Maudite soit la guerre…

Posté par erwandekeramoal dans Non classé

Amis de la tragédie antique et de la politique en toc, bonjour ! Nous sommes le mercredi 11 novembre 2015, 21è jour de brumaire dédié aux Bacchantes, ces nymphes qui célébraient les mystères de Dionysos Evoéau cours des fameuses Bacchanales. On dit qu’elles couraient çà et là, échevelées, à demi nues ou couvertes de peaux de tigres, la tête couronnée de lierre, le thyrse à la main, dansant et remplissant l’air de cris discordants. Elles répétaient fréquemment le cri Évoé, comme pour rappeler les triomphes de Bacchus sur les Géants.

A chaque 11 novembre mes pensées se dispersent du côté de la Somme, de Verdun, du chemin des dames; dans le feu, le fer, la boue et le sang et surtout, l’immense saloperie qui poussait les hommes à s’entretuer au profit d’une classe de possédant. J’y ai laissé mes deux grands pères qui y ont définitivement élu résidence sous une petite croix blanche. Les pacifistes, les antimilitaristes et les insoumis de tout maudite soit la guerrepoil se retrouveront une nouvelle fois pour le 11 novembre à Gentioux (Creuse), village célèbre pour son monument aux Morts qui proclame sans détour : Maudite soit la guerre ! Il y en a quelques uns en France, dont un à Primelin (29) mais, ils se compte sur les doigts. Le monument aux Morts de Gentioux rappelle les noms des cinquante-huit habitants de la commune tués pendant la guerre de 14-18 et des cinq décédés durant celle de 39-45.

La ressemblance avec les monuments classiques s’arrête là. Le monument de Gentioux n’a rien à voir avec tous les monuments patriotiques guerriers qui hantent nos communes. À la place des sculptures vantant l’héroïsme, la bravoure, le sens du devoir et du sacrifice, à la place des soldats virils brandissant drapeaux et fusils afin « qu’un sang impur abreuve nos sillons », nous trouvons à Gentioux un petit écolier en sarrau et en sabots, un orphelin en bronze, casquette à la main et poing serré, devant l’inscription : « Maudite soit la guerre ! ». À lui seul, le gosse au visage sombre représente les paysans et les ouvriers qui ont été sacrifiés dans une guerre infâme. C’est Jules PrimelinCoutaud, maréchal-ferrant, maire SFIO de Gentioux de 1920 à 1965, qui avait eu la bonne idée de faire ériger un tel monument. haque 11 novembre depuis les années 80, des militants pacifistes de diverses sensibilités viennent entonner La Chanson de Craonne devant le monument en levant le poing contre la connerie militaire. Ensuite, un détour par le cimetière de Royère-de-Vassivière est proposé pour visiter la tombe du maçon Félix Baudy, un soldat fusillé « pour l’exemple » en 1915 et, chose rare, réhabilité en 1934. Là, on peut lire sur une plaque : « Maudite soit la guerre. Maudits soient ses bourreaux. Baudy n’est pas un lâche mais un martyr ». Durant la Première Guerre mondiale, 2500 soldats français sont passés devant des cours martiales. Parce qu’ils refusaient la barbarie et la guerre impérialiste, tous ont été condamnés. Parce qu’ils refusaient de crever pour les profiteurs de guerre, parce qu’ils voulaient mettre fin à la boucherie, parce qu’ils refusaient de tirer sur leurs camarades ouvriers allemands et fraternisaient avec « l’ennemi », parce qu’ils voulaient la paix, le pain et la liberté, 650 troufions, parfois tirés au sort, ont été sauvagement assassinés.

Bon, c’est pas gai tout ça… Allez, portez vous bien et à demain peut-être.

2 commentaires

  1. lediazec

    Bonjour le Cénobite. Mille fois maudite soit-elle !
    La bonne journée.

  2. Anne-Marie

    Laisse-moi passer, sentinelle.

    Laisse-moi passer, sentinelle
    Écarte-toi
    Depuis des jours suis sans nouvelles
    D’un soldat
    Un poilu que j’aime et qui m’aime
    Et dont je porte en moi l’enfant
    Un homme dont je ne sais pas même
    S’il est mort ou s’il est vivant

    Halte là ! Petite, en arrière
    On ne passe pas
    Ignores-tu donc qu’on est en guerre
    Et qu’on se bat ?
    Quelque part sous la mitraille
    Ton poilu rampe dans la boue
    C’est pas le temps des retrouvailles
    Pour les fillettes et leurs pioupious

    Au moins si tu es honnête homme
    Écoute-moi
    Le père de mon enfant se nomme
    Paulet François
    Tu le connais, j’en suis certaine
    Car il est de ton régiment
    Paulet François né à Varennes
    Sentinelle, est-ce que tu m’entends ?

    Madame, retournez-vous-en
    D’où vous venez
    Nos chefs ont fait de votre amant
    Un condamné !
    Pour avoir au jour qui s’achève
    Au carnage, opposé la grève
    Il sera fusillé demain
    Pour l’exemple, au petit matin

    Laisse-moi passer, sentinelle
    Écarte-toi
    Depuis des jours suis sans nouvelles
    D’un soldat
    Un poilu que j’aime et qui m’aime
    Et dont je porte en moi l’enfant
    Un homme dont je ne sais pas même
    S’il est bien celui que tu prétends

    On l’attachera au poteau
    D’exécution
    On voudra lui mettre un bandeau
    Il dira « Non ! »
    Visant le cœur dans la poitrine
    Douze hommes le mettront en joue
    Et ce soldat qu’on assassine
    C’est un héros qui meurt debout

    Laisse-moi passer, sentinelle
    Et conduis-moi
    Au bout de cette nuit cruelle
    Vers mon François
    Soyez cloués au pilori
    Du mensonge et du déshonneur
    Bourreaux qui lui lui volez sa vie
    Bouchers qui m’arrachez le cœur

    Moi, je dirai à notre enfant
    Qui verra le jour au printemps
    Qu’il peut être fier de son père
    Putain de guerre !

    Paroles : Dominique Grange

    Musique : Philippe Mura

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