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Alors, on vavacre ?

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

Amis de la tradition druidique et de la bouillie d’avoine réunies, bonjour ! Nous sommes le dimanche 27 juillet 2014 qui est normalement le 9ème jour de thermidor dédié à la mûre mais, en Bretagne on aime à se distinguer et donc, c’est le jour de Ste Anne.(Bon d’pardon de ste anneaccord, c’était hier) Santez Anna ar Palud comme disait mon aïeule qui nous racontait l’histoire de celle que les bretons considèrent comme la grand-mère du petit Jésus. (A doite, un tableau d’Eugène Boudin représentant le pardon) Comme l’indique son nom, un pardon s’inscrit dans une démarche pénitentielle chrétienne : les catholiques se rendent en pélerinage soit sur la tombe du saint , soit en un lieu qui lui est dédié, en raison d’une apparition ou de la découverte miraculeuse d’une statue. Mais revenons à sainte Anne la bretonne.

«  Mariée à un seigneur méchant et jaloux qui détestait les enfants et ne voulait pas en avoir, Anne fut maltraitée et chassée une nuit par son époux, au moment où celui-ci s’aperçut de sa maternité prochaine. La pauvre femme abandonna le château de Moëllien (entre Locronan et Plonevez-Porzay) et se dirigea vers la mer où elle aperçut une lueur. C’était une barque que dirigeait un ange. Elle y monta, navigua longtemps, bien longtemps, et finalement débarqua en Judée où elle mit au monde celle qui allait devenir la Vierge Marie. » Aujourd’hui vous êtes arraisonné par la marine israélienne… Une fois encore, les évangélistes du moyen- âge réussirent un super coup de marketing en relookant l’image de Ana/Dana, la déesse mère des Tuatha dé Danann, dieux de la mythologie celtique, en une gentille grand-mère bretonne. Ça c’est du storytelling coco !

Le pardon de Sainte Anne, pour nous autres jeunes douarnenistes, faisait partie de ces rites initiatiques qui ouvraient les portes entre ste anne 2l’enfance et la jeunesse. On s’y rendait en bande en suivant le littoral entre la plage du Ris et celle de Ste Anne. C’était en quelque sorte le festival des vieilles charrues de l’époque. On couchait à même les dunes et on buvait en trois jours plus de bière et de cidre qu’un moine en six mois… C’était aussi bien souvent l’occasion de connaître ses premiers émois sous le regard complice de Mamm Goz ar vretoned (la grand’mère des bretons). Car bien évidemment c’est l’aspect profane qui déplaçait les foules, quand bien même chacun faisait mine de croire que c’était la dévotion ; y compris les parents qui nous donnaient la permission de découcher puisque c’était pour la « bonne cause ». Aujourd’hui tout cela est loin et l’évènement se limite à une sortie pour les pensionnaires des maisons de retraite…

Voici comment Laurent Tailhade décrit la scène en 1903. « Le spectacle n’est point à l’église. Les romances bêtes, la procession vulgaire (…). reste la fête véritable, la kermesse, (…), la réjouissance canaille, enfin comme il vous plaira le nom de la nommer. (…) Au milieu des tentes où graillonnent mains ragoûts pestilentiels, attablés à des tréteaux boiteux, des hommes boivent, mangent, écorchent le renard ste Anne 3avec l’aisance de Bruscambille ou de Sancho Pança. Une toute jeune fille, sous le chaperon éclatant de Pont-l’Abbé, mord à même les os de sa pitance, le menton lubrifié de graisse et d’échalote. Une odeur d’évier, de peau humaine, de spiritueux, de caporal (tabac) et de papier d’Arménie offusque l’odorat. Des ivrognes, le dos plaqué de boue, à la façon des ruminants, s’effondrent sur le chemin, dans les plaques de vase. D’autres chantent, vavacrent et se gorgent d’eau-de-vie à chaque ste anne 4reposoir, dans les cabarets de feuillage dont la verdure tient encore grâce à l’ondée inépuisable. Une tribu de romanichels, vieilles grimaçantes, jeunes hommes hautains comme des dieux, bohémiennes aux regards luisants,à la peau couleur de cuivre neuf, mioches pouilleux et superbes, tiennent le champ de foire tout entier. Les femmes exercent le métier de somnambules pour l’édification des gobe-mouches à qui sainte Anne elle-même ne suffit pas (…). D’autres exercent le bonneteau (…), opérant sans crainte, et tous les voyous du dimanche rançonnent leurs victimes dans les sites frituriers.  »

Je découvre le verbe « vavacrer », du vieux français qui signifierait: errer ça et là… C’est joli non? C’est pas du vécu ça coco, allez, portez vous bien et à demain peut-être