Veni creator et chasuble d’or…

Posté par erwandekeramoal dans HISTOIRE

, , , , ,

Amis de l’octuple sentier et du ris basmati réunis, bonjour ! Nous sommes le mardi 14 avril 2015, 25è jour de Germinal dédié au pigeon. Certains, cependant, vous diront que ce jour est en réalité le Lundi 23 Clinamen 142 Locus Solus; soyez sûr que ce sont là des pataphysiciens.

Le 14 avril 1834 l’armée reconquiert progressivement la ville et attaque pour la troisième fois le quartier de la Croix Rousse, massacrant de nombreux ouvriers. Quelques jours plus tôt, à Lyon, début de la seconde insurrection des Canuts. Après l’échec des grèves de février puis le vote de la loi contre les associations ouvrières, le jugement des meneurs de février, ce 9 avril, met le feu aux poudre. L’armée occupe la ville et lescanuts droite ponts, mais déjà les premières fusillades éclatent avec la troupe, qui tire sur la foule désarmée. Aussitôt, les rues se couvrent de barricades. Les ouvriers organisés prennent d’assaut la caserne du Bon-Pasteur, et se barricadent dans les quartiers en en faisant de véritables camps retranchés, comme à la Croix Rousse. C’est le début de la « Sanglante semaine ». Trois ans plus tôt, Le 21 novembre 1831, éclatait sur la colline de la Croix-Rousse, au nord de Lyon, la révolte des canuts. Elle allait se propager dans tous les quartiers ouvriers de la métropole. Les insurgés prennent pour emblème le drapeau noir et la devise: « Vivre en travaillant ou mourir en combattant ». Cinquante ans plus tard, Aristide Bruant en fera cette chanson magnifique, interprétée ici par Marc Ogeret.

The video cannot be shown at the moment. Please try again later.

 

Ce mouvement social est exemplaire à plus d’un titre ainsi que nous l’allons voir. Les canuts dont le nom vient de du mot canette ou bobine, sont des artisans qui tissent la soie à domicile sur leur propre métier à bras. Ils travaillent pour le compte des soyeux (les patrons) qui leur fournissent la matière première et récupèrent le produit fini. Il sont environ 6000 artisans qui emploient 30 000 compagnons. Tout cela pour 18 sous par jour et 15 heures de travail. Après un accord arraché au préfet du département sur un tarif minimum que canuts gaucheles soyeux refusent d’appliquer prétextant de la concurrence internationale et des contraintes du marché (cela ne vous rappelle rien ?), la colère éclate. Les canuts descendent de leur colline, drapeau noir en tête, et occupent le centre de Lyon. Après de nombreux combats, on compte une centaine de morts. Le maréchal Soult débarque à Lyon à la tête de 20 000 soldats, la ville est reprise, la garde nationale qui avait pactisé avec les ouvriers est dissoute, le tarif minimum abrogé et le préfet révoqué. En 1834, les canuts vont remettre le couvert et cette fois ci, c’est Thiers, celui là même qui quelques années plus tard écrasera la Commune dans le sang, qui va se charger de la sale besogne. 600 morts et 10 000 arrestations. A la chambre des députés, Casimir Perier, président du Conseil, s’exclame: « Il faut que les ouvriers sachent qu’il n’y a de remède pour eux que la patience et la résignation. ». Et alors, 180 ans plus tard, où en sommes nous… A vous de juger ! A lire, le livre de Jacques Perdu aux éditions Spartacus.

Allez, portez vous bien et à demain peut-être.

5 commentaires

  1. babelouest

    Hélas, tu le rappelles à mots couverts : il n’y a rien de changé, presque deux cents ans plus tard nous sommes revenus, de façon généralisée, à l’époque des canuts. Certes, dans notre pays la situation s’est améliorée, mais chaque jour ces améliorations sont grignotées. En revanche, d’autres pays abritent des horreurs tout aussi atroces qu’au temps où seules quelques grandes villes de l’hexagone se soulevaient. Plus terrible encore, souvent ce sont les descendants des tortionnaires de l’époque qui continuent à pressurer les dominés. Le besoin de Pouvoir et de Profit est inextinguible.

  2. Cacha

    Merci Erwan de Keramoal pour le rappel de cette histoire et merci aussi à Babalouest, il n’y a en effet rien à ajouter.
    Et je continue à vous suivre fidèlement sur ce blog journalier.

  3. Hobo-Lullaby

    Salut Erwan

    Un petit groupe Lyonnais pourrait répondre à la question que sont les canuts devenus …

    https://www.youtube.com/watch?v=zzIKpL7bX0Q

    Le Bistanclaque ou Bistanclaque-pan est une onomatopée du parler lyonnais. Il désigne le métier à tisser (souvent un métier Jacquard) des ouvriers Canuts (quartier de la Croix-Rousse) d’après le bruit qu’il produit en fonctionnant :

    bis : on appuie du pied sur la pédale. Cela relève une moitié des fils de chaîne ;
    tan : le battant se repousse ;
    claque : la navette (ou la canette) passe et bute au bord ;
    pan : le battant frappe la dernière trame.

    Amitiés

    Serge

    • erwandekeramoal

      Après cela je peux me présenter à « questions pour un champion » merci Serge et bonne semaine.

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera jamais publié. les champs marqués d'une asterisque sont obligatoires (*).