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Le curé de Camaret…

Posté par erwandekeramoal dans HISTOIRE

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Amis de la chimie supramoléculaire et du bœuf miroton réunis, bonjour ! Nous sommes le jeudi 18 juin 2015, trentième et dernier jour de Prairial qui correspond dans le calendrier républicain au jour du chariot et non à celui de la pelle comme certains nostalgiques voudraient nous le faire croire (la pelle du 18 juin. Mouarf !!!) Mon aïeule, dont je vous parle si souvent avec de l’émotion dans le clavier et qui avait karrig-an-ankoule don inné de la pédagogie active avait toujours sous la main une histoire de l’Ankou (oberour ar marv – l’ouvrier de la mort) et de son chariot.. C’est toujours tard le soir, lorsqu’il faisait bien noir, que l’orage grondait et que la  lueur vacillante de la lampe Pigeon annonçait sa fin prochaine (de la lampe, pas de l’aïeule), qu’elle décidait de nous parler du chariot de la mort… Karrig an Ankou, c’est le nom que lui ont donné les bretons. Un squelette des plus affriolants conduit une carriole dont l’essieu grince gravement. Lorsque vous l’entendez c’est qu’un proche va mourir.

Un peu d’histoire.

Pendant la guerre de la Ligue d’Augsbourg, les Anglais en guerre contre Louis XIV lancent avec leurs alliés hollandais une attaque contre la rade de Brest. Avec 8000 soldats et marins, 37 vaisseaux et frégates ainsi que neuf brûlots et galiotes à bombes, ils entrent dans la mer d’Iroise. En ce petit matin du 18 juin 1694 la brume se dissipe peu à peu, sept frégates attaquent Camaret, tirant à boulets rouges sur le village batCamaretToud3inoffensif, entamant un furieux duel d’artillerie avec le château (qui n’avait que 9 pièces sur 11 prévues) et les batteries de côte. Un premier contingent de huit cents grenadiers (troupe d’élite) débarque sur la plage rouge (Trez Rouz en breton), sur la presqu’île de Crozon, en face de Brest. Mais il est aussitôt pris sous le feu de trois cents soldats français bien retranchés dans les dunes.

Du port voisin de Camaret, les batteries de la tour construite par Vauban pilonnent d’autre part les navires. Puis le drame se déroule, prodigieusement rapide : coupé d’un boulet, le clocher de la chapelle de Roc’h Amadour s’écroule ; foudroyé, un navire hollandais s’échoue, est pris à l’abordage sur la grève du Coréjou ; les six autres, criblés de boulets, leur gréement en lambeaux, reculent, fuient ; un transport saute, 1694-carteet sur la grève de Trez-Rouz, en un prodigieux élan, soldats et garde-côtes jettent à la mer les Anglais débarqués en chaloupes, leur faisant 500 prisonniers… Comme ils tentent de se replier, les assaillants découvrent que la marée, en se retirant, a mis leurs chaloupes à sec. C’est un carnage. Plus de mille marins et soldats anglo-hollandais sont mis hors de combat. Le soir même, il n’y avait plus une voile anglaise à l’entrée de l’Iroise, et les guetteurs d’Ouessant annoncèrent qu’en doublant l’entrée de la Manche, les ennemis avaient encore dû laisser couler deux vaisseaux trop avariés, ce qui, avec les deux perdus à Camaret et les 48 grandes chaloupes restées sur la grève de Trez-Rouz, faisait une cruelle défaite navale…   
Brest ne sera plus jamais attaqué par la mer et chacun se mit à chanter:

«Le curé de Camaret a les couilles qui pendent
Et quand il s’assoit dessus
Ca lui rentre dans le cul
Il bande il bande il ban an de.»

Allez, portez vous bien et à demain peut-être.