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Que le grand cornu m’tripote…

Posté par erwandekeramoal dans LES BEAUX SAINTS

Amis de l’underground et du cri de l’ormeau réunis, bonjour ! Nous sommes le dimanche 30 août 2015, treizième jour de Fructidor dédié à l’épine-vinette. C’ est un arbuste épineux qui donne de petits fruits rouges brillants. Pouvant atteindre trois mètres de hauteur, il pousse sur des terrains ensoleillés (autant vous dire que par ici… y’en a pas beaucoup.), dans les haies ou les talus pierreux. En France et en epine vinetteEurope, vous pouvez le croiser lors de randonnées en montagne, et observer de mai à juillet ses fleurs jaunes en grappe. Attention, les baies qui apparaîtront à la fin de l’été, remplies de pépins, ne sont pas comestibles tout de suite ! Elles contiennent de la berbérine, qui les rend toxiques jusqu’à leur maturité… L’Iran est le principal producteur et consommateur des baies d’épine-vinette. Tout comme en Afghanistan, ces baies séchées y sont utilisées comme condiment, notamment pour le riz traditionnel (riz aux « zereshks », son nom persan).

Aujourd’hui par chez nous on célèbre Edern qui n’était autre que le frère de Jenovefa que j’évoquais hier à propos de Youenn Gwernig et Glenmor qui en firent une opérette. Edern, Saint Gallois (ou d’origine Irlandaise selon les sources) franchit la Manche pour venir évangéliser l’Armorique, en l’an 894, et aborda la côte de Cornouaille (près de Douarnenez). Il fut à l’origine du « Plou » (paroisse) de Plouédern, puis, Cernunnos_Danemark_1-300x225après s’être fixé un temps à Édern, bâtit son dernier ermitage à Lannédern. C’est à cet endroit que débuta la légende du Saint au Cerf : : elle a inspiré une Gwerz (chanson bretonne) qui explique pourquoi Édern est devenu Saint et pourquoi il est si souvent représenté avec un cerf.  Dans la légende galloise, Edern, qui chevauchait aussi un cerf, est le fils du dieu Nuz et l’un des premiers amants de la reine Guenièvre, l’infidèle épouse du roi Arthur. Ce prénom est resté usité en Bretagne ; il est très peu fréquent ailleurs. Certains voient dans l’association de ces saints avec un cerf l’héritage de la religion celte qui tenait la bête en grande vénération (le grand cornu). La chute annuelle des bois suivie de repousse passait aux yeux des anciens pour être symbole de la mort et de résurrection. Le cerf, on le sait était associé au culte rendu au dieu Cernunnos comme sur la figuration ci-contre présente sur le fameux chaudron de Gundestrap.

Extrait de la gwerz:

« Un gentilhomme chassait ; poursuivie par ses chiens, la bête
se réfugia dans la loge du saint comme pour y chercher abri et protection. C’était un cerf ; quand il aperçut Saint Édern, devant lui il se prosterna pour se recommander à lui et le supplier de le recevoir en sa maison. Or, ce cerf demeura près d’Édern, à partir de ce moment ; Il paissait aux environs tout le jour et rentrait chaque soir au logis. Le seigneur fut étonné de voir une telle merveille s’accomplir ; en sorte qu’Édern dut lui révéler la puissance de Dieu et sa bonté. Le seigneur qui ignorait ces choses s’inclina devant l’homme de Dieu, et le pria du fond du cœur de demander pour lui pardon. » Je dois à la vérité de préciser que la Jenovefa de Stivell, ci-après, n’a rien à voir avec la notre. Un jour, je vous conterai l’histoire de celle-ci.

Mais, revenons à notre Genovefa qui, bien que sainte était surtout Nitouche. Elle s’était fixée à Loqueffret et y bâtit son église. Ainsi, pour délimiter leurs territoires respectifs, il a été conclu que reviendrait au 300px-StEdernfrère le domaine qu’il aurait parcouru entre la tombée de la nuit et le chant du Coq. Edern, chevauchant son compagnon le cerf a parcouru une distance considérable et arrivait aux portes de Loqueffret lorsque sa sœur, voyant sa paroisse lui échapper, a fait crier un coq en le plongeant dans l’eau d’une auge. Il en est résulté une solide brouille entre le frère et la sœur qui ont chacun maudit l’église de l’autre : celle d’Edern ne devait jamais avoir de haut clocher, et celle de Jenovefa devait voir ses cloches se fêler. Et voilà, on a beau être saints, on en reste pas moins attaché aux choses bassement terrestres…

Tiens, je remarque que mon petit compteur à franchi la barre des 300 000, Alleluia ! A un Lur (la livre bretonne) la visite de l’ermitage, je vais pouvoir refaire la toiture. Allez,  portez vous bien et à demain peut-être.