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La peste d’Elliant…

Posté par erwandekeramoal dans HISTOIRE

Amis de la géologie et du rougail saucisse réunis, bonjour! Nous sommes le Dimanche 10 janvier 2016, 21è jour de nivôse dédié à la 18squarelouisemichel02-210x300pierre à plâtre, autrement dit le Gypse. On l’a extrait pendant fort longtemps des fameuses carrières de Montmartre, dont le gypse fut exploité depuis l’époque gallo-romaine et transformé par les nombreux fours à chaux de la butte. A la fin du XIXe siècle, les carrières s’étendaient sur plus de 300 km de galeries. Le plâtre fut utilisé à grande échelle dans la capitale, d’où le dicton Montmartrois : « Il y a bien plus de Montmartre dans Paris que de Paris dans Montmartre ! » Hélas, lors de la Commune de Paris, les carrières de Montmartre furent transformées en lieu d’exécution et en fosses communes. D’ailleurs, lors de votre prochaine visite, cheminez donc jusqu’au bout de la rue Ronsard, vous y trouverez le square Louise Michel ; c’était l’entrée des carrières.

En Bretagne on célèbre, où pas, St Ratian. Fort peu connu de nos jours, c’était un solitaire résidant à Tourch près d’Elliant. Sa renommée date du VIe siècle, quand il sauva par ses prières les habitants du village contre la terrible épidémie de peste qui traversa la Bretagne. Bon d’accord, c’est là ce que nous racontent ses hagiographes…  Voici ce qu’en dit M. de Garaby dans son ouvrage: Vies des bienheureux et des saints de Bretagne  (1839) – Saint-Brieuc. «… Brûlant du désir la-peste-d-elliant---louis-duveaud’être tout occupé de Dieu, il obtint de quitter l’abbaye de Landévennec, où il était fervent religieux, pour s’ensevelir dans la solitude. De son ermitage au lieu nommé Pleturch (aujourd’hui Tourc’h -29), il attirait par ses vœux et par ses mérites une foule de grâces inappréciables pour les hommes. Dans une circonstance critique, où tant d’autres ne songeaient qu’à leurs propres périls, Ratian offrit sa vie pour sauver tous ceux qui étaient menacés. Une cruelle contagion désolait la Bretagne et semblait vouloir la convertir en désert. « Mon Dieu, s’écria le généreux Ratian, souvenez-vous de vos miséricordes ; ou, s’il faut une victime, frappez : me voici prêt à mourir pour mes frères. » Ci-dessus: La peste d’Elliant – huile sur toile par Louis Duveau.

Au XIème siècle la paroisse de Choroe (aujourd’hui Coray -29), qui dépend de l’évêché de Cornouaille, existe déjà et les lieux de Lan Ratian (l’ancien ermitage), aujourd’hui le hameau de Larragen (ou Larrajen), Sant-Iglur (aujourd’hui Saint-Hilaire) et Pencoett (aujourd’hui Penhoat) sont des possessions de l’abbaye de Landévennec données par le roi de Cornouailles, le comte Budic. Un chant du Barzaz Breiz transcrit par Théodore Hersart de La Villemarqué, mais qui daterait du VIe siècle l’évoque:

Tre Langolen hag ar Faouet
Ur barzh santel a vez kavet
Hag eñ Tad Rasian anvet…

La peste d’Elliant
Entre Langolen et Le Faouët
Habite un saint barde
Qu’on appelle Père Raslan…

Un vieil homme m’a raconté une légende à propos de la peste d’Elliant: « C’était jour de pardon au bourg d’Elliant ; un jeune meunier, arrivant au gué avec ses chevaux, vit une belle dame en robe blanche, assise au peste-partitionbord de la rivière, une baguette à la main, qui le pria de lui faire passer l’eau. — Oh! oui, sûrement, madame, répliqua-t-il ; et déjà elle était en croupe sur sa bête, et bientôt déposée sur l’autre rive. Alors, la belle dame lui dit : — Jeune homme, vous ne savez pas qui vous venez de passer : je suis la Peste. Je viens de faire le tour de la Bretagne, et me rends à l’église du bourg, où l’on sonne la messe ; tous ceux que je frapperai de ma baguette mourront subitement ; pour vous, ne craignez rien, il ne vous arrivera aucun mal, ni à votre mère non plus. »
Et la gwerz (chant) se termine ainsi: « Tout le monde a péri, excepté deux personnes: Une pauvre vieille et son fils. » Etonnant, non !

Allez, portez vous bien et à demain peut-être.