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La cinquième dimension…

Posté par erwandekeramoal dans LECTURE

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Amis du Delta blues et de l’endive braisée réunis, bonjour ! En ce jeudi 8 mai 2014, 19è jour de Floréal dédié à l’Arroche (c’est une sorte d’espèce de genre d’épinard) plutôt que de fêter l’armistice qui n’en fut pas un, souvenons nous de cet immense auteur  que fut Théodore Sturgeon,  né le 26 février 1918 et mort le 8 mai 1985.

C‘ est un écrivain américain de fantastique, de science-fiction ou d’horreur et qui fut déclaré à l’état civil sous le nom d’Edward Pho by Jay Kay Kleincourtesy of Theodore Sturgeon Literary TrustHamilton Waldo, un nom dont il restera très fier, un de ses ancêtres ayant, vers 1640, introduit en Haïti l’idée d’un clergé dissident qui plut beaucoup aux esclaves noirs importés d’Afrique. Selon Sturgeon : « Du mélange de la doctrine de Waldo et des rites africains naquit le vaudou, corruption du mot Waldo. » Mais ses parents se séparèrent lorsqu’il avait trois ans et son enfance en fut profondément affectée. Entre sa septième et sa onzième année, le jeune garçon fut souvent livré à lui-même et en profita pour mener une vie de vagabondages avec des bandes de copains.
Cette période heureuse ne dure pourtant pas : en 1929, sa mère se remarie avec un éminent professeur de Philadelphie qui va l’adopter et lui donner son nom. Il sera désormais Théodore Sturgeon. Mais cet homme intransigeant et rigide mène la vie dure au jeune Théodore. Pour fuir ce beau-père méprisant et tyrannique, qui lui aura pourtant donné le goût et l’occasion de lire très tôt des auteurs tels Dickens, Jules Verne, Thackeray ou Wells, il s’inscrit comme cadet dans une école de marine. Mais, révolté par les brimades que les anciens font subir aux bleus, il quitte cette école et s’engage, en 1935, cristalcomme matelot dans la marine marchande.
C’est durant cette période qu’il commence à écrire. Sa première histoire sera achetée pour 5 dollars par une agence littéraire qui la fera paraître dans plusieurs quotidiens, de même que ses histoires suivantes. En 1938, il décide de quitter la marine pour devenir écrivain à plein temps. Et c’est l’année suivante qu’il fera une découverte capitale : il lit Unknown, magazine de science-fiction à tendance fantastique qui vient d’être lancé. Il envoie des nouvelles à son rédacteur en chef, John Campbell. L’une d’elles paraîtra dans Astounding Science Fiction, une autre revue dirigée par Campbell grâce à qui Sturgeon va devenir un véritable écrivain professionnel.
Depuis 1940, date de son premier mariage, jusqu’à sa mort, en 1985, cet incompris aura cherché le bonheur auprès de cinq épouses, passant par des périodes de dépression pendant lesquelles il était incapable d’écrire et des périodes d’intense activité créatrice qui produiront peu de romans mais un grand nombre de nouvelles. Ce solitaire fait figure d’isolé parmi les écrivains du genre. Son écriture est si personnelle qu’il n’y a pas eu et qu’il n’y aura pas de « disciples » de Sturgeon.
Theodore Sturgeon, l’homme, a, dès son enfance, connu la solitude et le malheur. Mais rarement un auteur aura, paradoxalement, réussi à donner autant de bonheur à ses lecteurs. Comme l’a écrit Gérard Klein, dans la remarquable étude qu’il lui a consacrée, dès 1957, dans la revue Fiction : « Un beau jour, vous tombez sur un livre de Théodore Sturgeon. (…) Et voilà que vous basculez dans un autre monde, celui qui s’étend au-dehors de l’humain, ou celui que composent toutes les formes de cristaux songeurs. Adieu la grisaille. » Ce sont pourtant les péripéties de sa vie tourmentée qui ont — avec ses lectures philosophiques — le plus nourri son œuvre. Ses personnages sont très souvent des êtres différents et les plusmalheureux, des infirmes, des mutants, des simples d’esprit, des étrangers dans un monde (le nôtre ou un autre) peuplé de gens (humains ou non-humains) dits « normaux » qui les rejettent. Et ses héros favoris sont souvent des enfants en butte à l’incompréhension, voire à la méchanceté des adultes.
Ses deux principaux, et plus grands, romans — des œuvres superbes — sont particulièrement représentatifs de l’imbrication de sa vie et de son œuvre. Dans Cristal qui songe, Horty, un jeune mutant incompris et malheureux, fuit son cruel père adoptif et se réfugie dans un cirque, où il est recueilli et aimé par d’autres « anormaux », un couple de nains. Mais où il doit affronter un autre personnage paternel maléfique. Les plus qu’humains conte l’histoire d’un groupe d’anormaux constitué d’un bébé mongolien au génie prodigieux, de deux jumelles pouvant apparaître ou disparaître à volonté, d’une petite fille dotée de pouvoirs télékinétiques et d’un idiot de village. Solitaires, ils ne sont rien, mais réunis, ils parviennent à constituer une entité — l’Homo Gestalt — qui représente un échelon supérieur de l’évolution humaine.  Il a déclaré n’avoir écrit après 1946 (au sortir d’une longue dépression) que « des histoires thérapeutiques ; les pauvres deviennent riches, les bons deviennent encore meilleurs, les malades guérissent » ( Honteusement pompé d’une Notice biographique par Hélène et Pierre Jean Oswald, Le Cabinet Noir n°42, février 2000, mise en ligne sur le site www.noosfere.org) Sturgeon a entre autre collaboré aux scénarios de Star Trek, Les envahisseurs ou La cinquième dimension.

Allez, merci d’être passé par ici et de vous y être arrêté un instant. Portez vous bien et à demain peut-être.