Souvenance…

Posté par erwandekeramoal dans PORTRAIT

Amis de ma vieille Bretagne et du lait ribot réunis, bonjour ! Nous sommes le mercredi 25 Juin 2014, septième jour de Messidor dédié au concombre. En ce 25 juin je voulais vous inviter à vous souvenir de cet éveilleur de conscience que fut Emile le Skanv dit Milig et plus connu sous son nom de scène : GLENMOR.

« Plaise à tous les saints de noble compagnie, noter que l’ivresse, chez lui, engendrait la bonté et qu’en somme tous les ferments conjugués le délivraient de ses tendresses. »

C‘est un extrait d’une plaquette tirée à quelques exemplaires par Martial Pézennec  et que Milig avait eu la gentillesse de me dédicacer à la le manoirfin des années 70 au cours d’une soirée en son manoir du Poul en Mellionnec. (La demeure aujourd’hui est devenue chambre d’hôtes tenue par des sujets de sa très gracieuse majesté). Magnifique plaquette dotée d’une typographie et bois gravés de Claude Huart. La dédicace est à l’adresse de mes garçons dont l’un se prénomme Glenn en hommage à ce rebelle né un 25 juin 1931 à Mael-Carhaix. Et c’est encore au mois de juin, en 1996, qu’il nous a quitté.

Je l’ai connu et fréquenté à une époque où la « bretonnitude » n’était pas encore au goût du jour et il n’était guère de bon ton d’afficher son penchant pour la désuète culture bretonne. A gauche on nous traitait de « Breiz atao » en nous assimilant tout en vrac à l’Abbé Perrot et les Glenmormilices du même nom, à Debeauvais et son parti nationaliste, tandis que les Gaullistes nous présentaient comme les indignes héritiers de l’infime minorité qui avait choisi la voie de la collaboration durant l’occupation. Glenmor c’est levé, solide comme un menhir sous les rafales, voix de stentor, et son chant a fait trembler la République une et indivisible et ses petits hussards centralisateurs. Derrière lui sont venus Styvell, Servat, Kirjuel, Ducos, Dan ar Bras…On a redécouvert les sœurs Goadec et les frères Morvan, le Plinn et le khost ar c’hoat et les festou-noz qui avaient cédé la place aux bals popu ont repris force et vigueur.

Il était très croyant (il a fait le petit séminaire et poursuivit ses études petite imagechez les pères blancs) mais bouffait du curé à tous les repas, une soirée en sa compagnie était souvent aussi arrosée que la pointe St Mathieu par gros temps de Sud-Ouest et il fallait quelquefois le coucher à l’arrière de son « tube » Citroën qui lui tenait lieu de carrosse. A la fin des années soixante, il donne son premier grand concert public, c’était à Paris, salle de la Mutualité et, lorsqu’il entonne « Kan Bale Nevenoe », nous étions nombreux à frissonner… Glenmor, « glen » comme la douce terre du Kreizh-Breizh , « mor » comme l’indomptable mer d’Iroise . « Suis né barde de petite Bretagne / de moindre pays / Personne ne me tint conseil / Seuls les chemins / et les vents me furent maîtres. » Ainsi allait Milig, croyant et libertaire, attaché à une Nation disparue, conservateur mais visionnaire, pétri de contradiction comme cette terre bretonne qu’il n’a jamais renié lui, le fils de paysan. Adieu l’Émile, je t’aimais bien, comme disait Jacques Brel qui aurait composé pour lui cette chanson « Le moribond ». 

Allez, merci encore pour votre fidélité à ce petit blog sans prétention, portez vous bien et à demain peut-être.

 

3 commentaires

  1. babelouest

    Ah Glenmor, c’est beau ! C’est la Bretagne belle et rebelle. Certes, je connais mieux Servat, moi qui ne vis en Bretagne que depuis 7 ans. Moi aussi, je suis fils de paysan, né dans ce Marais aux confins de la Saintonge et du Poitou à chaque maison avait un ou plusieurs « batais » selon que c’était pour partir chasser dans les « rouchis », pour ramener du foin ou des bûches, ou pour déplacer du bétail d’un pré à l’autre. Environnement plus calme certes, bercé par le souffle du vent dans les « virginie ». Ne restait plus qu’à rentrer, manger la fameuse sauce aux lumas (sans « t »).

  2. Rém*

    Merci de ce vibrant hommage à ton pote – veinard! – Milig ! J’ai un peu approché Glenmor, vers 1977 je crois, notamment aux fêtes sises au château (« du 22″) de La Roche-Jagu. Il y avait sa merveilleuse compagne, mais aussi des types épatants comme Xavier Grall et de plus jeunes artistes de la bande à Nevenoé de Morlaix : Mélaine Favennec, Gérard Delahaye, Dan Ar Bras, j’en passe, et le tout jeune Yvon Le Men…
    J’ai mieux connu Gilles Servat : la dernière fois à St-Nazaire où il est venu chanter pour le mouvement des chômeurs (vers 1994) dont j’étais activiste. Au milieu du concert, il m’appelé (on en avait secrètement convenu à la buvette !) pour que je lise (+batterie m’acccompagnant en impro!) mon petit pamphlet : « Je chôme donc je suis! »… les cadres CGT étaient verts de rage : c’était pas « dans la ligne »… et c’est elle qui invitait Servat !
    En voilà, donc, de bien belles souvenances… bzh !

  3. MHPA

    Glenn que j’ai eu le plaisir de croiser…

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