C’est nous les canuts…

Posté par erwandekeramoal dans HISTOIRE

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Amis de la rôtisserie française et du Saint-Pourçain réunis, bonjour! Nous sommes le Samedi 09 avril 2016, 20è jour de germinal dédié à la ruche. Mais en réalité le Mercredi 18 Clinamen 143 Les 27 Êtres Issus des Livres Pairs si l’on en croit les pataphysiciens. Les brittophones du payx vannetais vont célébrer les Meldreg: ce nom moderne procède vraisemblablement de Meldeoc, figurant dans la liste des évêques de l’ancien évêché de Vannes. Il a été rapproché de celui d’un saint irlandais, Melteoc (VIIème siècle) .

À Lyon, le 9 avril 1834, les ouvriers de la soie, les canuts, se soulèvent après que des meneurs aient été traduits en justice pour avoir dénoncé des baisses de salaires et fait grève. Le ministre de l’Intérieur Adolphe Thiers laisse les manifestants ériger des barricades puis fait donner la troupe. Celle-ci va méthodiquement reconquérir la ville. Après l’échec des grèves de février puis le vote de la loi contre les associations ouvrières, le jugement des meneurs de février, ce 9 avril, met le feu revolte canutsaux poudre. L’armée occupe la ville et les ponts, mais déjà les premières fusillades éclatent avec la troupe, qui tire sur la foule désarmée. Aussitôt, les rues se couvrent de barricades. Les ouvriers organisés prennent d’assaut la caserne du Bon-Pasteur, et se barricadent dans les quartiers en en faisant de véritables camps retranchés, comme à la Croix Rousse. C’est le début de la « Sanglante semaine ». Trois ans plus tôt, Le 21 novembre 1831, éclatait sur la colline de la Croix-Rousse, au nord de Lyon, la révolte des canuts. Elle allait se propager dans tous les quartiers ouvriers de la métropole. Les insurgés prennent pour emblème le drapeau noir et la devise: « Vivre en travaillant ou mourir en combattant ». Cinquante ans plus tard, Aristide Bruant en fera cette chanson magnifique, interprétée ici par Marc Ogeret.

Ce mouvement social est exemplaire à plus d’un titre ainsi que nous l’allons voir. Les canuts dont le nom vient de du mot canette ou bobine, sont des artisans qui tissent la soie à domicile sur leur propre métier à bras. Ils travaillent pour le compte des soyeux (les patrons) qui leur fournissent la matière première et récupèrent le produit fini. Il sont environ 6000 artisans qui emploient 30 000 compagnons. Tout cela pour 18 sous par jour et 15 heures de travail. Après un accord arraché canuts-gaucheau préfet du département sur un tarif minimum que les soyeux refusent d’appliquer prétextant de la concurrence internationale et des contraintes du marché (cela ne vous rappelle rien ?), la colère éclate. Les canuts descendent de leur colline, drapeau noir en tête, et occupent le centre de Lyon. Après de nombreux combats, on compte une centaine de morts. Le maréchal Soult débarque à Lyon à la tête de 20 000 soldats, la ville est reprise, la garde nationale qui avait pactisé avec les ouvriers est dissoute, le tarif minimum abrogé et le préfet révoqué. En 1834, les canuts vont remettre le couvert et cette fois ci, c’est Thiers, celui là même qui quelques années plus tard écrasera la Commune dans le sang, qui va se charger de la sale besogne. 600 morts et 10 000 arrestations. A la chambre des députés, Casimir Perier, président du Conseil, s’exclame: « Il faut que les ouvriers sachent qu’il n’y a de remède pour eux que la patience et la résignation. ». Et alors, 180 ans plus tard, où en sommes nous… A vous de juger ! A lire, le livre de Jacques Perdu aux éditions Spartacus.

Allez, portez vous bien et à demain peut-être.

7 commentaires

  1. Hobo-Lullaby

    Salut Erwan

    Bstanclaque !

    L’esprit des Canuts résonne encore dans le parler Lyonnais

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Bistanclaque_(onomatop%C3%A9e)

    Ainsi que dans la chanson Lyonnaise actuelle

    https://www.youtube.com/watch?v=B_InQI2gLKk

    Il a également sur Rebellyon info (http://rebellyon.info/Lyon-9-avril-1834-debut-de-la-2e) un article hommage à la lutte des Canuts dont la conclusion est :

    Et aujourd’hui, on pourrait dire plutôt :
    « Mourir en travaillant ou vivre libre en combattant »

    Une bise à Casimir Perrier
    et
    Un beau samedi à toi et aux passants

    Serge

  2. Mildred

    Peut-être pourrait-on ajouter, ainsi que l’affirme Jean Sevillia, dans son ouvrage « Historiquement correct », que cette révolte n’avait rien de révolutionnaire au sens où l’entendaient les socialistes de la IIIème République. En effet, les canuts qui étaient les derniers ouvriers à être propriétaires de leur outil de travail, et qui fonctionnaient encore sur le mode des corporations d’avant la Révolution, se révoltaient contre la bourgeoisie qui installait des usines pour vendre à bas coût.

  3. Robert Spire

    J’espère juste que les luttes actuelles et futures seront relatées par un « Jacques Gagneur »…-)

  4. Mildred

    Et puisque nous sommes à Lyon, pourquoi ne pas nous souvenir aussi que c’est le 9 avril 1553 qu’est mort François Rabelais qui avait exercé la médecine à l’Hôtel-Dieu de Notre-Dame de la Pitié du Pont-du-Rhône, en 1532, année où sort également la première version de son Pantagruel, des presses de l’imprimeur lyonnais Claude Noury.
    Et quant au Grand Hôtel-Dieu, qui avait été reconstruit entre 1741 et 1761, sur les plans de Soufflot, avec ses trois dômes, sa transformation en temple du consumérisme, par la grâce du sénateur-maire socialiste de Lyon – avec l’aide financière, dit-on, des Qataris et des Chinois – nous est présenté comme « L’Hospitalité réinventée », et ça, ça ne s’invente pas !

  5. Rem*

    « ça ne vous rappelle rien? »… en plus des rappels auxquels tu fais allusion (« concurrence »…), j’en fais un autre: sur le travail à domicile.
    Si on remplace « tissage » par « informatique », il y a une foultitude de télé-travailleurs à domicile, qui se font sur-sur-exploiter, pire encore parfois que du temps des canuts : j’en ai connu qui passaient le triple (voire +) d’heures que le temps estimé pour accomplir une tâche donnée, payée au forfait… L’un d’eux me disait avoir estimé être payé parfois 0,50centimes/heure… et a fini par se mettre en « invalidité-travail à vie » pour lumbagos… hélas trop réels : il est « cassé » à 50 ans, comme bien des maçons !
    Autre chose : non loin de Lyon, Genève fit à la même époque fortune en horlogerie sur le dos du travail à domicile (l’hiver) des ruraux du Jura : comme les canuts, mais plus proches encore du vieux statut de l’artisan que du salarié, ces sacrés firent de magnifiques grèves contre leur patronat… et, notamment à St-Imier, lancèrent le mouvement anarchiste (cf. congrès…)!

    • Robert Spire

      Entièrement d’accord avec toi Rem, les exploiteurs profitent des métamorphoses du travail pour détruire à chaque fois les institutions protectrices. Raison pour laquelle il nous faut non seulement défendre bec et ongles le Code du Travail mais imposer son application aux nouvelles formes du travail comme le numérique.

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