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Méfiez vous des mots…

Posté par erwandekeramoal dans HUMEUR

Amis de la santé publique et de la raie au beurre noir réunies, bonjour ! Nous sommes le dimanche 09 mars 2014, 19è jour de ventôse dédié au cerfeuil. C’était hier le jour du Mouron, mais… Il y a des jours comme ça. Des jours où cela ne sourit pas, des jours tristes comme un discours de Christine Boutin, des jours où le pont de Recouvrance vous tend les bras… Il y a des jours comme ça où l’inspiration vous fait défaut, où la muse ne s’amuse plus. L’angoisse de la page blanche, de l’écran noir, le trou, le vide absolu, le néant abyssal, le rien ultime, l’apocalypse du blogueur, le stress de l’écrivaillon, le spleen du rimailleur…

Bien sûr, il reste encore à jouer avec les mots, folâtrer avec les maux, faire rimer les syllabes, s’entrechoquer les terminaisons, se rire du dérisoire, pour, en définitive, écrire pour ne rien dire. Il reste encore cette merveilleuse langue, écornée, diminuée, Internetisée, SMSisée, Iphonée, Tweetisée, en un mot, malmenée. Mais est-ce bien si important ? Voyez l’illustration ci-après; elle remplace de longs discours. 

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C’est étonnant, n’est-il pas ? Il reste encore la chanson des mots qui s’entrecroisent, tout chauds sortis du four de l’imagination comme du bon pain croustillant. Et cet indicible plaisir à les voir danser sur l’écran dans une sarabande virtuelle, cette gavotte de l’improbable scandée par des sonneurs aveugles. Matilin an Dal, grand biniouer devant l’éternel faisait se trémousser les noces bigoudènes sans jamais avoir voyagé plus loin que Pont-l’abbé; il a sa statue à Plozévet. Aujourd’hui, les DJ (dead GI !) s’acoustiquent à coup de décibels dans les boites branchées de Croatie ou de Ibiza. Leurs statues sont disques d’or et leurs postérités toutes relatives. Leurs victoires de la musique sont dorées à la poudre de Perlinpinpin.

Serions nous de cette espèce de dinosaures littéraires, appelée à disparaître dans les poubelles de l’histoire, cataclysmée par le « progrès », météorisée par la révolution des nouvelles technologies ? Aux Amériques, un certains nombre d’États (45) viennent de voter une loi qui fait de l’écriture manuelle une activité optionnelle dans les écoles élémentaires. Le débat n’est pas près d’être clos sur l’utilité, ou non, de l’écriture. Je me DownloadedFile3souviens encore de cette révolution qui nous a propulsé de la plume Sergent-Major, de l’encre violette, des cahiers à carreaux, des pleins et des déliés et du papier buvard au stylo Bic Cristal à 0,50 franc chez Prisunic. Je cite mon confrère du blog à l’encre violette: « Il fut un temps, avant l’ère de la dactylographie, où une belle écriture manuelle était à la base de la gestion de l’administration et des entreprises, et ne devait donc prêter à aucune équivoque en matière de lisibilité. On disait d’un tel travaillant dans un bureau, qu’il « était dans les écritures », l’expression resta longtemps en usage. Au niveau de la valeur morale et professionnelle, la personne qui « écrivait bien », était quelqu’un de forcément ordonné, soigneux, élégant même. » Le grand Victor Hugo lui même reprochait à Flaubert d’avoir abandonné la plume d’oie pour la métallique.

Allez, petit cadeau à propos de spleen, de nostalgie et de belles plumes.

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle 165130497-300x200
Sur l’esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l’horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;
Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l’Espérance, comme une chauve-souris,
S’en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris…
Vous l’aviez reconnu bien sur, sacré Charles, il donne pas vraiment envie de danser la gigue. Tiens, je vais me repasser Patrick Topaloff… Allez, c’est promis, je recommencerais plus. Merci encore de vos visites, portez vous bien et à demain peut-être.