La complainte de Fantomas…

Posté par erwandekeramoal dans PORTRAIT

Amis de la poésie et du Kig ha farz réunis, bonjour. Nous sommes le Mercredi 8 juin 2016 c’est à dire le 20 de Prairial et, l’auriez vous deviné, c’est le jour de la fourche ! La fourche, comme chacun le sait, est un outil qui a les dents longues et qui est surtout utilisé pour empaler les zombies dans les films de genre. Ceci étant, quelque part entre Nîmes fourcheet le Mont Aigoual, dominant la vallée de la Vidourle, il existe un magnifique village Cévenol qui a fait de la fourche son fond de commerce. En effet, c’est à SAUVE que l’on trouve le conservatoire de la fourche, attention, la vraie fourche à trois becs en bois de micocoulier. Ici point question de fourche fantaisie made in Taïwan. La recette est tenue secrète depuis près de dix siècles. Mais si vous tenez absolument à faire l’acquisition de la véritable fourche de Sauvé, assurez vous qu’elle porte bien la fameuse « cravate » en écorce; c’est un label aussi solide que l’abeille de Laguiole. Maintenant, j’entends bien vos réticences:
- Mais, Erwan, que faire aujourd’hui d’une fourche à trois becs en bois de micocoulier?
- Et bien, si vous êtes patients, je vous donnerais bientôt une liste de banquiers, spéculateurs, ministres, escrocs, dont la tête pourrait bien fournir à vos fourches à trois becs en bois de micocoulier, l’occasion de reprendre du service…

Tout à fait autre chose et qui n’a rien à voir…Quoique.

L‘homme du jour pour illustrer notre galerie de portraits est Robert DESNOS décédé un 8 juin  en 1945 dans un camp de concentration en Tchécoslovaquie quelques jours après sa libération parDesnos l’armée Rouge. Il avait adhéré très tôt aux mouvements d’intellectuels antifascistes. Après la défaite de 40, il devient journaliste et rejoint rapidement la résistance.(Ici, une photo de Desnos en 1924.) Avant la guerre il s’était rendu célèbre grâce à sa « complainte de Fantômas » pour le feuilleton du même nom, diffusé sur Radio Paris. Il est arrêté en 44 et déporté à Buchenwald.

Au début des années trente, Aragon et Breton vont se charger « d’exécuter » Desnos qui va rompre avec le mouvement surréaliste. Pour Desnos, il est temps de constater que Breton est dépassé, vieux, abêti  et sent, effectivement, le cadavre. Avec Corps et Biens, qui parait en desnos D1930, Desnos dresse le bilan d’une belle aventure qui s’achève. La rupture est douloureuse, Desnos se retrouve solitaire mais son chemin continue. Il va entamer dès lors une carrière qui le conduira à faire beaucoup de radio mais aussi de la publicité. Mais surtout, il est un résistant actif qui a abandonné ses principes pacifistes. Il est arrêté le 22 février 1944 et, bien qu’averti, il n’a pas fui pour protéger sa compagne Youri Foujita, malade et droguée.

Laissons à Paul Eluard le soin de l’oraison:

« Jusqu’à la mort, Desnos a lutté. Tout au long de ses poèmes l’idée de liberté court comme un feu terrible, le mot de liberté claque comme un drapeau parmi les images les plus neuves, les plus violentes aussi. La desnos Gpoésie de Desnos, c’est la poésie du courage. Il a toutes les audaces possibles de pensée et d’expression. Il va vers l’amour, vers la vie, vers la mort sans jamais douter. Il parle, il chante très haut, sans embarras. Il est le fils prodigue d’un peuple soumis à la prudence, à l’économie, à la patience, mais qui a quand même toujours étonné le monde par ses colères brusques, sa volonté d’affranchissement et ses envolées imprévues. »

Bon, c’est pas gai mais,j’aime à me souvenir que ces gens là ont existé avant nous et nous ont légué un héritage dont nous sommes responsable au yeux de nos enfants et des enfants de nos enfants… Allez, portez vous bien et à demain peut-être.

5 commentaires

  1. Jean-Pierre GAULT

    Salut Erwan,

    A propos de Desnos, je te conseille le Voyage en Bourgogne ou encore le magnifique poème « Demain » ou le « Veilleur du Pont-au-Change », ce sont de véritables sucreries.

    Voilà c’était la minute culturelle.

    JP

  2. Rémi Begouen

    La poésie c’est le cœur de cet homme et les yeux de cette femme s’ils se rencontrent… et même s’ils ne se rencontrent pas; c’est la solitude et c’est la foule, c’est la liberté: C’est même le seul domaine où puissent s’unir ces deux implacables ennemis : l’amour et la liberté.
    Robert Desnos (« les Voix intérieures » 1928)

    J’ai placé cette citation en tête de mon site photo-poésie PHOÉSIE 3
    tant je l’approuve et l’éprouve…

    • Jean-Pierre GAULT

      Tu as bien fait. Desnos c’est du feu !

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