolaires et formant elle-même son équipe d’institutrices dont Marie Popelin et mademoiselle Henriette Dachsbeck.

L‘âge de la retraite venu, elle quitte la direction de l’école en 1899. Si, en tant que directrice, elle s’était imposé un certain devoir de réserve, elle affiche dès lors ses convictions féministes, rationalistes et politiques rejoignant notamment les rangs du Parti Ouvrier Belge (POB). Elle y œuvre pour la justice et l’émancipation affirmant que « Le socialisme est en même temps le féminisme ». Elle collabore régulièrement avec les Cahiers féministes, Le Peuple, le Journal de Charleroi et Le Conscrit, un journal antimilitariste. Secrétaire de la Fédération nationale des Femmes socialistes », elle milite pour les droits politiques des femmes, exigeant le suffrage universel. Espoir malheureusement déçu lorsque le Conseil général du POB suspend le mouvement pour le suffrage féminin en 1901, sous prétexte qu’il favoriserait les cléricaux.

Membre du Comité de la Fédération nationale des libres penseurs, elle participe aux travaux de la Libre Pensée et ira notamment au Congrès international de la Libre pensée à Madrid en 1892. C’est sous sa direction qu’est créée la première école primaire mixte, annexée à l’Orphelinat, et construite l’annexe de la rue Marconi, à l’époque rue Verte. Dans un texte de 1903, elle décrit les méthodes éducatives mises en œuvre à l’Orphelinat : « Que sera l’Orphelinat laïque? L’ancien système éducatif avait pour formule: la religion et le prêtre; le nouveau aura pour devise: l’hygiène et le médecin.(…) Quand la vieille pédagogie parle de répression et de punition, la nouvelle parle MadeleinePelletier2d’attention vigilante et de soins physiques. Les principaux traits de ces nouveaux établissements ont été ébauchés à Cempuis, et reproduits à Forest-Bruxelles: coéducation, instruction rationnelle, travaux manuels, culture des sens par la musique et le dessin, voyages, chants, etc ». C’est à cette époque, vers 1903, qu’elle est initié dans la loge « Diderot » de la Grande Loge symbolique écossaise, à Paris. C’est la première femme belge franc-maçonne. Elle meurt le 11 octobre 1905, des suites d’une opération chirurgicale. Ses funérailles sont l’occasion d’un imposant rassemblement et c’est « la citoyenne Lepelletier – Madeleine Pelletier -, ayant ceint le cordon bleu bordé de rouge et orné des insignes maçonniques » qui prononça l’éloge maçonnique au nom de la loge « Diderot ». Elle est enterrée au cimetière du Dieweg à Uccle où sa sépulture est toujours visible. Par testament, elle lègue sa fortune entre trois organismes : l’Orphelinat rationaliste, le Cours d’infirmiers et d’infirmières rationalistes créé par César De Paepe et la Libre Pensée.

Allez, portez vous bien et à bientôt peut-être.