Le Sâr dine à l’huile…

Posté par erwandekeramoal dans PORTRAIT

Amis de la marine à voile et des pommes vapeur réunies, bonjour ! Nous sommes le vendredi 28 mars 2014 dédié à la jonquille dans le calendrier républicain mais en réalité pour les pataphysiciens, le Vendredi 6 Clinamen 141 – St Ganymède, professionnel.  Bien entendu, ce qui suit n’a rien à voir avec ce qui précède, quoique…
L‘homme du jour est né un 28 mars en 1859, aujourd’hui totalement oublié, ce dandy lettré ferait un malheur sur nos plateaux de télé.(tiens, ça me fait penser à quelqu’un…) Issu 51295188_pd’une famille de cultivateurs et de commerçants, Joseph-Aimé Péladan, qui se donnera plus tard le prénom de Joséphin, est le fils de Louis-Adrien Péladan, et de Joséphine Vaquier. Il manifeste un esprit indépendant qui lui vaut d’être renvoyé du lycée pour avoir traité un professeur d’athée, puis du petit séminaire de Nîmes. Il voyage beaucoup et  rencontre Léon Bloy et Paul Bourget et enthousiasme Jules Barbey d’Aurevilly qui préface son roman Le Vice suprême (1884), livre pétri de romantisme et d’occultisme, qui met en scène la lutte de forces secrètes qui s’acharnent à détruire l’humanité et prend résolument le contre-pied du naturalisme de Zola. Son originalité plaît mais son exaltation fait sourire. Jean Lorrain le surnomme « le pélican blanc ». Plus tard on l’appellera « le Mage d’Épinal », « Platon du Terrail » ou « le Sâr pédalant ». Rodolphe Salis alla jusqu’à oser un très cruel « Artaxerfesse » qui lui valut des poursuites de l’intéressé. C’est à son frère Adrien, l’un des premiers homéopathes français, que Joséphin Péladan doit son entrée dans une branche toulousaine de la Rose-Croix. A cet Ordre appartenait aussi le Vicomte Louis-Charles-Edouard de Lapasse, un alchimiste toulousain présenté comme un élève du Prince Balbiani de Palerme, prétendu disciple de Cagliostro.

En 1888, Péladan est le co-fondateur avec Stanislas de Guaita de l’ Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix. Parmi les membres de l’Ordre, on peut relever quelques noms passés à la posterité : Papus, F.-Ch. Barlet. Prétextant un refus de la magie opérative, il se sépare du groupe en 1891 pour fonder l’ Ordre de la Rose-Croix Catholique et esthétique du Temple et du Graal. L’année suivante, il organise le premier Salon de la51295167_p Rose-Croix du 10 mars au 10 avril 1892 à la célèbre galerie parisienne Durand-Ruel. C’est un très grand succès. Soixante artistes y participent parmi lesquels nombre de peintres et sculpteurs de talent (Hodler, Khnopff, Delville, Schwabe, Bourdelle etc.) et vingt mille Parisiens dont le Tout-Paris mondain et artistique (Mallarmé, Zola, Verlaine, Gustave Moreau etc.), viennent le visiter, au son du prélude de Parsifal et des Sonneries composées par Erik Satie. Voici, à droite, copie d’une page de « Rose+Croix » organe trimestriel publié par J. Peladan en 1893.
Il ambitionnait d’extirper la laideur du monde moderne, s’opposant ainsi au matérialisme ambiant ; à ce titre, il est un porte parole du mouvement symboliste. Prônant une resacralisation de l’art et de la vie, Péladan opte délibérément pour un transfert du religieux vers l’art, dans la plus pure Sceautradition baudelairienne. Son ton, les symboles choisis pour la Rose+Croix témoignent d’une volonté de s’opposer au trivial et inaugurent une pratique « publicitaire » que les avant-gardes exploiteront abondamment par la suite. Si Péladan utilise un ton souvent polémique ou lyrique, c’est au service de convictions sincères et d’une défense de la grandeur de l’art qu’il estime prostitué sous une troisième république souvent mercantile. Il produit d’innombrables plaquettes de critique d’art, contribuant à faire connaître en France l’œuvre de Léonard de Vinci. Ses textes critiques, mêlent ouvrages parfois décevants et vraies fulgurances.
En définitive, le contexte de la fin de siècle s’éloignant, Joséphin Péladan renonce à ses outrances et vit dans la vénération de sa seconde femme; Christiane Taylor, En 1908, il reçoit le prix Charles Blanc de l’Académie française et en 1917, à une voix près, il faillit succéder à Octave Mirbeau à l’Académie Goncourt. Paul Verlaine lui trouvait un talent considérable et Anatole France voyait en lui un écrivain de race. Il meurt en 1918 presque oublié. Curieux personnage, non? Mais j’ai pensé qu’il avait sa place dans ma galerie de portraits. Sources

Allez, merci d’être passé, portez vous bien et à demain peut-être.

7 commentaires

  1. geronimo87

    Bonjour.
    Merci pour ce billet.
    Seriez-vous un amoureux de la Rose?
    Bonne journée.

    • erwandekeramoal

      De la Rose certes mais pas de la Croix… Merci d’être passé par ici.

  2. babelouest

    Eh bien, quel personnage ! Cher Cénobite, tu nous étonneras toujours.

  3. Sceptique

    Ce personnage que vous nous faites découvrir me rappelle Ferdinand Lop, mais surtout Mouna Aguigui que j’ai écouté (un moment) à Paris, deux ou trois fois. Ce sont des prophètes laïcs, compatibles avec notre époque. Mais je suis de ceux qui pensent qu’il ne faut pas trop écouter les prophètes.

    • erwandekeramoal

      Pour être prophète, il suffit d’être pessimiste disait Anaïs NIN. Bonne fin de semaine.

      • Sceptique

        Ça c’est bien vrai, aurait dit la Mère Denis!

  4. Fabig

    Drôle de look ! Drôle de personnage !

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