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Le fléau de dieu…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

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Amis de l’économie solidaire et des ormeaux-juste-poëlés-avec-un-peu-d’ail réunis, bonjour ! Nous sommes le mercredi 30 décembre 2015 et les jours ressemblent de plus en plus aux derniers de l’année. C’est encore le 10è jour de nivôse, dédié au Fléau dans notre calendrier républicain. Le notre de fléau est toujours là et rêve d’un nouveau battage blé noirquinquennat comme Christophe Colomb du nouveau monde et, il ne devrait pas tarder à nous présenter ses vœux alors, faites comme moi, boycottez, éteignez la télé, allez boire un coup en méditant cette maxime extraite du livre de Auguste Detoeuf: « le capital c’est du travail accumulé. Seulement, comme on ne peut pas tout faire, ce sont les uns qui travaillent et les autres qui accumulent » (Auguste Detœuf – qui se fit connaître par son recueil d’aphorismes :Propos de O.L. Barenton, confiseur. Éd. du Tambourinaire, 1962.

Comment évoquer le fléau sans parler de Al leur nevez ? La confection de l’aire à battre était par ici l’occasion d’une grande fête populaire qui était annoncée publiquement après la messe… Quelques semaines plus tôt, les volontaires avaient charrié et pétri le mortier afin de faire descendre tout les petits cailloux dans le fond. En effet, le sol devait être parfaitement propre, lisse et surtout sans cailloux qui auraient pu se mélanger aux grains. Mon aïeule m’a raconté que la sonorisation de Kerouat_21_Battage_au_fléau_Dessin_de_Perrinl’aire était chose courante. On enfonçait plusieurs vases dans le mortier pour créer une résonance lors du battage. La fête se déroulait selon un cérémonial précis: un cortège faisait le tour de l’aire(propriétaire, voisins, amis, musiciens…) les femmes fermaient la marche en portant les cadeaux. Un des jeux favoris était le «galopadek kog» qui consistait à attraper un volatile choisi pour sa vivacité.Voici ce qu’en dit Jakès Helias dans son fameux « Cheval d’orgueil »: « Les deux sonneurs, » ar Biniouer hag an talabarder », juchés sur des barriques attaquent la première gavotte. « Ar penner », le meneur désigné par le fermier, assisté de son « Eil Penner » (2ème meneur) entraîne les danseurs non pas au hasard, mais d’après les coups d’oeil du maître des lieux, lui indiquant les endroits où la terre n’est pas encore suffisamment tassée. Et le rythme de la danse s’amplifie jusqu’à devenir vite une sorte de frénésie. »

 

Ces fêtes étaient, bien entendu, réprouvées par le clergé qui voyait le mal partout. Tant et si bien, que la calotte locale obtint du parlement de Bretagne (début des années 1700) un arrêté interdisant les danses publiques dimanche et fêtes… Toutes ces activités rurales ont donné naissance à des danses que l’on retrouve aujourd’hui dans les festou la ridéenoz et autres joyeusetés estivales. La plus célèbre d’entre elles est, sans conteste, le « plinn » qui permettait, en sautant quasiment sur place au rythme d’un kan ha diskan endiablé, de tasser le mortier (ci-dessus en vidéo – Les frères Morvan). Une autre, moins connue, reprend les gestes des batteurs, soulevant et abattant le fléau en cadence sur un air de Laridé. Avec les nouvelles techniques de battage, les aires neuves ont disparu au début du XXè siècle et la mémoire populaire et Dastum réunis ont conservé les danses et les musiques…

Allez, que cette fin d’année vous soit salutaire, portez vous bien et à demain peut-être.