Un homme est mort…

Posté par erwandekeramoal dans Actualités

Amis de la géométrie et du carré d’agneau réunis, bonjour ! Nous sommes le jeudi 30 octobre 2014. Le neuvième jour de brumaire (c’est aujourd’hui) est généralement dédié à l’alisier (la plante hein, pas la tonne. Tonne à lisier, ha,ha,ha.). dormeurAujourd’hui, j’ai le cœur triste en pensant à ce jeune homme qui a trouvé la mort dans ce bois de Sivens, et la tristesse chez moi est synonyme de poésie, allez savoir pourquoi…

C’est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons…
aurait dit Rimbaud s’il eut été correspondant de Libération dans le Tarn. La peinture à droite est l’œuvre de Nathalie Letulle reproduite sans autorisation (aie !).

Revenons un peu en arrière, nous sommes le 17 avril 1950, les ouvriers dockers et ceux de la reconstruction de Brest ont décidé de manifester pour une augmentation de salaire. Si, si, je vous jure que cela existait… Soudain, des coups de feu Mazééclatent, les forces de l’ordre viennent de faire usage de leurs armes. Il y aura une quarantaine de blessés et un homme ne se relèvera pas, il est mort d’une balle en pleine tête. Il s’appelait Édouard MAZE. Photo de gauche.
A la demande de la CGT, le cinéaste René Vautier qui venait de terminer Afrique 5O, un brûlot dénonçant la politique coloniale, est appelé pour réaliser un documentaire sur l’événement. Le film sera projeté 88 fois dans les rues de Brest, la 89è lui est fatale. Il ne reste pas trace du film. Des auteurs de BD aux éditions Futuropolis (Kris et Davodeau – Lulu femme nue) ont repris l’histoire sous le titre « Un homme est mort » qui est emprunté à un poème de Eluard en hommage à Gabriel Péri:

Un homme est mort qui n’avait pour défense
Que ses bras ouverts à la vie
Un homme est mort qui n’avait d’autre route
Que celle où l’on hait les fusils
Un homme est mort qui continue la lutte
Contre la mort contre l’oubli
Car tout ce qu’il voulait
Nous le voulions aussi
Nous le voulons aujourd’hui
Que le bonheur soit la lumière
Au fond des yeux au fond du cœur
Et la justice sur la terre
Il y a des mots qui font vivre
Et ce sont des mots innocents
Le mot chaleur le mot confiance
Amour justice et le mot liberté
Le mot enfant et le mot gentillesse
Et certains noms de fleurs et certains noms de fruits
Le mot courage et le mot découvrir
Et le mot frère et le mot camarade
Et certains noms de pays de villages
Et certains noms de femmes et d’amies
Ajoutons-y Péri
Péri est mort pour ce qui nous fait vivre
Tutoyons-le sa poitrine est trouée
Mais grâce à lui nous nous connaissons mieux           Tutoyons-nous son espoir est vivant. Paul Éluard

Soixante-dix ans plus tard, les mêmes causes produisent les mêmes effets. Une marée-chaussée de plus en plus militarisée, aux ordres d’un pouvoir empêtré dans ses conflits 648x415_a-demonstration-was-organized-this-weekend-to-protest-against-the-construction-of-the-dam-sivens-ind’intérêt, fait usage de moyens disproportionnés pour défendre le pré carré d’une poignée de producteurs de maïs assoiffés qui vendraient leur mère pour un verre d’eau… Oui, à nouveau, un homme est mort. Sacrifié sur l’autel du productivisme en défendant quelques arpents de bois face aux appétits féroces d’industriels agricoles qui n’ont plus de paysans que la caricature. Un homme est mort et je suis en colère. Allez, portez vous bien et à demain peut-être.

4 commentaires

  1. babelouest

    Au spectacle de tels évènements, oh oui, on l’a et l’on imagine un stade de France isolé, barricadé, où seraient mis au secret pour quelques dizaines d’années une armée de cols superblancs, financiers, larbins de politique, larbins de presse, larbins de robe, larbins de philosophie pataphysique, émoi, émoi, émoi !

  2. Rém*

    Ce n’est pas seulement par consolation que – moi aussi – j’ai immédiatement pensé au poème de Rimbaud (et du coup, j’ai relu mon poète préféré pendant des heures). C’est aussi par indignation et colère, ce qui n’empêche pas « la lucidité, blessure la plus proche du soleil » dit à peu près René Char…

    à propos de cette petite * -étoile soleil- qui nous donne vie, je pense aux milliards d’* mortes mais qui brillent la nuit et au fait que nous sommes « poussières d’* »… :
    Et je donne l’* que j’ai mis à mon prénom à mon jeune frère Rem* Fraisse, ce sera mon hommage d’homonyme…

  3. Christine

    Trist eo…

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