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Budoc, je suis ton père…

Posté par erwandekeramoal dans HISTOIRE

Amis de la jocrissade et des langoustines mayonnaise réunies, Bonjour ! Nous sommes le Mardi 08 décembre 2015, 18è jour de Frimaire dédié au lierre. Le lierre est très tôt considéré comme symbole de l’immortalité, notamment en Égypte, ou il est généralement appelé « Arbre d’Osiris ». Sans doute que sa capacité à vivre quatre siècles n’est lierre-jakezc-fotolia-384143-300x200pas étrangère à cette appellation. Jadis, les femmes tiraient parti de l’abondance du lierre grimpant sur les vieux murs, en utilisant par exemple ses feuilles broyées pour leur lessive. Par ailleurs, amies lectrices, on me dit que c’est excellent contre la cellulite ! Si son emploi par voie orale est limité par sa toxicité, notamment celle de ses baies, et l’usage en tisane fortement déconseillé; les cataplasmes détendent la peau, calment les tensions et réduisent les capitons de façon assez spectaculaire. Mon aïeule faisait bouillir 100 g de lierre dans 2 litres d’eau plusieurs minutes. Le jus ainsi obtenu pouvait alors être utilisé en tant que liquide vaisselle. Le lierre contient en effet des saponines au pouvoir lavant et moussant.

Aujourd’hui, en Bretagne armoricaine on célèbre (ou pas) Budoc. Oyez donc son histoire au lieu de vous inquiéter du résultat des régionales. A Brest, en ces temps-là, au V° ou VI° siècle de notre ère, se dressait le château d’Even, prince de Léon, seigneur de Brest. Sa fille, la princesse Azénor, était – comme (presque) toutes les princesses – blonde aux yeux bleus. Albert Le Grand écrivit même à son sujet qu’elle était  » de azenor-204x300riche taille, droite comme une palme, belle comme un astre, et cette beauté extérieure n’était rien en comparaison de son âme. «  Le comte Chunaire de Goëllo, ayant ouï une telle renommée, demande la main de la belle Azénor, en envoyant au roi Even de riches émissaires. Les noces sont célébrées durant quinze jours, avant qu’Azénor ne rejoigne le château du comte de Goëllo, le Castel-Audren (aujourd’hui Châtelaudren dans le 22). Las ! Quelques mois après, la mère d’Azénor meurt, et le roi Even se remarie alors avec une marâtre peu recommandable, une  « dame de grande maison qui avait l’esprit malicieux, noir, sombre et malin, bref, une femme aussi mauvaise que la mer par un jour de tempête …»  .

Cette femme, convoitant le futur héritage d’Azénor, décide alors de se débarrasser de sa belle-fille. A force d’insinuations et de mensonges, s’aidant de faux témoins, elle persuade le roi Even, son mari, et le comte Chunaire, son gendre, qu’Azénor n’avait pas réservé sa couche à son mari, et l’accuse d’adultère, d’impudicité et d’abandonnement.  chateauDéshonoré, Chunaire fait reconduire séance tenante Azénor à Brest, où son père l’enferme dans la tour la plus sombre du château (qui porte encore aujourd’hui son nom, photo de droite) Apprenant qu’elle est enceinte, les juges décident alors de lui faire grâce de la vie, mais  tout de même de l’enfermer dans un tonneau, et de les jeter à la mer, elle et son enfant. Mais la cruelle belle-mère meurt à son tour (je raccourci), et, dans ses derniers moments,  avoue ses mensonges. Le prince de Léon et le comte de Goëllo se mettent alors à rechercher Azénor, sans repos.  Un jour enfin, en Irlande, le père se retrouve face à un garçonnet blond comme les blés, aux yeux bleus, identiques à ceux qui illuminaient le doux visage d’Azénor. Budoc, son fils, était en face de lui. D’où la célèbre phrase reprise dans Star Wars: « Budoc, je suis ton père… »

Plus tard, Budoc décide de partir au-delà des mers, mais, n’ayant point de navire, s’allonge dans une grande auge de pierre, comme saint Conogan avant lui. Il retourne ainsi en Armorique où il fut confié à saint Samson, évêque de Dol. Toujours est-il que notre petit Budoc, en grandissant ainsi pieusement, devient abbé de Dol, puis évêque de Dol lorsque saint Magloire abandonna cette charge. la chronique veut qu’il saint-10-281x300ait établi une école monastique sur l’Île Lavrec (Lavret), dans l’archipel de Bréhat dans la deuxième moitié du Ve siècle où il eut comme disciple un certain Saint Gwenolé. Il est aujourd’hui le saint patron (pour une fois qu’un patron est saint) de Ploudalmézeau, Beuzec et Porspoder. En vérité (peut-être), c’est Judual, prince de Bretagne, qui dut à saint Samson de recouvrer l’héritage de ses pères, et qui régna ensuite dans ce pays sous le nom d’Alain Ier. Il eut de son mariage avec Azénor, fille du comte de Léon, six fils, dont le quatrième se nommait Budoc (ou Deroch, ou encore Beuzec). Tout le reste n’est que billevesées et fantaisies, mais bon… La naïveté populaire est sans limite. J’ai connu des gens qui avaient voté socialiste en croyant voté à gauche…

Allez, portez vous bien et à demain peut-être.