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O Melibœ, Deus nobis hæc otia fecit…

Posté par erwandekeramoal dans PORTRAIT

Amis de la métaphore et de la crêpe suzette réunies, bonjour ! Nous sommes donc le jeudi 15 janvier 2015, 26è jour de nivôse dédié à l’étain. Le titre est de Virgile: « Ô Mélibée, un Dieu nous a donné cette oisiveté », dans Bucoliques

150 ans avant le débat sur les retraites, Lafargue posait déjà les vraies questions. Il est vrai qu’il avait des circonstances atténuantes; d’abord il était né à Cuba et puis, bien que très influencé par les idées de Proudhon, il avait épousé la fille de Karl Marx. C’est à lui que nous devons ce merveilleux ouvrage, Le droit à la paresse, paru en 1880: « Pour qu’il parvienne à la la paresse Vallottonconscience de sa force, il faut que le prolétariat foule aux pieds les préjugés de la morale chrétienne, économique, … il faut qu’il retourne à ses instincts naturels, qu’il proclame les Droits de la Paresse, mille et mille fois plus sacrés que les phtisiques Droits de l’Homme concoctés par les avocats métaphysiques de la révolution bourgeoise ; qu’il se contraigne à ne travailler que trois heures par jour, à fainéanter et bombancer le reste de la journée et de la nuit. » A droite, magnifique gravure que l’on doit à Félix Vallotton.

Ce visionnaire mériterait le Panthéon, qu’on en juge: « Une étrange folie possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste. Cette folie traine à sa suite des misères individuelles et sociales qui, depuis deux siècles, torturent la triste humanité. Cette folie est l’amour du travail, la passion moribonde du travail, poussée jusqu’à l’épuisement des forces vitales de l’individu et de sa progéniture… » À 69 ans, en 1911, il se suicide en Karlcompagnie de sa femme, en se justifiant dans une courte lettre : « Sain de corps et d’esprit, je me tue avant que l’impitoyable vieillesse qui m’enlève un à un les plaisirs et les joies de l’existence et qui me dépouille de mes forces physiques et intellectuelles ne paralyse mon énergie, ne brise ma volonté et ne fasse de moi une charge à moi et aux autres ». Paul Lafargue et Laura Marx sont enterrés au cimetière du Père-Lachaise (division 77), face au mur des fédérés. Georges Moustaki lui rend hommage dans une de ses chansons. Ici à gauche, ce n’est pas Moustaki mais bel et bien Karl Marx, un peu arrangé.                                                   

Je voudrais rendre grâce à celui qui peut-être                                         a été mon premier et mon unique maître                                               un philosophe mort voici quelques décades                                       Mort de son propre choix, ni trop vieux ni malade…  

Bon, et bien je vais me recoucher moi. Merci de votre visite, portez vous bien et à demain peut-être.