Un gars qu’a mal tourné…

Posté par erwandekeramoal dans PORTRAIT

Nous sommes le samedi 28 juin 2014, dixième jour de Messidor dédié à la faucille et, normalement c’est l’été depuis quelques jours… Oui, l’ ÉTÉ, en vieux françois: ESTÉ, du grec  aithein, qui signifiait « faire brûler » et qui a donné aithêr (éther) « ciel lumineux », « région supérieure de l’air ». Le fait que le mot été soit aujourd’hui un masculin est certainement dû aux autres noms de saison, tous masculins. La forme aestivus signifiant « de l’été », a donné en bas latin aestivalis, qui a donné estival qui à son tour à propos des fêtes de l’été a donné festival qui en bas-breton se dit vieilles charrues. Étonnant, non !
           
GASTON COUTE: POÈTE ET PAYSAN.
C‘était au cours des vacances de Noël en 1970, peut-être 71, et histoire de mettre un peu de beurre dans les épinards, nous étions en charge de l’accompagnement de stagiaires étrangers de l’ENA dans un vieux manoir à Dinard et la partie musicale était assurée par un jeune chanteur qui, plus tard allait faire parler de lui, il s’appelait Bernard LAVILLIERS. Au cours d’une soirée, il interprétât plusieurs poème d’un auteur libertaire et paysan qui s’appelait Gaston COUTE, mort en 1911.

Gaston Couté est né à Beaugency, Loiret, le 23 septembre 1880. Ses Gaston Coutéparents étaient meuniers au vieux moulin des Murs. On appelait son père  » Couté des Murs « , pour ne pas le confondre avec un autre Couté habitant la région. Avant le baccalauréat, il quitte l’école, qu’il détestait. Il est employé comme commis auxiliaire à la Recette générale des impôts d’Orléans, puis travaille pour un journal local, Le Progrès du Loiret. Il commence à publier ses poèmes, dont certains sont composés en patois beauceron, dans des feuilles locales. Il a l’occasion de les faire entendre à une troupe d’artistes parisiens en tournée. Ayant reçu quelques encouragements, il se décide, en 1898, à monter à Paris. Il a dix-huit ans. Il semble que Gaston Couté se voua de tout son cœur à la cause du Peuple, en donnant sa collaboration à quelques journaux anarchistes de ce temps. Ses chansons, écrites sur des sujets d’actualité, pouvaient se chanter sur des airs connus. Bâclées à la dernière heure, elles étaient souvent trop violentes et dépassaient ainsi le but qu’elles voulaient atteindre.

Le 13 juin 1911,  « La Guerre Sociale » annonçait que Gaston Couté était poursuivi pour « outrages à la Magistrature ». Un ouvrier, arrêté au cours d’une manifestation, avait été trouvé porteur d’un tire-bouchon. Il avait été traduit en Correctionnelle pour port d’arme prohibée. Couté en avait fait une chanson sous le titre:  Il avait an tire-bouchon . Elle pouvait se chanter sur l’air de: Elle avait une jambe en bois .

 Il avait un tir’ bouchon
 Dans la poch’ de son veston
 On s’ demande où s’arrêt’ra
 L’audace de ces scélérats ?

Par cette poursuite judiciaire Couté payait les outrances des chansons parues dans les journaux et revues anarchistes. Il était très connu dans les milieux syndicaux. On fredonnait ses chansons dans les rues et les ateliers. Il paraît qu’il y eut, quelques mois plus tard, un second procès. La fin de sa vie allait lui être difficile : la tuberculose, l’absinthe, la privation… Il meurt vingt-quatre heures après avoir été conduit à coute_recueill’hôpital Lariboisière. Après la mort de Couté, les foudres de la justice se déchaînèrent encore une fois sur lui. Il fut poursuivi au sujet de la chanson  Pour faire plaisir au Colon. Le prévenu ne put venir au tribunal et pour cause. Après un bref jugement, il fut condamné par contumace. Le Président demanda à l’avocat s’il n’avait rien à objecter. Il répondit : « Si, Messieurs, j’ai simplement à vous dire que vous venez de condamner un mort !  ». Il est venu à la grand’ville, avec cent francs en poche et le reste en pur talent, y faire montre de son art. La bohème est sœur de misère et Couté débute une vie d’errance « sous la neige et sous la pluie, sans chaussures et sans presque de vêtements.  » A son arrivée, il n’a comme salaire qu’un café-crème pour réciter ses poèmes. C’est parti pour treize ans de vaches maigres même si, étrange paradoxe, il devient populaire, hantant de sa voix et de ses mots les cabarets à la mode, à Montmartre, aussi sûrement qu’il l’est à Belleville, à y déclamer ses vers aux ouvriers. Ces infos sont extraites d’un site qui lui est consacré.

C‘est tout pour aujourd’hui, allez, portez vous bien et, à demain peut-être.

2 commentaires

  1. babelouest

    C’était un grand barde… d’autres lui succédèrent avec des répertoires…. plus policés comme on dit. Quel courage !

  2. Rém*

    J’ignorais seulement le « Vous venez de condamner un mort » de l’avocat, lors du dernier procès, mais merci de m’avoir rafraîchi la mémoire sur le « gars qu’a mal tourné »…
    Il m’est arrivé (comme tant d’autres!) d’avoir chanté « du Gaston » et d’en avoir écouté. Je suis même devenu ami d’un artiste angevin dont le récital est souvent consacré à Gaston Couté. De plus, nous sommes tous deux (l’angevin et moi) membres de l’Asso des Anciens Appelés en Algérie CONTRE la Guerre (4ACG), c’est dire que nous sommes vieux… pas tout à fait écroulés, merci Gaston !!
    (Je vais lui recommander ton billet du jour…)

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